Joseph Balsamo. Tome III
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #3
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome III». Краткое содержание книги:
D�abord, elle ne r�pondit rien, elle regardait Gilbert et quelque chose comme un combat se passait dans son esprit.
Aussi, mal � l�aise devant ce silence glac�, le jeune homme se vit-il oblig� d�ajouter en mani�re de p�roraison:
� Maintenant, mademoiselle, ne me d�testez donc plus autant que vous le faisiez, car ce serait non seulement de l�injustice, mais encore de l�ingratitude, ainsi que je vous le disais tout � l�heure et que je vous le r�p�te maintenant.
Mais, � ces mots, Andr�e leva sa t�te alti�re et, du ton le plus indiff�remment crueclass="underline"
� Monsieur Gilbert, dit-elle, combien de temps, s�il vous pla�t, �tes-vous rest� en apprentissage chez M. Rousseau?
� Mademoiselle, dit na�vement Gilbert, trois mois, je crois, sans compter les jours de ma maladie, suite de l��touffement du 31 mai.
� Vous vous m�prenez, dit-elle, je ne vous demande point de me dire si vous avez �t� ou non malade� d��touffements� cela couronne artistement peut-�tre votre r�cit� mais il m�importe peu. Je voulais seulement vous dire, n�ayant s�journ� que trois mois chez l�illustre �crivain, que vous en avez fort bien profit�, et que l��l�ve fait du premier coup des romans presque dignes de ceux que publie son ma�tre.
Gilbert, qui avait �cout� avec tranquillit�, croyant qu�Andr�e allait, aux choses passionn�es qu�il avait dites, r�pondre des choses s�rieuses, tomba de toute la hauteur de sa bonhomie sous le coup de cette ironie sanglante.
� Un roman! murmura-t-il indign�, vous traitez de roman ce que je viens de vous dire!
� Oui, monsieur, dit Andr�e, un roman, je r�p�te le mot; seulement, vous ne m�avez pas forc�e de le lire et je vous en sais gr�; mais, malheureusement, j�ai le profond regret de ne pouvoir le payer ce qu�il vaut; car j�y tenterais en vain, le roman �tant impayable.
� Ainsi voil� ce que vous me r�pondez? balbutia Gilbert le c�ur serr�, les yeux �teints.
� Je ne vous r�ponds m�me pas, monsieur, dit Andr�e en le repoussant pour passer devant lui.
En effet, Nicole arrivait, appelant sa ma�tresse du bout de l�all�e, pour ne pas interrompre trop brusquement l�entretien dont elle ignorait l�interlocuteur, n�ayant pas reconnu Gilbert � travers les ombrages.
Mais, en approchant, elle vit le jeune homme, le reconnut et demeura stup�faite. Alors elle se repentit bien de n�avoir point fait un d�tour, afin d�entendre ce que Gilbert avait pu dire � mademoiselle de Taverney.
Alors celle-ci, s�adressant � Nicole d�une voix adoucie, comme pour mieux faire comprendre � Gilbert la hauteur avec laquelle elle lui avait parl�:
� Qu�y a-t-il, mon enfant? demanda-t-elle.
� M. le baron de Taverney et M. le duc de Richelieu viennent de se pr�senter pour mademoiselle, r�pondit Nicole.
� O� sont-ils?
� Chez mademoiselle.
� Venez.
Andr�e s��loigna.
Nicole la suivit, mais non sans jeter, en s�en allant, un regard ironique sur Gilbert, qui, moins p�le que livide, moins agit� que fou, moins col�re que forcen�, tendit le poing dans la direction de l�all�e par o� s��loignait son ennemie et murmura en grin�ant les dents:
� O cr�ature sans c�ur, corps sans �me, je t�ai sauv� la vie, j�ai concentr� mon amour, j�ai fait taire tout sentiment qui pouvait offenser ce que j�appellerai ta candeur; car, pour moi, dans mon d�lire, tu �tais une vierge sainte, comme la Vierge qui est au ciel� Maintenant, je t�ai vue de pr�s, tu n�es plus qu�une femme, et je suis un homme� Oh! un jour ou l�autre, je me vengerai, Andr�e de Taverney; je t�ai tenue deux fois entre mes mains, et deux fois je t�ai respect�e; Andr�e de Taverney, prends garde � la troisi�me!� Au revoir, Andr�e!
Et il s��loigna, bondissant � travers les massifs, comme un jeune loup bless� qui se retourne en montrant ses dents aigu�s et sa prunelle sanglante.
