Joseph Balsamo. Tome III
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #3
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome III». Краткое содержание книги:
Le roi sourit � cette vue. La bougie �claira ce sourire lugubre; mais presque aussit�t un sourire presque aussi sinistre que le sourire royal vint illuminer le visage d�Andr�e.
Louis XV murmura quelques mots que Gilbert interpr�ta comme des mots d�amour, et, posant son flambeau sur la table, jetant, en se retournant, un coup d��il au ciel enflamm�, il vint s�agenouiller devant la jeune fille, dont il baisa la main.
Gilbert essuya la sueur ruisselant sur son front. Andr�e ne bougea pas.
Le roi, qui sentit cette main glac�e, la prit dans la sienne pour la r�chauffer, et, de son autre bras enveloppant ce corps si beau et si doux, il se pencha pour murmurer � son oreille quelques-unes de ces cajoleries amoureuses qu�on murmure � l�oreille des jeunes filles endormies.
Dans ce moment, son visage se rapprocha d�Andr�e au point que le visage du roi effleura celui de la jeune fille.
Gilbert se t�ta et respira en sentant dans la poche de sa veste le manche d�un long couteau qui lui servait � �monder les charmilles du parc.
Le visage �tait glac� comme la main.
Le roi se releva; ses yeux se port�rent sur ce pied nu d�Andr�e, blanc et petit comme celui de Cendrillon. Le roi le prit entre ses deux mains et tressaillit. Ce pied �tait froid comme celui d�une statue de marbre.
Gilbert, que tant de beaut�s d�couvertes � ses regards, Gilbert, que la luxure royale mena�ait comme d�un vol fait � lui-m�me, Gilbert grin�a des dents et ouvrit le couteau que jusque-l� il avait tenu ferm�.
Mais d�j� le roi avait abandonn� le pied d�Andr�e, comme il avait fait de la main, comme il avait fait du visage, et surpris du sommeil de la jeune fille, sommeil qu�il avait attribu� d�abord � une coquette pruderie, il cherchait � se rendre compte de ce froid mortel qui avait envahi les extr�mit�s de ce beau corps, il se demandait si r�ellement battait encore le c�ur, quand main, pied et visage �taient si glac�s.
Il �carta donc le peignoir d�Andr�e, mit � nu sa poitrine virginale, et, de sa main craintive et cynique � la fois, il interrogea le c�ur muet sous cette chair glac�e comme l�alb�tre dont elle avait la blanche et ferme rondeur.
Gilbert se glissa � demi hors de la porte, son couteau � la main, l��il �tincelant, les dents serr�es, r�solu, si le roi continuait ses entreprises � le poignarder et � se poignarder lui-m�me.
Tout � coup, un effroyable coup de tonnerre fit trembler chaque meuble de la chambre et jusqu�au sofa devant lequel Louis XV �tait agenouill�; un nouvel �clair violet et soufr� jeta sur le visage d�Andr�e une flamme si livide et si vive, que Louis XV, effray� de cette p�leur, de cette immobilit� et de ce silence, recula en murmurant:
� Mais, en v�rit�, cette fille est morte!
Au m�me moment, l�id�e d�avoir embrass� un cadavre fit courir un frisson dans les veines du roi. Il alla prendre la bougie, revint vers Andr�e en la regardant � la lueur de la flamme tremblante. Voyant ces l�vres violettes, ces yeux noy�s de bistre, ces cheveux �pars, cette gorge que nul souffle ne soulevait, il poussa un cri, laissa tomber son flambeau, chancela, et, comme un homme ivre, il s�en alla tr�buchant dans l�antichambre, aux cloisons de laquelle il se heurta dans son �pouvante.
Puis on entendit son pas pr�cipit� dans l�escalier, puis sur le sable du jardin; mais bient�t le vent qui tourbillonnait dans l�espace et tordait les arbres d�sol�s emporta bruit et pas dans son orageuse et puissante haleine.
Alors Gilbert, le couteau � la main, sortit muet et sombre de sa cachette. Il s�avan�a jusqu�au seuil de la chambre d�Andr�e, et contempla, pendant quelques secondes, la belle jeune fille plong�e dans son sommeil profond.
Pendant ce temps, la bougie couch�e � terre br�lait renvers�e sur le tapis, �clairant le pied si d�licat et la jambe si pure de cet adorable cadavre.
Gilbert ferma lentement son couteau, tandis que son visage prenait insensiblement le caract�re d�une inexorable r�solution; apr�s quoi, il alla �couter � la porte par laquelle �tait sorti le roi.
Il �couta plus d�une grande minute.
Puis, � son tour, comme le roi avait fait, il ferma la porte et poussa le verrou.
Puis il souffla la veilleuse de l�antichambre.
