Joseph Balsamo. Tome III
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #3
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome III». Краткое содержание книги:
Et il tendit quelques instants sa pens�e vers ce but, l�imprimant dans son cerveau comme pour lui donner plus d��lan quand elle jaillirait vers Paris; et, apr�s cette op�ration myst�rieuse, � laquelle concoururent sans doute tous les divins atomes anim�s par Dieu, ma�tre et seigneur de toutes choses, Balsamo, les dents serr�es encore, les poings crisp�s, rendit les r�nes � Dj�rid, mais sans lui faire sentir cette fois ni le genou ni l��peron.
On e�t dit que Balsamo voulait se convaincre lui-m�me.
Alors le noble coursier marcha paisiblement, selon la permission tacite que lui donnait son ma�tre, posant, avec cette d�licatesse particuli�re � sa race, un pied presque silencieux, tant il �tait l�ger, sur le pav� de la route.
Balsamo, d�ailleurs, pendant tout ce temps qui, � des regards superficiels, e�t paru perdu, Balsamo combinait tout un plan de d�fense; il l�achevait au moment o� Dj�rid touchait le pav� de S�vres.
Arriv� en face de la grille du parc, il s�arr�ta et regarda autour de lui; on e�t dit qu�il attendait quelqu�un.
En effet, presque aussit�t, un homme se d�tacha de dessous une porte coch�re et vint � lui.
� Est-ce toi, Fritz? demanda Balsamo.
� Oui, ma�tre.
� T�es-tu inform�?
� Oui.
� Madame du Barry est-elle � Paris ou � Luciennes?
� Elle est � Paris.
Balsamo leva un regard triomphant vers le ciel.
� Comment es-tu venu?
� Avec Sultan.
� O� est-il?
� Dans la cour de cette auberge.
� Tout sell�?
� Tout sell�.
� C�est bien, tiens-toi pr�t.
Fritz alla d�tacher Sultan. C��tait un de ces braves chevaux allemands, de bon caract�re, qui murmurent bien un peu dans les marches forc�es, mais qui ne vont pas moins tant qu�il reste du souffle dans leurs flancs, et de l��peron au talon de leur ma�tre.
Fritz revint vers Balsamo.
Celui-ci �crivait sous la lanterne que MM. les commis du pied fourch� tenaient allum�e toute la nuit pour leurs op�rations fiscales.
� Retourne � Paris, dit-il, et remets, quelque part qu�elle soit, ce billet � madame du Barry en personne, dit Balsamo; tu as une demi-heure pour cela; apr�s quoi, tu retourneras rue Saint-Claude, o� tu attendras la signora Lorenza, qui ne peut manquer de rentrer; tu la laisseras passer sans lui rien dire, et sans lui opposer le moindre obstacle. Va, et rappelle-toi surtout que dans une demi-heure ta commission doit �tre faite.
� C�est bien, dit Fritz; elle le sera.
Et en m�me temps qu�il faisait � Balsamo cette r�ponse rassurante, il attaquait de l��peron et du fouet Sultan, qui partit, �tonn� de cette agression inaccoutum�e, en poussant un hennissement douloureux.
Pour Balsamo, se remettant peu � peu, il prit la route ne Paris, o� il entra trois quarts d�heure apr�s, presque frais de visage, et l��il calme, ou plut�t pensif.
C�est que Balsamo avait raison: si rapide que f�t Dj�rid, ce fils hennissant du d�sert, Dj�rid �tait en retard, et sa volont� seule pouvait marcher aussi vite que Lorenza �chapp�e de sa prison.
De la rue Saint-Claude, la jeune femme avait gagn� le boulevard, et, tournant � droite, aper�u bient�t les remparts de la Bastille; mais Lorenza, toujours enferm�e, ignorait Paris: d�ailleurs, son premier but �tait de fuir la maison maudite dans laquelle elle ne voyait qu�un cachot; sa vengeance venait en second.
Elle venait donc de s�engager dans le faubourg Saint-Antoine, toute troubl�e, toute press�e, lorsqu�elle fut accost�e par un jeune homme qui la suivait depuis quelques minutes avec �tonnement.
En effet, Lorenza, Italienne des environs de Rome, ayant presque toujours v�cu d�une vie exceptionnelle, en dehors de toutes les habitudes de la mode, de tous les costumes et de tous les usages de l��poque, Lorenza s�habillait plut�t comme une femme d�Orient que comme une Europ�enne, c�est-�-dire toujours amplement, toujours somptueusement, ressemblant bien peu � ces charmantes poup�es serr�es comme des gu�pes dans un long corsage et toutes frissonnantes de soie et de mousseline, sous lesquelles on cherchait presque inutilement un corps, tant leur ambition �tait de para�tre immat�rielles.
