Joseph Balsamo. Tome III
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #3
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome III». Краткое содержание книги:
Balsamo sourit.
� Eh! comtesse, s��cria le mar�chal, ce serait plut�t � vous de demander un million au comte. L�homme qui sait ce qu�il sait, et surtout qui voit ce qu�il voit, ne d�couvre-t-il pas l�or et les diamants dans les entrailles de la terre, comme il d�couvre la pens�e dans le c�ur des hommes?
� Alors, comte, dit la comtesse, je me prosterne dans mon impuissance.
� Non, comtesse, un jour vous vous acquitterez envers moi. Je vous en donnerai l�occasion.
� Comte, dit le duc � Balsamo, je suis subjugu�, vaincu, �cras�! Je crois.
� Comme saint Thomas a cru, n�est-ce pas, monsieur le duc? Cela ne s�appelle pas croire, cela s�appelle voir.
� Appelez la chose comme vous voudrez; mais je fais amende honorable, et, quand on me parlera d�sormais de sorciers, eh bien, je saurai ce que j�ai � dire.
Balsamo sourit.
� Maintenant, madame, dit-il � la comtesse, voulez-vous permettre une chose?
� Dites.
� Mon esprit est fatigu�: laissez-moi lui rendre sa libert� par une formule magique.
� Faites, monsieur.
� Lorenza, dit Balsamo en arabe, merci; je t�aime; retourne � ta chambre par le m�me chemin que tu as pris en venant, et attends-moi. Va, ma bien aim�e!
� Je suis bien fatigu�e, r�pondit en italien la voix, plus douce encore que pendant l��vocation; d�p�che-toi, Acharat.
� J�y vais.
Et l�on entendit avec le m�me fr�lement les pas s��loigner.
Puis Balsamo, apr�s quelques minutes pendant lesquelles il se convainquit du d�part de Lorenza, salua profond�ment, mais avec une dignit� majestueuse, les deux visiteurs, qui effar�s tous deux, tous deux absorb�s par le flot de tumultueuses pens�es qui les envahissait, regagn�rent leur fiacre plut�t comme des gens ivres que comme des �tres dou�s de raison.
Chapitre 86. Disgr�ce
Le lendemain, onze heures sonnaient � la grande horloge de Versailles, quand le roi Louis XV, sortant de son appartement, traversa la galerie voisine de sa chambre, et appela d�une voix haute et s�che:
� Monsieur de la Vrilli�re!
Le roi �tait p�le et semblait agit�; plus il prenait de soin pour cacher cette pr�occupation, plus cela �clatait dans l�embarras de son regard et dans la tension des muscles ordinairement impassibles de son visage.
Un silence glac� s��tablit aussit�t dans les rangs des courtisans, parmi lesquels on remarquait M. le duc de Richelieu et le vicomte Jean du Barry, tous deux calmes et affectant l�indiff�rence et l�ignorance.
Le duc de la Vrilli�re s�approcha et prit des mains du roi une lettre de cachet que Sa Majest� lui tendait.
� M. le duc de Choiseul est-il � Versailles? demanda le roi.
� Sire, depuis hier; il est revenu de Paris � deux heures de l�apr�s-midi.
� Est-il � son h�tel? est-il au ch�teau?
� Il est au ch�teau, sire.
� Bien, dit le roi; portez-lui cet ordre, duc.
Un long fr�missement courut dans les rangs des spectateurs, qui se courb�rent tous en chuchotant comme les �pis sous le souffle du vent d�orage.
Le roi, fron�ant le sourcil, comme s�il voulait ajouter par la terreur � l�effet de cette sc�ne, rentra fi�rement dans son cabinet, suivi de son capitaine des gardes et du commandant des chevau-l�gers.
Tous les regards suivirent M. de la Vrilli�re, qui, inquiet lui-m�me de la d�marche qu�il allait faire, traversait lentement la cour du ch�teau et se rendait � l�appartement de M. de Choiseul.
Pendant ce temps, toutes les conversations �clataient, mena�antes ou timides, autour du vieux mar�chal, qui faisait l��tonn� plus que les autres, mais dont, gr�ce � certain sourire pr�cieux, nul n��tait dupe.
M. de la Vrilli�re revint et fut entour� aussit�t.
� Eh bien? lui dit-on.
� Eh bien, c��tait un ordre d�exil.
� D�exil?
� Oui, en bonne forme.
� Vous l�avez lu, duc?
� Je l�ai lu.
� Positif?
� Jugez-en.
