Joseph Balsamo. Tome III
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #3
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome III». Краткое содержание книги:
La jeune femme se tut.
� M�aimerez-vous enfin? acheva Balsamo avec un soupir.
� Je ne veux promettre que ce que je puis tenir, dit Lorenza; ni l�amour ni la haine ne d�pendent de nous. J�esp�re que Dieu, en �change de ces bons proc�d�s de votre part, permettra que la haine s�efface et que l�amour vienne.
� Ce n�est malheureusement pas assez d�une pareille promesse, Lorenza, pour que je me fie � vous. Il me faut un serment absolu, sacr�, dont la rupture soit un sacril�ge, un serment qui vous lie en ce monde et dans l�autre, qui entra�ne votre mort dans celui-ci et votre damnation dans celui l�.
Lorenza se tut.
� Ce serment, voulez-vous le faire?
Lorenza laissa tomber sa t�te dans ses deux mains, et son sein se gonfla sous la pression de sentiments oppos�s.
� Faites-moi ce serment, Lorenza, tel que je le dicterai, avec la solennit� dont je l�entourerai, et vous �tes libre.
� Que faut-il que je jure, monsieur?
� Jurez que jamais, sous aucun pr�texte, rien de ce que vous avez surpris relativement � la science d�Althotas ne sortira de votre bouche.
� Oui, je jurerai cela.
� Jurez que rien de ce que vous avez surpris relativement � nos r�unions politiques ne sera jamais divulgu� par vous.
� Je jurerai encore cela.
� Avec le serment et dans la forme que j�indiquerai?
� Oui; est-ce tout?
� Non, jurez � et c�est l� le principal, Lorenza, car aux autres serments ma vie seulement est attach�e; � celui que je vais vous dire est attach� mon bonheur �, jurez que jamais vous ne vous s�parerez de moi, Lorenza. Jurez, et vous �tes libre.
La jeune femme tressaillit, comme si un fer glac� e�t p�n�tr� jusqu�� son c�ur.
� Et sous quelle forme ce serment doit-il �tre fait?
� Nous irons ensemble dans une �glise, Lorenza; nous communierons ensemble avec la m�me hostie. Sur cette hostie enti�re, vous jurerez de ne jamais rien r�v�ler de relatif � Althotas, de ne jamais rien r�v�ler de relatif � mes compagnons. Vous jurerez de ne jamais vous s�parer de moi. Nous couperons l�hostie en deux, et nous en prendrons chacun la moiti�, en adjurant le Seigneur Dieu, vous que vous ne me trahirez jamais, moi, que je vous rendrai toujours heureuse.
� Non, dit Lorenza, un tel serment est un sacril�ge.
� Un serment n�est un sacril�ge, Lorenza, reprit tristement Balsamo, que lorsqu�on fait ce serment avec intention de ne point le tenir.
� Je ne ferai point ce serment, dit Lorenza. J�aurais trop peur de perdre mon �me.
� Ce n�est point, je vous le r�p�te, en le faisant que vous perdriez votre �me, dit Balsamo: c�est en le trahissant.
� Je ne le ferai pas.
� Alors prenez patience, Lorenza, dit Balsamo sans col�re, mais avec une tristesse profonde.
Le front de Lorenza s�assombrit, comme on voit s�assombrir une prairie couverte de fleurs quand passe un nuage entre elle et le ciel.
� Ainsi vous me refusez? dit-elle.
� Non pas, Lorenza, c�est vous, au contraire.
Un mouvement nerveux indiqua tout ce que la jeune femme comprimait d�impatience � ses paroles.
� �coutez, Lorenza, dit Balsamo, voici ce que je puis faire pour vous, et c�est beaucoup, croyez-moi.
� Dites, r�pondit la jeune femme avec un sourire amer. Voyons jusqu�o� s��tendra cette g�n�rosit� que vous faites si fort valoir.
� Dieu, le hasard ou la fatalit�, comme vous le voudrez, Lorenza, nous ont li�s l�un � l�autre par des n�uds indissolubles; n�essayons donc pas de les rompre dans cette vie, puisque la mort seule peut les briser.
� Voyons, je sais cela, dit Lorenza avec impatience.
� Eh bien, dans huit jours, Lorenza, quoi qu�il m�en co�te et quelque chose que je risque en faisant ce que je fais, dans huit jours vous aurez une compagne.
� O� cela? demanda-t-elle.
� Ici.
� Ici! s��cria-t-elle, derri�re ces barreaux, derri�re ces portes inexorables, derri�re ces portes d�airain? Une compagne de prison? Oh! vous n�y pensez pas, monsieur, ce n�est point l� ce que je vous demande.
� Lorenza, c�est cependant tout ce que je puis accorder.
La jeune femme fit un geste d�impatience plus prononc�.
