Joseph Balsamo. Tome III
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #3
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome III». Краткое содержание книги:
Richelieu se mordit une seconde fois les l�vres, mais plus fort cette fois que la premi�re.
� Eh bien, si j�ai pens� � cela, dr�lesse, j�ai aussi pens� � pr�venir l��v�nement.
� Et comment emp�cherez-vous que mademoiselle m�appelle?
� En l�emp�chant de s��veiller.
� Bah! elle s��veille dix fois par nuit; impossible.
� Elle a donc la m�me maladie que moi? dit Richelieu avec calme.
� Que vous? r�p�ta Nicole en riant.
� Sans doute, puisque je me r�veille dix fois aussi, moi. Seulement, je rem�die � ces insomnies. Elle fera comme moi; et, si elle ne le fait pas, tu le feras pour elle, toi.
� Voyons, dit Nicole, comment cela, je vous prie, monseigneur?
� Que prend ta ma�tresse, chaque soir, avant de se coucher?
� Ce qu�elle prend?
� Oui; c�est la mode aujourd�hui de pr�venir ainsi la soif: les uns prennent de l�orangeade ou de l�eau de limon, les autres de l�eau de m�lisse, les autres�
� Mademoiselle ne boit, le soir, avant de se coucher, qu�un verre d�eau pure, quelquefois sucr�e et parfum�e avec de la fleur d�oranger, si ses nerfs sont malades.
� Oh! merveille, dit Richelieu, c�est comme moi; eh bien, mon rem�de va lui convenir parfaitement.
� Comment cela?
� Sans doute, je verse une certaine goutte de certaine liqueur dans ma boisson et je dors toute la nuit.
Nicole cherchait, r�vait � quoi pouvait aboutir cette diplomatie du mar�chal.
� Tu ne r�ponds pas? dit-il.
� Je pense que mademoiselle n�a pas de votre eau.
� Je t�en donnerai.
� Ah! ah! pensa Nicole, qui voyait enfin une lumi�re dans cette nuit.
� Tu en verseras deux gouttes dans le verre de ta ma�tresse, deux gouttes, entends-tu? pas plus, pas moins, et elle dormira; de sorte qu�elle ne t�appellera pas et que, par cons�quent, tu auras le temps de fuir.
� Oh! s�il n�y a que cela � faire, ce n�est point difficile.
� Tu verseras donc ces deux gouttes?
� Certainement.
� Tu me le promets?
� Mais, dit Nicole, il me semble que c�est mon int�r�t de les verser; et puis, d�ailleurs, j�enfermerai si bien mademoiselle�
� Non pas, dit vivement Richelieu. Voil� justement ce qu�il ne faut pas que tu fasses. Tu laisseras, au contraire, la porte de sa chambre ouverte.
� Ah! fit Nicole avec une explosion tout int�rieure.
Elle avait compris. Richelieu le sentit bien.
� C�est tout? demanda-t-elle.
� Absolument tout. Maintenant, tu peux aller dire � ton exempt de faire ses malles.
� Malheureusement, monseigneur, je n�aurai pas besoin de lui dire de prendre sa bourse.
� Tu sais bien que c�est moi que cela regarde.
� Oui, je me rappelle que monseigneur a eu la bont�
� Combien te faut-il, voyons, Nicole?
� Pourquoi faire?
� Pour verser ces deux gouttes d�eau.
� Pour verser ces deux gouttes d�eau, monseigneur, puisque vous m�assurez que je les verse dans mon int�r�t, il ne serait pas juste que vous me payassiez mon int�r�t. Mais pour laisser la porte de mademoiselle ouverte, monseigneur, oh! je vous en pr�viens, il me faut une somme ronde.
� Ach�ve, dis ton chiffre.
� Il me faut vingt mille francs, monseigneur.
Richelieu tressaillit.
� Nicole, tu iras loin, soupira-t-il.
� Il le faudra bien, monseigneur, car je commence � croire, comme vous, que l�on courra apr�s moi. Mais, avec vos vingt mille francs, je ferai du chemin.
� Va pr�venir M. de Beausire, Nicole; ensuite, je te compterai ton argent.
� Monseigneur, M. de Beausire est fort incr�dule, et il ne voudra pas croire � ce que je lui dirai, si je ne lui donne pas de preuves.
Richelieu tira de sa poche une poign�e de billets de caisse.
� Voici un acompte, dit-il, et dans cette bourse il y a cent doubles louis.
� Monseigneur fera son compte et me remettra ce qu�il me redoit quand j�aurai parl� � M. de Beausire, alors?
� Non, pardieu! je veux le faire tout de suite. Tu es une fille �conome, Nicole, cela te portera bonheur.
