Joseph Balsamo. Tome III
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #3
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome III». Краткое содержание книги:
� Est-ce que le dr�le a devin� que la comtesse nous �coutait? Peste! qu�il est adroit! C�est un ma�tre. En ce cas, prenons garde � lui!
Il avait raison, Richelieu; la comtesse �coutait, et chacune des paroles de d�Aiguillon lui �tait entr� bien avant dans le c�ur; elle buvait � longs traits le charme de cet aveu, elle savourait l�exquise d�licatesse de celui qui, m�me avec un confident intime, n�avait pas trahi le secret de la liaison pass�e, de peur de jeter une ombre sur un portrait encore aim� peut-�tre.
� Ainsi, tu me refuses? dit Richelieu.
� Oh! pour cela, oui, mon oncle; car, malheureusement, je vois la chose impossible.
� Essaie au moins, malheureux!
� Et comment?
� Te voici des n�tres � tu verras la comtesse tous les jours: plais-lui, morbleu!
� Avec un but int�ress�?� Non, non!� Si j�avais le malheur de lui plaire, avec cette am�re pens�e, je m�enfuirais tout au bout du monde, car j�aurais honte de moi-m�me.
Richelieu se gratta encore le menton.
� La chose est faite, se dit-il, ou d�Aiguillon est un sot.
Tout � coup, on entendit un bruit dans les cours, et quelques voix cri�rent: �Le roi!�
� Diable! s��cria Richelieu, le roi ne doit pas me voir ici, je me sauve.
� Mais moi? dit le duc.
� Toi, c�est diff�rent, il faut qu�il te voie. Reste� reste� et, pour Dieu, ne jette pas le manche apr�s la cogn�e.
Cela dit, Richelieu se d�roba par le petit escalier, en disant au duc:
� � demain!
Chapitre 88. La part du roi
Le duc d�Aiguillon, rest� seul, se retrouva d�abord assez embarrass�. Il avait parfaitement compris tout ce que lui disait son oncle, parfaitement compris que madame du Barry l��coutait, parfaitement compris enfin que, pour un homme d�esprit, il s�agissait, en cette occurrence, d��tre un homme de c�ur, et de jouer seul la partie dans laquelle le vieux duc cherchait � se faire un associ�.
L�arriv�e du roi interrompit fort heureusement l�explication qui e�t forc�ment r�sult� de la contenance toute puritaine de M. d�Aiguillon.
Le mar�chal n��tait pas homme � demeurer longtemps dupe, et surtout � faire briller d�un �clat exag�r� la vertu d�un autre aux d�pens de la sienne.
Mais, �tant rest� seul, d�Aiguillon eut le temps de r�fl�chir.
Le roi arrivait en effet. D�j� ses pages avaient ouvert la porte de l�antichambre, et Zamore s��lan�ait vers le monarque en lui demandant des bonbons, touchante familiarit� que, dans ses moments de sombre humeur, Louis XV payait d�une nasarde ou d�un frottement d�oreilles fort d�sagr�ables au jeune Africain.
Le roi s�installa dans le cabinet des chinoiseries, et, ce qui convainquit d�Aiguillon que madame du Barry n�avait pas perdu un mot de la conversation avec son oncle, c�est que lui, d�Aiguillon, entendit parfaitement, d�s les premiers mots, l�entretien du roi avec la comtesse.
Sa Majest� paraissait fatigu�e comme un homme qui aurait lev� un poids immense. Atlas �tait moins impotent apr�s sa journ�e faite, quand il avait tenu le ciel douze heures sur ses �paules.
Louis XV se fit remercier, applaudir, caresser par sa ma�tresse; il se fit raconter tout le contrecoup du renvoi de M. de Choiseul, et cela le divertit beaucoup.
Alors madame du Barry se hasarda. Il �tait temps, beau temps pour la politique, et, d�ailleurs, elle se sentait brave � remuer une des quatre parties du monde.
� Sire, dit-elle, vous avez d�truit, c�est bien; vous avez d�moli, c�est superbe; mais, � pr�sent, il s�agit de reb�tir.
� Oh! c�est fait, dit le roi n�gligemment.
� Vous avez un minist�re?
� Oui.
� Comme �a, tout d�un coup, sans respirer?
� Voil�-t-il de mes gens sans cervelle� Oh! femme que vous �tes! Avant de chasser son cuisinier, comme vous disiez l�autre jour, est-ce qu�on n�en arr�te pas un nouveau?
� Redites-moi encore que vous avez compos� le cabinet.
Le roi se souleva sur le vaste sofa o� il s��tait couch� plut�t qu�assis, usant pour coussin principal des �paules de la belle comtesse.