� Mon amie! mon amie! reprit Balsamo avec douceur, r�fl�chissez-y bien, � deux vous porterez plus facilement le poids de ce malheur n�cessaire.
� Vous vous trompez, monsieur; je n�ai jusqu�� pr�sent souffert que de ma propre douleur et non de la douleur d�autrui. Cette �preuve me manque et je comprends que vous vouliez me la faire subir. Oui, vous mettrez aupr�s de moi une victime comme moi, que je verrai maigrir, p�lir, expirer de douleur comme moi; que j�entendrai battre, comme je l�ai fait, cette muraille, porte odieuse que j�interroge mille fois le jour, pour savoir o� elle s�ouvre quand elle vous donne passage; et, quand la victime, ma compagne, aura comme moi us� ses ongles sur le bois et le marbre en essayant de l�enfoncer ou de le disjoindre; quand elle aura, comme moi, us� ses paupi�res avec ses pleurs; quand elle sera morte comme je suis morte et que vous aurez deux cadavres au lieu d�un, dans votre bont� infernale vous direz: �Ces deux enfants se divertissent; elles se font soci�t�; elles sont heureuses.� Oh! non, non, mille fois non!
Et elle frappa violemment du pied le parquet.
Balsamo essaya encore de la calmer.
� Voyons, dit-il, Lorenza, de la douceur, du calme; raisonnons, je vous en supplie.
� Il me demande du calme! il me demande de la raison! Le bourreau demande de la douceur au patient qu�il torture, du calme � l�innocent qu�il martyrise.
� Oui, je vous demande du calme et de la douceur; car vos col�res, Lorenza, ne changent rien � notre destin�e, elles l�endolorissent, voil� tout. Acceptez ce que je vous offre, Lorenza; je vous donnerai une compagne, une compagne qui ch�rira l�esclavage, parce que cet esclavage lui aura donn� votre amiti�. Vous ne verrez pas un visage triste et larmoyant comme vous le craignez, mais, au contraire, un sourire et une gaiet� qui d�rideront votre front. Voyons, ma bonne Lorenza, acceptez ce que je vous offre; car, je vous le jure, je ne puis vous offrir davantage.
� C�est-�-dire que vous mettrez pr�s de moi une mercenaire � laquelle vous aurez dit qu�il y a l�-haut une folle, une pauvre femme malade et condamn�e � mourir; vous inventerez la maladie. �Renfermez-vous pr�s de cette folle, consentez au d�vouement, et je vous payerai vos soins aussit�t que la folle sera morte.�
� Oh! Lorenza, Lorenza! murmura Balsamo.
� Non, ce n�est point cela et je me trompe, n�est-ce pas? poursuivit ironiquement Lorenza, et je devine mal; que voulez-vous! je suis ignorante, moi; je connais si mal le monde et le c�ur du monde. Allons, allons, vous lui direz � cette femme: �Veillez, la folle est dangereuse; pr�venez-moi de toutes ses actions, de toutes ses pens�es, veillez sur sa vie, veillez sur son sommeil.� Et vous lui donnerez de l�or tant qu�elle voudra; l�or ne vous co�te rien, � vous, vous en faites.
� Lorenza, vous vous �garez; au nom du Ciel, Lorenza, lisez mieux dans mon c�ur. Vous donner une compagne, mon amie, c�est compromettre des int�r�ts si grands, que vous fr�miriez si vous ne me ha�ssiez pas� Vous donner une compagne, je vous l�ai dit, c�est risquer ma s�ret�, ma libert�, ma vie: et tout cela, cependant, je le risque pour vous �pargner quelques ennuis.
� Des ennuis! s��cria Lorenza en riant de ce rire sauvage et effrayant qui faisait fr�mir Balsamo. Il appelle cela des ennuis!
� Eh bien, des douleurs; oui, vous avez raison, Lorenza, ce sont de poignantes douleurs. Oui, Lorenza; eh bien, je te le r�p�te, aie patience, et un jour viendra o� toutes ces douleurs prendront fin; un jour viendra o� tu seras libre, un jour viendra o� tu seras heureuse.
� Voyons, dit-elle, voulez-vous m�accorder de me retirer dans un couvent? J�y ferai des v�ux.
� Dans un couvent!
� Je prierai, je prierai pour vous d�abord, et pour moi ensuite. Je serai bien enferm�e, c�est vrai, mais j�aurai un jardin, de l�air, de l�espace, un cimeti�re pour me promener parmi les tombes, en cherchant d�avance la place de la mienne. J�aurai des compagnes qui seront malheureuses de leur propre malheur et non du mien. Laissez-moi me retirer dans un couvent, et je vous ferai tous les serments que vous voudrez. Un couvent, Balsamo, un couvent, je vous le demande � mains jointes!