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Joseph Balsamo. Tome III - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Joseph Balsamo. Tome III

Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome III». Краткое содержание книги:

Les «Mémoires d’un médecin» est une suite romanesque qui a pour cadre la Révolution Française et qui comprend «Joseph Balsamo», «le Collier de la reine», «Ange Pitou» et la «Comtesse de Charny». Cette grande fresque, très intéressante sur le plan historique, captivante par son récit, a une grande force inventive et une portée symbolique certaine.
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� Dites donc, monsieur Rousseau, demanda tout � coup le m�chant prince, c�est un bien amusant livre que vos Confessions� Au fait, voyons, combien avez-vous eu d�enfants?

Rousseau p�lit, chancela, et leva sur le jeune bourreau un �il de col�re et de stup�faction dont l�expression redoubla la maligne humeur du comte de Provence.

Il en �tait bien ainsi; car, sans attendre la r�ponse, le prince s��loigna, tenant son pr�cepteur sous le bras, et poursuivant ses commentaires sur les ouvrages de l�homme qu�il venait d��craser avec f�rocit�.

Rousseau, demeur� seul, se r�veilla peu � peu de son �tourdissement, lorsqu�il entendit les premi�res mesures de son ouverture ex�cut�e � l�orchestre.

Il se dirigea de ce c�t� en oscillant, et, arriv� � son si�ge, il se dit:

� Fou, stupide, l�che que je suis! voici que je viens de trouver la r�ponse qu�il m�e�t fallu faire � ce petit p�dant cruel. �Monseigneur, lui euss�-je dit, ce n�est pas charitable de la part d�un jeune homme de tourmenter un pauvre vieillard.�

Il en �tait l�, tout content de sa phrase, quand madame la dauphine et M. de Coigny commenc�rent leur duo. La pr�occupation du philosophe fut d�tourn�e par la souffrance du musicien; apr�s le c�ur, l�oreille recevait son supplice.

Chapitre 111. La r�p�tition

Une fois la r�p�tition commenc�e, l�attention excit�e par le spectacle m�me, Rousseau cessa d��tre remarqu�. Ce fut lui qui observa autour de lui. Il entendit des seigneurs qui chantaient faux sous des habits villageois, et vit des dames qui coquetaient comme des berg�res sous des habits de cour.

Madame la dauphine chantait juste, mais elle �tait mauvaise actrice; elle avait, d�ailleurs, si peu de voix, qu�on l�entendait � peine. Le roi, pour n�intimider personne, s��tait r�fugi� dans une loge obscure o� il causait avec les dames.

M. le dauphin soufflait les paroles de l�op�ra, qui marchait royalement mal.

Rousseau prit le parti de ne plus �couter, mais il lui fut difficile de ne plus entendre. Il avait cependant une consolation; car il venait d�apercevoir une d�licieuse figure parmi les illustres comparses, et la villageoise que le ciel avait dou�e de cette belle figure chantait avec la plus belle voix de toute la troupe.

Rousseau se concentra donc et s�absorba par-dessus son pupitre � regarder la charmante figure, et il ouvrit ses deux oreilles pour aspirer toute la m�lodie de sa voix.

La dauphine, qui vit ainsi l�auteur attentif, se persuada ais�ment, gr�ce � son sourire, gr�ce � ses yeux mourants, qu�il trouvait satisfaisante l�ex�cution des bons morceaux et, pour avoir un compliment, car elle �tait femme, elle se pencha vers le pupitre en disant:

� Est-ce que c�est mal ainsi, monsieur Rousseau?

Rousseau, b�ant et engourdi, ne r�pliqua rien.

� Allons, nous nous sommes tromp�s, dit la dauphine, et M. Rousseau n�ose le dire. Je vous en supplie, monsieur Rousseau.

Les regards de Rousseau ne quittaient plus cette belle personne, qui ne s�apercevait pas, elle, de l�attention dont elle �tait l�objet.

� Ah! dit la dauphine en suivant la direction du regard de notre philosophe, c�est mademoiselle de Taverney qui a fait une faute!�

Andr�e rougit, elle vit tous les yeux se porter sur elle.

� Non! non! s��cria Rousseau, ce n�est pas mademoiselle, car mademoiselle chante comme un ange.

Madame du Barry d�cocha au philosophe un coup d��il plus aigu qu�un javelot.

Le baron de Taverney, au contraire, sentit son c�ur se fondre de joie et caressa Rousseau de son plus charmant sourire.

� Est-ce que vous trouvez que cette jeune fille chante bien? demanda madame du Barry au roi, que les paroles de Rousseau avaient frapp� visiblement.

� Je n�entends pas�, dit Louis XV; dans un ensemble� il faut �tre musicien pour cela.

