Joseph Balsamo. Tome III
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #3
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome III». Краткое содержание книги:
� Les Chinois sont bien heureux, dit Richelieu.
� Pourquoi cela? dit Taverney stup�fait.
� Parce qu�ils ont beaucoup de canaux et de rivi�res dans leur pays.
� Duc, tu changes la conversation, ne me mets pas au d�sespoir; parle moi.
� Je te parle, baron, et ne change pas du tout la conversation.
� Pourquoi parler des Chinois? quel rapport leurs rivi�res ont-elles avec ma fille?
� Un fort grand� Les Chinois, te disais-je, ont le bonheur de pouvoir noyer, sans qu�on leur dise rien, les filles qui sont trop vertueuses.
� Allons, voyons, duc, dit Taverney, il faut �tre juste aussi. Suppose que tu aies une fille.
� Pardieu! j�en ai une� et si l�on vient me dire qu�elle est trop vertueuse, celle-l�� c�est qu�on sera bien m�chant!
� Enfin, tu l�aimerais mieux autrement, n�est-ce pas?
� Oh! moi, je ne me m�le plus de mes enfants lorsqu�ils ont pass� huit ans.
� Au moins, �coute-moi. Si le roi me chargeait d�aller offrir un collier � ta fille et que ta fille se plaign�t � toi?
� Oh! mon ami, pas de comparaison� Moi, j�ai toujours v�cu � la cour; toi, tu as v�cu en Huron: cela ne peut se ressembler. Ce qui est vertu pour toi pour moi est sottise; rien n�est plus disgracieux, vois-tu, sache-le pour ta gouverne, que de venir dire aux gens: �Que feriez-vous en telle ou telle circonstance?� Et puis tu te trompes dans tes comparaisons, mon cher. Il ne s�agit pas du tout que j�aille offrir un collier � ta fille.
� Tu me l�as dit�
� Moi, je n�en ai pas dit un mot. J�ai annonc� que le roi m�avait ordonn� de prendre chez lui un �crin pour mademoiselle de Taverney, dont la voix lui a plu; mais je n�ai pas dit une fois que Sa Majest� m�eut charg� de l�offrir � la jeune personne.
� Alors, vraiment, dit le baron au d�sespoir, je ne sais plus o� donner de la t�te. Je ne comprends pas un mot, tu parles par �nigmes. Pourquoi donner ce collier, si ce n�est pour le donner? pourquoi t�en charger, si ce n�est pour que tu le remettes?
Richelieu poussa un grand cri, comme s�il apercevait une araign�e.
� Ah! fit-il, pouah! pouah! le Huron! fi! la vilaine b�te!
� Qui cela, donc?
� Mais toi, mon bon ami; toi, mon f�al� Tu tombes de la lune, mon pauvre baron.
� Je ne sais plus�
� Non, tu ne sais rien. Mon cher, quand un roi fait un pr�sent � une femme, et qu�il charge M. de Richelieu de cette commission, le pr�sent est noble et la commission bien faite, rappelle-toi cela� Je ne remets pas les �crins, mon cher; c��tait la charge de M. Lebel. As-tu connu M. Lebel?
� Qui donc charges-tu alors?
� Mon ami, dit Richelieu en frappant l��paule de Taverney et en accompagnant ce geste amical d�un sourire diabolique, lorsque j�ai affaire � une aussi admirable vertu que mademoiselle Andr�e, je suis moral comme pas un; lorsque j�approche une colombe, comme tu dis, rien en moi ne sent le corbeau; lorsque je suis d�put� vers une demoiselle, je parle au p�re� Je te parle, Taverney, et te remets l��crin pour que tu le donnes � ta fille� Maintenant, veux-tu?�
Il tendit l��crin.
� Ou ne veux-tu pas?
Il retira sa main.
� Oh! mais, mais, s��cria le baron, dis donc cela tout de suite; dis que c�est moi qui suis charg� par Sa Majest� de remettre ce pr�sent: il est tout l�gitime et devient tout paternel, il s��pure.
� Il faudrait pour cela que tu soup�onnasses Sa Majest� de mauvaises intentions, dit Richelieu s�rieusement. Or, tu ne l�oserais, n�est-ce pas?
� Dieu m�en pr�serve! Mais le monde� c�est-�-dire ma fille�
Richelieu haussa les �paules.
� Prends-tu, oui ou non? dit-il.
Taverney allongea rapidement sa main.
� Comme cela, tu es moral? dit-il au duc avec un sourire jumeau de celui que Richelieu venait de lui adresser.
� Ne trouves-tu pas, baron, dit le mar�chal, qu�il soit d�une moralit� pure de faire entremettre le p�re, le p�re qui purifie tout, comme tu le disais, entre l�enchantement du monarque et le charme de ta fille?� Que M. Jean-Jacques Rousseau de Gen�ve, qui r�dait par ici tout � l�heure, nous juge; il te dira que feu Joseph �tait impur aupr�s de moi.
