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Joseph Balsamo. Tome III - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Joseph Balsamo. Tome III

Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome III». Краткое содержание книги:

Les «Mémoires d’un médecin» est une suite romanesque qui a pour cadre la Révolution Française et qui comprend «Joseph Balsamo», «le Collier de la reine», «Ange Pitou» et la «Comtesse de Charny». Cette grande fresque, très intéressante sur le plan historique, captivante par son récit, a une grande force inventive et une portée symbolique certaine.
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� Voyons, fit le roi tandis que Taverney, assez inquiet, parce qu�il avait peur que Richelieu n�en d�t trop, se pin�ait les l�vres et composait scrupuleusement son visage sur celui du roi, la v�rit�, duc.

� Sire, il y a dans votre �tat deux puissances auxquelles un ministre devrait ob�ir: la premi�re, c�est votre volont�; la seconde, c�est celle des amis les plus intimes que Votre Majest� daigne choisir. La premi�re puissance est irr�sistible, nul ne doit songer � s�y soustraire; la seconde est plus sacr�e encore, car elle impose des devoirs de c�ur � quiconque vous sert. Elle s�appelle votre confiance; un ministre doit aimer, pour lui ob�ir, le favori ou la favorite de son roi.

Louis XV se mit � rire.

� Duc, dit-il, voil� une fort belle maxime, et que j�aime � voir sortir de votre bouche; mais je vous d�fie de l�aller crier sur le Pont-Neuf avec deux trompettes.

� Oh! je sais bien, sire, dit Richelieu, que les philosophes en prendraient les armes; mais je ne crois pas que leurs cris soient de quelque chose � Votre Majest� et � moi. Le principal est que les deux volont�s pr�pond�rantes du royaume soient satisfaites. Eh bien, la volont� de certaine personne, sire, je le dirai courageusement � Votre Majest�, d�t ma disgr�ce, c�est-�-dire ma mort, en d�pendre, la volont� de madame du Barry, enfin, je ne saurais y souscrire.

Louis XV se tut.

� Une id�e m��tait venue, poursuivit Richelieu; je regardais autour de moi, l�autre jour, � la cour de Votre Majest�, et, en v�rit�, je voyais tant de belles filles nobles, tant de femmes de qualit� radieuses, que, si j�eusse �t� roi de France, le choix m�e�t paru presque impossible � faire.

Louis XV se tourna vers Taverney, qui, se sentant mettre tout doucement en cause, palpitait de crainte et d�espoir, tout en aidant de ses yeux et de son souffle l��loquence du mar�chal, comme s�il e�t pouss� vers le port le navire charg� de sa fortune.

� Voyons, est-ce que c�est votre avis, baron? demanda le roi.

� Sire, r�pondit Taverney, le c�ur tout gonfl�, le duc me semble dire, depuis quelques instants, d�excellentes choses � Votre Majest�.

� Vous �tes donc de son avis en ce qu�il dit des belles filles?

� Mais, sire, il me semble qu�il y en a effectivement de fort belles � la cour de France.

� Enfin, vous �tes de son avis, baron?

� Oui, sire.

� Et vous m�exhorteriez comme lui � faire un choix parmi les beaut�s de la cour?

� J�oserais avouer que je suis de l�avis du mar�chal, sire, si j�osais croire que c�est aussi l�avis de Votre Majest�.

Il y eut un moment de silence pendant lequel le roi regarda complaisamment Taverney.

� Messieurs, dit-il, nul doute que je ne suivisse vos avis, si j�avais trente ans. J�y aurais un penchant facile � comprendre; mais je me trouve un peu vieux � pr�sent pour �tre cr�dule.

� Cr�dule! expliquez-moi le mot, je vous prie, sire.

� �tre cr�dule, mon cher duc, signifie croire; or, rien ne me fera croire certaines choses.

� Lesquelles?

� C�est que l�on puisse inspirer de l�amour � mon �ge.

� Ah! sire, s��cria Richelieu, j�avais pens� jusqu�� cette heure que Votre Majest� �tait le gentilhomme le plus poli de son royaume; mais je vois avec une profonde douleur que je m��tais tromp�.

� En quoi donc? demanda le roi riant.

� En ce que je suis vieux comme Mathusalem, moi qui suis n� en 94. Songez-y bien, sire, j�ai seize ans de plus que Votre Majest�.

C��tait une adroite flatterie de la part du duc. Louis XV admirait toujours la vieillesse de cet homme qui avait tu� tant de jeunesse � son service; car, ayant cet exemple sous les yeux, il pouvait esp�rer d�arriver au m�me �ge que lui.

� Soit, dit Louis XV; mais j�esp�re que vous n�avez plus cette pr�tention d��tre aim� pour vous, duc?

