Joseph Balsamo. Tome III
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #3
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome III». Краткое содержание книги:
� Dites donc, monsieur Rousseau, demanda tout � coup le m�chant prince, c�est un bien amusant livre que vos Confessions� Au fait, voyons, combien avez-vous eu d�enfants?
Rousseau p�lit, chancela, et leva sur le jeune bourreau un �il de col�re et de stup�faction dont l�expression redoubla la maligne humeur du comte de Provence.
Il en �tait bien ainsi; car, sans attendre la r�ponse, le prince s��loigna, tenant son pr�cepteur sous le bras, et poursuivant ses commentaires sur les ouvrages de l�homme qu�il venait d��craser avec f�rocit�.
Rousseau, demeur� seul, se r�veilla peu � peu de son �tourdissement, lorsqu�il entendit les premi�res mesures de son ouverture ex�cut�e � l�orchestre.
Il se dirigea de ce c�t� en oscillant, et, arriv� � son si�ge, il se dit:
� Fou, stupide, l�che que je suis! voici que je viens de trouver la r�ponse qu�il m�e�t fallu faire � ce petit p�dant cruel. �Monseigneur, lui euss�-je dit, ce n�est pas charitable de la part d�un jeune homme de tourmenter un pauvre vieillard.�
Il en �tait l�, tout content de sa phrase, quand madame la dauphine et M. de Coigny commenc�rent leur duo. La pr�occupation du philosophe fut d�tourn�e par la souffrance du musicien; apr�s le c�ur, l�oreille recevait son supplice.
Chapitre 111. La r�p�tition
Une fois la r�p�tition commenc�e, l�attention excit�e par le spectacle m�me, Rousseau cessa d��tre remarqu�. Ce fut lui qui observa autour de lui. Il entendit des seigneurs qui chantaient faux sous des habits villageois, et vit des dames qui coquetaient comme des berg�res sous des habits de cour.
Madame la dauphine chantait juste, mais elle �tait mauvaise actrice; elle avait, d�ailleurs, si peu de voix, qu�on l�entendait � peine. Le roi, pour n�intimider personne, s��tait r�fugi� dans une loge obscure o� il causait avec les dames.
M. le dauphin soufflait les paroles de l�op�ra, qui marchait royalement mal.
Rousseau prit le parti de ne plus �couter, mais il lui fut difficile de ne plus entendre. Il avait cependant une consolation; car il venait d�apercevoir une d�licieuse figure parmi les illustres comparses, et la villageoise que le ciel avait dou�e de cette belle figure chantait avec la plus belle voix de toute la troupe.
Rousseau se concentra donc et s�absorba par-dessus son pupitre � regarder la charmante figure, et il ouvrit ses deux oreilles pour aspirer toute la m�lodie de sa voix.
La dauphine, qui vit ainsi l�auteur attentif, se persuada ais�ment, gr�ce � son sourire, gr�ce � ses yeux mourants, qu�il trouvait satisfaisante l�ex�cution des bons morceaux et, pour avoir un compliment, car elle �tait femme, elle se pencha vers le pupitre en disant:
� Est-ce que c�est mal ainsi, monsieur Rousseau?
Rousseau, b�ant et engourdi, ne r�pliqua rien.
� Allons, nous nous sommes tromp�s, dit la dauphine, et M. Rousseau n�ose le dire. Je vous en supplie, monsieur Rousseau.
Les regards de Rousseau ne quittaient plus cette belle personne, qui ne s�apercevait pas, elle, de l�attention dont elle �tait l�objet.
� Ah! dit la dauphine en suivant la direction du regard de notre philosophe, c�est mademoiselle de Taverney qui a fait une faute!�
Andr�e rougit, elle vit tous les yeux se porter sur elle.
� Non! non! s��cria Rousseau, ce n�est pas mademoiselle, car mademoiselle chante comme un ange.
Madame du Barry d�cocha au philosophe un coup d��il plus aigu qu�un javelot.
Le baron de Taverney, au contraire, sentit son c�ur se fondre de joie et caressa Rousseau de son plus charmant sourire.
� Est-ce que vous trouvez que cette jeune fille chante bien? demanda madame du Barry au roi, que les paroles de Rousseau avaient frapp� visiblement.
� Je n�entends pas�, dit Louis XV; dans un ensemble� il faut �tre musicien pour cela.
