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Joseph Balsamo. Tome III - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Joseph Balsamo. Tome III

Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome III». Краткое содержание книги:

Les «Mémoires d’un médecin» est une suite romanesque qui a pour cadre la Révolution Française et qui comprend «Joseph Balsamo», «le Collier de la reine», «Ange Pitou» et la «Comtesse de Charny». Cette grande fresque, très intéressante sur le plan historique, captivante par son récit, a une grande force inventive et une portée symbolique certaine.
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Cette lecture achev�e pour la deuxi�me ou la troisi�me fois, Balsamo retombait dans sa recherche.

� Ce n�est pas la peine de consulter Lorenza pour si peu; d�ailleurs, ne sais-je plus deviner moi-m�me? L��criture est longue, signe d�aristocratie; irr�guli�re et trembl�e, signe de vieillesse; pleine de fautes d�orthographe: c�est d�un courtisan. Ah! niais que je suis! c�est de M. le duc de Richelieu. Bien certainement, j�aurai une demi-heure pour vous, monsieur le duc; une heure, une journ�e. Prenez mon temps et faites-en le v�tre. N��tes-vous pas, sans le savoir, un de mes agents myst�rieux, un de mes d�mons familiers? Ne poursuivons-nous pas la m�me �uvre? N��branlons-nous pas la monarchie d�un m�me effort, vous en vous faisant son �me, moi en me faisant son ennemi? Venez, monsieur le duc, venez.

Et Balsamo tira sa montre pour voir combien de temps encore il avait � attendre le duc.

En ce moment une sonnette retentit dans la corniche du plafond.

� Qu�y a-t-il donc? fit Balsamo tressaillant. Lorenza m�appelle, Lorenza! Elle veut me voir. Lui serait-il arriv� quelque chose de f�cheux? ou bien serait-ce un de ces retours de caract�re dont j�ai �t� si souvent t�moin et quelquefois victime? Hier, elle �tait bien pensive, bien r�sign�e, bien douce; hier, elle �tait bien comme j�aime � la voir. Pauvre enfant! Allons.

Alors il ferma sa chemise brod�e, cacha son jabot de dentelle sous sa robe de chambre, donna un regard � son miroir pour s�assurer que sa coiffure n��tait pas trop en d�sordre et s�achemina vers l�escalier, apr�s avoir r�pondu par un coup de sonnette pareil � la demande de Lorenza.

Mais, selon son habitude, Balsamo s�arr�ta dans la chambre qui pr�c�dait celle de la jeune femme, et, se tournant les bras crois�s du c�t� o� il supposait qu�elle devait �tre, avec cette force de volont� qui ne conna�t point d�obstacles, il lui ordonna de dormir.

Puis, � travers une ger�ure presque imperceptible de la boiserie, comme s�il e�t dout� de lui-m�me ou comme s�il e�t cru avoir besoin de redoubler de pr�cautions, il regarda.

Lorenza �tait endormie sur un canap�, o�, chancelant sans doute sous la volont� de son dominateur, elle �tait all�e chercher un appui. Un peintre n�e�t certes pas pu trouver pour elle une attitude plus po�tique. Tourment�e et haletante sous le poids du rapide fluide que Balsamo lui avait envoy�, Lorenza ressemblait � une de ces belles Arianes de Vanloo, dont la poitrine est gonfl�e, le torse plein d�ondulations et de secousses, la t�te perdue de d�sespoir ou de fatigue.

Balsamo entra donc par son passage habituel et s�arr�ta devant elle pour la contempler, mais aussit�t il la r�veilla: elle �tait trop dangereuse ainsi.

� peine eut-elle ouvert les yeux, qu�elle laissa un �clair jaillir de ses prunelles; puis, comme pour asseoir ses id�es encore fluctuantes, elle lissa ses cheveux avec la paume de ses deux mains, �tancha ses l�vres humides d�amour, et, fouillant profond�ment sa m�moire, rassembla ses souvenirs diss�min�s.

Balsamo la regardait avec une sorte d�anxi�t�. Il �tait habitu� depuis longtemps au brusque passage de la douceur amoureuse � un �lan de col�re et de haine. La r�flexion de ce jour, r�flexion � laquelle il n��tait pas habitu�, le sang-froid avec lequel Lorenza le recevait, au lieu de ces �lans de haine accoutum�s, lui annon�aient pour cette fois quelque chose de plus s�rieux peut-�tre que tout ce qu�il avait vu jusque-l�.

Lorenza se redressa donc et, secouant la t�te en levant son long regard velout� vers Balsamo:

� Veuillez, lui dit-elle, vous asseoir pr�s de moi, je vous prie.

Balsamo tressaillit � cette voix pleine d�une douceur inaccoutum�e.

� M�asseoir? dit-il. Tu sais bien, ma Lorenza, que je n�ai qu�un d�sir, c�est de passer ma vie � tes genoux.

