Joseph Balsamo. Tome III
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #3
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome III». Краткое содержание книги:
� Voyons, fit le roi tandis que Taverney, assez inquiet, parce qu�il avait peur que Richelieu n�en d�t trop, se pin�ait les l�vres et composait scrupuleusement son visage sur celui du roi, la v�rit�, duc.
� Sire, il y a dans votre �tat deux puissances auxquelles un ministre devrait ob�ir: la premi�re, c�est votre volont�; la seconde, c�est celle des amis les plus intimes que Votre Majest� daigne choisir. La premi�re puissance est irr�sistible, nul ne doit songer � s�y soustraire; la seconde est plus sacr�e encore, car elle impose des devoirs de c�ur � quiconque vous sert. Elle s�appelle votre confiance; un ministre doit aimer, pour lui ob�ir, le favori ou la favorite de son roi.
Louis XV se mit � rire.
� Duc, dit-il, voil� une fort belle maxime, et que j�aime � voir sortir de votre bouche; mais je vous d�fie de l�aller crier sur le Pont-Neuf avec deux trompettes.
� Oh! je sais bien, sire, dit Richelieu, que les philosophes en prendraient les armes; mais je ne crois pas que leurs cris soient de quelque chose � Votre Majest� et � moi. Le principal est que les deux volont�s pr�pond�rantes du royaume soient satisfaites. Eh bien, la volont� de certaine personne, sire, je le dirai courageusement � Votre Majest�, d�t ma disgr�ce, c�est-�-dire ma mort, en d�pendre, la volont� de madame du Barry, enfin, je ne saurais y souscrire.
Louis XV se tut.
� Une id�e m��tait venue, poursuivit Richelieu; je regardais autour de moi, l�autre jour, � la cour de Votre Majest�, et, en v�rit�, je voyais tant de belles filles nobles, tant de femmes de qualit� radieuses, que, si j�eusse �t� roi de France, le choix m�e�t paru presque impossible � faire.
Louis XV se tourna vers Taverney, qui, se sentant mettre tout doucement en cause, palpitait de crainte et d�espoir, tout en aidant de ses yeux et de son souffle l��loquence du mar�chal, comme s�il e�t pouss� vers le port le navire charg� de sa fortune.
� Voyons, est-ce que c�est votre avis, baron? demanda le roi.
� Sire, r�pondit Taverney, le c�ur tout gonfl�, le duc me semble dire, depuis quelques instants, d�excellentes choses � Votre Majest�.
� Vous �tes donc de son avis en ce qu�il dit des belles filles?
� Mais, sire, il me semble qu�il y en a effectivement de fort belles � la cour de France.
� Enfin, vous �tes de son avis, baron?
� Oui, sire.
� Et vous m�exhorteriez comme lui � faire un choix parmi les beaut�s de la cour?
� J�oserais avouer que je suis de l�avis du mar�chal, sire, si j�osais croire que c�est aussi l�avis de Votre Majest�.
Il y eut un moment de silence pendant lequel le roi regarda complaisamment Taverney.
� Messieurs, dit-il, nul doute que je ne suivisse vos avis, si j�avais trente ans. J�y aurais un penchant facile � comprendre; mais je me trouve un peu vieux � pr�sent pour �tre cr�dule.
� Cr�dule! expliquez-moi le mot, je vous prie, sire.
� �tre cr�dule, mon cher duc, signifie croire; or, rien ne me fera croire certaines choses.
� Lesquelles?
� C�est que l�on puisse inspirer de l�amour � mon �ge.
� Ah! sire, s��cria Richelieu, j�avais pens� jusqu�� cette heure que Votre Majest� �tait le gentilhomme le plus poli de son royaume; mais je vois avec une profonde douleur que je m��tais tromp�.
� En quoi donc? demanda le roi riant.
� En ce que je suis vieux comme Mathusalem, moi qui suis n� en 94. Songez-y bien, sire, j�ai seize ans de plus que Votre Majest�.
C��tait une adroite flatterie de la part du duc. Louis XV admirait toujours la vieillesse de cet homme qui avait tu� tant de jeunesse � son service; car, ayant cet exemple sous les yeux, il pouvait esp�rer d�arriver au m�me �ge que lui.
� Soit, dit Louis XV; mais j�esp�re que vous n�avez plus cette pr�tention d��tre aim� pour vous, duc?
� Si je croyais cela, sire, je me brouillerais � l�instant m�me avec deux femmes qui m�ont dit le contraire encore ce matin.
