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Joseph Balsamo. Tome III - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Joseph Balsamo. Tome III

Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome III». Краткое содержание книги:

Les «Mémoires d’un médecin» est une suite romanesque qui a pour cadre la Révolution Française et qui comprend «Joseph Balsamo», «le Collier de la reine», «Ange Pitou» et la «Comtesse de Charny». Cette grande fresque, très intéressante sur le plan historique, captivante par son récit, a une grande force inventive et une portée symbolique certaine.
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� Les Chinois sont bien heureux, dit Richelieu.

� Pourquoi cela? dit Taverney stup�fait.

� Parce qu�ils ont beaucoup de canaux et de rivi�res dans leur pays.

� Duc, tu changes la conversation, ne me mets pas au d�sespoir; parle moi.

� Je te parle, baron, et ne change pas du tout la conversation.

� Pourquoi parler des Chinois? quel rapport leurs rivi�res ont-elles avec ma fille?

� Un fort grand� Les Chinois, te disais-je, ont le bonheur de pouvoir noyer, sans qu�on leur dise rien, les filles qui sont trop vertueuses.

� Allons, voyons, duc, dit Taverney, il faut �tre juste aussi. Suppose que tu aies une fille.

� Pardieu! j�en ai une� et si l�on vient me dire qu�elle est trop vertueuse, celle-l�� c�est qu�on sera bien m�chant!

� Enfin, tu l�aimerais mieux autrement, n�est-ce pas?

� Oh! moi, je ne me m�le plus de mes enfants lorsqu�ils ont pass� huit ans.

� Au moins, �coute-moi. Si le roi me chargeait d�aller offrir un collier � ta fille et que ta fille se plaign�t � toi?

� Oh! mon ami, pas de comparaison� Moi, j�ai toujours v�cu � la cour; toi, tu as v�cu en Huron: cela ne peut se ressembler. Ce qui est vertu pour toi pour moi est sottise; rien n�est plus disgracieux, vois-tu, sache-le pour ta gouverne, que de venir dire aux gens: �Que feriez-vous en telle ou telle circonstance?� Et puis tu te trompes dans tes comparaisons, mon cher. Il ne s�agit pas du tout que j�aille offrir un collier � ta fille.

� Tu me l�as dit�

� Moi, je n�en ai pas dit un mot. J�ai annonc� que le roi m�avait ordonn� de prendre chez lui un �crin pour mademoiselle de Taverney, dont la voix lui a plu; mais je n�ai pas dit une fois que Sa Majest� m�eut charg� de l�offrir � la jeune personne.

� Alors, vraiment, dit le baron au d�sespoir, je ne sais plus o� donner de la t�te. Je ne comprends pas un mot, tu parles par �nigmes. Pourquoi donner ce collier, si ce n�est pour le donner? pourquoi t�en charger, si ce n�est pour que tu le remettes?

Richelieu poussa un grand cri, comme s�il apercevait une araign�e.

� Ah! fit-il, pouah! pouah! le Huron! fi! la vilaine b�te!

� Qui cela, donc?

� Mais toi, mon bon ami; toi, mon f�al� Tu tombes de la lune, mon pauvre baron.

� Je ne sais plus�

� Non, tu ne sais rien. Mon cher, quand un roi fait un pr�sent � une femme, et qu�il charge M. de Richelieu de cette commission, le pr�sent est noble et la commission bien faite, rappelle-toi cela� Je ne remets pas les �crins, mon cher; c��tait la charge de M. Lebel. As-tu connu M. Lebel?

� Qui donc charges-tu alors?

� Mon ami, dit Richelieu en frappant l��paule de Taverney et en accompagnant ce geste amical d�un sourire diabolique, lorsque j�ai affaire � une aussi admirable vertu que mademoiselle Andr�e, je suis moral comme pas un; lorsque j�approche une colombe, comme tu dis, rien en moi ne sent le corbeau; lorsque je suis d�put� vers une demoiselle, je parle au p�re� Je te parle, Taverney, et te remets l��crin pour que tu le donnes � ta fille� Maintenant, veux-tu?�

Il tendit l��crin.

� Ou ne veux-tu pas?

Il retira sa main.

� Oh! mais, mais, s��cria le baron, dis donc cela tout de suite; dis que c�est moi qui suis charg� par Sa Majest� de remettre ce pr�sent: il est tout l�gitime et devient tout paternel, il s��pure.

� Il faudrait pour cela que tu soup�onnasses Sa Majest� de mauvaises intentions, dit Richelieu s�rieusement. Or, tu ne l�oserais, n�est-ce pas?

� Dieu m�en pr�serve! Mais le monde� c�est-�-dire ma fille�

Richelieu haussa les �paules.

� Prends-tu, oui ou non? dit-il.

Taverney allongea rapidement sa main.

� Comme cela, tu es moral? dit-il au duc avec un sourire jumeau de celui que Richelieu venait de lui adresser.