� Monsieur, reprit Lorenza du m�me ton, je vous prie de vous asseoir, bien que je n�aie pas un long discours � vous faire; mais, enfin, je vous parlerai mieux, il me semble, si vous �tes assis.

� Aujourd�hui, comme toujours, ma Lorenza bien-aim�e, dit Balsamo, je ferai selon tes souhaits.

Et il s�assit dans un fauteuil aupr�s de Lorenza, assise elle-m�me sur un sofa.

� Monsieur, dit-elle en attachant sur Balsamo des yeux d�une expression ang�lique, je vous ai appel� pour vous demander une gr�ce.

� Oh! ma Lorenza, s��cria Balsamo de plus en plus charm�, tout ce que tu voudras, dis, tout!

� Une seule chose; mais, je vous en pr�viens, cette chose je la d�sire ardemment.

� Parlez, Lorenza, parlez, d�t-il m�en co�ter toute ma fortune, d�t-il m�en co�ter la moiti� de la vie.

� Il ne vous en co�tera rien, monsieur, qu�une minute de votre temps, r�pondit la jeune femme.

Balsamo, enchant� de la tournure calme que prenait la conversation, se faisait d�j� � lui-m�me, gr�ce � son active imagination, un programme des d�sirs que pouvait avoir form�s Lorenza et surtout de ceux qu�il pourrait satisfaire.

� Elle va, se disait-il, me demander quelque servante ou quelque compagne. Eh bien, ce sacrifice immense, puisqu�il compromet mon secret et mes amis, ce sacrifice, je le ferai, car la pauvre enfant est bien malheureuse dans cet isolement.

� Parlez vite, ma Lorenza, dit-il tout haut avec un sourire plein d�amour.

� Monsieur, dit-elle, vous savez que je meurs de tristesse et d�ennui.

Balsamo inclina la t�te avec un soupir en signe d�assentiment.

� Ma jeunesse, continua Lorenza, se consume; mes jours sont un long sanglot, mes nuits une perp�tuelle terreur. Je vieillis dans la solitude et dans l�angoisse.

� Cette vie est celle que vous vous faites, Lorenza, dit Balsamo, et il n�a pas d�pendu de moi que cette vie, que vous avez attrist�e ainsi, ne f�t envie � une reine.

� Soit. Aussi vous voyez que c�est moi qui reviens � vous.

� Merci, Lorenza.

� Vous �tes bon chr�tien, m�avez-vous dit quelquefois, quoique�

� Quoique vous me croyiez une �me perdue, voulez-vous dire? J�ach�ve votre pens�e Lorenza.

� Ne vous arr�tez qu�� ce que je dirai, monsieur, et ne supposez rien, je vous prie.

� Continuez donc.

� Eh bien, au lieu de me laisser m�ab�mer dans ces col�res et dans ces d�sespoirs, accordez-moi, puisque je ne vous suis utile � rien�

Elle s�arr�ta pour regarder Balsamo; mais d�j� il avait repris son empire sur lui-m�me, et elle ne rencontra qu�un regard froid et un sourcil fronc�.

Elle s�anima sous cet �il presque mena�ant.

� Accordez-moi, continua-t-elle, non pas la libert�, je sais qu�un d�cret de Dieu ou plut�t votre volont�, qui me para�t toute-puissante, me condamne � la captivit� durant ma vie; accordez-moi de voir des visages humains, d�entendre le son d�une autre voix que votre voix; accordez-moi enfin de sortir, de marcher, de faire acte d�existence.

� J�avais pr�vu ce d�sir, Lorenza, dit Balsamo en lui prenant la main, et depuis longtemps, vous le savez, ce d�sir est le mien.

� Alors!� s��cria Lorenza.

� Mais, reprit Balsamo, vous m�avez pr�venu vous-m�me; comme un insens� que j��tais, et tout homme qui aime est un insens�, je vous ai laiss�e p�n�trer une partie de mes secrets en science et en politique. Vous savez qu�Althotas a trouv� la pierre philosophale et cherche l��lixir de vie: voil� pour la science. Vous savez que moi et mes amis conspirons contre les monarchies de ce monde: voil� pour la politique. L�un des deux secrets peut me faire br�ler comme sorcier, l�autre peut me faire rouer comme coupable de haute trahison. Or, vous m�avez menac�, Lorenza; vous m�avez dit que vous tenteriez tout au monde pour recouvrer votre libert�, et que, cette libert� une fois reconquise, le premier usage que vous en feriez serait de me d�noncer � M. de Sartine. Avez-vous dit cela?

� Que voulez-vous! parfois je m�exasp�re, et alors� eh bien, alors, je deviens folle.

� �tes-vous calme? �tes-vous sage � cette heure, Lorenza, et pouvons nous causer?

� Je l�esp�re.

� Si je vous rends cette libert� que vous demandez, trouverai-je en vous une femme d�vou�e et soumise, une �me constante et douce? Vous savez que voil� mon plus ardent d�sir, Lorenza.

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