Joseph Balsamo. Tome III
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #3
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome III». Краткое содержание книги:
� Et un fort bel homme. J�ai un caprice pour cet homme-l�, duc�
� Vous allez me rendre jaloux, dit Richelieu en riant et press� d�ailleurs de ramener la conversation � un s�rieux plus prononc� Ce serait un terrible ministre de la police que M. le comte de F�nix.
� J�y songeais, r�pliqua la comtesse. Seulement, il est impossible.
� Pourquoi, comtesse?
� Parce qu�il rendrait impossibles ses coll�gues.
� Comment cela?
� Sachant tout, voyant dans leur jeu�
Richelieu rougit sous son rouge.
� Comtesse, r�pliqua-t-il, je voudrais, si j��tais son coll�gue, qu�il f�t perp�tuellement dans le mien et qu�il vous communiqu�t les cartes: vous y verriez toujours le valet de c�ur aux genoux de la dame et aux pieds du roi.
� Il n�y a personne qui ait plus d�esprit que vous, mon cher duc, r�pliqua la comtesse. Mais parlons un peu de notre minist�re� Je croyais que vous aviez d� faire avertir votre neveu?�
� D�Aiguillon? Il est arriv�, madame, et dans des conjonctures qu�un augure romain e�t jug�es les meilleures du monde: son carrosse a crois� celui de M. de Choiseul partant.
� C�est, en effet, d�un augure favorable, dit la comtesse. Donc, il va venir?
� Madame, j�ai compris que M. d�Aiguillon, s�il �tait vu � Luciennes par tout le monde et dans un moment comme celui-ci, donnerait lieu � toutes sortes de commentaires; je l�ai pri� de demeurer en bas, au village, jusqu�� ce que je le mande d�apr�s vos ordres.
� Mandez-le donc, mar�chal, et tout de suite; car nous voil� seuls, ou � peu pr�s.
� D�autant plus volontiers que nous nous sommes tout � fait entendus, n�est-ce pas, comtesse?
� Absolument, oui, duc� Vous pr�f�rez� la Guerre aux Finances, n�est-ce pas? Ou bien, est-ce la Marine que vous d�sirez?
� Je pr�f�re la Guerre, madame; c�est l� que je pourrai rendre le plus de services.
� C�est juste. Voil� donc le sens dans lequel je parlerai au roi. Vous n�avez pas d�antipathies?
� Pour qui?
� Pour ceux de vos coll�gues que Sa Majest� pr�sentera.
� Je suis l�homme du monde le moins difficile � vivre, comtesse. Mais vous permettez que je fasse appeler mon neveu, puisque vous voulez bien lui accorder la faveur de le recevoir.
Richelieu s�approcha de la fen�tre; les derni�res lueurs du cr�puscule �clairaient encore la cour. Il fit signe � un de ses valets de pied, qui guettait cette fen�tre, et qui partit en courant sur son signe.
Cependant, on commen�ait � allumer chez la comtesse.
Dix minutes apr�s le d�part du valet, une voiture entra dans la premi�re cour. La comtesse tourna vivement les yeux vers la fen�tre.
Richelieu surprit le mouvement, qui lui parut un excellent pronostic pour les affaires de M. d�Aiguillon, et, par cons�quent, pour les siennes.
� Elle go�te l�oncle, se dit-il, elle prend go�t au neveu; nous serons les ma�tres ici.
Tandis qu�il se repaissait de ces fum�es chim�riques, un petit bruit se fit entendre � la porte, et la voix du valet de chambre de confiance annon�a le duc d�Aiguillon.
C��tait un seigneur fort beau et fort gracieux, d�une mise aussi riche qu��l�gante et bien entendue. M. d�Aiguillon avait pass� l��ge de la fra�che jeunesse; mais il �tait de ces hommes qui, par le regard et la volont�, sont jeunes jusqu�� la vieillesse d�cr�pite.
Les soucis du gouvernement n�avaient pas imprim� une ride sur son front. Ils avaient seulement agrandi le pli naturel qui semble, chez les hommes d��tat et chez les po�tes, l�asile des grandes pens�es. Il tenait droite et haute sa belle t�te pleine de finesse et de m�lancolie, comme s�il savait que la haine de dix millions d�hommes pesait sur cette t�te, mais comme si, en m�me temps, il e�t voulu prouver que le poids n��tait pas au-dessus de sa force.
M. d�Aiguillon avait les plus belles mains du monde, de ces mains qui semblent blanches et d�licates, m�me dans les flots de la dentelle. On prisait fort en ce temps une jambe bien tourn�e; celle du duc �tait un mod�le d��l�gance nerveuse et de forme aristocratique. Il y avait en lui de la suavit� du po�te, de la noblesse du grand seigneur, de la souplesse et du moelleux d�un mousquetaire. Pour la comtesse, c��tait un triple id�aclass="underline" elle trouvait en un seul mod�le trois types que d�instinct cette belle sensuelle devait aimer.