� Ne trouves-tu pas, baron, dit le mar�chal, qu�il soit d�une moralit� pure de faire entremettre le p�re, le p�re qui purifie tout, comme tu le disais, entre l�enchantement du monarque et le charme de ta fille?� Que M. Jean-Jacques Rousseau de Gen�ve, qui r�dait par ici tout � l�heure, nous juge; il te dira que feu Joseph �tait impur aupr�s de moi.

Richelieu pronon�a ce peu de mots avec un flegme, une noblesse saccad�e, un pr�cieux qui impos�rent silence aux observations de Taverney, et l�aid�rent � croire qu�il devait �tre convaincu.

Il saisit donc la main de son illustre ami et la serrant:

� Gr�ce � ta d�licatesse, dit-il, ma fille va pouvoir accepter ce pr�sent.

� Source et origine de cette fortune dont je te parlais au d�but de notre ennuyeuse discussion sur la vertu.

� Merci, cher duc, merci de tout mon c�ur.

� Un mot; cache bien soigneusement aux amis de du Barry l� nouvelle de cette faveur. Madame du Barry serait capable de quitter le roi et de s�enfuir.

� Le roi nous en voudrait?

� Je ne sais, mais la comtesse ne nous en saurait pas gr�. Quant � moi, je serais perdu� sois discret.

� Ne crains rien. Mais porte bien mes humbles remerciements au roi.

� Et ceux de ta fille, je n�y manquerai pas� Mais tu n�es pas au bout de la faveur� C�est toi qui remercieras le roi, mon cher; Sa Majest� t�invite � souper ce soir.

� Moi?

� Toi, Taverney; nous sommes en famille. Sa Majest�, toi, moi, nous causerons de la vertu de ta fille. Adieu, Taverney, je vois du Barry avec M. d�Aiguillon; il ne faut pas qu�on nous aper�oive ensemble.

Il dit et, l�ger comme un page, il disparut au bout de la galerie, laissant Taverney, avec son �crin, pareil � un enfant saxon qui se r�veille avec les jouets que No�l lui a mis dans la main pendant qu�il dormait.

Chapitre 113. Le petit souper du roi Louis XV

Le mar�chal trouva Sa Majest� dans le petit salon, o� quelques courtisans l�avaient suivi, aimant mieux se passer de souper que de laisser tomber sur d�autres que sur eux le regard distrait de leur souverain.

Mais Louis XV paraissait avoir autre chose � faire ce soir-l� que de regarder ces messieurs. Il cong�dia tout le monde en annon�ant qu�il ne souperait pas, ou que, s�il soupait, ce serait seul. Alors tous ses h�tes ayant re�u cong� de lui et, craignant de d�plaire � Monseigneur le dauphin s�ils n�assistaient pas � la f�te qu�il donnait � la suite de la r�p�tition, s�envol�rent aussit�t comme une nu�e de pigeons parasites, et prirent leur course vers celui qu�on leur permettait de voir, pr�ts � affirmer qu�ils d�sertaient pour lui le salon de Sa Majest�.

Louis XV, qu�ils quittaient avec tant de rapidit�, �tait loin de songer � eux. La petitesse de toute cette tourbe de courtisans l�e�t fait sourire dans une autre circonstance; mais, cette fois, elle n��veilla aucun sentiment chez le monarque, si railleur, qu�il n��pargnait aucune infirmit� ni dans l�esprit ni dans le corps de son meilleur ami, en supposant que Louis XV e�t jamais eu un ami.

Non, en ce moment, Louis XV donnait toute son attention � un carrosse qui stationnait devant la porte des communs de Trianon, et dont le cocher semblait attendre, pour fouetter ses chevaux, que le poids du ma�tre se f�t sentir dans la caisse dor�e.

Ce carrosse �tait celui de madame du Barry, �clair� par des flambeaux. Zamore, assis pr�s du cocher, faisait aller en avant et en arri�re ses jambes, comme fait le si�ge d�une escarpolette.

Enfin madame du Barry, qui sans doute s��tait attard�e dans les corridors, dans l�esp�rance d�y recevoir quelque message du roi, alors madame du Barry parut au bras de M. d�Aiguillon. On sentait sa col�re, ou du moins son d�sappointement, � la rapidit� de sa d�marche. Elle affectait trop de r�solution pour n�avoir pas la t�te perdue.

Jean, fort lugubre, et le chapeau tout aplati sous la pression distraite de son bras, venait apr�s sa s�ur; il n�avait point assist� � ce spectacle, Monseigneur le dauphin ayant oubli� de l�inviter; mais il �tait entr� un peu comme un laquais dans l�antichambre, pensif pour le moins autant qu�Hippolyte, laissant flotter son jabot sur une veste d�argent � fleurs roses, et ne regardant m�me pas ses manchettes en lambeaux qui semblaient se conformer � sa triste pens�e.

Jean avait vu sa s�ur p�lie et effar�e, et il en avait conclu que le p�ril �tait grand. Jean n��tait brave en diplomatie que contre les corps, jamais contre les fant�mes.

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