Joseph Balsamo. Tome III
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #3
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome III». Краткое содержание книги:
Quant � Andr�e, elle �tait demeur�e froide, muette, p�le et debout. Mais, comme si Balsamo e�t emport� sa vie avec lui, elle s�affaissa bient�t sur elle-m�me et tomba.
Balsamo, dans son empressement � poursuivre Lorenza, avait, en effet, oubli� de r�veiller Andr�e.
Chapitre 121. Catalepsie
Andr�e ne s�affaissa point, ainsi que nous avons dit, tout d�un coup, mais avec des gradations que nous allons essayer de d�crire.
Seule, abandonn�e, saisie de ce froid int�rieur qui succ�de � toutes les furieuses secousses du syst�me nerveux, Andr�e commen�a bient�t � chanceler et � tressaillir comme au d�but d�une attaque d��pilepsie.
Gilbert �tait toujours l�, roide, immobile, pench� en avant et la couvant du regard. Mais, pour Gilbert, on le comprend bien, pour Gilbert, ignorant les ph�nom�nes magn�tiques, il n�y avait ni sommeil, ni violence subie. Il n�avait rien ou presque rien entendu de son dialogue avec Balsamo. Pour la seconde fois seulement, � Trianon comme � Taverney, Andr�e paraissait avoir ob�i � l�appel de cet homme, qui avait pris sur elle une si terrible et si �trange influence; pour Gilbert, enfin, tout se r�sumait dans ces mots: �Mademoiselle Andr�e a un amant, du moins un homme qu�elle aime et avec lequel elle a des rendez-vous la nuit.�
Le dialogue qui avait eu lieu entre Andr�e et Balsamo, quoique prononc� � voix basse, avait eu tous les semblants d�une querelle. Balsamo, fuyant, insens�, �perdu, semblait un amant au d�sespoir; Andr�e, demeur�e seule, immobile, muette, semblait une amante abandonn�e.
Ce fut en ce moment qu�il vit la jeune fille vaciller, se tordre les bras et tourner sur elle-m�me; puis elle poussa deux ou trois r�lements sourds qui d�chir�rent sa poitrine oppress�e; elle s�effor�a, ou plut�t la nature s�effor�a de rejeter au dehors cette masse mal pond�r�e de fluide qui lui avait donn�, pendant le sommeil magn�tique, cette double vue dont nous avons, dans le chapitre pr�c�dent, vu se manifester les ph�nom�nes.
Mais la nature fut vaincue, mais Andr�e ne put r�ussir � secouer ce reste de volont� oubli� sur elle par Balsamo. Elle ne put d�nouer ces liens myst�rieux, inextricables, qui l�avaient garrott�e tout enti�re; et, � force de lutter, elle entra dans ces convulsions qu�autrefois les pythies, sur le tr�pied, subissaient devant le peuple de questionneurs religieux qui bourdonnait sur le p�ristyle du temple.
Andr�e perdit l��quilibre, et, poussant un douloureux g�missement, tomba sur le sable comme si elle e�t �t� foudroy�e par le coup de tonnerre qui en ce moment d�chira la vo�te du ciel.
Mais elle n�avait pas touch� le sol, que Gilbert, avec l�agilit� et la vigueur du tigre, s��tait �lanc� vers elle, l�avait saisie entre ses bras, et, sans s�apercevoir qu�il e�t un fardeau � soutenir, l�emportait dans la chambre qu�elle avait quitt�e pour ob�ir � l�appel de Balsamo, et dans laquelle br�lait encore la bougie pr�s du lit d�fait.
Gilbert trouva toutes les portes ouvertes, comme les avait laiss�es Andr�e.
En entrant, il se heurta au sofa et y d�posa tout naturellement la jeune fille froide et inanim�e.
Tout �tait devenu fi�vre en lui au contact de ce corps inanim�; ses nerfs �taient fr�missants, son sang br�lait.
Sa premi�re id�e, cependant, fut chaste et pure: il lui fallait avant toute chose rappeler � la vie cette belle statue; il chercha des yeux la carafe pour jeter quelques gouttes d�eau au visage d�Andr�e.
Mais, en ce moment, et comme sa main tremblante s��tendait vers le col �lanc� de l�aigui�re de cristal, il lui sembla qu�un pas ferme et l�ger � la fois faisait crier l�escalier de bois et de briques qui conduisait � la chambre d�Andr�e.
Ce n��tait point Nicole, puisque Nicole s��tait enfuie avec M. de Beausire; ce n��tait point Balsamo, puisque Balsamo �tait parti au grand galop de Dj�rid.
Ce ne pouvait �tre qu�un �tranger.
Gilbert surpris serait chass�. Andr�e �tait pour lui comme ces reines d�Espagne qu�un sujet ne peut toucher m�me pour leur sauver la vie.
