Joseph Balsamo. Tome III
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #3
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome III». Краткое содержание книги:
Le roi vit de sa fen�tre et cach� derri�re son rideau, d�filer cette procession lugubre qui s�engloutit comme des capucins de cartes dans la voiture de la comtesse; puis, la porti�re ferm�e, le laquais remont� derri�re la voiture, le cocher secoua ses r�nes, et les chevaux partirent au grand galop.
� Oh! oh! dit le roi, sans chercher � me voir, sans chercher � me parler? La comtesse est furieuse!
Et il r�p�ta tout haut:
� Oui, la comtesse est furieuse!
Richelieu, qui venait de se glisser dans la chambre comme un homme attendu, saisit ces derni�res paroles.
� Furieuse, sire, dit-il, et de quoi? de ce que Votre Majest� se divertit un instant? Oh! c�est mal de la part de la comtesse, cela.
� Duc, r�pondit Louis XV, je ne me divertis pas; au contraire, je suis las et cherche � me reposer. La musique m��nerve; il e�t fallu, si j�eusse �cout� la comtesse, aller souper � Luciennes, manger, boire surtout; les vins de la comtesse sont m�chants, je ne sais pas avec quels raisins ils sont fabriqu�s, mais ils brisent; ma foi, j�aime mieux me dorloter ici.
� Et Votre Majest� a cent fois raison, dit le duc.
� La comtesse se distraira, d�ailleurs! Suis-je un si aimable compagnon? Elle a beau le dire, je n�en crois rien.
� Ah! cette fois, Votre Majest� a tort, fit le mar�chal.
� Non, duc, non, en v�rit�; je compte mes jours, et je r�fl�chis.
� Sire, madame la comtesse comprend qu�elle ne saurait, de toute fa�on, avoir meilleure soci�t� et c�est ce qui la rend furieuse.
� En v�rit�, duc, je ne sais comment vous faites; vous menez toujours les femmes, vous, comme si vous aviez vingt ans. � cet �ge, c�est l�homme qui choisit; mais � l��poque o� j�en suis, duc�
� Eh bien! sire?
� Eh bien, c�est la femme qui fait son calcul.
Le mar�chal se mit � rire.
� Allons, sire, dit-il, raison de plus et, si Votre Majest� croit que la comtesse se distrait, consolons-nous.
� Je ne dis pas qu�elle se distrait, duc; je dis qu�elle finira par chercher des distractions.
� Ah! je n�oserais pas dire � Votre Majest� que cela ne se soit jamais vu.
Le roi, fort agit�, se leva.
� Qui ai-je encore l�? demanda-t-il.
� Mais tout votre service, sire.
Le roi r�fl�chit un instant.
� Mais vous, dit-il, avez-vous quelqu�un?
� J�ai Raft�.
� Bon!
� Que doit-il faire, sire?
� Eh bien, duc, il faudrait qu�il s�inform�t si madame du Barry retourne r�ellement � Luciennes.
� La comtesse est partie, ce me semble.
� Ostensiblement, oui.
� Mais o� Votre Majest� veut-elle qu�elle aille?
� Qui sait? La jalousie la rend folle, duc.
� Sire, ne serait-ce pas plut�t Votre Majest�?
� Comment, quoi?
� Que la jalousie�
� Duc!
� En v�rit�, ce serait humiliant pour nous tous, sire.
� Moi, jaloux! s��cria Louis XV avec un rire forc�; en v�rit�, duc, parlez vous s�rieusement?
En effet, Richelieu ne le croyait pas. Il faut m�me avouer qu�il �tait tr�s pr�s de la v�rit� en pensant, au contraire, que le roi ne d�sirait savoir si madame du Barry �tait bien r�ellement � Luciennes que pour �tre sur qu�elle ne reviendrait pas � Trianon.
� Ainsi, dit-il tout haut, c�est convenu, sire, j�envoie Raft� � la d�couverte?
� Envoyez, duc.
� Maintenant, que fait Votre Majest� avant de souper?
� Rien; nous soupons tout de suite. Avez-vous pr�venu la personne en question?
� Oui, elle est dans l�antichambre de Votre Majest�.
� Qu�a-t-elle dit?
� Elle a fait de grands remerciements.
� Et la fille?
� On ne lui a pas encore parl�.
� Duc, madame du Barry est jalouse et elle pourrait bien revenir.
� Ah! sire, ce serait de trop mauvais go�t, et je crois la comtesse incapable d�une pareille �normit�.
� Duc, elle est capable de tout dans ces moments-l�, et surtout quand la haine se joint � la jalousie. Elle vous ex�cre: je ne sais pas si vous �tes pr�venu de cela?
Richelieu s�inclina.
� Je sais qu�elle me fait cet honneur, sire.
� Elle ex�cre aussi M. de Taverney.