Cependant Rousseau s�agitait dans son orchestre pour faire chanter le ch�ur:
En se retournant apr�s un essai, il vit M. de Jussieu qui le saluait avec am�nit�.
Ce ne fut pas un m�diocre plaisir pour le Genevois que d��tre vu r�gentant la cour, par un homme de cour qui l�avait un peu froiss� de sa sup�riorit�.
Il lui rendit c�r�monieusement son salut et se remit � regarder Andr�e, que l��loge avait rendue encore plus belle. La r�p�tition continua, et madame du Barry devint d�une humeur atroce: elle avait deux fois surpris Louis XV distrait, par le spectacle, des jolies choses qu�elle lui disait.
Le spectacle, n�cessairement pour la jalouse, c��tait Andr�e; ce qui n�emp�cha point madame la dauphine de recueillir force compliments et de se montrer d�une gaiet� charmante.
M. le duc de Richelieu papillonnait autour d�elle avec la l�g�ret� d�un jeune homme, et il avait r�ussi � former dans le fond du th��tre un cercle de rieurs, dont la dauphine �tait le centre, et qui inqui�tait furieusement le parti du Barry.
� Il para�t, dit-il tout haut, que mademoiselle de Taverney a une jolie voix.
� Charmante, dit la dauphine; et, sans mon �go�sme, je l�eusse fait jouer Colette; mais, comme c�est pour m�amuser que j�ai pris ce r�le, je ne le laisse � personne.
� Ah! mademoiselle de Taverney ne le chanterait pas mieux que Votre Altesse royale, dit Richelieu, et�
� Mademoiselle est excellente musicienne, dit Rousseau profond�ment p�n�tr�.
� Excellente, dit la dauphine; et, s�il faut que je l�avoue, c�est elle qui m�apprend mon r�le; et puis elle danse � ravir, et moi, je danse fort mal.
On peut juger de l�effet de ces conversations sur le roi, sur madame du Barry, et sur tout ce peuple de curieux, de nouvellistes, d�intrigants et d�envieux; chacun r�coltait un plaisir en faisant une blessure, ou recevait le coup avec honte et douleur. Il n�y avait pas d�indiff�rents, sauf peut-�tre Andr�e elle m�me.
La dauphine, aiguillonn�e par Richelieu, finit par faire chanter � Andr�e la romance:
On vit le roi laisser aller sa t�te en cadence avec des mouvements si vifs de plaisir, que tout le rouge de madame du Barry tombait en petites �cailles, comme fait la peinture � l�humidit�.
Richelieu, plus m�chant qu�une femme, savoura sa vengeance. Il s��tait rapproch� de Taverney le p�re, et ces deux vieillards formaient un groupe de statues qu�on e�t pu appeler l�Hypocrisie et la Corruption clignant un projet d�union.
Leur joie devint d�autant plus vive que le front de madame du Barry s�assombrissait peu � peu. Elle y mit le comble en se levant avec une esp�ce de col�re; ce qui �tait contre toutes les r�gles, puisque le roi �tait encore assis.
Les courtisans sentirent l�orage comme les fourmis et se h�t�rent de chercher l�abri pr�s des plus forts. Aussi vit-on madame la dauphine plus entour�e de ses amis, madame du Barry plus caress�e des siens.
Peu � peu l�int�r�t de la r�p�tition d�viait de sa ligne naturelle et se portait sur un autre ordre d�id�es. Il ne s�agissait plus de Colette ou de Colin, et beaucoup de spectateurs pensaient que ce serait peut-�tre � madame du Barry de chanter bient�t:
� Vois-tu, dit Richelieu bas � Taverney, vois-tu l��tourdissant succ�s de ta fille?
Et il l�entra�na dans le corridor en poussant une porte vitr�e, d�o� il fit tomber un curieux qui s��tait suspendu au carreau pour voir dans la salle.
� La peste du dr�le! grommela M. de Richelieu en �poussetant sa manche, que le contrecoup de la porte avait froiss�e, et surtout en voyant que le curieux �tait v�tu comme les ouvriers du ch�teau.
C�en �tait un, en effet, qui, un panier de fleurs sous le bras, avait r�ussi � se hisser derri�re la vitre et � plonger les yeux dans la salle, o� il avait vu tout le spectacle.
Il fut repouss� dans le corridor, o� il faillit tomber � la renverse; mais, s�il ne tomba pas, son panier fut renvers�.
� Ah! mais ce dr�le, je le connais, dit Taverney avec un regard courrouc�.