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Joseph Balsamo. Tome III - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Joseph Balsamo. Tome III

Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome III». Краткое содержание книги:

Les «Mémoires d’un médecin» est une suite romanesque qui a pour cadre la Révolution Française et qui comprend «Joseph Balsamo», «le Collier de la reine», «Ange Pitou» et la «Comtesse de Charny». Cette grande fresque, très intéressante sur le plan historique, captivante par son récit, a une grande force inventive et une portée symbolique certaine.
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La comtesse regarda le duc sur ce mot, et elle le regarda comme font les femmes, c�est-�-dire avec des yeux � qui rien n��chappe; elle ne vit que deux fronts courb�s respectueusement, et deux figures qui remont�rent calmes et sereines apr�s le salut.

� Je sais, r�pondit madame du Barry, que vous aimez M. le duc, mar�chal; vous �tes mon ami. Je prierai monsieur, par d�f�rence pour son oncle, de l�imiter en tout ce que son oncle fera d�agr�able pour moi.

� C�est la conduite que je me suis trac�e � l�avance, madame, r�pondit le duc d�Aiguillon avec une r�v�rence nouvelle.

� Vous avez bien souffert en Bretagne? dit la comtesse.

� Oui, madame, et je ne suis pas au bout, r�pondit d�Aiguillon.

� Je crois que si, monsieur; d�ailleurs, voil� M. de Richelieu qui va vous aider puissamment.

D�Aiguillon regarda Richelieu comme surpris.

� Ah! fit la comtesse, je vois que le mar�chal n�a pas encore eu le temps de causer avec vous; c�est tout simple, vous arrivez de voyage. Eh bien, vous devez avoir cent choses � vous dire, je vous laisse, mar�chal. Monsieur le duc, vous �tes ici chez vous.

La comtesse, � ces mots, se retira.

Mais elle avait un projet. La comtesse n�alla pas bien loin. Derri�re le boudoir, un grand cabinet s�ouvrait o� le roi souvent, lorsqu�il venait � Luciennes, aimait � s�asseoir au milieu des chinoiseries de toute esp�ce. Il pr�f�rait ce cabinet au boudoir, parce que, de ce cabinet, on entendait tout ce qui se disait dans la chambre voisine.

Madame du Barry �tait donc s�re d�entendre de l� toute la conversation du duc et de son neveu. C�est de l� qu�elle allait se former sur ce dernier une opinion irr�vocable.

Mais le duc ne fut pas dupe, il connaissait une grande partie des secrets de chaque localit� royale ou minist�rielle. �couter pendant que l�on parlait �tait un de ses moyens, parler pendant qu�on �coutait �tait une de ses ruses.

Il r�solut donc, tout chaud encore de l�accueil que venait de faire madame du Barry � d�Aiguillon, il r�solut de pousser jusqu�au bout la veine et d�indiquer, � la favorite, sous b�n�fice de son absence suppos�e, tout un plan de petit bonheur secret et de grande puissance compliqu�e d�intrigues, double app�t auquel une jolie femme, et surtout une femme de cour, ne r�siste presque jamais.

Il fit asseoir le duc et lui dit:

� Vous voyez, duc, je suis install� ici.

� Oui, monsieur, je le vois.

� J�ai eu le bonheur de gagner la faveur de cette charmante femme qu�on regarde ici comme reine, et qui l�est de fait.

D�Aiguillon s�inclina.

� Je vous dis, duc, poursuivit Richelieu, ce que je n�ai pu vous apprendre comme �a en pleine rue, c�est que madame du Barry m�a promis un portefeuille.

� Ah! fit d�Aiguillon, cela vous est bien d�, monsieur.

� Je ne sais pas si cela m�est d�, mais cela m�arrive, un peu tard, il est vrai. Enfin, cas� comme je le serai, je vais m�occuper de vous, d�Aiguillon.

� Merci, monsieur le duc; vous �tes un bon parent, j�en ai eu plus d�une preuve.

� Vous n�avez rien en vue, d�Aiguillon?

� Absolument rien, sinon de n��tre pas d�grad� de mon titre de duc et pair, comme le demandent messieurs du parlement.

� Vous avez des soutiens quelque part?

� Moi? Pas un.

� Vous fussiez donc tomb� sans la circonstance pr�sente?

� Tout � plat, monsieur le duc.

� Ah ��! mais, vous parlez comme un philosophe� Que diable, aussi, c�est que je te rudoie, mon pauvre d�Aiguillon, et que je te parle en ministre plut�t qu�en oncle.

� Mon oncle, votre bont� me p�n�tre de reconnaissance.

� Si je t�ai fait venir de l�-bas et si vite, tu comprends bien que c�est pour te faire jouer ici un beau r�le� Voyons, as-tu bien r�fl�chi parfois � celui qu�a jou� pendant dix ans M. de Choiseul?

� Oui, certes, il �tait beau.

