Joseph Balsamo. Tome III
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #3
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome III». Краткое содержание книги:
Dans un massif �pais de lilas et de boules de neige, Gilbert, � genoux sur la terre, regardait le jeu des ombres derri�re les tapisseries diaphanes.
Le ciel tombant sur la terre n�e�t pas distrait ce contemplateur, enivr� de la beaut� qu�il suivait dans tous les m�andres de la danse.
Cependant, lorsque Richelieu et Taverney pass�rent en fr�lant le buisson dans lequel �tait cach� cet oiseau nocturne, le son de leur voix et une certaine parole surtout firent lever la t�te � Gilbert.
C�est que cette parole �tait, pour lui surtout, importante et bien significative.
Le mar�chal, appuy� au bras de son ami et pench� � son oreille, lui disait:
� Tout bien consid�r�, tout bien pes�, baron, c�est dur � t�avouer, mais il faut vite faire partir ta fille pour un couvent.
� Et pourquoi cela? demanda le baron.
� Parce que le roi, j�en gagerais, r�pondit le mar�chal, est amoureux de mademoiselle de Taverney.
Gilbert, � ces paroles, devint plus p�le que les boules de neige floconneuses qui retombaient sur son �paule et sur son front.
Chapitre 114. Les pressentiments
Le lendemain, comme midi venait de sonner � l�horloge de Trianon, Nicole vint crier � Andr�e, qui n�avait pas encore quitt� sa chambre:
� Mademoiselle, mademoiselle, voici M. Philippe.
Ce cri partait du bas de l�escalier.
Andr�e, toute surprise, mais toute joyeuse en m�me temps, ferma son peignoir de mousseline et courut au-devant du jeune homme, qui venait bien r�ellement de descendre de cheval dans la cour de Trianon, et qui s�informait � quelques domestiques de l�heure � laquelle il pourrait parler � sa s�ur.
Andr�e ouvrit donc la porte elle-m�me, et se trouva aussit�t en face de Philippe, que l�officieuse Nicole avait �t� qu�rir dans la cour, et conduisait par les degr�s.
La jeune fille se jeta au cou de son fr�re, et tous deux rentr�rent dans la chambre d�Andr�e, suivis de Nicole.
Ce fut alors seulement qu�Andr�e s�aper�ut que Philippe �tait plus s�rieux que de coutume, que son sourire m�me n��tait point exempt de tristesse, qu�il portait son �l�gant uniforme avec la plus scrupuleuse exactitude, et qu�il tenait un manteau de voyage pli� sous son bras gauche.
� Qu�y a-t-il donc, Philippe? demanda-t-elle aussit�t avec cet instinct des �mes tendres pour qui un regard est une r�v�lation suffisante.
� Ma s�ur, dit Philippe, j�ai re�u ce matin l�ordre de rejoindre mon r�giment.
� Et vous partez?
� Et je pars.
� Oh! fit Andr�e, qui exhala dans ce cri douloureux tout son courage et une partie de ses forces.
Et, quoique ce f�t une chose bien naturelle et � laquelle elle d�t s�attendre que ce d�part, elle se sentit tellement bris�e en l�apprenant, qu�elle fut forc�e de se retenir au bras de son fr�re.
� Mon Dieu! demanda Philippe �tonn�, ce d�part vous afflige-t-il donc � ce point, Andr�e? Dans la vie d�un soldat, vous le savez, c�est un �v�nement des plus vulgaires.
� Oui, oui, sans doute, murmura la jeune fille; et o� allez-vous, mon fr�re?
� Ma garnison est � Reims; ce n�est pas un voyage bien long que j�entreprends, comme vous voyez. Il est vrai que, de l�, le r�giment, selon toute probabilit�, retourne � Strasbourg.
� H�las! fit Andr�e; et quand partez-vous?
� L�ordre m�enjoint de me mettre en route � l�instant m�me.
� Ce sont donc des adieux que vous venez me faire?
� Oui, ma s�ur.
� Des adieux!
� Avez-vous quelque chose de particulier � me dire, Andr�e? demanda Philippe inquiet de cette tristesse, trop exag�r�e pour qu�elle n�e�t point quelque autre cause que ce d�part.
Andr�e comprit que ces mots �taient � l�adresse de Nicole, laquelle regardait cette sc�ne avec une surprise que motivait l�extr�me douleur d�Andr�e.
En effet, le d�part de Philippe, c�est-�-dire d�un officier pour sa garnison, n��tait pas une catastrophe qui d�t causer tant de larmes.
Andr�e comprit donc du m�me coup et le sentiment de Philippe et la surprise de Nicole; elle prit un mantelet qu�elle jeta sur ses �paules et, dirigeant son fr�re vers l�escalier:
� Venez, dit-elle, jusqu�� la grille du parc, Philippe; je vous reconduirai par l�all�e couverte. J�ai, en effet, bien des choses � vous dire, mon fr�re.