Lorenza n�avait donc conserv� ou plut�t adopt� du costume des Fran�aises d�alors que les souliers � talons de deux pouces de haut, cette impossible chaussure qui faisait cambrer le pied, ressortir la d�licatesse des chevilles, et qui, dans ce si�cle tant soit peu mythologique, rendait la fuite impossible aux Ar�thuses poursuivies par les Alph�es.
L�Alph�e qui poursuivait notre Ar�thuse la joignit donc facilement; il avait vu ses jambes divines sous ses jupes de satin et de dentelles, ses cheveux sans poudre et ses yeux brillant d�un feu �trange sous un mantelet roul� autour de la t�te et du cou; il crut voir dans Lorenza une femme d�guis�e, soit pour quelque mascarade, soit pour quelque rendez-vous d�amour, et se rendant � pied, faute de fiacre, � quelque petite maison du faubourg.
Il s�approcha donc, et, se pla�ant � c�t� de Lorenza le chapeau � la main:
� Mon Dieu! madame, dit-il, vous ne sauriez aller loin ainsi, avec cette chaussure qui retarde votre marche; voulez-vous accepter mon bras jusqu�� ce que nous trouvions une voiture, et j�aurai l�honneur de vous accompagner o� vous allez.
Lorenza tourna la t�te avec brusquerie, regarda de son �il noir et profond celui qui lui faisait une offre qui � bon nombre de femmes e�t paru une impertinence, et, s�arr�tant:
� Oui, dit-elle, je le veux bien.
Le jeune homme tendit galamment le bras.
� O� allons-nous, madame? demanda-t-il.
� � l�h�tel de la lieutenance de police.
Le jeune homme tressaillit.
� Chez M. de Sartine? demanda-t-il.
� Je ne sais s�il s�appelle M. de Sartine; mais je veux parler � celui qui est lieutenant de police.
Le jeune homme commen�a � r�fl�chir.
Cette femme, jeune et belle, qui sous un costume �tranger, � huit heures du soir, courait les rues de Paris tenant une cassette sous son bras et demandant l�h�tel du lieutenant de police, auquel elle tournait le dos, lui parut suspecte.
� Ah! diable! fit-il, l�h�tel de M. le lieutenant de police, ce n�est point par ici.
� O� est-ce?
� Dans le faubourg Saint-Germain.
� Et par o� va-t-on au faubourg Saint-Germain?
� Par ici, madame, r�pondit le jeune homme, calme quoique poli toujours; et, si vous le voulez, � la premi�re voiture que nous rencontrerons�
� Oui, c�est cela, une voiture, vous avez raison.
Le jeune homme ramena Lorenza sur le boulevard, et, ayant rencontr� un fiacre, il l�appela.
Le cocher vint � l�appel.
� O� faut-il vous conduire, madame? demanda-t-il.
� � l�h�tel de M. de Sartine, dit le jeune homme.
Et, par un reste de politesse, ou plut�t d��tonnement, ouvrant la porti�re, il salua Lorenza, et apr�s l�avoir aid�e � monter, il la regarda s��loigner comme on fait en r�ve d�une vision.
Le cocher, plein de respect pour le nom terrible, fouetta ses chevaux et partit dans la direction indiqu�e.
Ce fut alors que Lorenza traversa la place Royale, ce fut alors qu�Andr�e, dans son sommeil magn�tique, l�ayant vue et entendue, la d�non�a � Balsamo.
En vingt minutes Lorenza fut � la porte de l�h�tel.
� Faut-il vous attendre, ma belle dame? demanda le cocher.
� Oui, r�pondit machinalement Lorenza.
Et, l�g�re, elle s�engouffra sous le portail du splendide h�tel.
Chapitre 123. L�h�tel de M. de Sartine
Une fois dans la cour, Lorenza se vit entour�e de tout un monde d�exempts et de soldats.
Elle s�adressa au garde-fran�aise qui se trouva le plus proche d�elle, et le pria de la conduire au lieutenant de police; ce garde la renvoya au suisse, qui, voyant cette femme si belle, si �trange, si richement v�tue et tenant sous son bras un magnifique coffret, reconnut que la visite pourrait n��tre pas oiseuse, et la fit monter par un grand escalier jusqu�� une antichambre o� tout venant, sur la sagace inquisition de ce suisse, pouvait � toute heure du jour et de la nuit apporter � M. de Sartine un �claircissement, une d�nonciation ou une requ�te.