� Si je croyais cela, sire, je me brouillerais � l�instant m�me avec deux femmes qui m�ont dit le contraire encore ce matin.

� Eh bien, duc, dit Louis XV, nous verrons; nous verrons, monsieur de Taverney; la jeunesse rajeunit, c�est vrai�

� Oui, sire, et le sang noble est une salutaire infusion, sans compter qu�au changement un esprit riche comme celui de Votre Majest� gagne toujours et ne perd jamais.

� Cependant, fit observer Louis XV, je me rappelle que mon a�eul, lorsqu�il devint vieux, ne courtisa plus les femmes avec la m�me hardiesse.

� Allons, allons, sire, dit Richelieu, Votre Majest� sait tout mon respect pour le feu roi, qui m�a mis deux fois � la Bastille; mais cela ne doit point m�emp�cher de dire qu�entre l��ge mur de Louis XIV et l��ge m�r de Louis XV, il n�y a aucune comparaison � faire. Que diable! Votre Majest� Tr�s Chr�tienne, tout en honorant son titre de Fils a�n� de l��glise, ne pousse pas l�asc�tisme jusqu�� oublier son humanit�?

� Ma foi, non, dit Louis XV; j�avoue cela, puisque je n�ai ici ni mon m�decin ni mon confesseur.

� Eh bien, sire, le roi votre a�eul �tonnait souvent, par ses exc�s de z�le religieux et par ses mortifications sans nombre, madame de Maintenon, plus �g�e cependant que lui. Je le r�p�te, voyons, sire, peut-on comparer l�homme � l�homme quand on parle de vos deux Majest�s?

Le roi, ce soir-l�, �tait en bonne veine; les paroles de Richelieu �taient autant de gouttes d�eau tomb�es de la fontaine de Jouvence.

Richelieu pensa que le moment �tait venu; il poussa du genou le genou de Taverney.

� Sire, dit celui-ci, Votre Majest� veut-elle accepter mes remerciements pour le magnifique cadeau qu�elle a fait � ma fille?

� Il n�y a pas � me remercier pour cela, baron, dit le roi; mademoiselle de Taverney me pla�t pour sa gr�ce honn�te et d�cente. Je voudrais que mes filles eussent encore � faire leurs maisons; certes, mademoiselle Andr�e� c�est ainsi qu�elle s�appelle, n�est-ce pas?

� Oui, sire, dit Taverney ravi que le roi s�t le nom de bapt�me de sa fille.

� Joli nom! Certes, mademoiselle Andr�e e�t �t� la premi�re sur la liste; mais tout est envahi chez moi. En attendant, baron, tenez-vous-le pour dit, cette jeune fille aura toute ma protection; elle n�est pas richement dot�e, je crois?

� H�las! non, sire.

� Eh bien, je m�occuperai de son mariage.

Taverney salua bien bas.

� Alors Votre Majest� sera donc assez bonne pour chercher le mari; car j�avoue que, dans notre pauvret�, qui est presque de la mis�re�

� Oui, oui, tenez-vous en repos l�-dessus, dit Louis XV; mais elle est fort jeune, ce me semble, et cela ne presse point.

� Cela presse d�autant moins, sire, que votre prot�g�e a horreur du mariage.

� Voyez-vous cela! dit Louis XV en se frottant les mains et en regardant Richelieu. Eh bien, en tout cas, faites �tat de moi, monsieur de Taverney, si vous �tes embarrass�.

Cela dit, Louis XV se leva; puis, s�adressant au duc:

� Mar�chal! dit-il.

Le duc s�approcha du roi.

� La petite a-t-elle �t� contente?

� De quoi, sire?

� De l��crin.

� Que Votre Majest� me pardonne de lui parler bas, mais le p�re �coute, et il ne faut pas qu�il entende ce que je vais vous dire.

� Bah!

� Non.

� Dites, alors.

� Sire, la petite a horreur du mariage, c�est vrai; mais une chose dont je suis bien certain, c�est qu�elle n�a pas horreur de Votre Majest�.

Cela dit avec une familiarit� qui plut au roi par l�exc�s m�me de la franchise, le mar�chal courut avec ses petits pi�tinements rejoindre Taverney, qui, par respect, s��tait retir� sur le seuil de la galerie.

Tous deux partirent par les jardins.

La soir�e �tait magnifique. Deux laquais marchaient devant eux, tenant des torches d�une main et tirant de l�autre le bout des branches fleuries; on voyait encore les fen�tres de Trianon en feu � travers la sueur des vitres enflamm�es par l�ivresse des cinquante convives de madame la dauphine.

La musique de Sa Majest� animait le menuet; car, apr�s souper, on avait dans� et l�on dansait encore.

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