Joseph Balsamo. Tome III
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #3
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome III». Краткое содержание книги:
Nicole y �tait en effet.
� peine Gilbert �tait-il install� dans son massif, qu�un bruit �trange parvint � son oreille: c��tait le bruit de l�or sur la pierre, c��tait ce retentissement m�tallique dont rien, sinon la r�alit�, ne peut donner une id�e juste.
Gilbert se glissa comme un serpent jusqu�au mur en terrasse surmont� d�une haie de lilas, laquelle, au mois de mai, r�pandait son parfum et secouait ses fleurs sur les passants qui longeaient le mur de cette all�e creuse qui s�pare le grand Trianon du petit.
Arriv� � ce point, les regards de Gilbert, habitu�s � l�obscurit�, virent Nicole qui vidait sur une pierre, en de�� de la grille, et prudemment plac�e hors de la port�e de la main de M. de Beausire, la bourse donn�e par M. de Richelieu.
Les gros louis en ruisselaient bondissants et reluisants, tandis que M. de Beausire, l��il allum� et la main tremblante, regardait attentivement Nicole et les louis sans comprendre comment l�une poss�dait les autres.
Nicole parla.
� Plus d�une fois, dit-elle, vous m�avez propos� de m�enlever, mon cher monsieur de Beausire.
� Et de vous �pouser m�me! s��cria l�exempt tout enthousiasm�.
� Oh! quant � ce dernier point, mon cher monsieur, dit la jeune fille, nous le discuterons plus tard: pour le moment fuir est le principal. Pouvons-nous fuir dans deux heures?
� Dans dix minutes, si vous voulez.
� Non pas; j�ai quelque chose � faire auparavant, et ce que j�ai � faire demande deux heures.
� Dans deux heures comme dans dix minutes, je suis � vos ordres, tendre amie.
� Bien! prenez cinquante louis � la jeune fille compta cinquante louis et les passa par la grille � M. de Beausire, lequel, sans les compter, lui, les engouffra dans la poche de sa veste �; et, dans une heure et demie, continua t-elle, soyez ici avec un carrosse.
� Mais�, objecta Beausire.
� Oh! si vous ne voulez pas, prenons que rien n�est convenu entre nous et rendez-moi mes cinquante louis.
� Je ne recule pas, ch�re Nicole; seulement, je crains l�avenir.
� Pour qui?
� Pour vous.
� Pour moi?
� Oui. Les cinquante louis disparus, et ils finiront par dispara�tre, vous allez vous trouver � plaindre, vous allez regretter Trianon, vous allez�
� Oh! comme vous �tes d�licat, cher monsieur de Beausire! Allons, allons, ne craignez rien, je ne suis pas de ces femmes que l�on rend malheureuses, moi; n�ayez donc pas de scrupules: d�ailleurs, apr�s ces cinquante louis, nous verrons.
Et Nicole fit sonner les cinquante autres rest�s dans la bourse.
Les yeux de Beausire �taient phosphorescents.
� Pour vous, dit-il, je me jetterais dans un four br�lant.
� Oh! l�! l�! on ne vous demande pas tant, monsieur de Beausire; ainsi, c�est convenu, dans une heure et demie le carrosse, dans deux heures la fuite.
� C�est convenu, s��cria Beausire en saisissant la main de Nicole et en l�attirant pour la baiser � travers la grille.
� Silence donc! dit Nicole; �tes-vous fou?�
� Non, je suis amoureux.
� Hum! fit Nicole.
� Vous ne me croyez pas, cher c�ur?
� Si fait, je vous crois. Ayez de bons chevaux surtout.
� Oh! oui.
Ils se s�par�rent.
Mais, au bout d�une seconde, Beausire se retourna tout effar�.
� Psit! psit! fit-il.
� Eh bien, quoi? demanda Nicole d�assez loin d�j� et voilant sa bouche avec sa main, afin de faire porter sans explosion sa voix � la distance voulue.
� Et la grille, demanda Beausire, vous passerez donc par-dessus?
� Il est stupide, murmura Nicole, qui en ce moment n��tait qu�� dix pas de Gilbert.
Puis, plus haut:
� J�ai la clef, dit-elle.
Beausire poussa un ah! plein d�admiration et s�enfuit pour tout de bon cette fois.
Nicole s�en revint, t�te baiss�e et jambes alertes, pr�s de sa ma�tresse.
Gilbert, demeur� seul, se posa les quatre questions suivantes:
�Pourquoi Nicole s�enfuit-elle avec Beausire, qu�elle n�aime pas?
�Pourquoi Nicole a-t-elle en sa possession une si forte somme d�argent?
