Joseph Balsamo. Tome III
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #3
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome III». Краткое содержание книги:
Gilbert vit donc cette femme blanche et solennelle s�avancer comme si elle venait au-devant de lui.
Il recula devant elle, et alla, reculant toujours, s�enfoncer dans une charmille.
C��tait ainsi, il se le rappelait, qu�il avait d�j� vu Andr�e au ch�teau de Taverney.
Andr�e passa devant Gilbert, l�effleura m�me et ne le vit pas.
Le jeune homme, �cras�, �perdu, se laissa tomber sur son mollet repli� sous lui: il avait peur.
Ne sachant � quoi attribuer cette �trange sortie d�Andr�e, il la suivait des yeux; mais sa raison �tait confondue, mais son sang battait avec imp�tuosit� ses tempes, mais il �tait plus pr�s de la folie que de ce froid bon sens qu�il faut � l�observateur.
Il demeura donc accroupi sur l�herbe au milieu des feuilles, et guettant comme il faisait depuis que ce fatal amour �tait entr� dans son c�ur.
Tout � coup, le myst�re de cette sortie lui fut expliqu�: Andr�e n��tait ni folle, ni �gar�e, comme il le croyait. Andr�e, de ce pas froid et s�pulcral, allait � un rendez-vous.
Un �clair venait de sillonner le ciel.
Gilbert, � la lueur bleu�tre de cet �clair, vit un homme cach� sous la sombre avenue de tilleuls, et, si rapide qu�eut �t� la flamme d�orage, il avait vu se d�tacher sur le fond noir son visage p�le et ses v�tements en d�sordre.
Andr�e marchait vers cet homme, qui tenait un bras �tendu comme pour l�attirer � lui.
Quelque chose comme la morsure d�un fer rouge mordit le c�ur de Gilbert et le fit se redresser sur ses genoux pour mieux voir.
En ce moment, un autre �clair passa dans la nuit.
Gilbert reconnut Balsamo, couvert de sueur et de poussi�re; Balsamo, qui, � l�aide de quelque myst�rieuse intelligence, avait p�n�tr� dans Trianon; Balsamo enfin qui attirait Andr�e � lui, aussi invinciblement, aussi fatalement que le serpent attire l�oiseau.
� deux pas de lui, Andr�e s�arr�ta.
Il lui prit la main. Andr�e tressaillit de tout son corps.
� Voyez-vous? dit-il.
� Oui, r�pondit Andr�e; mais, en m�appelant ainsi, vous avez failli me tuer.
� Pardon, pardon, r�pondit Balsamo; mais c�est que j�ai la t�te perdue, c�est que je ne m�appartiens plus, c�est que je deviens fou, c�est que je me meurs.
� En effet, vous souffrez, dit Andr�e, avertie de la souffrance de Balsamo par le contact de sa main.
� Oui, oui, je souffre, et je viens chercher la consolation pr�s de vous. Vous seule pouvez me sauver.
� Interrogez-moi.
� Une seconde fois, voyez-vous?
� Oh! parfaitement.
� Voulez-vous me suivre chez moi, le pouvez-vous?
� Je le puis, si vous voulez me conduire par la pens�e.
� Venez.
� Ah! dit Andr�e, nous entrons dans Paris, nous suivons le boulevard, nous nous enfon�ons dans une rue qui n�est �clair�e que par une seule lanterne.
� C�est cela: entrons, entrons.
� Nous sommes dans une antichambre. Il y a un escalier � droite; mais vous m�entra�nez vers le mur: le mur s�ouvre; des degr�s se pr�sentent�
� Montez! montez! s��cria Balsamo, c�est notre chemin.
� Ah! nous voici dans une chambre; il y a des peaux de lion, des armes. Tiens, la plaque de la chemin�e s�ouvre.
� Passons; o� �tes-vous?
� Dans une chambre singuli�re, dans une chambre sans issues, dont les fen�tres sont grill�es; oh! comme tout est en d�sordre dans cette chambre!
� Mais, vide, vide, n�est-ce pas?
� Vide.
� Pouvez-vous voir la personne qui l�habitait?
� Oui, si l�on me donne un objet qui l�ait touch�e, qui vienne d�elle ou qui lui appartienne.
� Tenez; voici de ses cheveux.
Andr�e prit les cheveux et les approcha de sa personne.
� Oh! je la reconnais, dit-elle, j�ai d�j� vu cette femme; elle fuyait vers Paris.
� C�est cela, c�est cela; pouvez-vous me dire ce qu�elle a fait depuis deux heures et comment elle s�est enfuie?
� Attendez, attendez; oui: elle est couch�e sur un sofa; elle a la poitrine � moiti� nue, avec une blessure au-dessous du sein.
� Voyez, Andr�e, voyez, ne la quittez plus.
