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Joseph Balsamo. Tome III - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Joseph Balsamo. Tome III

Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome III». Краткое содержание книги:

Les «Mémoires d’un médecin» est une suite romanesque qui a pour cadre la Révolution Française et qui comprend «Joseph Balsamo», «le Collier de la reine», «Ange Pitou» et la «Comtesse de Charny». Cette grande fresque, très intéressante sur le plan historique, captivante par son récit, a une grande force inventive et une portée symbolique certaine.
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Il va sans dire que les deux premi�res classes de visiteurs �taient plus favorablement accueillies que la derni�re.

Lorenza, questionn�e par un huissier, ne r�pondit rien sinon ces mots:

� �tes-vous M. de Sartine?

L�huissier fut fort �tonn� que l�on p�t confondre son habit noir et sa cha�ne d�acier avec l�habit brod� et la perruque nuageuse du lieutenant de police; mais, comme un lieutenant ne se f�che jamais d��tre appel� capitaine, comme il reconnut un accent �tranger dans les paroles de cette femme, comme son �il ferme et assur� n��tait pas celui d�une folle, il fut convaincu que la visiteuse apportait quelque chose d�important dans ce coffret qu�elle serrait avec tant de soin et de force sous son bras.

Cependant, comme M. de Sartine �tait un homme prudent et ombrageux, comme quelques pi�ges lui avaient d�j� �t� tendus avec des app�ts non moins attrayants que ceux de la belle Italienne, on faisait autour de lui bonne garde.

Lorenza subit donc les investigations, les interrogatoires et les soup�ons d�une demi-douzaine de secr�taires et de valets.

Le r�sultat de toutes ces demandes et de toutes ces r�ponses fut que M. de Sartine n��tait point rentr� et qu�il fallait que Lorenza attend�t.

Alors, la jeune femme se renferma dans un sombre silence, et laissa errer les yeux sur les murailles nues de la vaste antichambre.

Enfin, le bruit d�une sonnette retentit; une voiture roula dans la cour, et un second huissier vint annoncer � Lorenza que M. de Sartine l�attendait.

Lorenza se leva et traversa deux salles pleines de gens � figures suspectes et � costumes encore plus �tranges que le sien; enfin, elle fut introduite dans un grand cabinet de forme octogone, �clair� par une quantit� de bougies.

Un homme de cinquante � cinquante-cinq ans, en robe de chambre, coiff� d�une perruque �norme, toute moelleuse de poudre et de frisure, travaillait assis devant un meuble de forme haute, dont la partie sup�rieure, semblable � une armoire, �tait form�e de deux panneaux de glaces dans lesquelles le travailleur voyait sans se d�ranger ceux qui p�n�traient dans son cabinet, et pouvait �tudier leur visage avant qu�ils eussent eu le temps de le composer sur le sien.

La partie inf�rieure de ce meuble formait secr�taire; une quantit� de tiroirs en bois de rose le garnissaient au fond, chacun des tiroirs fermant par la combinaison des lettres de l�alphabet. M. de Sartine serrait l� les papiers et les chiffres que nul de son vivant ne pouvait lire, car le meuble s�ouvrait pour lui seul, et que nul apr�s sa mort n�eut pu d�chiffrer, � moins que, dans quelque tiroir plus secret encore que les autres, il n�e�t trouv� le secret du chiffre.

Ce secr�taire, ou plut�t cette armoire, sous les glaces de sa partie sup�rieure, renfermait douze tiroirs �galement clos par un m�canisme invisible; ce meuble, construit expr�s par le r�gent pour renfermer des secrets chimiques ou politiques, avait �t� donn� par le prince � Dubois, et laiss� par Dubois � M. Dombreval, lieutenant de police; c�est de ce dernier que M. de Sartine tenait le meuble et le secret; toutefois, M. de Sartine n�avait consenti � s�en servir qu�apr�s la mort du donateur, et encore avait-il fait changer toutes les dispositions de la serrurerie.

Ce meuble avait quelque r�putation de par le monde, et fermait trop bien, disait-on, pour que M. de Sartine n�y renferm�t que ses perruques.

Les frondeurs, et il y en avait bon nombre � cette �poque, disaient que, si on avait pu lire � travers les panneaux de ce meuble, on e�t bien certainement trouv� dans un de ses tiroirs ces fameux trait�s en vertu desquels Sa Majest� Louis XV agiotait sur les bl�s, par l�interm�diaire de son agent d�vou�, M. de Sartine.

M. le lieutenant de police vit donc dans la glace en biseau se refl�ter la p�le et s�rieuse figure de Lorenza, qui s�avan�ait vers lui son coffret sous le bras.

