Joseph Balsamo. Tome III
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #3
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome III». Краткое содержание книги:
� En tout cas, se dit Nicole tout bas, ce n�est pas moi qui porterai la lettre.
Et, � cette r�flexion, la jeune fille, qui n��tait pas encore perdue tout � fait, se prit � penser tristement qu�elle allait, pour la premi�re fois, quitter cette excellente ma�tresse pr�s de laquelle s��taient �veill�s son esprit et son c�ur. Chez elle, le souvenir d�Andr�e se liait � tant de souvenirs, que, froisser celui-l�, c��tait secouer toute la cha�ne qui remontait de ce jour aux premiers jours de son enfance.
Tandis que ces deux enfants, si diff�rents de condition et de caract�re, pensaient ainsi � c�t� l�un de l�autre, sans qu�il y e�t aucune connexion dans leurs id�es, le temps fuyait, et la petite horloge d�Andr�e, toujours en avance sur celle de Trianon, sonnait neuf heures.
Beausire devait �tre au rendez-vous, et Nicole n�avait plus qu�une demi heure pour aller rejoindre son amant.
Elle acheva de d�shabiller sa ma�tresse aussi promptement qu�elle put, non sans laisser �chapper quelques soupirs auxquels Andr�e ne fit m�me pas attention. Elle lui passa un long peignoir de nuit, et, comme Andr�e, toujours absorb�e, demeurait immobile et les yeux perdus au plafond, Nicole tira de sa poitrine le flacon de Richelieu, jeta deux morceaux de sucre dans un verre avec l�eau n�cessaire pour le faire fondre; puis, sans h�sitation et par la toute-puissance de cette volont� d�j� si forte dans ce c�ur si jeune encore, elle versa deux gouttes de liqueur du flacon dans cette eau, qui se troubla aussit�t, et prit une l�g�re teinte d�opale qu�elle perdit ensuite peu � peu.
� Mademoiselle, dit alors Nicole, le verre d�eau est fait, les robes pli�es, la veilleuse allum�e. Vous savez qu�il faut que je me l�ve de bon matin; puis je aller me coucher maintenant?
� Oui, r�pondit distraitement Andr�e.
Nicole fit la r�v�rence, poussa un dernier soupir qui fut perdu comme les autres et ferma derri�re elle la porte vitr�e donnant sur la petite antichambre. Mais, au lieu de rentrer chez elle, dans la petite cellule contigu�, on le sait, au corridor, et �clair�e sur l�antichambre d�Andr�e, elle s�enfuit l�g�rement, laissant pouss�e contre le chambranle la porte du corridor, de fa�on � ce que les instructions de Richelieu fussent parfaitement suivies.
Puis, pour ne pas �veiller l�attention des voisins, elle descendit l�escalier conduisant au jardin, sur la pointe de ses petits pieds, bondit au del� du perron, et s�en alla tout courant rejoindre M. de Beausire � la grille.
Gilbert n�avait point quitt� son observatoire. Il avait entendu dire � Nicole qu�elle reviendrait dans deux heures; il attendait. Cependant, comme l�heure �tait pass�e depuis dix minutes � peu pr�s, il commen�a � craindre qu�elle ne rev�nt pas.
Tout � coup, il l�aper�ut courant comme si elle e�t �t� poursuivie.
Elle s�approcha de la grille, passa � travers les barreaux la clef � Beausire; Beausire ouvrit la porte; Nicole s��lan�a de l�autre c�t�; la grille se referma avec un lourd grincement.
Puis la clef fut jet�e dans les herbes du foss�, juste au-dessous de l�endroit o� �tait Gilbert; le jeune homme l�entendit tomber avec un bruit mat et remarqua la place o� elle �tait tomb�e.
Nicole et Beausire gagnaient du terrain pendant ce temps-l�; Gilbert les �coutait s��loigner et bient�t il per�ut, non pas le bruit d�un carrosse, comme l�avait demand� Nicole, mais le pi�tinement d�un cheval qui, apr�s quelques moments sans doute donn�s aux r�criminations de Nicole, qui e�t voulu sortir en carrosse comme une duchesse, battit la terre de ses quatre pieds ferr�s, lesquels bient�t retentirent sur le pav� de la route.
Gilbert respira.
Gilbert �tait libre, Gilbert �tait d�barrass� de Nicole, c�est-�-dire de son ennemie. Andr�e restait seule; peut-�tre, en s�en allant, Nicole avait-elle laiss� la clef � la porte; peut-�tre lui, Gilbert, pourrait-il p�n�trer jusqu�� Andr�e.
Cette id�e fit bondir le bouillant jeune homme avec toutes les fureurs de la crainte et de l�incertitude, de la curiosit� et du d�sir.
