Joseph Balsamo. Tome III
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #3
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome III». Краткое содержание книги:
Quiconque l�e�t vu, ce philosophe des anciennes th�ories, ce sceptique, ce d�daigneux, aspirer � longs traits l�air de la faveur dans son bourbier le moins respirable, se f�t dit que Dieu avait p�tri du m�me limon l�esprit et le c�ur de M. de Taverney.
Taverney seul e�t pu r�pondre � propos de ce changement:
� Ce n�est pas moi qui ai chang�, c�est le temps.
Donc, il resta pr�s d�Andr�e, assis, un peu embarrass�; car la jeune fille, avec son in�puisable s�r�nit�, le per�ait de deux regards profonds comme la mer en son plus profond ab�me.
� M. de Richelieu n�a-t-il pas dit, monsieur, que Sa Majest� vous avait confi� un t�moignage de sa satisfaction? Quel est-il, je vous prie?
� Ah! fit Taverney, elle est int�ress�e� Tiens, je ne l�eusse pas cru. Tant mieux, Satan, tant mieux!
Il tira lentement de sa poche l��crin donn� la veille par le mar�chal, � peu pr�s comme les bons papas tirent un sac de bonbons ou un jouet que les yeux de l�enfant arrachent de leur poche avant que les mains aient agi.
� Voici, dit-il.
� Ah! des bijoux� fit Andr�e.
� Sont-ils de votre go�t?
C��tait une garniture de perles d�un grand prix. Douze gros diamants reliaient entre eux les rangs de ces perles; un fermoir de diamants, des boucles d�oreilles, et un rang de diamants pour les cheveux, donnaient � ce pr�sent une valeur de trente mille �cus au moins.
� Mon Dieu, mon p�re! s��cria Andr�e.
� Eh bien?
� C�est trop beau� le roi s�est tromp�. Je serais honteuse de porter cela� Aurais-je donc des toilettes qui puissent s�allier avec la richesse de ces diamants?
� Plaignez-vous donc, je vous prie! dit ironiquement Taverney.
� Monsieur, vous ne me comprenez pas� Je regrette de ne pouvoir porter ces bijoux, parce qu�ils sont trop beaux.
� Le roi, qui a donn� l��crin, mademoiselle, est assez grand seigneur pour vous donner les robes�
� Mais, monsieur� cette bont� du roi�
� Ne croyez-vous pas que je l�aie m�rit�e par mes services? dit Taverney.
� Ah! pardon, monsieur; c�est vrai, r�pliqua Andr�e en baissant la t�te, mais sans �tre bien convaincue.
Au bout d�un moment de r�flexion, elle referma l��crin.
� Je ne porterai pas ces diamants, dit-elle.
� Pourquoi? s��cria Taverney inquiet.
� Parce que, mon p�re, vous et mon fr�re, vous avez besoin de tout le n�cessaire, et que ce superflu blesse mes yeux depuis que je viens de penser � votre g�ne.
Taverney lui pressa la main en souriant.
� Oh! ne vous occupez plus de cela, ma fille. Le roi a fait plus pour moi que pour vous. Nous sommes en faveur, ch�re enfant. Il ne serait ni d�une sujette respectueuse ni d�une femme reconnaissante de para�tre devant Sa Majest� sans la parure qu�elle a bien voulu vous donner.
� J�ob�irai, monsieur.
� Oui; mais il faut que vous ob�issiez avec plaisir� Cette parure ne para�t pas �tre de votre go�t?
� Je ne me connais pas en diamants, monsieur.
� Sachez donc que les perles seules valent cinquante mille livres.
Andr�e joignit les mains.
� Monsieur, dit-elle, il est �trange que Sa Majest� me fasse, � moi, un pareil pr�sent; r�fl�chissez-y.
� Je ne vous comprends pas, mademoiselle, dit Taverney d�un ton sec.
� Si je porte ces pierreries, je vous assure, monsieur, que le monde s�en �tonnera.
� Pourquoi? dit Taverney du m�me ton, avec un regard imp�rieux et froid qui fit baisser celui de sa fille.
� Un scrupule.
� Mademoiselle, il est fort �trange, vous m�avouerez, de vous voir des scrupules l� o�, moi, je n�en vois pas. Vivent les jeunes filles candides pour savoir le mal et l�apercevoir, si bien cach� qu�il soit, alors que nul ne l�avait remarqu�! Vive la jeune fille na�ve et vierge pour faire rougir les vieux grenadiers comme moi!
Andr�e cacha sa confusion dans ses deux belles mains nacr�es.
� Oh! mon fr�re, murmura-t-elle tout bas, pourquoi es-tu d�j� si loin?