Ces mots �taient pour Nicole un ordre de d�part; elle s�effa�a le long du mur et rentra dans la chambre de sa ma�tresse, tandis que celle-ci descendait l�escalier avec Philippe.
Andr�e descendit l�escalier qui longe la chapelle et sortit par le passage qui aujourd�hui encore m�ne au jardin; mais, quoique interrog�e incessamment par le regard inquiet de Philippe, elle se tint longtemps suspendue � son bras, laissant s�appuyer sa t�te � son �paule sans prononcer une seule parole.
Puis tout � coup son c�ur se brisa, ses traits se couvrirent d�une p�leur mortelle, un long sanglot monta jusqu�� ses l�vres et des flots de larmes obscurcirent ses yeux.
� Ma ch�re s�ur, ma bonne Andr�e, s��cria Philippe; mais, au nom du Ciel, qu�avez-vous donc?
� Mon ami, mon unique ami, dit Andr�e, vous me laissez seule, en ce monde o� j�entre d�hier, et vous me demandez pourquoi je pleure! Ah! songez-y, Philippe, j�ai perdu ma m�re en naissant; c�est affreux � dire, mais je n�ai jamais eu de p�re. Tout ce que mon c�ur a �prouv� de petits chagrins, tout ce que mon esprit a renferm� de petits secrets, c�est � vous, � vous seul que je les ai confi�s. Qui m�a souri? qui m�a caress�e? qui m�a berc�e quand j��tais enfant? C�est vous. Qui m�a prot�g�e depuis que je suis grandie? C�est vous. Qui m�a fait croire que les cr�atures de Dieu n�avaient pas �t� jet�es dans ce monde seulement pour y souffrir? C�est vous, Philippe, toujours vous. Car enfin je n�ai jamais aim� rien ni personne, depuis que je suis au monde, except� vous, et personne non plus ne m�a aim�e que vous. Oh! Philippe! continua m�lancoliquement Andr�e, vous d�tournez la t�te, et je lis dans votre pens�e. Vous vous dites que je suis jeune, que je suis belle, et que j�ai tort de ne pas compter sur l�avenir et sur l�amour. H�las! vous le voyez cependant bien, Philippe, il ne suffit pas d��tre belle et d��tre jeune, puisque personne ne s�occupe de moi.
�Madame la dauphine est bonne, direz-vous, mon ami. Sans doute; elle est parfaite, � mes yeux du moins, et je la regarde comme une divinit�. Mais c�est surtout parce que je la range dans cette sph�re surhumaine, que j�ai pour elle du respect et non de l�affection. Or, l�affection, Philippe, c�est ce sentiment si n�cessaire � mon c�ur, qui, toujours refoul� dans mon c�ur, le brise. � Mon p�re� Eh! mon Dieu, mon p�re! je ne vous apprends rien de nouveau, Philippe: non seulement mon p�re n�est pas pour moi un protecteur ou un ami, mais encore mon p�re ne me regarde jamais sans me faire peur. Oui, oui, j�ai peur, Philippe, peur de lui, surtout depuis que je vous vois partir. Peur de quoi? Je n�en sais rien. Eh! mon Dieu, les oiseaux qui fuient, les troupeaux qui mugissent n�ont-ils pas, eux aussi, peur de l�orage, quand l�orage va venir?
�C�est de l�instinct, direz-vous; mais pourquoi refuseriez-vous � notre �me immortelle l�instinct du malheur? Tout, depuis quelque temps, r�ussit � notre famille. Je le sais bien. Vous voil� capitaine, vous; moi, me voil� plac�e presque dans l�intimit� de la dauphine; mon p�re a soup� hier, dit-on, presque en t�te � t�te avec le roi. Eh bien! Philippe, je le r�p�te, duss�-je vous para�tre insens�e, tout cela m�effraye plus que notre douce mis�re et notre obscurit� de Taverney.
� Et cependant, l�-bas, ch�re s�ur, dit tristement Philippe, vous �tiez seule aussi; l�-bas, non plus, je n��tais pas avec vous pour vous consoler.
� Oui; mais au moins j��tais seule, seule avec mes souvenirs d�enfance; il me semblait que cette maison, o� avait v�cu, o� avait respir�, o� �tait morte ma m�re, me devait la protection natale, si l�on peut s�exprimer ainsi; tout m�y �tait doux, caressant, ami. Je vous voyais partir avec calme et revenir avec joie. Mais, que vous partissiez ou revinssiez, mon c�ur n��tait pas tout � vous, il tenait � cette ch�re maison, � mes jardins, � mes fleurs, � cet ensemble dont autrefois vous n��tiez qu�une partie; aujourd�hui vous �tes le tout, Philippe; et quand vous me quittez, tout me quitte.