Cependant Rousseau s�agitait dans son orchestre pour faire chanter le ch�ur:

Colin revint � sa berg�re; C�l�brons un retour si beau.

En se retournant apr�s un essai, il vit M. de Jussieu qui le saluait avec am�nit�.

Ce ne fut pas un m�diocre plaisir pour le Genevois que d��tre vu r�gentant la cour, par un homme de cour qui l�avait un peu froiss� de sa sup�riorit�.

Il lui rendit c�r�monieusement son salut et se remit � regarder Andr�e, que l��loge avait rendue encore plus belle. La r�p�tition continua, et madame du Barry devint d�une humeur atroce: elle avait deux fois surpris Louis XV distrait, par le spectacle, des jolies choses qu�elle lui disait.

Le spectacle, n�cessairement pour la jalouse, c��tait Andr�e; ce qui n�emp�cha point madame la dauphine de recueillir force compliments et de se montrer d�une gaiet� charmante.

M. le duc de Richelieu papillonnait autour d�elle avec la l�g�ret� d�un jeune homme, et il avait r�ussi � former dans le fond du th��tre un cercle de rieurs, dont la dauphine �tait le centre, et qui inqui�tait furieusement le parti du Barry.

� Il para�t, dit-il tout haut, que mademoiselle de Taverney a une jolie voix.

� Charmante, dit la dauphine; et, sans mon �go�sme, je l�eusse fait jouer Colette; mais, comme c�est pour m�amuser que j�ai pris ce r�le, je ne le laisse � personne.

� Ah! mademoiselle de Taverney ne le chanterait pas mieux que Votre Altesse royale, dit Richelieu, et�

� Mademoiselle est excellente musicienne, dit Rousseau profond�ment p�n�tr�.

� Excellente, dit la dauphine; et, s�il faut que je l�avoue, c�est elle qui m�apprend mon r�le; et puis elle danse � ravir, et moi, je danse fort mal.

On peut juger de l�effet de ces conversations sur le roi, sur madame du Barry, et sur tout ce peuple de curieux, de nouvellistes, d�intrigants et d�envieux; chacun r�coltait un plaisir en faisant une blessure, ou recevait le coup avec honte et douleur. Il n�y avait pas d�indiff�rents, sauf peut-�tre Andr�e elle m�me.

La dauphine, aiguillonn�e par Richelieu, finit par faire chanter � Andr�e la romance:

J�ai perdu mon serviteur, Colin me d�laisse.

On vit le roi laisser aller sa t�te en cadence avec des mouvements si vifs de plaisir, que tout le rouge de madame du Barry tombait en petites �cailles, comme fait la peinture � l�humidit�.

Richelieu, plus m�chant qu�une femme, savoura sa vengeance. Il s��tait rapproch� de Taverney le p�re, et ces deux vieillards formaient un groupe de statues qu�on e�t pu appeler l�Hypocrisie et la Corruption clignant un projet d�union.

Leur joie devint d�autant plus vive que le front de madame du Barry s�assombrissait peu � peu. Elle y mit le comble en se levant avec une esp�ce de col�re; ce qui �tait contre toutes les r�gles, puisque le roi �tait encore assis.

Les courtisans sentirent l�orage comme les fourmis et se h�t�rent de chercher l�abri pr�s des plus forts. Aussi vit-on madame la dauphine plus entour�e de ses amis, madame du Barry plus caress�e des siens.

Peu � peu l�int�r�t de la r�p�tition d�viait de sa ligne naturelle et se portait sur un autre ordre d�id�es. Il ne s�agissait plus de Colette ou de Colin, et beaucoup de spectateurs pensaient que ce serait peut-�tre � madame du Barry de chanter bient�t:

J�ai perdu mon serviteur, Colin me d�laisse.

� Vois-tu, dit Richelieu bas � Taverney, vois-tu l��tourdissant succ�s de ta fille?

Et il l�entra�na dans le corridor en poussant une porte vitr�e, d�o� il fit tomber un curieux qui s��tait suspendu au carreau pour voir dans la salle.

� La peste du dr�le! grommela M. de Richelieu en �poussetant sa manche, que le contrecoup de la porte avait froiss�e, et surtout en voyant que le curieux �tait v�tu comme les ouvriers du ch�teau.

C�en �tait un, en effet, qui, un panier de fleurs sous le bras, avait r�ussi � se hisser derri�re la vitre et � plonger les yeux dans la salle, o� il avait vu tout le spectacle.

Il fut repouss� dans le corridor, o� il faillit tomber � la renverse; mais, s�il ne tomba pas, son panier fut renvers�.

� Ah! mais ce dr�le, je le connais, dit Taverney avec un regard courrouc�.

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