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Joseph Balsamo. Tome III - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Joseph Balsamo. Tome III

Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome III». Краткое содержание книги:

Les «Mémoires d’un médecin» est une suite romanesque qui a pour cadre la Révolution Française et qui comprend «Joseph Balsamo», «le Collier de la reine», «Ange Pitou» et la «Comtesse de Charny». Cette grande fresque, très intéressante sur le plan historique, captivante par son récit, a une grande force inventive et une portée symbolique certaine.
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� Et cependant, Andr�e, dit Philippe, aujourd�hui vous avez une protection bien autrement puissante que la mienne.

� C�est vrai.

� Un bel avenir.

� Qui sait?�

� Pourquoi donc doutez-vous?

� Je l�ignore.

� C�est de l�ingratitude envers Dieu, ma s�ur.

� Oh! non, gr�ce au ciel, je ne suis pas ingrate envers le Seigneur et soir et matin je le remercie; mais il me semble qu�au lieu de recevoir mes actions de gr�ces chaque fois que je fl�chis les genoux, une voix d�en haut me dit: �Prends garde, jeune fille, prends garde!�

� Mais � quoi dois-tu prendre garde? R�ponds. J�admets avec toi qu�un malheur te menace. As-tu quelque pressentiment de ce malheur? Sais-tu que faire pour aller au-devant de lui en l�affrontant, ou que faire pour l��viter?

� Je ne sais rien, Philippe, si ce n�est qu�il me semble, vois-tu, que ma vie ne tient plus qu�� un fil, que rien ne luit plus pour moi au del� de ce moment qui va marquer ton d�part. Il me semble en un mot, que, pendant mon sommeil, on m�a roul�e sur la pente d�un pr�cipice trop rapide pour que je m�arr�te en me r�veillant; que je suis r�veill�e; que je vois l�ab�me et que, cependant, j�y suis entra�n�e et que, vous absent, vous n��tant plus l� pour me retenir, je vais y dispara�tre et m�y briser.

� Ch�re s�ur, bonne Andr�e, dit Philippe �mu malgr� lui � cet accent plein d�une terreur si vraie, vous vous exag�rez une tendresse dont je vous remercie. Oui, vous perdez un ami, mais momentan�ment: je ne serai pas si loin que vous ne puissiez me rappeler si besoin �tait; d�ailleurs, songez qu�� l�exception de vos chim�res, rien ne vous menace.

Andr�e s�arr�ta devant son fr�re.

� Alors, Philippe, dit-elle, vous qui �tes un homme, vous qui avez plus de force que moi, d�o� vient que vous �tes en ce moment aussi triste que je le suis moi-m�me? Voyons, dites, mon fr�re, comment expliquez-vous cela?

� C�est facile, ch�re s�ur, dit Philippe en arr�tant la marche d�Andr�e, qu�elle avait reprise en cessant de parler. Nous ne sommes pas fr�re et s�ur seulement par l��me et le sang, mais encore par l��me et les sentiments; aussi vivions-nous dans une intelligence qui, pour moi surtout, depuis notre arriv�e � Paris, est devenue une bien douce habitude. Je romps cette cha�ne, ch�re amie, ou plut�t on la rompt et le coup s�en fait sentir jusque dans mon c�ur. Je suis donc triste, mais momentan�ment; voil� tout. Moi, Andr�e, moi, je vois au del� de notre s�paration; moi, je ne crois pas � un malheur, si ce n�est � celui de ne plus nous voir pendant quelques mois, pendant une ann�e peut-�tre; moi, je me r�signe et ne vous dis point adieu, mais au revoir.

Malgr� ces paroles consolantes, Andr�e ne r�pondit que par ses sanglots et par ses larmes.

� Ch�re s�ur, s��cria Philippe en voyant l�expression de cette tristesse qui lui paraissait incompr�hensible, ch�re s�ur, vous ne m�avez pas tout dit, vous me cachez quelque chose, parlez au nom du Ciel, parlez.

Et il la prit dans ses bras, la rapprochant de lui et la pressant sur son c�ur pour lire dans ses yeux.

� Moi? dit-elle. Non, non, Philippe, je vous le jure, vous savez tout, et vous avez mon c�ur entre vos mains.

� Eh bien, alors, par gr�ce, Andr�e, du courage, ne m�affligez point ainsi.

� Vous avez raison, dit-elle, et je suis folle. �coutez: je n�ai jamais eu l�esprit bien fort, vous le savez mieux que personne, vous, Philippe; toujours j�ai craint, toujours j�ai r�v�, toujours j�ai soupir�; mais je n�ai pas le droit d�associer � mes douloureuses chim�res un fr�re si tendrement aim�, alors qu�il me rassure et me prouve que j�ai tort de m�alarmer. Vous avez raison, Philippe: c�est vrai, c�est bien vrai, tout est parfait pour moi ici. Philippe, pardonnez-moi donc; vous le voyez, j�essuie mes yeux, je ne pleure plus, je souris. Philippe, ce n�est plus adieu, c�est au revoir que je vais dire.

