Joseph Balsamo. Tome III
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #3
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome III». Краткое содержание книги:
Cette lecture achev�e pour la deuxi�me ou la troisi�me fois, Balsamo retombait dans sa recherche.
� Ce n�est pas la peine de consulter Lorenza pour si peu; d�ailleurs, ne sais-je plus deviner moi-m�me? L��criture est longue, signe d�aristocratie; irr�guli�re et trembl�e, signe de vieillesse; pleine de fautes d�orthographe: c�est d�un courtisan. Ah! niais que je suis! c�est de M. le duc de Richelieu. Bien certainement, j�aurai une demi-heure pour vous, monsieur le duc; une heure, une journ�e. Prenez mon temps et faites-en le v�tre. N��tes-vous pas, sans le savoir, un de mes agents myst�rieux, un de mes d�mons familiers? Ne poursuivons-nous pas la m�me �uvre? N��branlons-nous pas la monarchie d�un m�me effort, vous en vous faisant son �me, moi en me faisant son ennemi? Venez, monsieur le duc, venez.
Et Balsamo tira sa montre pour voir combien de temps encore il avait � attendre le duc.
En ce moment une sonnette retentit dans la corniche du plafond.
� Qu�y a-t-il donc? fit Balsamo tressaillant. Lorenza m�appelle, Lorenza! Elle veut me voir. Lui serait-il arriv� quelque chose de f�cheux? ou bien serait-ce un de ces retours de caract�re dont j�ai �t� si souvent t�moin et quelquefois victime? Hier, elle �tait bien pensive, bien r�sign�e, bien douce; hier, elle �tait bien comme j�aime � la voir. Pauvre enfant! Allons.
Alors il ferma sa chemise brod�e, cacha son jabot de dentelle sous sa robe de chambre, donna un regard � son miroir pour s�assurer que sa coiffure n��tait pas trop en d�sordre et s�achemina vers l�escalier, apr�s avoir r�pondu par un coup de sonnette pareil � la demande de Lorenza.
Mais, selon son habitude, Balsamo s�arr�ta dans la chambre qui pr�c�dait celle de la jeune femme, et, se tournant les bras crois�s du c�t� o� il supposait qu�elle devait �tre, avec cette force de volont� qui ne conna�t point d�obstacles, il lui ordonna de dormir.
Puis, � travers une ger�ure presque imperceptible de la boiserie, comme s�il e�t dout� de lui-m�me ou comme s�il e�t cru avoir besoin de redoubler de pr�cautions, il regarda.
Lorenza �tait endormie sur un canap�, o�, chancelant sans doute sous la volont� de son dominateur, elle �tait all�e chercher un appui. Un peintre n�e�t certes pas pu trouver pour elle une attitude plus po�tique. Tourment�e et haletante sous le poids du rapide fluide que Balsamo lui avait envoy�, Lorenza ressemblait � une de ces belles Arianes de Vanloo, dont la poitrine est gonfl�e, le torse plein d�ondulations et de secousses, la t�te perdue de d�sespoir ou de fatigue.
Balsamo entra donc par son passage habituel et s�arr�ta devant elle pour la contempler, mais aussit�t il la r�veilla: elle �tait trop dangereuse ainsi.
� peine eut-elle ouvert les yeux, qu�elle laissa un �clair jaillir de ses prunelles; puis, comme pour asseoir ses id�es encore fluctuantes, elle lissa ses cheveux avec la paume de ses deux mains, �tancha ses l�vres humides d�amour, et, fouillant profond�ment sa m�moire, rassembla ses souvenirs diss�min�s.
Balsamo la regardait avec une sorte d�anxi�t�. Il �tait habitu� depuis longtemps au brusque passage de la douceur amoureuse � un �lan de col�re et de haine. La r�flexion de ce jour, r�flexion � laquelle il n��tait pas habitu�, le sang-froid avec lequel Lorenza le recevait, au lieu de ces �lans de haine accoutum�s, lui annon�aient pour cette fois quelque chose de plus s�rieux peut-�tre que tout ce qu�il avait vu jusque-l�.
Lorenza se redressa donc et, secouant la t�te en levant son long regard velout� vers Balsamo:
� Veuillez, lui dit-elle, vous asseoir pr�s de moi, je vous prie.
Balsamo tressaillit � cette voix pleine d�une douceur inaccoutum�e.
� M�asseoir? dit-il. Tu sais bien, ma Lorenza, que je n�ai qu�un d�sir, c�est de passer ma vie � tes genoux.
� Monsieur, reprit Lorenza du m�me ton, je vous prie de vous asseoir, bien que je n�aie pas un long discours � vous faire; mais, enfin, je vous parlerai mieux, il me semble, si vous �tes assis.