� Elle �tait endormie; elle se r�veille; elle cherche autour d�elle; elle tire un mouchoir; elle monte sur une chaise; elle attache le mouchoir aux barreaux de sa fen�tre. Oh! mon Dieu!
� Elle veut donc mourir r�ellement?
� Oh! oui, elle est d�cid�e. Mais cette mort l��pouvante. Elle laisse le mouchoir attach� aux barreaux. Descends, ah! pauvre femme!
� Quoi?
� Oh! comme elle pleure! Comme elle souffre! Comme elle se tord les bras; elle cherche un angle de muraille o� se briser le front.
� Oh! mon Dieu! mon Dieu! murmura Balsamo.
� Oh! elle s��lance contre la chemin�e. La chemin�e repr�sente deux lions de marbre; elle va se briser le front contre la t�te du lion.
� Apr�s?� apr�s?� Voyez, Andr�e, voyez, je le veux!
� Elle s�arr�te.
Balsamo respira.
� Elle regarde.
� Que regarde-t-elle? demanda Balsamo.
� Elle a aper�u du sang sur l��il du lion.
� Mon Dieu! mon Dieu! murmura Balsamo.
� Oui, du sang, et cependant elle ne s�est pas frapp�e. Oh! c�est �trange! ce sang n�est pas le sien, c�est le v�tre.
� Ce sang est le mien! s��cria Balsamo, ivre d��garement.
� Oui, le v�tre, le v�tre! Vous vous �tes coup� les doigts avec un couteau, avec un poignard, et vous avez appuy� votre doigt ensanglant� sur l��il du lion. Je vous vois.
� C�est vrai, c�est vrai� Mais comment s�enfuit-elle?
� Attendez, attendez, je la vois examiner ce sang, r�fl�chir, puis appuyer son doigt o� vous avez appuy� le v�tre. Ah! l��il du lion c�de, un ressort agit. La plaque de la chemin�e s�ouvre.
� Imprudent! s��crie Balsamo; malheureux imprudent! malheureux fou que je suis! Je me suis trahi moi-m�me� Et elle sort? continua Balsamo, elle fuit?
� Oh! il faut lui pardonner, � la pauvre femme; elle �tait bien malheureuse.
� O� est-elle? O� va-t-elle? Suivez-la, Andr�e, je le veux!
� Attendez, elle s�arr�te un instant dans la chambre aux armes et aux fourrures; une armoire est ouverte; une cassette ordinairement enferm�e dans cette armoire est pos�e sur une table. Elle reconna�t la cassette et la prend.
� Que contient cette cassette?
� Vos papiers, je crois.
� Comment est-elle?
� Recouverte de velours bleu avec des clous d�argent, des fermoirs d�argent, une serrure d�argent.
� Oh! dit Balsamo frappant du pied avec col�re, c�est donc elle qui a pris cette cassette?
� Oui, oui, c�est elle. Elle descend l�escalier qui donne dans l�antichambre, elle ouvre la porte, elle tire la cha�ne qui fait ouvrir la porte de la rue, elle sort.
� Est-il bien tard?
� Il doit �tre tard, car il fait nuit.
� Tant mieux! elle sera partie peu de temps avant mon retour, et j�aurai le temps de la rejoindre peut-�tre; suivez-la, suivez-la, Andr�e.
� Une fois hors de la maison, elle court comme une folle; comme une folle, elle gagne le boulevard� Elle court� elle court, sans s�arr�ter.
� De quel c�t�?
� Du c�t� de la Bastille.
� Vous la voyez toujours?
� Oui, elle est comme une insens�e; elle se heurte aux passants. Elle s�arr�te enfin, elle cherche � savoir o� elle est� Elle interroge.
� Que dit-elle? �coutez, Andr�e, �coutez, et, au nom du Ciel, ne perdez pas une de ses paroles. Vous avez dit qu�elle interrogeait?
� Oui, un homme v�tu de noir.
� Que lui demande-t-elle?
� Elle lui demande l�adresse du lieutenant de police.
� Oh! ce n��tait donc pas une vaine menace. La lui donne-t-on?
� Oui.
� Que fait-elle?
� Elle revient sur ses pas, elle prend une rue qui va en biais; elle passe sur une grande place.
� La place Royale, c�est le chemin. Lisez-vous dans son intention?
� Courez vite, courez vite! elle va vous d�noncer. Si elle arrive avant vous, si elle voit M. de Sartine, vous �tes perdu!
Balsamo poussa un cri terrible, s��lan�a dans le taillis, franchit une petite porte qu�ouvrit et referma une esp�ce d�ombre, d�un bond sauta sur son cheval Dj�rid, qui battait la terre � la porte.
L�animal, aiguillonn� � la fois par la voix et par l��peron, partit comme une fl�che dans la direction de Paris, et l�on n�entendit plus que le froissement des pav�s sur lesquels il volait.