� Eh bien, duc, dit Louis XV, nous verrons; nous verrons, monsieur de Taverney; la jeunesse rajeunit, c�est vrai�
� Oui, sire, et le sang noble est une salutaire infusion, sans compter qu�au changement un esprit riche comme celui de Votre Majest� gagne toujours et ne perd jamais.
� Cependant, fit observer Louis XV, je me rappelle que mon a�eul, lorsqu�il devint vieux, ne courtisa plus les femmes avec la m�me hardiesse.
� Allons, allons, sire, dit Richelieu, Votre Majest� sait tout mon respect pour le feu roi, qui m�a mis deux fois � la Bastille; mais cela ne doit point m�emp�cher de dire qu�entre l��ge mur de Louis XIV et l��ge m�r de Louis XV, il n�y a aucune comparaison � faire. Que diable! Votre Majest� Tr�s Chr�tienne, tout en honorant son titre de Fils a�n� de l��glise, ne pousse pas l�asc�tisme jusqu�� oublier son humanit�?
� Ma foi, non, dit Louis XV; j�avoue cela, puisque je n�ai ici ni mon m�decin ni mon confesseur.
� Eh bien, sire, le roi votre a�eul �tonnait souvent, par ses exc�s de z�le religieux et par ses mortifications sans nombre, madame de Maintenon, plus �g�e cependant que lui. Je le r�p�te, voyons, sire, peut-on comparer l�homme � l�homme quand on parle de vos deux Majest�s?
Le roi, ce soir-l�, �tait en bonne veine; les paroles de Richelieu �taient autant de gouttes d�eau tomb�es de la fontaine de Jouvence.
Richelieu pensa que le moment �tait venu; il poussa du genou le genou de Taverney.
� Sire, dit celui-ci, Votre Majest� veut-elle accepter mes remerciements pour le magnifique cadeau qu�elle a fait � ma fille?
� Il n�y a pas � me remercier pour cela, baron, dit le roi; mademoiselle de Taverney me pla�t pour sa gr�ce honn�te et d�cente. Je voudrais que mes filles eussent encore � faire leurs maisons; certes, mademoiselle Andr�e� c�est ainsi qu�elle s�appelle, n�est-ce pas?
� Oui, sire, dit Taverney ravi que le roi s�t le nom de bapt�me de sa fille.
� Joli nom! Certes, mademoiselle Andr�e e�t �t� la premi�re sur la liste; mais tout est envahi chez moi. En attendant, baron, tenez-vous-le pour dit, cette jeune fille aura toute ma protection; elle n�est pas richement dot�e, je crois?
� H�las! non, sire.
� Eh bien, je m�occuperai de son mariage.
Taverney salua bien bas.
� Alors Votre Majest� sera donc assez bonne pour chercher le mari; car j�avoue que, dans notre pauvret�, qui est presque de la mis�re�
� Oui, oui, tenez-vous en repos l�-dessus, dit Louis XV; mais elle est fort jeune, ce me semble, et cela ne presse point.
� Cela presse d�autant moins, sire, que votre prot�g�e a horreur du mariage.
� Voyez-vous cela! dit Louis XV en se frottant les mains et en regardant Richelieu. Eh bien, en tout cas, faites �tat de moi, monsieur de Taverney, si vous �tes embarrass�.
Cela dit, Louis XV se leva; puis, s�adressant au duc:
� Mar�chal! dit-il.
Le duc s�approcha du roi.
� La petite a-t-elle �t� contente?
� De quoi, sire?
� De l��crin.
� Que Votre Majest� me pardonne de lui parler bas, mais le p�re �coute, et il ne faut pas qu�il entende ce que je vais vous dire.
� Bah!
� Non.
� Dites, alors.
� Sire, la petite a horreur du mariage, c�est vrai; mais une chose dont je suis bien certain, c�est qu�elle n�a pas horreur de Votre Majest�.
Cela dit avec une familiarit� qui plut au roi par l�exc�s m�me de la franchise, le mar�chal courut avec ses petits pi�tinements rejoindre Taverney, qui, par respect, s��tait retir� sur le seuil de la galerie.
Tous deux partirent par les jardins.
La soir�e �tait magnifique. Deux laquais marchaient devant eux, tenant des torches d�une main et tirant de l�autre le bout des branches fleuries; on voyait encore les fen�tres de Trianon en feu � travers la sueur des vitres enflamm�es par l�ivresse des cinquante convives de madame la dauphine.
La musique de Sa Majest� animait le menuet; car, apr�s souper, on avait dans� et l�on dansait encore.