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Joseph Balsamo. Tome III - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Joseph Balsamo. Tome III

Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome III». Краткое содержание книги:

Les «Mémoires d’un médecin» est une suite romanesque qui a pour cadre la Révolution Française et qui comprend «Joseph Balsamo», «le Collier de la reine», «Ange Pitou» et la «Comtesse de Charny». Cette grande fresque, très intéressante sur le plan historique, captivante par son récit, a une grande force inventive et une portée symbolique certaine.
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Ce fut donc Andr�e qui continua, voulant avoir le dernier mot de cette apparition.

� Mais qu�avez-vous donc, monsieur Gilbert? demanda-t-elle; qu�avez-vous � me regarder avec cet air dolent? Il faut que quelque chose vous attriste; quelle chose vous attriste donc, s�il vous pla�t?

� Vous d�sirez le savoir? demanda m�lancoliquement Gilbert, qui sentait l�ironie cach�e sous cette apparence d�int�r�t.

� Oui.

� Eh bien, ce qui m�attriste, c�est de vous voir souffrir, mademoiselle, r�pliqua Gilbert.

� Et qui vous a dit que je souffrais, monsieur?

� Je le vois.

� Je ne souffre pas, vous vous trompez, monsieur, dit Andr�e en passant une seconde fois son mouchoir sur son visage.

Gilbert sentait monter l�orage; il r�solut de le d�tourner par son humilit�.

� Pardon, mademoiselle, dit-il, c�est que j�ai entendu vos plaintes.

� Ah! vous �coutiez? C�est mieux, alors�

� Mademoiselle, c�est le hasard, balbutia Gilbert, car il se sentait mentir.

� Le hasard! Je suis d�sesp�r�e, monsieur Gilbert, que le hasard vous ait amen� pr�s de moi; mais encore, en quoi ces plaintes que vous avez entendues ont-elles pu vous attrister? Dites-le-moi, le vous prie.

� Il m�est impossible de voir pleurer une femme, dit Gilbert d�un ton qui d�plut souverainement � Andr�e.

� Est-ce que, par hasard, je serais une femme pour M. Gilbert? r�pliqua la hautaine jeune fille. Je ne mendie l�int�r�t de personne; mais celui de M. Gilbert moins encore que celui de tout autre.

� Mademoiselle, dit Gilbert en secouant la t�te, vous avez tort de me rudoyer ainsi; je vous ai vue triste, je me suis afflig�; je vous ai entendue dire que, M. Philippe parti, vous �tiez d�sormais seule au monde: eh bien, non, non, mademoiselle, car je suis rest�, moi, et jamais c�ur plus d�vou� n�a battu pour vous. Je le r�p�te, non, jamais mademoiselle de Taverney ne sera seule au monde tant que ma t�te pourra penser, tant que mon c�ur pourra battre, tant que mon bras pourra s��tendre.

Gilbert �tait vraiment beau de vigueur, de noblesse et de d�vouement, tout en pronon�ant ces paroles � bien qu�il y mit toute la simplicit� que commandait le respect le plus vrai.

Mais il �tait dit que tout, dans le pauvre jeune homme, d�plairait � Andr�e, l�offenserait et la pousserait � des ripostes blessantes, comme si chacun de ses respects e�t �t� une insulte, chacune de ses pri�res une provocation. D�abord, elle voulut se lever pour trouver un geste plus dur avec une parole plus libre; mais un frisson nerveux la retint sur son banc. Elle pensa, d�ailleurs, que, debout, elle serait vue de plus loin, et vue causant avec Gilbert. Elle demeura donc sur son banc, car, une fois pour toutes, elle voulait �craser sous son pied l�insecte qui devenait importun.

Elle r�pondit donc:

� Je croyais vous avoir d�j� dit, monsieur Gilbert, que vous me d�plaisiez souverainement, que votre voix m�irritait, que vos fa�ons philosophiques me r�pugnent. Pourquoi donc, moi vous ayant dit cela, vous obstinez-vous encore � me parler?

� Mademoiselle, dit Gilbert p�le mais contenu, on n�irrite pas une honn�te femme en lui t�moignant de la sympathie. Un honn�te homme est l��gal de toute cr�ature humaine, et moi, que vous maltraitez avec cet acharnement, eh bien, moi, je m�rite peut-�tre plus qu�un autre la sympathie que je regrette de ne pas vous voir �prouver pour moi.

Andr�e, � ce mot de sympathie deux fois r�p�t�, ouvrit de grands yeux et les attacha impertinemment sur Gilbert.

� De la sympathie! dit-elle, de la sympathie de vous � moi, monsieur Gilbert? En v�rit�, je me trompais � votre �gard. Je vous tenais pour un insolent, et vous �tes moins que cela: vous n��tes qu�un fou.

� Je ne suis ni un insolent ni un fou, dit Gilbert avec un calme apparent, qui dut bien co�ter � cette fiert� que nous connaissons. Non, mademoiselle, car la nature m�a fait votre �gal, et le hasard vous a faite mon oblig�e.

� Le hasard, encore? dit ironiquement Andr�e.

� La Providence, euss�-je d� dire peut-�tre. Je ne vous eusse jamais parl� de cela; mais vos injures me rendent la m�moire.

� Votre oblig�e, moi? votre oblig�e, je crois? Comment avez-vous dit cela, monsieur Gilbert?

