Joseph Balsamo. Tome III
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #3
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome III». Краткое содержание книги:
La comtesse regarda le duc sur ce mot, et elle le regarda comme font les femmes, c�est-�-dire avec des yeux � qui rien n��chappe; elle ne vit que deux fronts courb�s respectueusement, et deux figures qui remont�rent calmes et sereines apr�s le salut.
� Je sais, r�pondit madame du Barry, que vous aimez M. le duc, mar�chal; vous �tes mon ami. Je prierai monsieur, par d�f�rence pour son oncle, de l�imiter en tout ce que son oncle fera d�agr�able pour moi.
� C�est la conduite que je me suis trac�e � l�avance, madame, r�pondit le duc d�Aiguillon avec une r�v�rence nouvelle.
� Vous avez bien souffert en Bretagne? dit la comtesse.
� Oui, madame, et je ne suis pas au bout, r�pondit d�Aiguillon.
� Je crois que si, monsieur; d�ailleurs, voil� M. de Richelieu qui va vous aider puissamment.
D�Aiguillon regarda Richelieu comme surpris.
� Ah! fit la comtesse, je vois que le mar�chal n�a pas encore eu le temps de causer avec vous; c�est tout simple, vous arrivez de voyage. Eh bien, vous devez avoir cent choses � vous dire, je vous laisse, mar�chal. Monsieur le duc, vous �tes ici chez vous.
La comtesse, � ces mots, se retira.
Mais elle avait un projet. La comtesse n�alla pas bien loin. Derri�re le boudoir, un grand cabinet s�ouvrait o� le roi souvent, lorsqu�il venait � Luciennes, aimait � s�asseoir au milieu des chinoiseries de toute esp�ce. Il pr�f�rait ce cabinet au boudoir, parce que, de ce cabinet, on entendait tout ce qui se disait dans la chambre voisine.
Madame du Barry �tait donc s�re d�entendre de l� toute la conversation du duc et de son neveu. C�est de l� qu�elle allait se former sur ce dernier une opinion irr�vocable.
Mais le duc ne fut pas dupe, il connaissait une grande partie des secrets de chaque localit� royale ou minist�rielle. �couter pendant que l�on parlait �tait un de ses moyens, parler pendant qu�on �coutait �tait une de ses ruses.
Il r�solut donc, tout chaud encore de l�accueil que venait de faire madame du Barry � d�Aiguillon, il r�solut de pousser jusqu�au bout la veine et d�indiquer, � la favorite, sous b�n�fice de son absence suppos�e, tout un plan de petit bonheur secret et de grande puissance compliqu�e d�intrigues, double app�t auquel une jolie femme, et surtout une femme de cour, ne r�siste presque jamais.
Il fit asseoir le duc et lui dit:
� Vous voyez, duc, je suis install� ici.
� Oui, monsieur, je le vois.
� J�ai eu le bonheur de gagner la faveur de cette charmante femme qu�on regarde ici comme reine, et qui l�est de fait.
D�Aiguillon s�inclina.
� Je vous dis, duc, poursuivit Richelieu, ce que je n�ai pu vous apprendre comme �a en pleine rue, c�est que madame du Barry m�a promis un portefeuille.
� Ah! fit d�Aiguillon, cela vous est bien d�, monsieur.
� Je ne sais pas si cela m�est d�, mais cela m�arrive, un peu tard, il est vrai. Enfin, cas� comme je le serai, je vais m�occuper de vous, d�Aiguillon.
� Merci, monsieur le duc; vous �tes un bon parent, j�en ai eu plus d�une preuve.
� Vous n�avez rien en vue, d�Aiguillon?
� Absolument rien, sinon de n��tre pas d�grad� de mon titre de duc et pair, comme le demandent messieurs du parlement.
� Vous avez des soutiens quelque part?
� Moi? Pas un.
� Vous fussiez donc tomb� sans la circonstance pr�sente?
� Tout � plat, monsieur le duc.
� Ah ��! mais, vous parlez comme un philosophe� Que diable, aussi, c�est que je te rudoie, mon pauvre d�Aiguillon, et que je te parle en ministre plut�t qu�en oncle.
� Mon oncle, votre bont� me p�n�tre de reconnaissance.
� Si je t�ai fait venir de l�-bas et si vite, tu comprends bien que c�est pour te faire jouer ici un beau r�le� Voyons, as-tu bien r�fl�chi parfois � celui qu�a jou� pendant dix ans M. de Choiseul?
� Oui, certes, il �tait beau.
� Beau! entendons-nous, beau lorsque avec madame de Pompadour il gouvernait le roi et faisait exiler les j�suites; triste, fort triste, lorsque s��tant brouill� comme un sot avec madame du Barry, qui vaut cent Pompadour, il s�est fait mettre � la porte en vingt-quatre heures� Tu ne r�ponds pas.