Au milieu du cabinet, la jeune femme s�arr�ta. Ce costume, cette figure, cette d�marche frapp�rent le lieutenant.

� Qui �tes-vous? demanda-t-il sans se retourner, mais en regardant dans la glace; que me voulez-vous?

� Suis-je, r�pondit Lorenza, devant M. de Sartine, lieutenant de police?

� Oui, r�pondit bri�vement celui-ci.

� Qui me l�affirme?

M. de Sartine se retourna.

� Sera-ce une preuve pour vous que je suis l�homme que vous cherchez, dit-il, si je vous envoie en prison?

Lorenza ne r�pliqua point.

Seulement, elle regarda autour d�elle avec cette inexprimable dignit� des femmes de son pays, pour chercher le si�ge que M. de Sartine ne lui offrait pas.

Il fut vaincu par ce seul regard, car c��tait un homme assez bien �lev� que M. le comte d�Alby de Sartine.

� Asseyez-vous, dit-il brusquement.

Lorenza tira un fauteuil � elle et s�assit.

� Parlez vite, fit le magistrat. Voyons, que voulez-vous?

� Monsieur, dit la jeune femme, je viens me mettre sous votre protection.

M. de Sartine la regarda de ce regard narquois qui lui �tait particulier.

� Ah! ah! fit-il.

� Monsieur, continua Lorenza, j�ai �t� enlev�e � ma famille et soumise, par un mariage menteur, � un homme qui, depuis trois ans, m�opprime et me fait mourir de douleur.

M. de Sartine regarda cette noble physionomie, et se sentit remu� par cette voix d�un accent si doux, qu�on e�t dit un chant.

� De quel pays �tes-vous? demanda-t-il.

� Romaine.

� Comment vous appelez-vous?

� Lorenza.

� Lorenza qui?

� Lorenza Feliciani.

� Je ne connais pas cette famille-l�. �tes-vous demoiselle?

Demoiselle, on le sait, signifiait, � cette �poque, fille de qualit�. De nos jours, une femme se trouve assez noble du moment o� elle se marie; elle ne tient plus qu�� �tre appel�e madame.

� Je suis demoiselle, dit Lorenza.

� Apr�s? Vous demandez?�

� Eh bien! je demande justice de cet homme qui m�a incarc�r�e, s�questr�e.

� Cela ne me regarde pas, dit le lieutenant de police; vous �tes sa femme.

� Il le dit, du moins.

� Comment, il le dit?

� Oui; mais je ne m�en souviens point, moi, le mariage ayant �t� contract� pendant mon sommeil.

� Peste! vous avez le sommeil dur.

� Pla�t-il?

� Je dis que cela ne me regarde point; adressez-vous � un procureur et plaidez; je n�aime pas � me m�ler des affaires de m�nage.

Sur quoi, M. de Sartine fit de la main un geste qui signifiait: �Allez-vous-en.�

Lorenza ne bougea point.

� Eh bien? demanda M. de Sartine �tonn�.

� Je n�ai pas fini, dit-elle, et, si je viens ici, vous devez comprendre que ce n�est point pour me plaindre d�une frivolit�; c�est pour me venger. Je vous ai dit mon pays; les femmes de mon pays se vengent et ne se plaignent pas.

� C�est diff�rent, dit M. de Sartine; mais d�p�chez-vous, belle dame, mon temps est cher.

� Je vous ai dit que je venais � vous pour vous demander protection: l�aurai-je?

� Protection contre qui?

� Contre l�homme de qui je veux me venger.

� Il est donc puissant?

� Plus puissant qu�un roi.

� Voyons, expliquons-nous, ma ch�re dame� Pourquoi vous accorderais-je ma protection contre un homme, de votre avis, plus puissant que le roi, pour une action qui est peut-�tre un crime? Si vous avez � vous venger de cet homme, vengez-vous-en. Cela m�importe peu, � moi; seulement, si vous commettez un crime, je vous ferai arr�ter; apr�s quoi, nous verrons; voil� la marche.

� Non, monsieur, dit Lorenza, non, vous ne me ferez point arr�ter, car ma vengeance est d�une grande utilit� pour vous, pour le roi, pour la France. Je me venge en r�v�lant les secrets de cet homme.

� Ah! ah! cet homme a des secrets? dit M. de Sartine int�ress� malgr� lui.

� De grands secrets, monsieur.

� De quelle sorte?

� Politiques.

� Dites.

� Mais, enfin, me prot�gerez-vous, voyons?

� Quelle esp�ce de protection me demandez-vous? fit le magistrat avec un froid sourire: argent ou affection?

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