Chapitre 116. Le p�re et la fille
Au bout de l�all�e, Andr�e aper�ut, en effet, le mar�chal et son p�re, qui se promenaient devant le vestibule en l�attendant.
Les deux amis semblaient �tre les plus joyeux du monde; ils se tenaient par le bras: on n�avait pas encore vu � la cour Oreste et Pylade aussi exactement repr�sent�s.
� la vue d�Andr�e, les deux vieillards se r�jouirent encore plus et se firent remarquer, l�un � l�autre, sa radieuse beaut�, augment�e encore par la col�re et par la rapidit� de sa marche.
Le mar�chal salua Andr�e, comme il e�t fait madame de Pompadour d�clar�e. Cette nuance n��chappa point � Taverney qui en fut enchant�; mais elle surprit Andr�e par ce m�lange de respect et de galanterie libre; car l�habile courtisan savait mettre autant de d�tails dans un salut que Covielle savait mettre de phrases fran�aises dans un seul mot turc.
Andr�e rendit une r�v�rence qui fut aussi c�r�monieuse pour son p�re que pour le mar�chal; puis elle les invita tous deux, avec une gr�ce charmante, � monter dans sa chambre.
Le mar�chal admira cette �l�gante propret�, seul luxe de l�ameublement et de l�architecture de ce r�duit. Avec des fleurs, avec un peu de mousseline blanche, Andr�e avait fait de sa triste chambre, non pas un palais, mais un temple.
Il s�assit sur un fauteuil de perse vert � grandes fleurs, au-dessous d�un grand cornet de la Chine, d�o� tombaient des grappes parfum�es d�acacia et d��rable, m�l�es d�iris et de roses du Bengale.
Taverney eut un fauteuil pareil; Andr�e s�assit sur un pliant, le coude appuy� sur un clavecin �galement garni de fleurs dans un large vase de Saxe.
� Mademoiselle, dit le mar�chal, je viens vous apporter, de la part de Sa Majest�, tous les compliments que votre voix charmante et votre talent de musicienne consomm�e ont arrach�s hier � tous les auditeurs de la r�p�tition. Sa Majest� a craint de faire des jaloux et des jalouses en vous louant trop haut. Elle a donc bien voulu me charger de vous exprimer tout le plaisir que vous lui avez caus�.
Andr�e, toute rougissante, �tait si belle, que le mar�chal continua comme s�il parlait pour son compte.
� Le roi, dit-il, m�a affirm� qu�il n�avait encore vu � sa cour personne qui r�un�t au m�me point que vous, mademoiselle, les dons de l�esprit et ceux de la figure.
� Vous oubliez ceux du c�ur, dit Taverney avec �panouissement; Andr�e est la meilleure des filles.
Le mar�chal crut un moment que son ami allait pleurer. Plein d�admiration pour cet effort de sensibilit� paternelle, il s��cria:
� Le c�ur! H�las, mon cher, vous seul �tes juge de la tendresse que peut renfermer le c�ur de mademoiselle. Que n�ai-je vingt-cinq ans, je mettrais � ses pieds ma vie et ma fortune!
Andr�e ne savait pas encore accueillir l�g�rement l�hommage d�un courtisan. Richelieu n�obtint d�elle qu�un murmure sans signification.
� Mademoiselle, dit-il, le roi a voulu vous prier de lui permettre un t�moignage de sa satisfaction, et il a charg� M. le baron, votre p�re, de vous le transmettre. Que faut-il maintenant que je r�ponde � Sa Majest� de votre part?
� Monsieur, dit Andr�e, qui ne vit dans sa d�marche qu�une cons�quence du respect d� � son roi par toute sujette, veuillez assurer Sa Majest� de toute ma reconnaissance. Dites bien � Sa Majest� qu�elle me comble de bonheur en s�occupant de moi et que je suis bien indigne de l�attention d�un si puissant monarque.
Richelieu parut enthousiasm� de cette r�ponse, que la jeune fille pronon�a d�une voix ferme et sans aucune h�sitation.
Il lui prit la main, qu�il baisa respectueusement, et, la couvant des yeux:
� Une main royale, dit-il, un pied de f�e� l�esprit, la volont�, la candeur� Ah! baron, quel tr�sor!� Ce n�est pas une fille que vous avez l�, c�est une reine�
Et, sur ce mot, il prit cong�, laissant Taverney pr�s d�Andr�e, Taverney qui se gonflait insensiblement d�orgueil et d�espoir.