� On penserait, Jeannette, lui dit-il, � vous entendre vous inqui�ter, que vous connaissez mon minist�re pour le bl�mer, et que vous en avez un � me proposer.
� Mais�, dit la comtesse, ce n�est pas si absurde, cela.
� Vraiment?� vous avez un minist�re?
� Vous en avez bien un, vous! r�pliqua-t-elle.
� Oh! moi, c�est mon �tat, comtesse. Voyons un peu vos candidats�
� Non pas! Dites-moi les v�tres.
� Je le veux bien, pour vous donner l�exemple.
� � la Marine, d�abord, o� �tait ce cher M. de Praslin?
� Ah! du nouveau, comtesse; un homme charmant, qui n�a jamais vu la mer.
� Allons donc!
� D�honneur! ceci est une invention magnifique. Je vais me rendre tr�s populaire, et on va me couronner dans les deux mers, en effigie, s�entend.
� Mais qui, sire? qui donc?
� Gageons qu�en mille vous ne devinez pas.
� Un homme dont le choix vous rend populaire?� Ma foi, non.
� Un homme du parlement, ma ch�re� Un premier pr�sident du parlement de Besan�on.
� M. de Boynes?
� Lui-m�me� Peste! comme vous �tes savante!� Vous connaissez ces gens-l�?
� Il le faut bien, vous me parlez parlement toute la journ�e. Ah ��! mais cet homme-l� ne sait pas ce que c�est qu�un aviron.
� Tant mieux. M. de Praslin savait trop bien son �tat, et il m�a co�t� trop cher avec ses constructions navales.
� Mais aux Finances, sire?
� Oh! pour les Finances, c�est diff�rent; je choisis un homme sp�cial.
� Un financier?
� Non� un militaire. Il y a trop longtemps que les financiers me grugent.
� Mais � la Guerre, grand Dieu?
� Tranquillisez-vous, j�y mets un financier. Terray; c�est un �plucheur de comptes; il va trouver des erreurs dans toutes les additions de M. de Choiseul. Je vous dirai que j�avais eu l�id�e de prendre pour la guerre un homme merveilleux, un pur, comme ils disent; c��tait pour plaire aux philosophes.
� Bon! qui donc? Voltaire?
� Presque� le chevalier du Muy� Un Caton.
� Ah! mon Dieu! vous m��pouvantez.
� C��tait fait� J�avais fait venir l�homme, ses provisions �taient sign�es; il m�avait remerci�, lorsque mon bon ou mon mauvais g�nie, d�cidez, comtesse, me pousse � lui dire de venir ce soir � Luciennes, souper et causer.
� Fi! l�horreur!
� Eh bien, comtesse, voil� pr�cis�ment ce que du Muy m�a r�pondu.
� Il vous a dit cela?
� En d�autres termes, comtesse; mais enfin il m�a dit que servir le roi �tait son plus ardent d�sir, mais que, pour servir madame du Barry, c��tait impossible.
� Eh bien, il est joli, votre philosophe!
� Vous comprenez ma r�ponse, comtesse, je lui ai tendu la main� pour qu�il me rend�t son brevet, que j�ai mis en pi�ces avec un fort patient sourire, et le chevalier a disparu. Louis XIV pourtant e�t fait pourrir ce gaillard-l� dans un des vilains trous de la Bastille; mais je suis Louis XV, et j�ai un parlement qui me donne le fouet, au lieu que ce soit moi qui donne le fouet au parlement. Voil�.
� C�est �gal, sire, dit la comtesse en couvrant de baisers son royal amant, vous �tes un homme accompli.
� Ce n�est pas ce que tout le monde dira. Terray est ex�cr�.
� Qui ne l�est pas?� Et aux affaires �trang�res?
� Ce brave Bertin, que vous connaissez.
� Non.
� Alors que vous ne connaissez pas.
� Mais, dans tout cela, je ne vois pas un seul bon ministre, moi.
� Soit; dites-moi les v�tres.
� Je n�en dirai qu�un.
� Vous ne le dites pas; vous avez peur.
� Le mar�chal.
� Quel mar�chal? fit le roi avec une grimace.
� Le duc de Richelieu.
� Ce vieillard? cette poule mouill�e?
� Bon! le vainqueur de Mahon, une poule mouill�e!
� Un vieux paillard�
� Sire, votre compagnon.
� Un homme immoral, qui fait fuir toutes les femmes.
� Que voulez-vous! c�est depuis qu�il ne court plus apr�s elles.
� Ne me parlez jamais de Richelieu, c�est ma b�te noire; ce vainqueur de Mahon m�a men� dans tous les tripots de Paris�; on nous chansonnait. Non pas, non pas! Richelieu! oh! rien que le nom me met hors de moi.