Et la jeune fille embrassa tendrement son fr�re en lui d�robant une derni�re larme qui voilait encore sa paupi�re et qui roula comme une perle sur l�aiguillette d�or du jeune officier.

Philippe la regarda avec cette tendresse infinie qui tient � la fois du fr�re et du p�re.

� Andr�e, dit-il, je vous aime ainsi. Soyez courageuse. Je pars, mais le courrier vous apportera une lettre de moi chaque semaine. Faites, je vous prie, que, chaque semaine aussi, j�en re�oive une de vous.

� Oui, Philippe, dit Andr�e; oui, et ce sera mon seul bonheur. Mais vous avez pr�venu mon p�re, n�est-ce pas?

� De quoi?

� De votre d�part.

� Ch�re s�ur, c�est le baron, au contraire, qui ce matin m�a lui-m�me apport� l�ordre du ministre. M. de Taverney n�est pas comme vous, Andr�e, et il se passera facilement de moi, � ce qu�il para�t: il semblait heureux de mon d�part, et au fait il avait raison; ici, je n�avancerais pas, tandis que, l� bas, il peut se pr�senter des occasions.

� Mon p�re est heureux de vous voir partir! murmura Andr�e. Ne vous trompez-vous pas, Philippe?

� Il vous a, r�pondit Philippe �ludant la question, et c�est une consolation, ma s�ur.

� Le croyez-vous, Philippe? Il ne me voit jamais.

� Ma s�ur, il m�a charg� de vous dire qu�aujourd�hui m�me, apr�s mon d�part, il viendrait � Trianon. Il vous aime, croyez-le bien; seulement, il aime � sa mani�re.

� Qu�avez-vous encore, Philippe? Vous semblez embarrass�.

� Ch�re Andr�e, c�est que l�heure vient de sonner. Quelle heure est-il, s�il vous pla�t?

� Les trois quarts apr�s midi.

� Eh bien, ch�re s�ur, ce qui cause mon embarras, c�est que voil� une heure que je devrais �tre en route et nous voici � la grille o� l�on tient mon cheval. Ainsi donc�

Andr�e prit un visage calme, et, s�emparant de la main de son fr�re:

� Ainsi donc, dit-elle d�un accent trop ferme pour qu�il n�y eut pas d�affectation dans sa voix, ainsi donc, adieu, mon fr�re�

Philippe l�embrassa une derni�re fois.

� Au revoir, dit-il; rappelez-vous votre promesse.

� Laquelle?

� Une lettre au moins par semaine.

� Oh! vous le demandez!

Et elle pronon�a ces mots avec un supr�me effort: la pauvre enfant n�avait plus de voix.

Philippe la salua encore du geste et s��loigna.

Andr�e le suivit des yeux, retenant son haleine pour retenir ses soupirs.

Philippe monta � cheval, lui cria encore une fois adieu de l�autre c�t� de la grille et partit.

Andr�e demeura debout et immobile tant qu�elle put le voir.

Puis, lorsqu�il eut disparu, elle se d�tourna et courut, comme une biche bless�e, jusqu�aux ombrages, aper�ut un banc et n�eut que la force de le joindre et de tomber dessus sans pouls, sans force, sans regard.

Puis, tirant du plus profond de sa poitrine un long et d�chirant sanglot:

� O mon Dieu! mon Dieu! s��cria-t-elle pourquoi me laissez-vous seule ainsi sur la terre?

Et elle ensevelit son visage dans ses mains, laissant �chapper entre ses doigts blancs les grosses larmes qu�elle ne cherchait plus � retenir.

En ce moment un l�ger bruit retentit derri�re la charmille; Andr�e crut avoir entendu un soupir. Elle se retourna effray�e: une figure triste se dressa devant elle.

C��tait Gilbert.

Chapitre 115. Le roman de Gilbert

C��tait Gilbert, avons-nous dit, aussi p�le qu�Andr�e, aussi d�sol�, aussi abattu qu�elle.

Andr�e, � la vue d�un homme, � la vue d�un �tranger, Andr�e se h�ta d�essuyer ses yeux, comme si la fi�re jeune fille e�t rougi de pleurer. Elle composa son maintien et rendit l�immobilit� � ses joues marbr�es, qu�agitait � l�instant m�me le frisson du d�sespoir.

Gilbert fut bien plus longtemps qu�elle � reprendre son calme, et ses traits gard�rent l�expression douloureuse que mademoiselle de Taverney, aussit�t qu�elle releva les yeux, put, en le reconnaissant, remarquer dans son attitude et dans son regard.

� Ah! c�est encore M. Gilbert, dit Andr�e avec ce ton l�ger qu�elle affectait de prendre chaque fois que ce qu�elle croyait le hasard la rapprochait du jeune homme.

Gilbert ne r�pondit rien; il �tait encore trop violemment �mu.

Cette douleur, qui avait fait frissonner le corps d�Andr�e, avait violemment secou� le sien.

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