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Joseph Balsamo. Tome III - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Joseph Balsamo. Tome III

Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome III». Краткое содержание книги:

Les «Mémoires d’un médecin» est une suite romanesque qui a pour cadre la Révolution Française et qui comprend «Joseph Balsamo», «le Collier de la reine», «Ange Pitou» et la «Comtesse de Charny». Cette grande fresque, très intéressante sur le plan historique, captivante par son récit, a une grande force inventive et une portée symbolique certaine.
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Le roi vit de sa fen�tre et cach� derri�re son rideau, d�filer cette procession lugubre qui s�engloutit comme des capucins de cartes dans la voiture de la comtesse; puis, la porti�re ferm�e, le laquais remont� derri�re la voiture, le cocher secoua ses r�nes, et les chevaux partirent au grand galop.

� Oh! oh! dit le roi, sans chercher � me voir, sans chercher � me parler? La comtesse est furieuse!

Et il r�p�ta tout haut:

� Oui, la comtesse est furieuse!

Richelieu, qui venait de se glisser dans la chambre comme un homme attendu, saisit ces derni�res paroles.

� Furieuse, sire, dit-il, et de quoi? de ce que Votre Majest� se divertit un instant? Oh! c�est mal de la part de la comtesse, cela.

� Duc, r�pondit Louis XV, je ne me divertis pas; au contraire, je suis las et cherche � me reposer. La musique m��nerve; il e�t fallu, si j�eusse �cout� la comtesse, aller souper � Luciennes, manger, boire surtout; les vins de la comtesse sont m�chants, je ne sais pas avec quels raisins ils sont fabriqu�s, mais ils brisent; ma foi, j�aime mieux me dorloter ici.

� Et Votre Majest� a cent fois raison, dit le duc.

� La comtesse se distraira, d�ailleurs! Suis-je un si aimable compagnon? Elle a beau le dire, je n�en crois rien.

� Ah! cette fois, Votre Majest� a tort, fit le mar�chal.

� Non, duc, non, en v�rit�; je compte mes jours, et je r�fl�chis.

� Sire, madame la comtesse comprend qu�elle ne saurait, de toute fa�on, avoir meilleure soci�t� et c�est ce qui la rend furieuse.

� En v�rit�, duc, je ne sais comment vous faites; vous menez toujours les femmes, vous, comme si vous aviez vingt ans. � cet �ge, c�est l�homme qui choisit; mais � l��poque o� j�en suis, duc�

� Eh bien! sire?

� Eh bien, c�est la femme qui fait son calcul.

Le mar�chal se mit � rire.

� Allons, sire, dit-il, raison de plus et, si Votre Majest� croit que la comtesse se distrait, consolons-nous.

� Je ne dis pas qu�elle se distrait, duc; je dis qu�elle finira par chercher des distractions.

� Ah! je n�oserais pas dire � Votre Majest� que cela ne se soit jamais vu.

Le roi, fort agit�, se leva.

� Qui ai-je encore l�? demanda-t-il.

� Mais tout votre service, sire.

Le roi r�fl�chit un instant.

� Mais vous, dit-il, avez-vous quelqu�un?

� J�ai Raft�.

� Bon!

� Que doit-il faire, sire?

� Eh bien, duc, il faudrait qu�il s�inform�t si madame du Barry retourne r�ellement � Luciennes.

� La comtesse est partie, ce me semble.

� Ostensiblement, oui.

� Mais o� Votre Majest� veut-elle qu�elle aille?

� Qui sait? La jalousie la rend folle, duc.

� Sire, ne serait-ce pas plut�t Votre Majest�?

� Comment, quoi?

� Que la jalousie�

� Duc!

� En v�rit�, ce serait humiliant pour nous tous, sire.

� Moi, jaloux! s��cria Louis XV avec un rire forc�; en v�rit�, duc, parlez vous s�rieusement?

En effet, Richelieu ne le croyait pas. Il faut m�me avouer qu�il �tait tr�s pr�s de la v�rit� en pensant, au contraire, que le roi ne d�sirait savoir si madame du Barry �tait bien r�ellement � Luciennes que pour �tre sur qu�elle ne reviendrait pas � Trianon.

� Ainsi, dit-il tout haut, c�est convenu, sire, j�envoie Raft� � la d�couverte?

� Envoyez, duc.

� Maintenant, que fait Votre Majest� avant de souper?

� Rien; nous soupons tout de suite. Avez-vous pr�venu la personne en question?

� Oui, elle est dans l�antichambre de Votre Majest�.

� Qu�a-t-elle dit?

� Elle a fait de grands remerciements.

� Et la fille?

� On ne lui a pas encore parl�.

� Duc, madame du Barry est jalouse et elle pourrait bien revenir.

� Ah! sire, ce serait de trop mauvais go�t, et je crois la comtesse incapable d�une pareille �normit�.

� Duc, elle est capable de tout dans ces moments-l�, et surtout quand la haine se joint � la jalousie. Elle vous ex�cre: je ne sais pas si vous �tes pr�venu de cela?

