Joseph Balsamo. Tome III
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #3
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome III». Краткое содержание книги:
� Je vous eusse tir�e d�embarras.
� Vous?
� Oui, moi.
� Comte, est-il trop tard?
Le comte sourit.
� Jamais.
� Oh! mon cher comte�, dit madame du Barry en joignant les mains.
� Donc, vous voulez une lettre?
� Oui.
� De madame de Grammont?
� Si c�est possible.
� Qui compromette M. de Choiseul sur les trois points que j�ai dits.
� C�est-�-dire que je donnerais� un de mes yeux pour l�avoir.
� Oh! comtesse, ce serait trop cher; d�autant plus que cette lettre�
� Cette lettre?
� Je vous la donnerai pour rien, moi.
Et Balsamo tira de sa poche un papier pli� en quatre.
� Qu�est cela? demanda la comtesse d�vorant le papier des yeux.
� Oui, qu�est cela? interrogea le duc.
� La lettre que vous d�sirez.
Et le comte, au milieu du plus profond silence, lut aux deux auditeurs �merveill�s la lettre que nos lecteurs connaissent d�j�.
Au fur et � mesure qu�il lisait, la comtesse ouvrait de grands yeux et commen�ait � perdre contenance.
� C�est une calomnie, diable! prenons garde! murmura Richelieu, quand Balsamo eut achev�.
� C�est, monsieur le duc, la copie, pure, simple et litt�rale, d�une lettre de madame la duchesse de Grammont, qu�un courrier exp�di� ce matin de Rouen est en train de porter � M. le duc de Choiseul, � Versailles.
� Oh! mon Dieu! s��cria le mar�chal, dites-vous vrai, monsieur Balsamo?
� Je dis toujours vrai, monsieur le mar�chal.
� La duchesse aurait �crit une semblable lettre?
� Oui, monsieur le mar�chal.
� Elle aurait eu cette imprudence?
� C�est incroyable, je l�avoue; mais cela est.
Le vieux duc regarda la comtesse, qui n�avait plus la force d�articuler un seul mot.
� Eh bien, dit-elle enfin, je suis comme le duc, j�ai peine � croire, pardonnez-moi, monsieur le comte, que madame de Grammont, une femme de t�te, ait compromis toute sa position et celle de son fr�re par une lettre de cette force� D�ailleurs� pour conna�tre une semblable lettre, il faut l�avoir lue.
� Et puis, se h�ta de dire le mar�chal, si M. le comte avait lu cette lettre, il l�aurait gard�e: c�est un tr�sor pr�cieux.
Balsamo secoua doucement la t�te.
� Oh! monsieur, dit-il, ce moyen est bon pour ceux qui d�cach�tent les lettres afin de conna�tre des secrets� et non pour ceux qui, comme moi, lisent � travers les enveloppes� Fi donc!� Quel int�r�t, d�ailleurs, aurais-je, moi, � perdre M. de Choiseul et madame de Grammont? Vous venez me consulter� en amis, je suppose; je vous r�ponds de m�me. Vous d�sirez que je vous rende un service, je vous le rends. Vous ne venez pas, j�imagine, me proposer le prix de ma consultation comme aux devineurs du quai de la Ferraille?
� Oh! comte, fit madame du Barry.
� Eh bien, je vous donne un conseil et vous ne me paraissez pas le comprendre. Vous m�annoncez le d�sir de renverser M. de Choiseul, et vous en cherchez les moyens; je vous en cite un, vous l�approuvez; je vous le mets en main, vous n�y croyez pas!
� C�est que� c�est que� comte, �coutez donc�
� La lettre existe, vous dis-je, puisque j�en ai la copie.
� Mais enfin, qui vous a averti, monsieur le comte? s��cria Richelieu.
� Ah! voil� le grand mot� qui m�a averti? En une minute, vous voulez en savoir aussi long que moi, le travailleur, le savant, l�adepte, qui ai v�cu trois mille sept cents ans.
� Oh! oh! dit Richelieu avec d�couragement, vous allez me g�ter la bonne opinion que j�avais de vous, comte.
� Je ne vous prie pas de me croire, monsieur le duc, et ce n�est pas moi qui ai �t� vous chercher � la chasse du roi.
� Duc, il a raison, dit la comtesse. Monsieur de Balsamo, je vous en supplie, pas d�impatience.
� Jamais celui qui a le temps ne s�impatiente, madame.
� Soyez assez bon� joignez cette faveur � toutes celles que vous m�avez faites, pour me dire comment vous avez la r�v�lation de pareils secrets?
� Je n�h�siterai pas, madame, dit Balsamo aussi lentement que s�il cherchait mot � mot sa r�ponse; cette r�v�lation m�est faite par une voix.