�Pourquoi Nicole a-t-elle la clef de la grille?
�Pourquoi Nicole, pouvant fuir tout de suite, retourne-t-elle aupr�s d�Andr�e?�
Gilbert trouvait bien une r�ponse � cette question: �Pourquoi Nicole a-t elle de l�argent?�Mais il n�en trouvait pas aux autres.
Aussi, � cette n�gation de sa perspicacit�, sa curiosit� naturelle ou sa d�fiance acquise, comme on voudra, fut-elle si puissamment surexcit�e, qu�il d�cida de passer, si froide qu�elle f�t, la nuit en plein air, sous les arbres humides, pour attendre le d�nouement de cette sc�ne dont il venait de voir le commencement.
Andr�e avait reconduit son p�re jusqu�aux barri�res du Grand Trianon. Elle revenait seule et pensive, quand Nicole d�boucha, toute courante, de l�all�e qui conduisait � la fameuse grille o� elle venait de prendre toutes ses mesures avec M. de Beausire.
Nicole s�arr�ta en apercevant sa ma�tresse et, sur un signe que lui fit Andr�e, elle monta derri�re elle et la suivit vers sa chambre.
Il pouvait en ce moment �tre huit heures et demie du soir. La nuit �tait venue plus prompte et plus �paisse que d�habitude, parce qu�un grand nuage noir, courant du sud au nord, avait envahi tout le ciel, de sorte qu�au del� de Versailles, par-dessus les grands bois, aussi loin que la vue pouvait s��tendre, on voyait le lugubre linceul envelopper peu � peu toutes les �toiles �tincelant, un instant auparavant, sur leur coupole d�azur.
Un petit vent lourd et bas rasait le sol, envoyant des bouff�es ardentes aux fleurs alt�r�es, qui courbaient la t�te comme pour implorer du ciel l�aum�ne de la pluie ou de la ros�e.
Cette menace de l�atmosph�re n�avait aucunement acc�l�r� la marche d�Andr�e; au contraire, la jeune fille, triste et profond�ment r�veuse, mettait comme � regret le pied sur chaque marche de l�escalier qui conduisait � sa chambre, et elle s�arr�tait � chaque fen�tre pour regarder le ciel si bien en harmonie avec sa tristesse et retarder ainsi sa rentr�e dans le petit appartement.
Nicole impatiente, Nicole d�pit�e, Nicole, qui craignait que quelque fantaisie de sa ma�tresse ne la conduis�t au del� de l�heure, grommelait tout bas ces sortes d�impr�cations que les valets n��pargnent jamais aux ma�tres assez imprudents pour se permettre de satisfaire un caprice aux d�pens des caprices de leurs valets.
Enfin, Andr�e poussa la porte de sa chambre et, tombant plut�t qu�elle ne s�assit sur un fauteuil, commanda doucement � Nicole d�entreb�iller la fen�tre qui donnait sur la cour.
Nicole ob�it.
Puis, revenant � sa ma�tresse avec cet air d�int�r�t que la flatteuse savait si bien prendre:
� J�ai peur que mademoiselle ne soit un peu malade ce soir, dit-elle; mademoiselle a les yeux rouges et gonfl�s, brillants n�anmoins. Je crois que mademoiselle aurait grand besoin de repos.
� Tu crois, Nicole? dit Andr�e, qui n�avait pas �cout�.
Et elle �tendit nonchalamment les pieds sur un carreau de tapisserie.
Nicole accepta cette pose pour un ordre de d�shabiller sa ma�tresse et se mit � d�tacher les rubans et les fleurs de sa coiffure, esp�ce d��difice que la d�molisseuse la plus habile ne jetait point bas avant un bon quart d�heure.
Andr�e, pendant tout ce travail, ne souffla pas un seul mot. Nicole, laiss�e � son libre arbitre, hacha, comme on dit, la besogne, et, sans faire crier Andr�e, tant sa pr�occupation �tait grande, lui tira tout � son aise les cheveux.
La toilette de nuit termin�e, Andr�e donna ses ordres pour le lendemain. Il s�agissait d�aller d�s le matin � Versailles chercher quelques livres que Philippe devait avoir fait transporter pour sa s�ur; il y avait, en outre, � pr�venir l�accordeur de se rendre � Trianon pour mettre le clavecin en �tat.
Nicole r�pondit tranquillement que, si on ne la r�veillait point dans la nuit, elle se l�verait de bonne heure, et qu�avant le r�veil de mademoiselle, toutes les commissions seraient faites.
� Demain aussi, j��crirai, continua Andr�e se parlant � elle-m�me; oui, j��crirai � Philippe, cela m�all�gera un peu.