Et Richelieu parfit la somme promise, tant en billets de caisse qu�en louis et en demi-louis.
� L�, dit-il, est-ce bien cela?
� Je le crois, dit Nicole. Maintenant, monseigneur, il me manque la chose principale.
� La liqueur?
� Oui; monseigneur a sans doute un flacon?
� J�ai le mien que je porte toujours sur moi.
Nicole sourit.
� Et puis, dit-elle, on ferme Trianon chaque soir et je n�ai pas de clef.
� Mais, moi, j�en ai une, en ma qualit� de premier gentilhomme.
� Ah! vraiment?
� La voici.
� Comme tout cela est heureux, dit Nicole; on dirait une enfilade de miracles. Maintenant, adieu, monsieur le duc.
� Comment, adieu?
� Certainement, je ne reverrai pas monseigneur, puisque je partirai pendant le premier sommeil de mademoiselle.
� C�est juste. Adieu, Nicole.
Et Nicole, en riant sous cape, disparut dans l�obscurit� qui commen�ait � s��paissir.
� Je r�ussis encore, dit Richelieu; mais, en v�rit�, on dirait que la fortune commence � me trouver trop vieux et me sert � contre-c�ur. J�ai �t� battu par cette petite; mais qu�importe, si je rends les coups!
Chapitre 119. La fuite
Nicole �tait une fille consciencieuse: elle avait re�u l�argent de M. de Richelieu, elle l�avait re�u d�avance, il fallait r�pondre � cette confiance en le gagnant.
Elle avait donc couru droit � la grille, o� elle �tait arriv�e � sept heures quarante minutes au lieu de sept heures et demie.
Or, M. de Beausire, fa�onn� � la discipline militaire, �tait un homme exact: il attendait depuis dix minutes.
Depuis dix minutes aussi � peu pr�s, M. de Taverney avait quitt� sa fille et, M. de Taverney une fois parti, Andr�e �tait rest�e seule. Or, une fois seule, la jeune fille avait ferm� ses rideaux.
Gilbert regardait, ou plut�t, selon son habitude, d�vorait Andr�e de sa mansarde. Seulement, il e�t �t� difficile de dire si les regards qu�il fixait sur la jeune fille �tincelaient d�amour ou de haine.
Les rideaux tir�s, Gilbert n�eut plus rien � voir. En cons�quence, il regarda d�un autre c�t�.
En regardant d�un autre c�t�, il aper�ut le plumet de M. de Beausire et reconnut l�exempt, qui se promenait en sifflotant un petit air pour tromper l�ennui de l�attente.
Au bout de dix minutes, c�est-�-dire � sept heures quarante minutes, Nicole parut: elle �changea quelques mots avec M. de Beausire, lequel fit un mouvement de t�te en signe qu�il comprenait parfaitement, et s��loigna dans la direction de l�all�e creuse qui conduit au petit Trianon.
De son c�t�, Nicole retourna sur ses pas, l�g�re comme un oiseau.
� Ah! ah! fit Gilbert, monsieur l�exempt et mademoiselle la femme de chambre ont quelque chose � dire ou � faire, pour laquelle chose ils craignent les t�moins: bon!
Gilbert n��tait plus curieux au sujet de Nicole; seulement, sentant dans la jeune fille une ennemie naturelle, il cherchait � r�unir contre sa moralit� une masse de preuves avec laquelle il p�t victorieusement repousser l�attaque si Nicole l�attaquait.
Gilbert ne doutait pas que la campagne ne d�t s�ouvrir d�un moment � l�autre et, en soldat pr�voyant, il amassait des munitions de guerre.
Un rendez-vous de Nicole avec un homme, dans Trianon m�me, c��tait une de ces armes qu�un ennemi aussi intelligent que Gilbert ne pouvait n�gliger de ramasser, surtout quand on avait, comme le faisait Nicole, l�imprudence de la laisser tomber � ses pieds. Gilbert voulut en cons�quence recueillir le t�moignage des oreilles pour l�ajouter � celui des yeux, et saisir au vol quelque phrase bien compromettante qu�il p�t victorieusement braquer sur la jeune fille au moment du combat.
Il descendit donc prestement de sa mansarde, prit le couloir des cuisines et gagna le jardin par le petit escalier de la chapelle; une fois dans le jardin, Gilbert n�avait plus rien � craindre, il en connaissait tous les retraits comme un renard conna�t son fourr�.
Il se glissa donc sous les tilleuls, puis le long de l�espalier; puis il atteignit un massif qui s��levait � vingt pas de l�endroit o� il comptait retrouver Nicole.