� Aujourd�hui, comme toujours, ma Lorenza bien-aim�e, dit Balsamo, je ferai selon tes souhaits.
Et il s�assit dans un fauteuil aupr�s de Lorenza, assise elle-m�me sur un sofa.
� Monsieur, dit-elle en attachant sur Balsamo des yeux d�une expression ang�lique, je vous ai appel� pour vous demander une gr�ce.
� Oh! ma Lorenza, s��cria Balsamo de plus en plus charm�, tout ce que tu voudras, dis, tout!
� Une seule chose; mais, je vous en pr�viens, cette chose je la d�sire ardemment.
� Parlez, Lorenza, parlez, d�t-il m�en co�ter toute ma fortune, d�t-il m�en co�ter la moiti� de la vie.
� Il ne vous en co�tera rien, monsieur, qu�une minute de votre temps, r�pondit la jeune femme.
Balsamo, enchant� de la tournure calme que prenait la conversation, se faisait d�j� � lui-m�me, gr�ce � son active imagination, un programme des d�sirs que pouvait avoir form�s Lorenza et surtout de ceux qu�il pourrait satisfaire.
� Elle va, se disait-il, me demander quelque servante ou quelque compagne. Eh bien, ce sacrifice immense, puisqu�il compromet mon secret et mes amis, ce sacrifice, je le ferai, car la pauvre enfant est bien malheureuse dans cet isolement.
� Parlez vite, ma Lorenza, dit-il tout haut avec un sourire plein d�amour.
� Monsieur, dit-elle, vous savez que je meurs de tristesse et d�ennui.
Balsamo inclina la t�te avec un soupir en signe d�assentiment.
� Ma jeunesse, continua Lorenza, se consume; mes jours sont un long sanglot, mes nuits une perp�tuelle terreur. Je vieillis dans la solitude et dans l�angoisse.
� Cette vie est celle que vous vous faites, Lorenza, dit Balsamo, et il n�a pas d�pendu de moi que cette vie, que vous avez attrist�e ainsi, ne f�t envie � une reine.
� Soit. Aussi vous voyez que c�est moi qui reviens � vous.
� Merci, Lorenza.
� Vous �tes bon chr�tien, m�avez-vous dit quelquefois, quoique�
� Quoique vous me croyiez une �me perdue, voulez-vous dire? J�ach�ve votre pens�e Lorenza.
� Ne vous arr�tez qu�� ce que je dirai, monsieur, et ne supposez rien, je vous prie.
� Continuez donc.
� Eh bien, au lieu de me laisser m�ab�mer dans ces col�res et dans ces d�sespoirs, accordez-moi, puisque je ne vous suis utile � rien�
Elle s�arr�ta pour regarder Balsamo; mais d�j� il avait repris son empire sur lui-m�me, et elle ne rencontra qu�un regard froid et un sourcil fronc�.
Elle s�anima sous cet �il presque mena�ant.
� Accordez-moi, continua-t-elle, non pas la libert�, je sais qu�un d�cret de Dieu ou plut�t votre volont�, qui me para�t toute-puissante, me condamne � la captivit� durant ma vie; accordez-moi de voir des visages humains, d�entendre le son d�une autre voix que votre voix; accordez-moi enfin de sortir, de marcher, de faire acte d�existence.
� J�avais pr�vu ce d�sir, Lorenza, dit Balsamo en lui prenant la main, et depuis longtemps, vous le savez, ce d�sir est le mien.
� Alors!� s��cria Lorenza.
� Mais, reprit Balsamo, vous m�avez pr�venu vous-m�me; comme un insens� que j��tais, et tout homme qui aime est un insens�, je vous ai laiss�e p�n�trer une partie de mes secrets en science et en politique. Vous savez qu�Althotas a trouv� la pierre philosophale et cherche l��lixir de vie: voil� pour la science. Vous savez que moi et mes amis conspirons contre les monarchies de ce monde: voil� pour la politique. L�un des deux secrets peut me faire br�ler comme sorcier, l�autre peut me faire rouer comme coupable de haute trahison. Or, vous m�avez menac�, Lorenza; vous m�avez dit que vous tenteriez tout au monde pour recouvrer votre libert�, et que, cette libert� une fois reconquise, le premier usage que vous en feriez serait de me d�noncer � M. de Sartine. Avez-vous dit cela?
� Que voulez-vous! parfois je m�exasp�re, et alors� eh bien, alors, je deviens folle.
� �tes-vous calme? �tes-vous sage � cette heure, Lorenza, et pouvons nous causer?
� Je l�esp�re.
� Si je vous rends cette libert� que vous demandez, trouverai-je en vous une femme d�vou�e et soumise, une �me constante et douce? Vous savez que voil� mon plus ardent d�sir, Lorenza.