Puis enfin, avec la m�me lenteur, avec le m�me feu sombre dans les yeux, il rentra dans la chambre d�Andr�e et mit le pied sur la bougie, qui coulait � flots sur le parquet.
Une obscurit� subite �teignit le fatal sourire qui se dessina sur ses l�vres.
� Andr�e! Andr�e! murmura-t-il, je t�ai promis que, la troisi�me fois que tu tomberais entre mes mains, tu ne m��chapperais pas comme les deux premi�res. Andr�e! Andr�e! au terrible roman que tu m�as accus� de faire, il faut une terrible fin!
Et, les bras tendus, il marcha droit au sofa o� Andr�e �tait �tendue, toujours froide, immobile et priv�e de tout sentiment.
Chapitre 122. La volont�
Nous avons vu partir Balsamo.
Dj�rid l�emportait avec la rapidit� de l��clair. Le cavalier, p�le d�impatience et de terreur, couch� sur la crini�re flottante, aspirait de ses l�vres entrouvertes l�air, l�air qui se divisait devant le poitrail du coursier comme l�eau se fend sous la proue rapide.
Derri�re lui, comme des visions fantastiques, disparaissaient les arbres et les maisons. � peine s�il apercevait, en passant, la lourde charrette g�missant sur son essieu, dont les cinq chevaux pesants s�effarouchaient � l�approche de ce m�t�ore vivant, qu�ils ne pouvaient regarder comme appartenant � la m�me race qu�eux.
Balsamo fit ainsi une lieue � peu pr�s, avec un cerveau tellement enflamm�, des yeux si �tincelants, un souffle si embras� et si sonore, que les po�tes de ce temps-ci l�eussent compar� aux redoutables g�nies gros de feu et de vapeur qui animent ces lourdes machines fumantes, et les font voler sur un chemin de fer.
Cheval et cavalier avaient travers� Versailles en quelques secondes; les rares habitants �gar�s dans ses rues avaient vu passer une tra�n�e d��tincelles, voil� tout.
Balsamo courut une lieue encore; Dj�rid n�avait pas mis un quart d�heure � d�vorer ces deux lieues, et ce quart d�heure avait �t� un si�cle.
Tout � coup, une pens�e traversa l�esprit de Balsamo.
Il arr�ta court, sur ses jarrets nerveux, le coursier aux muscles de fer.
Dj�rid, en s�arr�tant, plia sur ses jambes de derri�re et enfon�a ses pieds de devant dans le sable.
Coursier et cavalier respir�rent un instant.
Tout en respirant, Balsamo releva la t�te.
Puis il passa un mouchoir sur ses tempes ruisselantes, et, les narines dilat�es au souffle de la brise, il laissa tomber dans la nuit les paroles suivantes:
� Oh! pauvre insens� que tu es! ni la course de ton cheval, ni l�ardeur de ton d�sir n�atteindront jamais l�instantan�it� de la foudre ou la rapidit� de l��tincelle �lectrique, et cependant c�est cela qu�il te faut pour conjurer le malheur suspendu sur ta t�te; il te faut l�effet rapide, le coup imm�diat, le choc tout-puissant qui paralyse les jambes dont tu redoutes l�action, la langue dont tu crains l�essor; il te faut, � distance, ce sommeil vainqueur par lequel seul tu peux ressaisir l�esclave qui a rompu sa cha�ne. Oh! si jamais elle rentre en ma puissance�
Et Balsamo fit, en grin�ant des dents, un geste d�sesp�r�.
� Oh! tu as beau vouloir, Balsamo, tu as beau courir, s��cria-t-il, Lorenza est d�j� arriv�e: elle va parler; elle a parl�, peut-�tre. Oh! mis�rable femme! oh! tous les supplices seront trop doux pour te punir!
�Voyons, voyons, continua-t-il le sourcil fronc�, les yeux fixes, le menton dans la paume de sa main, voyons! la science est un mot ou est un fait; la science peut ou ne peut pas; moi, je veux!� Essayons� Lorenza! Lorenza! je veux que tu dormes; Lorenza, en quelque endroit que tu sois, dors, dors, je le veux, j�y compte!
�Oh! non, non, murmura-t-il avec d�couragement; non, je mens; non, je n�y crois pas; non, je n�ose y compter, et cependant, la volont� est tout. Oh! je veux bien fermement cependant, je veux de toutes les puissances de mon �tre. Fends les airs, � ma volont� supr�me! traverse tous ces courants de volont� antipathiques ou indiff�rentes; traverse les murailles que tu dois traverser comme un boulet; poursuis-la partout o� elle va; frappe, an�antis! Lorenza, Lorenza, je veux que tu dormes! Lorenza, je veux que tu sois muette!