� Si Votre Majest� voulait bien compter, je suis s�r qu�il est une troisi�me personne qu�elle ex�cre encore plus que moi, encore plus que le baron.
� Qui donc?
� Mademoiselle Andr�e.
� Ah! fit le roi, je trouve cela assez naturel.
� Alors�
� Oui, mais cela n�emp�che point, duc, qu�il faut veiller � ce que madame du Barry ne fasse point quelque esclandre cette nuit.
� Tout au contraire, et cela prouve la n�cessit� de cette mesure.
� Voici le ma�tre d�h�tel; chut! Donnez vos ordres � Raft� et venez me rejoindre dans la salle � manger avec qui vous savez.
Louis XV se leva et passa dans la salle � manger, tandis que Richelieu sortait par la porte oppos�e.
Cinq minutes apr�s, il rejoignait le roi, accompagn� du baron.
Le roi donna gracieusement le bonsoir � Taverney.
Le baron �tait homme d�esprit; il r�pondit de cette fa�on particuli�re � certaines gens, et qui fait que les rois et les princes, vous reconnaissant pour �tre de leur monde, sont � l�instant m�me � l�aise avec vous.
On se mit � table et l�on soupa.
Louis XV �tait un mauvais roi, mais un homme charmant; sa compagnie, lorsqu�il le voulait bien, �tait pleine d�attraits pour les buveurs, les causeurs et les voluptueux.
Le roi, enfin, avait beaucoup �tudi� la vie sous ses c�t�s agr�ables.
Il mangea de bon app�tit, commanda qu�on f�t boire ses convives et mit la conversation sur la musique.
Richelieu prit la balle au bond.
� Sire, dit Richelieu, si la musique met les hommes d�accord, comme dit notre ma�tre de ballet et comme semble le penser Votre Majest�, en dira-t elle autant des femmes?
� Oh! duc, dit le roi, ne parlons pas des femmes. Depuis la guerre de Troie jusqu�� nos jours, les femmes ont toujours op�r� un effet contraire � la musique; vous surtout, vous avez de trop grands comptes � r�gler avec elles pour aimer � voir mettre une pareille conversation sur le tapis; il y en a une entre autres, et ce n�est pas la moins dangereuse de toutes, avec laquelle vous �tes � couteaux tir�s.
� La comtesse, sire! y a-t-il de ma faute?
� Sans doute.
� Ah! par exemple, Votre Majest� m�expliquera, je l�esp�re�
� En deux mots et avec grand plaisir, dit le roi goguenardant.
� J��coute, sire.
� Comment! elle vous offre le portefeuille de je ne sais quel d�partement, et vous refusez, parce que, dites-vous, elle n�est pas absolument populaire?
� Moi? fit Richelieu assez embarrass� de la tournure que prenait la conversation.
� Dame! c�est le bruit public, dit le roi avec cette feinte bonhomie qui lui �tait toute particuli�re. Je ne sais plus qui m�a rapport� cela� La gazette, sans doute.
� Eh bien, sire, dit Richelieu profitant de la libert� que donnait � ses convives l�enjouement peu ordinaire de son h�te auguste, j�avouerai que, cette fois, le bruit public et m�me les gazettes ont rapport� quelque chose de moins absurde qu�� l�ordinaire.
� Quoi! s��cria Louis XV, vous avez r�ellement refus� un minist�re, mon cher duc?
Richelieu �tait, comme on le comprendra facilement, plac� dans une position d�licate. Le roi savait mieux que personne qu�il n�avait rien refus� du tout. Mais Taverney devait continuer de croire ce que Richelieu lui avait dit; il s�agissait donc, de la part du duc, de r�pondre assez habilement pour �chapper � la mystification du roi, sans encourir le reproche de mensonge que le baron avait d�j� sur ses l�vres et dans son sourire.
� Sire, dit Richelieu, ne nous attachons pas aux effets, je vous prie, mais � la cause. Que j�aie ou n�aie pas refus� le portefeuille, c�est un secret d��tat que Votre Majest� n�est pas tenue de divulguer au milieu des verres; mais la cause pour laquelle j�eusse refus� le portefeuille, si le portefeuille m�e�t �t� offert, voil� l�essentiel.
� Oh! oh! duc, et cette cause n�est pas un secret d��tat, � ce qu�il para�t, dit le roi en riant.
� Non sire, et surtout pour Votre Majest�, qui, pour moi et pour mon ami le baron de Taverney est, en ce moment, j�en demande pardon � la Divinit�, le plus aimable amphitryon mortel qui se puisse voir; je n�ai donc pas de secrets pour mon roi. Je lui livre donc mon �me tout enti�re, car je ne voudrais pas qu�il f�t dit que le roi de France n�a pas un serviteur qui lui dit toute la v�rit�.