Et le duc de la Vrilli�re pronon�a les paroles suivantes, qu�il avait retenues avec cette m�moire implacable qui constitue les courtisans:
�Mon cousin, le m�contentement que me causent vos services me force � vous exiler � Chanteloup, o� vous vous rendrez dans les vingt-quatre heures. Je vous aurais envoy� plus loin si ce n��tait l�estime particuli�re que j�ai pour madame de Choiseul, dont la sant� m�est fort int�ressante. Prenez garde que votre conduite ne me fasse prendre un autre parti.�
Un long murmure courut dans le groupe qui enveloppait M. le duc de la Vrilli�re.
� Et que vous a-t-il r�pondu, monsieur de Saint-Florentin? demanda Richelieu affectant de ne donner au duc ni son nouveau titre ni son nouveau nom.
� Il m�a r�pondu: �Monsieur le duc, je suis persuad� de tout le plaisir que vous avez � m�apporter cette lettre.�
� C��tait dur, mon pauvre duc, fit Jean.
� Que voulez-vous, monsieur le vicomte! On ne re�oit pas une pareille tuile sur la t�te sans crier un peu.
� Et que va-t-il faire? savez-vous? demanda Richelieu.
� Mais, selon toute probabilit�, il va ob�ir.
� Hum! fit le mar�chal.
� Voici le duc! s��cria Jean, qui faisait sentinelle pr�s de la fen�tre.
� Il vient ici! s��cria le duc de la Vrilli�re.
� Quand je vous le disais, monsieur de Saint-Florentin.
� Il traverse la cour, continua Jean.
� Seul?
� Absolument seul, son portefeuille sous le bras.
� Ah! mon Dieu! murmura Richelieu, est-ce que la sc�ne d�hier va recommencer?
� Ne m�en parlez pas, j�en ai le frisson, r�pondit Jean.
Il n�avait pas achev�, que le duc de Choiseul, la t�te haute, le regard assur�, parut � l�entr�e de la galerie, foudroyant d�un coup d��il clair et calme tous ses ennemis ou ceux qui allaient se d�clarer tels en cas de disgr�ce.
Nul ne s�attendait � cette d�marche apr�s ce qui venait de se passer; nul ne s�y opposa donc.
� �tes-vous s�r d�avoir bien lu, duc? demanda Jean.
� Parbleu!
� Et il revient apr�s une lettre comme celle que vous nous avez dite?
� Je n�y comprends plus rien, sur ma parole d�honneur!
� Mais le roi va le faire jeter � la Bastille!
� Ce sera un scandale �pouvantable!
� Je le plaindrais presque.
� Ah! le voil� qui entre chez le roi. C�est inou�.
En effet le duc, sans faire attention � l�esp�ce de r�sistance que lui opposait l�huissier � la figure toute stup�faite, p�n�tra jusque dans le cabinet du roi, qui poussa, en le voyant, une exclamation de surprise.
Le duc tenait � la main sa lettre de cachet; il la montra au roi avec un visage presque souriant.
� Sire, dit-il, ainsi que Votre Majest� voulut bien m�en avertir hier, j�ai re�u tout � l�heure une nouvelle lettre.
� Oui, monsieur, r�pliqua le roi.
� Et, comme Votre Majest� eut la bont� de me dire hier de ne jamais regarder comme s�rieuse une lettre qui ne serait pas ratifi�e par la parole expresse du roi, je viens demander l�explication.
� Elle sera courte, monsieur le duc, r�pondit le roi. Aujourd�hui, la lettre est valable.
� Valable! dit le duc, une lettre aussi offensante pour un serviteur aussi d�vou�
� Un serviteur d�vou�, monsieur, ne fait pas jouer � son ma�tre un r�le ridicule.
� Sire, dit le ministre avec hauteur, je croyais �tre n� assez pr�s du tr�ne pour en comprendre la majest�.
� Monsieur, repartit le roi d�une voix br�ve, je ne veux pas vous faire languir. Hier au soir, dans le cabinet de votre h�tel, � Versailles, vous avez re�u un courrier de madame de Grammont.
� C�est vrai, sire.
� Il vous a remis une lettre.
� Est-il d�fendu, sire, � un fr�re et � une s�ur de correspondre?
� Attendez, s�il vous pla�t� Je sais le contenu de cette lettre�
� Oh! sire!
� Le voici� j�ai pris la peine de la transcrire de ma main.
Et le roi tendit au duc une copie exacte de la lettre qu�il avait re�ue.
� Sire!�
� Ne niez pas, monsieur le duc; vous avez serr� cette lettre en un coffret de fer plac� dans la ruelle de votre lit.
Le duc devint p�le comme un spectre.
� Ce n�est pas tout, continua impitoyablement le roi, vous avez r�pondu � madame de Grammont. Cette lettre, j�en sais le contenu �galement. Cette lettre, elle est l�, dans votre portefeuille, et n�attend pour partir qu�un post-scriptum, que vous devez ajouter en me quittant. Vous voyez que je suis instruit, n�est-ce pas?