Taverney entendit-il ce mot? le devina-t-il avec cette merveilleuse perspicacit� que nous lui connaissons? On ne saurait le dire; mais il changea de ton � l�instant m�me et, prenant les deux mains d�Andr�e:
� Voyons, enfant, dit-il, est-ce que votre p�re n�est pas un peu votre ami?
Un doux sourire se fit jour � travers les ombres dont le beau front d�Andr�e �tait couvert.
� Est-ce que je ne suis pas l� pour vous aimer, pour vous conseiller? est-ce que vous ne vous sentez pas fi�re de contribuer � la fortune de votre fr�re et � la mienne?
� Oh! si, dit Andr�e.
Le baron concentra sur sa fille un regard tout embras� de caresses.
� Eh bien, dit-il, vous serez, comme le disait tout � l�heure M. de Richelieu, la reine des Taverney� Le roi vous a distingu�e� Madame la dauphine aussi, dit-il vivement; dans l�intimit� de ces augustes personnes, vous b�tirez notre avenir, en leur faisant la vie heureuse� Amie de la dauphine, amie� du roi, quelle gloire!� Vous avez des talents sup�rieurs et une beaut� sans rivale; vous avez un esprit sain, exempt d�avarice et d�ambition� Oh! mon enfant, quel r�le vous pouvez jouer!� Vous souvient-il de cette petite fille qui adoucit les derniers moments de Charles VI? Son nom fut b�ni en France� Vous souvient-il d�Agn�s Sorel, qui restitua l�honneur � la couronne de France? Tous les bons Fran�ais v�n�rent sa m�moire� Andr�e, vous serez le b�ton de vieillesse de notre glorieux monarque� Il vous ch�rira comme sa fille, et vous r�gnerez en France par le droit de la beaut�, du courage et de la fid�lit�.
Andr�e ouvrait les yeux avec �tonnement. Le baron reprit sans lui laisser le temps de r�fl�chir:
� Ces femmes perdues qui d�shonorent le tr�ne, vous les chasserez d�un seul regard; votre pr�sence purifiera la cour. C�est � votre influence g�n�reuse que la noblesse du royaume devra le retour des bonnes m�urs, de la politesse, de la pure galanterie. Ma fille, vous pouvez, vous devez �tre un astre r�g�n�rateur pour ce pays et une couronne de gloire pour notre nom.
� Mais, dit Andr�e �tourdie, que me faudra-t-il faire pour cela?
� Andr�e, reprit-il, je vous ai dit souvent qu�il faut en ce monde forcer les gens � �tre vertueux en leur faisant aimer la vertu. La vertu renfrogn�e, triste et psalmodiant des sentences, fait fuir ceux m�mes qui voudraient le plus ardemment s�approcher d�elle. Donnez � la v�tre toutes les amorces de la coquetterie, du vice m�me. Cela est facile � une fille spirituelle et forte comme vous l��tes. Faites-vous si belle, que la cour ne parle que de vous; faites-vous si agr�able aux yeux du roi, qu�il ne puisse se passer de vous; faites-vous si secr�te, si r�serv�e pour tous, except� pour Sa Majest�, qu�on vous attribue bien vite tout le pouvoir que vous ne pouvez manquer d�obtenir.
� Je ne comprends pas bien ce dernier avis, dit Andr�e.
� Laissez-moi vous guider; vous ex�cuterez sans comprendre, ce qui vaut mieux pour une sage et g�n�reuse cr�ature comme vous. � propos, pour ex�cuter le premier point, ma fille, je dois garnir votre bourse. Prenez ces cent louis, et montez votre toilette d�une fa�on digne du rang auquel vous �tes appel�e depuis que le roi nous a fait l�honneur de nous distinguer.
Taverney donna cent louis � sa fille, lui baisa la main et sortit.
Il reprit rapidement l�all�e par laquelle il �tait venu, et n�aper�ut pas, au fond du bosquet des Amours, Nicole en grande conversation avec un seigneur qui lui parlait � l�oreille.
Chapitre 117. Ce qu�il fallait � Althotas pour compl�ter son �lixir de vie
Le lendemain de cette conversation, vers quatre heures de l�apr�s-midi, Balsamo �tait occup�, dans son cabinet de la rue Saint-Claude, � lire une lettre que Fritz venait de lui remettre. Cette lettre �tait sans signature: il la tournait et retournait entre ses mains.
� Je connais cette �criture, disait-il, longue, irr�guli�re, un peu trembl�e, et avec force fautes d�orthographe.
Et il relisait:
�Monsieur le comte,
Une personne qui vous a consult� quelque temps avant la chute du dernier minist�re et qui d�j� vous avait consult� longtemps auparavant, se pr�sentera aujourd�hui chez vous pour obtenir une consultation nouvelle. Vos nombreuses occupations vous permettront-elles de donner � cette personne une demi-heure entre quatre et cinq heures du soir?