Et, suivant en sens inverse le chemin que venait de faire Nicole, il prit sa course vers le pavillon des communs.
Chapitre 120. La double vue
Andr�e, rest�e seule, �tait sortie peu � peu de cet engourdissement moral qui l�avait surprise, et, tandis que Nicole fuyait en croupe derri�re M. de Beausire, elle s��tait agenouill�e et faisait une fervente pri�re pour Philippe, le seul �tre au monde qu�elle aim�t d�une affection vraie et profonde.
Elle priait, absorb�e dans sa confiance en Dieu.
Les pri�res d�Andr�e ne se composaient pas d�ordinaire d�une suite de mots attach�s les uns aux autres; c��tait une esp�ce d�extase divine dans laquelle l��me s��levait jusqu�au Seigneur et se confondait en lui.
Il n�y avait dans ces supplications passionn�es de l�esprit d�gag� de la mati�re aucun m�lange d��go�sme. Andr�e s�abandonnait en quelque sorte elle-m�me, pareille au naufrag� qui a perdu l�espoir et qui ne prie plus pour lui, mais pour sa femme et ses enfants destin�s � devenir orphelins.
Cette douleur intime �tait n�e � Andr�e depuis le d�part de son fr�re; et pourtant la douleur n��tait pas sans m�lange: comme la pri�re, elle se composait de deux �l�ments distincts dont l�un n��tait pas bien intelligible pour la jeune fille.
C��tait comme un pressentiment, comme l�approche perceptible d�un malheur prochain. C��tait une sensation analogue � celle des �lancements d�une blessure cicatris�e. La douleur continue s�est �teinte, mais le souvenir en survit longtemps et avertit de la pr�sence du mal, comme le faisait autrefois la blessure elle-m�me.
Andr�e n�essaya pas m�me de se rendre compte de ce qu�elle �prouvait; tout enti�re au souvenir de Philippe, elle ramena sur ce fr�re ch�ri la totalit� des impressions qui l�agitaient.
Ensuite, elle se releva, se choisit un livre parmi ceux qui garnissaient sa modeste biblioth�que, pla�a sa bougie � port�e de sa main et se mit au lit.
Le livre qu�elle avait choisi, ou plut�t qu�elle avait pris au hasard, �tait un dictionnaire de botanique. Ce livre, on le comprend, n��tait point fait pour absorber son attention, il l�engourdit au contraire. Bient�t un nuage, transparent d�abord, mais qui allait s��paississant, s��tendit sur sa vue. La jeune fille lutta un instant contre le sommeil, ressaisit deux ou trois fois sa pens�e fugitive qui lui �chappa de nouveau; puis, en avan�ant la t�te pour souffler la bougie, elle aper�ut le verre d�eau pr�par� par Nicole; elle �tendit le bras, le prit d�une main, de l�autre remua, � l�aide de la cuiller, le sucre � moiti� fondu, et, d�j� sous la pression du sommeil, elle approcha le verre de sa bouche.
Tout � coup, et comme ses l�vres allaient toucher la liqueur, une commotion �trange fit trembler sa main, un poids humide � la fois tomba sur son cerveau, et Andr�e reconnut avec terreur, aux �lans du fluide qui courait sur ses nerfs, cette invasion surnaturelle de sensations inconnues qui, d�j� plusieurs fois, avaient triomph� de ses forces et bris� sa raison.
Elle n�eut que le temps de reposer le verre sur l�assiette, et presque aussit�t, sans autre plainte qu�un soupir �chapp� � sa bouche entrouverte, elle perdit l�usage de la voix, de la vue, de l�intelligence, et tomba comme foudroy�e sur son lit, en proie � une torpeur mortelle.
Mais cette esp�ce d�an�antissement ne fut que le passage momentan� d�une existence � une autre.
De morte qu�elle �tait avec ses yeux qui semblaient ferm�s pour toujours, elle se leva tout � coup, rouvrit les yeux avec une fixit� effrayante, et, comme une statue de marbre qui descendrait de son tombeau, elle descendit de son lit.
Il n�y avait plus � en douter, Andr�e dormait de ce sommeil merveilleux qui d�j� plusieurs fois avait suspendu sa vie.
Elle traversa la chambre, ouvrit la porte vitr�e et d�boucha dans le corridor avec cette attitude rigide et ferme d�un marbre anim�.
L�escalier se pr�senta devant elle et fut descendu marche � marche, sans h�sitation, sans pr�cipitation; puis Andr�e apparut sur le perron.
Comme Andr�e mettait le pied sur la plus haute marche pour descendre, Gilbert mettait le pied sur la plus basse pour monter.