Richelieu s�inclina.

� Je sais qu�elle me fait cet honneur, sire.

� Elle ex�cre aussi M. de Taverney.

� Si Votre Majest� voulait bien compter, je suis s�r qu�il est une troisi�me personne qu�elle ex�cre encore plus que moi, encore plus que le baron.

� Qui donc?

� Mademoiselle Andr�e.

� Ah! fit le roi, je trouve cela assez naturel.

� Alors�

� Oui, mais cela n�emp�che point, duc, qu�il faut veiller � ce que madame du Barry ne fasse point quelque esclandre cette nuit.

� Tout au contraire, et cela prouve la n�cessit� de cette mesure.

� Voici le ma�tre d�h�tel; chut! Donnez vos ordres � Raft� et venez me rejoindre dans la salle � manger avec qui vous savez.

Louis XV se leva et passa dans la salle � manger, tandis que Richelieu sortait par la porte oppos�e.

Cinq minutes apr�s, il rejoignait le roi, accompagn� du baron.

Le roi donna gracieusement le bonsoir � Taverney.

Le baron �tait homme d�esprit; il r�pondit de cette fa�on particuli�re � certaines gens, et qui fait que les rois et les princes, vous reconnaissant pour �tre de leur monde, sont � l�instant m�me � l�aise avec vous.

On se mit � table et l�on soupa.

Louis XV �tait un mauvais roi, mais un homme charmant; sa compagnie, lorsqu�il le voulait bien, �tait pleine d�attraits pour les buveurs, les causeurs et les voluptueux.

Le roi, enfin, avait beaucoup �tudi� la vie sous ses c�t�s agr�ables.

Il mangea de bon app�tit, commanda qu�on f�t boire ses convives et mit la conversation sur la musique.

Richelieu prit la balle au bond.

� Sire, dit Richelieu, si la musique met les hommes d�accord, comme dit notre ma�tre de ballet et comme semble le penser Votre Majest�, en dira-t elle autant des femmes?

� Oh! duc, dit le roi, ne parlons pas des femmes. Depuis la guerre de Troie jusqu�� nos jours, les femmes ont toujours op�r� un effet contraire � la musique; vous surtout, vous avez de trop grands comptes � r�gler avec elles pour aimer � voir mettre une pareille conversation sur le tapis; il y en a une entre autres, et ce n�est pas la moins dangereuse de toutes, avec laquelle vous �tes � couteaux tir�s.

� La comtesse, sire! y a-t-il de ma faute?

� Sans doute.

� Ah! par exemple, Votre Majest� m�expliquera, je l�esp�re�

� En deux mots et avec grand plaisir, dit le roi goguenardant.

� J��coute, sire.

� Comment! elle vous offre le portefeuille de je ne sais quel d�partement, et vous refusez, parce que, dites-vous, elle n�est pas absolument populaire?

� Moi? fit Richelieu assez embarrass� de la tournure que prenait la conversation.

� Dame! c�est le bruit public, dit le roi avec cette feinte bonhomie qui lui �tait toute particuli�re. Je ne sais plus qui m�a rapport� cela� La gazette, sans doute.

� Eh bien, sire, dit Richelieu profitant de la libert� que donnait � ses convives l�enjouement peu ordinaire de son h�te auguste, j�avouerai que, cette fois, le bruit public et m�me les gazettes ont rapport� quelque chose de moins absurde qu�� l�ordinaire.

� Quoi! s��cria Louis XV, vous avez r�ellement refus� un minist�re, mon cher duc?

Richelieu �tait, comme on le comprendra facilement, plac� dans une position d�licate. Le roi savait mieux que personne qu�il n�avait rien refus� du tout. Mais Taverney devait continuer de croire ce que Richelieu lui avait dit; il s�agissait donc, de la part du duc, de r�pondre assez habilement pour �chapper � la mystification du roi, sans encourir le reproche de mensonge que le baron avait d�j� sur ses l�vres et dans son sourire.

� Sire, dit Richelieu, ne nous attachons pas aux effets, je vous prie, mais � la cause. Que j�aie ou n�aie pas refus� le portefeuille, c�est un secret d��tat que Votre Majest� n�est pas tenue de divulguer au milieu des verres; mais la cause pour laquelle j�eusse refus� le portefeuille, si le portefeuille m�e�t �t� offert, voil� l�essentiel.

� Oh! oh! duc, et cette cause n�est pas un secret d��tat, � ce qu�il para�t, dit le roi en riant.

� Non sire, et surtout pour Votre Majest�, qui, pour moi et pour mon ami le baron de Taverney est, en ce moment, j�en demande pardon � la Divinit�, le plus aimable amphitryon mortel qui se puisse voir; je n�ai donc pas de secrets pour mon roi. Je lui livre donc mon �me tout enti�re, car je ne voudrais pas qu�il f�t dit que le roi de France n�a pas un serviteur qui lui dit toute la v�rit�.

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