� Beau! entendons-nous, beau lorsque avec madame de Pompadour il gouvernait le roi et faisait exiler les j�suites; triste, fort triste, lorsque s��tant brouill� comme un sot avec madame du Barry, qui vaut cent Pompadour, il s�est fait mettre � la porte en vingt-quatre heures� Tu ne r�ponds pas.

� J��coute, monsieur, et je cherche o� vous voulez en venir.

� Tu l�aimes, n�est-ce pas, ce premier r�le de Choiseul?

� Mais certainement; il �tait agr�able.

� Eh bien, mon cher ami, ce r�le, j�ai d�cid� que je le jouerais.

D�Aiguillon se tourna brusquement vers son oncle.

� Vous parlez s�rieusement? dit-il.

� Mais oui; pourquoi pas?

� Vous serez l�amant de madame du Barry?

� Ah! diable! tu vas trop vite; cependant, je vois que tu m�as compris. Oui, Choiseul �tait bien heureux, il gouvernait le roi et gouvernait sa ma�tresse; il aimait, dit-on, madame de Pompadour� Au fait, pourquoi pas?� Eh bien, non, je ne puis �tre l�amant aim�, ton froid sourire me le dit bien: tu regardes avec tes jeunes yeux mon front rid�, mes genoux cagneux et ma main s�che, qui fut si belle. Au lieu de dire, en parlant de Choiseuclass="underline" �Je le jouerai�, j�aurais donc d� dire: �Nous le jouerons.�

� Mon oncle!

� Non, je ne puis �tre aim� d�elle, je le sais; pourtant je te le dis� et sans crainte, parce qu�elle ne peut le savoir, j�aimerais cette femme par-dessus tout� mais�

D�Aiguillon fron�a le sourcil.

� Mais, continua-t-il, j�ai fait un plan superbe; ce r�le, que mon �ge me rend impossible, je le d�doublerai.

� Ah! ah! fit d�Aiguillon.

� Quelqu�un des miens, dit Richelieu, aimera madame du Barry� Parbleu! la belle affaire� une femme accomplie.

Et Richelieu haussa la voix.

� Ce n�est pas Fronsac, tu comprends: un malheureux d�g�n�r�, un sot, un l�che, un fripon, un croquant� Voyons, duc, sera-ce toi?

� Moi? s��cria d�Aiguillon. �tes-vous fou, mon oncle?

� Fou? Quoi! tu n�es pas d�j� aux pieds de celui qui te donne ce conseil! quoi! tu ne fonds pas de joie, tu ne br�les pas de reconnaissance! quoi! � la fa�on dont elle t�a re�u, tu n�es pas d�j� �pris� enrag� d�amour?� Allons, allons, s��cria le vieux mar�chal, depuis Alcibiade, il n�y a eu qu�un Richelieu au monde, il n�y en aura plus� Je vois bien cela.

� Mon oncle, r�pliqua le duc avec une agitation, soit feinte, et en ce cas elle �tait admirablement jou�e, soit r�elle, car la proposition �tait nette, mon oncle, je con�ois tout le parti que vous pourriez tirer de la position dont vous me parlez; vous gouverneriez avec l�autorit� de M. de Choiseul, et je serais l�amant qui vous constituerait cette autorit�. Oui, le plan est digne de l�homme le plus spirituel de la France; mais vous n�avez oubli� qu�une chose en le faisant.

� Quoi donc?� s��cria Richelieu avec inqui�tude; n�aimerais-tu pas madame du Barry? Est-ce cela?� Fou! triple fou! malheureux! est-ce cela?

� Oh! non, ce n�est pas cela, mon oncle, s��cria d�Aiguillon, comme s�il e�t su que pas une de ses paroles ne devait �tre perdue; madame du Barry, que je connais � peine, m�a sembl� �tre la plus belle et la plus charmante des femmes. J�aimerais, au contraire, �perdument madame du Barry, je l�aimerais trop: ce n�est pas l� la question.

� O� est-elle donc, la question?

� Ici, monsieur le duc: madame du Barry ne m�aimera jamais, et la premi�re condition d�une alliance pareille, c�est l�amour. Comment voulez-vous qu�au milieu de cette cour brillante, au sein des hommages d�une jeunesse fertile en beaut�s de tout genre, comment voulez-vous que la belle comtesse aille distinguer pr�cis�ment celui qui n�a aucun m�rite, celui qui d�j� n�est plus jeune et que les chagrins accablent, celui qui se cache � tous les yeux, parce qu�il sent que bient�t il va dispara�tre? Mon oncle, si j�avais connu madame du Barry au temps de ma jeunesse et de ma beaut�, alors que les femmes aimaient en moi tout ce qu�on aime dans un jeune homme, elle aurait pu me garder � l��tat de souvenir. C�est beaucoup; mais rien� ni pass�, ni pr�sent, ni avenir. Mon oncle, il faut renoncer � cette chim�re; seulement, vous m�avez perc� le c�ur en me la pr�sentant si douce et si dor�e.

Pendant cette tirade, d�bit�e avec un feu que Mol� e�t envi�, que Lekain e�t jug� digne d��tude, Richelieu se mordait les l�vres en se disant tout bas:

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