Toutes ces id�es, pareilles � un tourbillon de gr�les stridentes, s�abattirent sur l�esprit de Gilbert en moins de temps que n�en mit ce pas fatal � se poser sur un autre degr�.
Ce pas, � ce pas, qui allait se rapprochant �, Gilbert n�en pouvait calculer l��loignement pr�cis, tant l�orage faisait en ce moment de bruit au ciel; mais, dou� d�un sang-froid et d�une prudence sup�rieurs, le jeune homme comprit que sa place n��tait point l�, et que l�important, avant toute chose, �tait de n��tre point vu.
Il souffla vite la bougie qui �clairait l�appartement d�Andr�e et se jeta dans le cabinet qui servait de chambre � Nicole. Ainsi plac�, � travers la porte vitr�e de ce cabinet, il voyait � la fois et dans l�appartement d�Andr�e et dans l�antichambre.
C�est dans cette antichambre que br�lait une veilleuse sur une petite console. Gilbert avait d�abord eu l�id�e de la souffler comme la bougie, mais il n�en eut pas le temps; le pas cria sur les carreaux du corridor, une respiration un peu oppress�e se fit entendre, la forme d�un homme apparut sur le seuil, se glissa timidement dans l�antichambre, et repoussa la porte, qu�il ferma au verrou.
Gilbert n�eut que le temps de se jeter dans le cabinet de Nicole, et de tirer sur lui la porte vitr�e.
Gilbert retint son souffle, colla son visage aux vitres, et �couta de toutes ses oreilles.
L�orage grondait solennellement dans les nu�es, de grosses gouttes de pluie battaient le vitrage de la fen�tre d�Andr�e et celui du corridor, o� une fen�tre laiss�e ouverte grin�ait sur ses gonds, et, de temps en temps, repouss�e par le vent qui s�engouffrait dans le corridor, frappait avec un grand bruit sur son cadre.
Mais le tumulte de la nature, mais les bruits ext�rieurs, si terribles qu�ils fussent, n��taient rien pour Gilbert; toute sa pens�e, toute sa vie, toute son �me, �taient concentr�es dans son regard, et son regard �tait riv� � cet homme.
Cet homme avait travers� l�antichambre, avait pass� � deux pas de Gilbert, et sans h�sitation �tait entr� dans la chambre.
Gilbert vit cet homme aller en t�tonnant au lit d�Andr�e, faire un geste de surprise en trouvant le lit d�sert, et presque aussit�t heurter du bras la bougie sur la table.
La bougie tomba, et, sur le marbre de la table, Gilbert entendit se briser la bob�che de cristal.
Alors, par deux fois l�homme appela d�une voix �touff�e:
� Nicole! Nicole!
� Comment, Nicole? se demanda Gilbert du fond de sa cachette. Pourquoi cet homme, lorsqu�il devrait appeler Andr�e, appelle-t-il Nicole?
Mais, nulle voix n�ayant r�pondu � la sienne, cet homme ramassa le flambeau � terre, et sur la pointe du pied, il alla l�allumer � la veilleuse de l�antichambre.
Ce fut alors que Gilbert concentra toute son attention sur cet �trange et nocturne visiteur; ce fut alors que ses yeux eussent perc� un mur, tant ils mettaient d�active volont� � voir.
Tout � coup Gilbert frissonna, et, tout cach� qu�il �tait, fit un pas en arri�re.
� la lueur des deux flammes se combinant, Gilbert, frissonnant et � demi mort de stupeur, Gilbert, dans cet homme qui tenait le flambeau � la main, venait de reconna�tre le roi.
Alors tout lui fut expliqu�: la fuite de Nicole, cet argent compt� entre elle et Beausire, et cette porte laiss�e ouverte, et tout Richelieu, et tout Taverney, et toute cette myst�rieuse et sinistre intrigue dont la jeune fille �tait le centre.
Alors Gilbert comprit pourquoi le roi venait d�appeler Nicole, entremetteuse de ce crime, complaisant Judas qui avait vendu et livr� sa ma�tresse.
Mais, � la pens�e de ce qu��tait venu faire le roi dans cette chambre, � la pens�e de ce qui allait se passer devant lui, le sang monta aux yeux de Gilbert et l�aveugla.
Il eut envie de crier; mais la peur, ce sentiment irr�fl�chi, capricieux, irr�sistible, la peur qu�il eut de cet homme, encore plein de prestige, que l�on appelait le roi de France, lia la langue de Gilbert au fond de son gosier.
Louis XV, cependant, �tait rentr� dans la chambre, la bougie � la main.
� peine y �tait-il, qu�il aper�ut Andr�e en peignoir de mousseline blanche, Andr�e plut�t nue qu�envelopp�e, dont la t�te retombait sur le dossier du sofa, dont une jambe reposait sur le coussin, tandis que l�autre, roidie et d�chauss�e, retombait sur le tapis.