� J�aurais honte pour vous de l�ingratitude mademoiselle; et Dieu, qui vous a faite si belle, vous a donn�, pour compenser votre beaut�, assez d�autres d�fauts sans celui-l�.

Cette fois, Andr�e se leva.

� Tenez, pardonnez-moi, dit Gilbert; vous m�irritez par trop aussi quelquefois, et alors j�oublie tout l�int�r�t que vous m�inspirez.

Andr�e se mit � rire aux �clats, de mani�re � pousser la col�re de Gilbert � son paroxysme; mais, � son grand �tonnement, Gilbert ne s�enflamma point. Il croisa ses bras sur sa poitrine, garda l�expression hostile et obstin�e de son regard de feu, et attendit patiemment la fin de ce rire outrageant.

� Mademoiselle, dit froidement Gilbert � Andr�e, daignez r�pondre � une seule question. Respectez-vous votre p�re?

� Je crois, en v�rit�, que vous m�interrogez, monsieur Gilbert? s��cria la jeune fille avec une souveraine hauteur.

� Oui vous respectez votre p�re, continua Gilbert, et ce n�est point � cause de ses qualit�s, � cause de ses vertus; non, c�est par cela simplement qu�il vous a donn� la vie. Un p�re, malheureusement, vous devez savoir cela, mademoiselle, un p�re n�est respectable qu�� un seul titre, mais enfin c�est un titre. Il y a plus: pour ce seul bienfait de la vie � et Gilbert s�anima � son tour d�une d�daigneuse piti� � pour ce seul bienfait, continua-t-il, vous �tes tenue d�aimer le bienfaiteur. Eh bien, mademoiselle, cela pos� en principe, pourquoi m�outragez-vous? pourquoi me repoussez-vous? pourquoi me ha�ssez-vous, moi qui ne vous ai pas donn� la vie, c�est vrai, mais moi qui vous l�ai sauv�e?

� Vous? s��cria Andr�e; vous, vous m�avez sauv� la vie?

� Ah! vous n�y avez pas m�me pens�, dit Gilbert, ou plut�t vous l�avez oubli�; c�est fort naturel; il y a tant�t un an de cela. Eh bien, mademoiselle, il faut alors vous l�apprendre ou vous le rappeler. Oui, je vous ai sauv� la vie en sacrifiant la mienne.

� Au moins, monsieur Gilbert, dit Andr�e fort p�le, vous me ferez la gr�ce de me dire o� et quand?

� Le jour, mademoiselle, o� cent mille personnes, s��crasant les unes les autres, fuyant des chevaux fougueux, des sabres qui fauchaient la foule, laiss�rent sur la place Louis XV une longue jonch�e de cadavres et de bless�s.

� Ah! le 31 mai.

� Oui, mademoiselle.

Andr�e se remit et reprit son sourire ironique.

� Et ce jour-l�, dites-vous, vous avez sacrifi� votre vie pour sauver la mienne, monsieur Gilbert?

� J�ai d�j� eu l�honneur de vous le dire.

� Vous �tes donc M. le baron de Balsamo? Je vous demande pardon, car je l�ignorais.

� Non, je ne suis pas M. le baron de Balsamo, dit Gilbert les yeux enflamm�s et la l�vre fr�missante; je suis le pauvre enfant du peuple Gilbert, qui a la folie, la sottise, le malheur de vous aimer; qui, parce qu�il vous aimait comme un insens�, comme un fou, comme un forcen�, vous a suivie dans la foule; je suis Gilbert, qui, s�par� de vous un instant, vous reconnut au cri terrible que vous pouss�tes en perdant pied; Gilbert, qui tomba pr�s de vous et vous entoura de ses bras jusqu�� ce que vingt mille bras, pesant sur les siens, eussent bris� sa force; Gilbert, qui se jeta sur le pilier de pierre o� vous alliez �tre �cras�e, pour vous offrir l�appui plus moelleux de son cadavre; Gilbert, qui, apercevant dans la foule cet homme �trange qui semblait commander aux autres hommes, et dont vous venez de prononcer le nom, rassembla toutes ses forces, tout son sang, toute son �me, et vous souleva dans ses bras mourants, afin que cet homme vous aper�ut, vous pr�t, vous sauv�t; Gilbert enfin, qui, de vous, qu�il c�dait � un sauveur plus heureux que lui, ne garda qu�un lambeau de votre robe, que j�appuyai sur mes l�vres, et il �tait temps, car le sang afflua aussit�t � mon c�ur, � mes tempes, � mon cerveau; la masse roulante des bourreaux et des victimes me couvrit comme le flot et m�ensevelit, tandis que, pareil � l�ange de la r�surrection, vous montiez, vous, de mon ab�me vers le ciel.

Gilbert venait de se montrer tout entier, c�est-�-dire sauvage, na�f, sublime, dans sa r�solution comme dans son amour. Aussi Andr�e, malgr� son m�pris, ne pouvait-elle le regarder sans �tonnement. Aussi crut-il un instant que son r�cit avait �t� irr�sistible comme la v�rit�, comme l�amour. Mais le pauvre Gilbert comptait sans l�incr�dulit�, cette mauvaise foi de la haine. Or, Andr�e, qui ha�ssait Gilbert, ne s��tait laiss�e prendre � aucun des arguments vainqueurs de cet amant d�daign�.

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