� J��coute, monsieur, et je cherche o� vous voulez en venir.
� Tu l�aimes, n�est-ce pas, ce premier r�le de Choiseul?
� Mais certainement; il �tait agr�able.
� Eh bien, mon cher ami, ce r�le, j�ai d�cid� que je le jouerais.
D�Aiguillon se tourna brusquement vers son oncle.
� Vous parlez s�rieusement? dit-il.
� Mais oui; pourquoi pas?
� Vous serez l�amant de madame du Barry?
� Ah! diable! tu vas trop vite; cependant, je vois que tu m�as compris. Oui, Choiseul �tait bien heureux, il gouvernait le roi et gouvernait sa ma�tresse; il aimait, dit-on, madame de Pompadour� Au fait, pourquoi pas?� Eh bien, non, je ne puis �tre l�amant aim�, ton froid sourire me le dit bien: tu regardes avec tes jeunes yeux mon front rid�, mes genoux cagneux et ma main s�che, qui fut si belle. Au lieu de dire, en parlant de Choiseuclass="underline" �Je le jouerai�, j�aurais donc d� dire: �Nous le jouerons.�
� Mon oncle!
� Non, je ne puis �tre aim� d�elle, je le sais; pourtant je te le dis� et sans crainte, parce qu�elle ne peut le savoir, j�aimerais cette femme par-dessus tout� mais�
D�Aiguillon fron�a le sourcil.
� Mais, continua-t-il, j�ai fait un plan superbe; ce r�le, que mon �ge me rend impossible, je le d�doublerai.
� Ah! ah! fit d�Aiguillon.
� Quelqu�un des miens, dit Richelieu, aimera madame du Barry� Parbleu! la belle affaire� une femme accomplie.
Et Richelieu haussa la voix.
� Ce n�est pas Fronsac, tu comprends: un malheureux d�g�n�r�, un sot, un l�che, un fripon, un croquant� Voyons, duc, sera-ce toi?
� Moi? s��cria d�Aiguillon. �tes-vous fou, mon oncle?
� Fou? Quoi! tu n�es pas d�j� aux pieds de celui qui te donne ce conseil! quoi! tu ne fonds pas de joie, tu ne br�les pas de reconnaissance! quoi! � la fa�on dont elle t�a re�u, tu n�es pas d�j� �pris� enrag� d�amour?� Allons, allons, s��cria le vieux mar�chal, depuis Alcibiade, il n�y a eu qu�un Richelieu au monde, il n�y en aura plus� Je vois bien cela.
� Mon oncle, r�pliqua le duc avec une agitation, soit feinte, et en ce cas elle �tait admirablement jou�e, soit r�elle, car la proposition �tait nette, mon oncle, je con�ois tout le parti que vous pourriez tirer de la position dont vous me parlez; vous gouverneriez avec l�autorit� de M. de Choiseul, et je serais l�amant qui vous constituerait cette autorit�. Oui, le plan est digne de l�homme le plus spirituel de la France; mais vous n�avez oubli� qu�une chose en le faisant.
� Quoi donc?� s��cria Richelieu avec inqui�tude; n�aimerais-tu pas madame du Barry? Est-ce cela?� Fou! triple fou! malheureux! est-ce cela?
� Oh! non, ce n�est pas cela, mon oncle, s��cria d�Aiguillon, comme s�il e�t su que pas une de ses paroles ne devait �tre perdue; madame du Barry, que je connais � peine, m�a sembl� �tre la plus belle et la plus charmante des femmes. J�aimerais, au contraire, �perdument madame du Barry, je l�aimerais trop: ce n�est pas l� la question.
� O� est-elle donc, la question?
� Ici, monsieur le duc: madame du Barry ne m�aimera jamais, et la premi�re condition d�une alliance pareille, c�est l�amour. Comment voulez-vous qu�au milieu de cette cour brillante, au sein des hommages d�une jeunesse fertile en beaut�s de tout genre, comment voulez-vous que la belle comtesse aille distinguer pr�cis�ment celui qui n�a aucun m�rite, celui qui d�j� n�est plus jeune et que les chagrins accablent, celui qui se cache � tous les yeux, parce qu�il sent que bient�t il va dispara�tre? Mon oncle, si j�avais connu madame du Barry au temps de ma jeunesse et de ma beaut�, alors que les femmes aimaient en moi tout ce qu�on aime dans un jeune homme, elle aurait pu me garder � l��tat de souvenir. C�est beaucoup; mais rien� ni pass�, ni pr�sent, ni avenir. Mon oncle, il faut renoncer � cette chim�re; seulement, vous m�avez perc� le c�ur en me la pr�sentant si douce et si dor�e.
Pendant cette tirade, d�bit�e avec un feu que Mol� e�t envi�, que Lekain e�t jug� digne d��tude, Richelieu se mordait les l�vres en se disant tout bas: