Joseph Balsamo. Tome III
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #3
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome III». Краткое содержание книги:
� M. de Richelieu, murmura Balsamo; oh! ma foi, tout duc et pair qu�il est, il attendra.
Chapitre 118. Les deux gouttes d�eau de M. de Richelieu
Le duc de Richelieu sortit � quatre heures et demie de la maison de la rue Saint-Claude.
Ce qu�il �tait venu faire chez Balsamo va s�expliquer tout naturellement dans ce qu�on va lire.
M. de Taverney avait d�n� chez sa fille; madame la dauphine, ce jour-l�, avait donn� cong� entier � Andr�e pour que celle-ci p�t recevoir son p�re chez elle.
On en �tait au dessert quand M. de Richelieu entra; toujours porteur de bonnes nouvelles, il venait annoncer � son ami que le roi avait d�clar�, le matin m�me, que ce n��tait plus une compagnie qu�il comptait donner � Philippe, mais un r�giment.
Taverney manifesta bruyamment sa joie, et Andr�e remercia le mar�chal avec effusion.
La conversation fut tout ce qu�elle devait �tre apr�s ce qui s��tait pass�. Richelieu parla toujours du roi, Andr�e toujours de son fr�re, Taverney toujours d�Andr�e.
Celle-ci annon�a dans la conversation qu�elle �tait libre de tout service pr�s de madame la dauphine; que Son Altesse royale recevait deux princes allemands de sa famille, et que, pour passer quelques heures de libert� qui lui rappelassent la cour de Vienne, Marie-Antoinette n�avait voulu avoir aucun service pr�s d�elle, pas m�me celui de sa dame d�honneur; ce qui avait si fort fait frissonner madame de Noailles, qu�elle s��tait all�e jeter aux genoux du roi.
Taverney �tait, disait-il, charm� de cette libert� d�Andr�e pour causer avec elle de tant de choses int�ressant leur fortune et leur renomm�e. Sur cette observation, Richelieu proposa de se retirer pour laisser le p�re et la fille dans une intimit� plus grande encore; ce que mademoiselle de Taverney ne voulut point accepter. Richelieu demeura donc.
Richelieu �tait dans sa veine de moralit�: il peignit fort �loquemment le malheur dans lequel �tait tomb� la noblesse de France, forc�e de subir le joug ignominieux de ces favorites de hasard, de ces reines de contrebande, au lieu d�avoir � encenser les favorites d�autrefois, presque aussi nobles que leurs augustes amants, ces femmes qui r�gnaient sur le prince par leur beaut� et par leur amour et sur les sujets par leur naissance, leur esprit et leur patriotisme loyal et pur.
Andr�e fut surprise de rencontrer tant d�analogie entre les paroles de Richelieu et celles que le baron de Taverney lui faisait entendre depuis quelques jours.
Richelieu se lan�a ensuite dans une th�orie de la vertu, th�orie si spirituelle, si pa�enne, si fran�aise, que mademoiselle de Taverney fut forc�e de convenir qu�elle n��tait pas vertueuse le moins du monde d�apr�s les th�ories de M. de Richelieu et que la v�ritable vertu, comme l�entendait le mar�chal, �tait celle de madame de Ch�teauroux, de mademoiselle de La Valli�re et de mademoiselle de Fosseuse.
De d�ductions en d�ductions, de preuves en preuves, Richelieu devint si clair, qu�Andr�e n�y comprit plus rien.
La conversation demeura sur ce pied jusqu�� sept heures du soir, � peu pr�s.
� sept heures du soir, le mar�chal se leva: il �tait forc�, disait-il, d�aller faire sa cour au roi, � Versailles.
En allant et en venant par la chambre pour prendre son chapeau, il rencontra Nicole, qui avait toujours quelque chose � faire l� o� se trouvait M. de Richelieu.
� Petite, lui dit-il en lui frappant sur l��paule, tu me reconduiras; je veux que tu portes un bouquet que madame de Noailles a fait cueillir dans ses parterres et qu�elle envoie � madame la comtesse d�Egmont.
Nicole s�inclina comme les villageoises des op�ras comiques de M. Rousseau.
Sur quoi, le mar�chal prit cong� du p�re et de la fille, �changea avec Taverney un regard significatif, fit une r�v�rence de jeune homme � Andr�e et sortit.
Si le lecteur veut nous le permettre, nous laisserons le baron et Andr�e causer de la nouvelle faveur accord�e � Philippe, et nous suivrons le mar�chal. Ce nous sera un moyen de savoir ce qu�il �tait all� faire rue Saint Claude, o� il avait pris pied, on se le rappelle, dans un si terrible moment.
D�ailleurs, la morale du baron ench�rissait encore sur celle de son ami le mar�chal, et pourrait bien effaroucher les oreilles qui, moins pures que celles d�Andr�e, y comprendraient quelque chose.
Richelieu descendit donc l�escalier en s�appuyant sur l��paule de Nicole et, d�s qu�il fut dans le parterre avec elle:
� Ah ��, petite, dit-il en s�arr�tant et en la regardant en face, nous avons donc un amant?
� Moi, monsieur le mar�chal? s��cria Nicole toute rougissante et en faisant un pas en arri�re.
� Hein! fit celui-ci, n�es-tu point Nicole Legay, par hasard?
� Si fait, monsieur le mar�chal.
� Eh bien, Nicole Legay a un amant.
� Oh! par exemple!
� Oui, ma foi, un certain dr�le assez bien tourn�, qu�elle recevait rue Coq-H�ron, et qui l�a suivie aux environs de Versailles.
� Monsieur le duc, je vous jure�
� Une sorte d�exempt qu�on appelle� Veux-tu que je te dise, petite, comment on appelle l�amant de mademoiselle Nicole Legay?
Le dernier espoir de Nicole �tait que le mar�chal ignor�t le nom de ce bienheureux mortel.
� Ma foi, dites, monsieur le mar�chal, fit-elle, puisque vous �tes en train.
� Qui s�appelle M. de Beausire, r�p�ta le mar�chal, et qui, en v�rit�, ne d�ment pas trop son nom.
Nicole joignit les mains avec une affectation de pruderie qui n�imposa pas le moins du monde au vieux mar�chal.
� Il para�t, dit-il, que nous lui donnons des rendez-vous � Trianon. Peste! dans un ch�teau royal, c�est grave; on est chass�e pour ces sortes de fredaines, ma belle enfant, et M. de Sartine envoie toutes les filles chass�es des ch�teaux royaux � la Salp�tri�re.
Nicole commen�a de s�inqui�ter.
� Monseigneur, dit-elle, je vous jure que, si M. de Beausire se vante d��tre mon amant, c�est un fat et un vilain; car, en v�rit�, je suis bien innocente.
� Je ne dis pas non, dit Richelieu; mais as-tu donn�, oui ou non, des rendez-vous?
� Monsieur le duc, un rendez-vous n�est pas une preuve.
� As-tu donn�, oui ou non, des rendez-vous? R�ponds.
� Monseigneur�
� Tu en as donn�, c�est tr�s bien; je ne te bl�me pas, ma ch�re enfant; d�ailleurs, j�aime les jolies filles qui font circuler leur beaut� et j�ai toujours de mon mieux aid� � la circulation; seulement, comme ton ami, comme ton protecteur, je t�avertis charitablement.
� Mais on m�a donc vue? demanda Nicole.
� Apparemment, puisque je le sais.
� Monseigneur, dit Nicole d�un ton r�solu, on ne m�a pas vue, c�est impossible.
� Je n�en sais rien, mais le bruit en court, et cela donne un assez vilain relief � ta ma�tresse; et tu comprends que, comme je suis encore plus l�ami de la famille Taverney que de la famille Legay, il est de mon devoir de dire deux mots de ce qui se passe au baron.
� Ah! monseigneur, s��cria Nicole, effray�e de la tournure que prenait la conversation, vous me perdez; m�me innocente, je serai chass�e rien que sur le soup�on.
� Eh bien, pauvre enfant, tu seras chass�e alors; car, � l�heure qu�il est, je ne sais plus quel mauvais esprit, ayant trouv� quelque chose � redire � ces rendez-vous, tout innocents qu�ils sont, en a d� pr�venir madame de Noailles.
� Madame de Noailles! grand Dieu!
� Oui, tu vois que la chose devient pressante.
Nicole frappa ses deux mains l�une contre l�autre avec d�sespoir.
� C�est malheureux, je le sais bien, dit Richelieu; mais que diable veux-tu y faire?
� Et vous qui vous disiez tout � l�heure mon protecteur, vous qui m�avez prouv� que vous l��tiez, vous ne pouvez plus me prot�ger? demanda Nicole avec la ruse c�line qu�y e�t mise une femme de trente ans.
� Si, pardieu! je le puis.
� Eh bien, monseigneur?�
� Oui, mais je ne le veux pas.
� Oh! monsieur le duc!
� Oui, tu es gentille, je sais cela; et tes beaux yeux me disent toutes sortes de choses; mais je deviens tant soit peu aveugle, ma pauvre Nicole, et je ne comprends plus le langage des beaux yeux. Jadis, je t�eusse propos� de te donner asile au pavillon de Hanovre; mais, aujourd�hui, � quoi bon? on n�en jaserait m�me plus.