� Par une voix! s��cri�rent ensemble le duc et la comtesse; une voix qui vous dit tout?
� Tout ce que je d�sire savoir, oui.
� C�est une voix qui vous a dit ce que madame de Grammont avait �crit � son fr�re?
� Je vous affirme, madame, que c�est une voix qui me l�a dit.
� C�est miraculeux!
� Mais vous n�y croyez pas.
� Eh bien, non, comte, dit le duc; comment voulez-vous donc que l�on croie � de pareilles choses?
� Mais y croiriez-vous, si je vous disais ce que fait � cette heure le courrier qui porte la lettre de M. de Choiseul?
� Dame! r�pliqua la comtesse.
� Moi, s��cria le duc, j�y croirais si j�entendais la voix� Mais MM. les n�cromanciens ou les magiciens ont ce privil�ge que, seuls, ils voient et entendent le surnaturel.
Balsamo attacha les yeux sur M. de Richelieu avec une expression singuli�re, qui fit passer un frisson dans les veines de la comtesse et d�termina, chez le sceptique �go�ste qu�on appelait le duc de Richelieu, un l�ger froid � la nuque et au c�ur.
� Oui, dit-il apr�s un long silence, seul je vois et j�entends les objets et les �tres surnaturels; mais quand je me trouve avec des gens de votre rang, de votre esprit, duc, et de votre beaut�, comtesse, j�ouvre mes tr�sors et je partage� Vous plairait-il beaucoup entendre la voix myst�rieuse qui m�avertit?
� Oui, dit le duc en serrant les poings pour ne pas trembler.
� Oui, balbutia la comtesse en tremblant.
� Eh bien, monsieur le duc, eh bien, madame la comtesse, vous allez entendre. Quelle langue voulez-vous qu�elle parle?
� Le fran�ais, s�il vous pla�t, dit la comtesse. Je n�en sais pas d�autre, et une autre me ferait trop peur.
� Et vous, monsieur le duc?
� Comme madame� le fran�ais. Je tiens � r�p�ter ce qu�aura dit le diable, et � voir s�il est bien �lev� et s�il parle correctement la langue de mon ami M. de Voltaire.
Balsamo, la t�te pench�e sur sa poitrine, marcha vers la porte qui donnait dans le petit salon, lequel ouvrait, on le sait, sur l�escalier.
� Permettez, dit-il, que je vous enferme, afin de ne pas trop vous exposer.
La comtesse p�lit et se rapprocha du duc, dont elle prit le bras.
Balsamo, touchant presque � la porte de l�escalier, allongea le pas vers le point de la maison o� se trouvait Lorenza, et, en langue arabe, il pronon�a d�une voix �clatante ces mots, que nous traduirons en langue vulgaire:
� Mon amie!� m�entendez-vous?� Si vous m�entendez, tirez le cordon de la sonnette et sonnez deux fois.
Balsamo attendit l�effet de ces paroles en regardant le duc et la comtesse, qui ouvraient d�autant plus les oreilles et les yeux qu�ils ne pouvaient comprendre ce que disait le comte.
La sonnette vibra nettement � deux reprises.
La comtesse bondit sur son sofa, le duc s�essuya le front avec son mouchoir.
� Puisque vous m�entendez, poursuivit Balsamo dans le m�me idiome, poussez le bouton de marbre qui figure l��il droit du lion sur la sculpture de la chemin�e, la plaque s�ouvrira; passez par cette plaque, traversez ma chambre, descendez l�escalier, et venez jusque dans la chambre attenante � celle o� je suis.
Un moment apr�s, un bruit l�ger comme un souffle insaisissable, comme un vol de fant�me, avertit Balsamo que ses ordres avaient �t� compris et ex�cut�s.
� Quelle est cette langue? dit Richelieu jouant l�assurance; la langue cabalistique?
� Oui, monsieur le duc, le dialecte usit� pour l��vocation.
� Vous avez dit que nous comprendrions?
� Ce que dirait la voix, oui; mais non pas ce que je dirais, moi.
� Et le diable est venu?
� Qui vous a parl� du diable, monsieur le duc?
� Mais il me semble qu�on n��voque que le diable.
� Tout ce qui est esprit sup�rieur, �tre surnaturel, peut �tre �voqu�.
� Et l�esprit sup�rieur, l��tre surnaturel�?
Balsamo �tendit la main vers la tapisserie qui fermait la porte de la chambre voisine.
� Est en communication directe avec moi, monseigneur.
� J�ai peur, dit la comtesse; et vous, duc?
� Ma foi, comtesse, je vous avoue que j�aimerais presque autant �tre � Mahon ou � Philippsburg.