Richelieu pronon�a ce peu de mots avec un flegme, une noblesse saccad�e, un pr�cieux qui impos�rent silence aux observations de Taverney, et l�aid�rent � croire qu�il devait �tre convaincu.
Il saisit donc la main de son illustre ami et la serrant:
� Gr�ce � ta d�licatesse, dit-il, ma fille va pouvoir accepter ce pr�sent.
� Source et origine de cette fortune dont je te parlais au d�but de notre ennuyeuse discussion sur la vertu.
� Merci, cher duc, merci de tout mon c�ur.
� Un mot; cache bien soigneusement aux amis de du Barry l� nouvelle de cette faveur. Madame du Barry serait capable de quitter le roi et de s�enfuir.
� Le roi nous en voudrait?
� Je ne sais, mais la comtesse ne nous en saurait pas gr�. Quant � moi, je serais perdu� sois discret.
� Ne crains rien. Mais porte bien mes humbles remerciements au roi.
� Et ceux de ta fille, je n�y manquerai pas� Mais tu n�es pas au bout de la faveur� C�est toi qui remercieras le roi, mon cher; Sa Majest� t�invite � souper ce soir.
� Moi?
� Toi, Taverney; nous sommes en famille. Sa Majest�, toi, moi, nous causerons de la vertu de ta fille. Adieu, Taverney, je vois du Barry avec M. d�Aiguillon; il ne faut pas qu�on nous aper�oive ensemble.
Il dit et, l�ger comme un page, il disparut au bout de la galerie, laissant Taverney, avec son �crin, pareil � un enfant saxon qui se r�veille avec les jouets que No�l lui a mis dans la main pendant qu�il dormait.
Chapitre 113. Le petit souper du roi Louis XV
Le mar�chal trouva Sa Majest� dans le petit salon, o� quelques courtisans l�avaient suivi, aimant mieux se passer de souper que de laisser tomber sur d�autres que sur eux le regard distrait de leur souverain.
Mais Louis XV paraissait avoir autre chose � faire ce soir-l� que de regarder ces messieurs. Il cong�dia tout le monde en annon�ant qu�il ne souperait pas, ou que, s�il soupait, ce serait seul. Alors tous ses h�tes ayant re�u cong� de lui et, craignant de d�plaire � Monseigneur le dauphin s�ils n�assistaient pas � la f�te qu�il donnait � la suite de la r�p�tition, s�envol�rent aussit�t comme une nu�e de pigeons parasites, et prirent leur course vers celui qu�on leur permettait de voir, pr�ts � affirmer qu�ils d�sertaient pour lui le salon de Sa Majest�.
Louis XV, qu�ils quittaient avec tant de rapidit�, �tait loin de songer � eux. La petitesse de toute cette tourbe de courtisans l�e�t fait sourire dans une autre circonstance; mais, cette fois, elle n��veilla aucun sentiment chez le monarque, si railleur, qu�il n��pargnait aucune infirmit� ni dans l�esprit ni dans le corps de son meilleur ami, en supposant que Louis XV e�t jamais eu un ami.
Non, en ce moment, Louis XV donnait toute son attention � un carrosse qui stationnait devant la porte des communs de Trianon, et dont le cocher semblait attendre, pour fouetter ses chevaux, que le poids du ma�tre se f�t sentir dans la caisse dor�e.
Ce carrosse �tait celui de madame du Barry, �clair� par des flambeaux. Zamore, assis pr�s du cocher, faisait aller en avant et en arri�re ses jambes, comme fait le si�ge d�une escarpolette.
Enfin madame du Barry, qui sans doute s��tait attard�e dans les corridors, dans l�esp�rance d�y recevoir quelque message du roi, alors madame du Barry parut au bras de M. d�Aiguillon. On sentait sa col�re, ou du moins son d�sappointement, � la rapidit� de sa d�marche. Elle affectait trop de r�solution pour n�avoir pas la t�te perdue.
Jean, fort lugubre, et le chapeau tout aplati sous la pression distraite de son bras, venait apr�s sa s�ur; il n�avait point assist� � ce spectacle, Monseigneur le dauphin ayant oubli� de l�inviter; mais il �tait entr� un peu comme un laquais dans l�antichambre, pensif pour le moins autant qu�Hippolyte, laissant flotter son jabot sur une veste d�argent � fleurs roses, et ne regardant m�me pas ses manchettes en lambeaux qui semblaient se conformer � sa triste pens�e.
Jean avait vu sa s�ur p�lie et effar�e, et il en avait conclu que le p�ril �tait grand. Jean n��tait brave en diplomatie que contre les corps, jamais contre les fant�mes.