Par une singularit� remarquable, ou, pour mieux dire, par un encha�nement de circonstances combin�es par la savante tactique de M. d�Aiguillon, ces deux h�ros de l�animadversion publique, la courtisane et le courtisan, ne s��taient pas encore vus face � face, avec tous leurs avantages.
Depuis trois ans, en effet, M. d�Aiguillon s��tait fait tr�s occup� en Bretagne ou dans son cabinet. Il avait peu prodigu� sa personne � la cour, sachant bien qu�il allait arriver une crise favorable ou d�favorable: que, dans le premier cas, mieux fallait offrir � ses administr�s les b�n�fices de l�inconnu; dans le second, dispara�tre sans trop laisser de traces pour pouvoir facilement sortir du gouffre plus tard avec une figure neuve.
Et puis une autre raison dominait tous ces calculs; celle-ci est du ressort du roman, elle �tait pourtant la meilleure.
Avant que madame du Barry f�t comtesse et effleur�t chaque nuit de ses l�vres la couronne de France, elle avait �t� une jolie cr�ature souriante et ador�e; elle avait �t� aim�e, bonheur sur lequel elle ne devait plus compter jamais depuis qu�elle �tait crainte.
Parmi tous les hommes jeunes, riches, puissants et beaux qui avaient fait leur cour � Jeanne Vaubernier, parmi tous les rimeurs qui avaient accol� au bout de deux vers ces mots Lange et ange, M. le duc d�Aiguillon avait autrefois figur� en premi�re ligne. Mais, soit que le duc n�e�t pas �t� press�, soit que mademoiselle Lange n�e�t pas �t� aussi facile que ses d�tracteurs le pr�tendaient, soit qu�enfin, et ceci n��tera de m�rite ni � l�un ni � l�autre, soit que l�amour subit du roi e�t divis� les deux c�urs pr�ts � s�entendre, M. d�Aiguillon avait rengain� vers, acrostiches, bouquets et parfums; mademoiselle Lange avait ferm� sa porte de la rue des Petits-Champs; le duc avait tir� vers la Bretagne, �touffant ses soupirs, et mademoiselle Lange avait envoy� tous les siens du c�t� de Versailles, � M. le baron de Gonesse, c�est-�-dire au roi de France.
Il en r�sulta que cette disparition subite de d�Aiguillon avait fort peu occup� d�abord madame du Barry, parce qu�elle avait peur du pass�, mais qu�ensuite, voyant l�attitude silencieuse de son ancien adorateur, elle avait �t� intrigu�e, puis �merveill�e, et que, bien plac�e pour juger les hommes, elle avait jug� celui-l� un v�ritable homme d�esprit.
C��tait beaucoup, cette distinction, pour la comtesse; mais ce n��tait pas tout, et le moment allait venir o� peut-�tre elle jugerait d�Aiguillon un homme de c�ur.
Il faut dire que la pauvre mademoiselle Lange avait ses raisons pour craindre le pass�. Un mousquetaire, amant jadis heureux, disait-il, �tait entr� un jour jusque dans Versailles pour redemander � mademoiselle Lange un peu de ses faveurs pass�es, et ces paroles, �touff�es bien vite par une hauteur toute royale, n�en avaient pas moins fait jurer l��cho pudique du palais de madame de Maintenon.
On a vu que, dans toute sa conversation avec madame du Barry, le mar�chal n�avait jamais effleur� le chapitre d�une connaissance de son neveu et de mademoiselle Lange. Ce silence, de la part d�un homme aussi habitu� que le vieux duc � dire les choses du monde les plus difficiles, avait profond�ment surpris, et, faut-il le dire, inqui�t� la comtesse.
Elle attendait donc impatiemment M. d�Aiguillon pour savoir enfin � quoi s�en tenir, et si le mar�chal avait �t� discret, ou �tait ignorant.
Le duc entra.
Respectueux avec aisance et assez s�r de lui pour saluer entre la reine et la femme de cour ordinaire, il subjugua tout d�un coup, par cette nuance d�licate, une protectrice toute dispos�e � trouver le bien parfait et le parfait merveilleux.
M. d�Aiguillon prit ensuite la main de son oncle qui, s�avan�ant vers la comtesse, lui dit de sa voix pleine de caresses:
� Voici M. le duc d�Aiguillon, madame: ce n�est pas mon neveu, c�est un de vos serviteurs les plus passionn�s que j�ai l�honneur de vous pr�senter.