Joseph Balsamo. Tome III
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #3
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome III». Краткое содержание книги:
� Comment, vous �tiez mort?
� Ma foi, oui, ou peut s�en fallait. Passe un sorcier qui demande quel est cet homme que l�on porte en terre. On lui dit que c�est moi. Il fait arr�ter le brancard, il me verse trois gouttes de je ne sais quoi sur la blessure, trois autres gouttes sur les l�vres: le sang s�arr�te, la respiration revient, les yeux se rouvrent, et je suis gu�ri.
� C�est un miracle de Dieu, duc.
� Voil� justement ce qui m�effraye, c�est qu�au contraire je crois, moi, que c�est un miracle du diable.
� C�est juste, mar�chal. Dieu n�aurait pas sauv� un garnement de votre esp�ce: � tout seigneur, tout honneur. Et vit-il, votre sorcier?
� J�en doute, � moins qu�il n�ait trouv� l�or potable.
� Comme vous, mar�chal? Vous croyez donc � ces contes?
� Je crois � tout.
� Il �tait vieux?
� Mathusalem en personne.
� Et il se nommait?
� Ah! d�un nom grec magnifique, Althotas.
� Oh! que voil� un terrible nom, mar�chal.
� N�est-ce pas, madame?
� Duc, voil� le carrosse qui revient.
� � merveille.
� Sommes-nous d�cid�s?
� Ma foi, oui.
� Nous allons � Paris?
� � Paris.
� Rue Saint-Claude?
� Si vous le voulez bien� Mais le roi qui attend!�
� C�est ce qui me d�ciderait, duc, si je n��tais d�j� d�cid�e. Il m�a tourment�e; � ton tour de rager, La France!
� Mais on va vous croire enlev�e, perdue.
� D�autant mieux qu�on m�a vue avec vous, mar�chal.
� Tenez, comtesse, je vais �tre franc � mon tour: j�ai peur.
� De quoi?
� J�ai peur que vous ne racontiez cela � quelqu�un, et que l�on ne se moque de moi.
� Alors on se moquera de nous deux, puisque j�y vais avec vous.
� Au fait, comtesse, vous me d�cidez. D�ailleurs, si vous me trahissez, je dis�
� Que dites-vous?
� Je dis que vous �tes venue avec moi, en t�te � t�te.
� On ne vous croira pas, duc.
� Eh! eh! comtesse si Sa Majest� n��tait pas l��
� Champagne! Champagne! ici, derri�re ce buisson, qu�on ne nous voie pas. Germain, la porti�re. C�est cela. Maintenant, � Paris, rue Saint-Claude, au Marais, et br�lons le pav�.
Chapitre 83. Le courrier
Il �tait six heures du soir.
Dans cette chambre de la rue Saint-Claude, o� nous avons d�j� introduit nos lecteurs, Balsamo �tait assis pr�s de Lorenza �veill�e, et essayait par la persuasion d�adoucir cet esprit rebelle � toutes les pri�res.
Mais la jeune femme le regardait de travers, comme Didon regardait �n�e pr�t � partir, ne parlait que pour faire des reproches, et n��tendait la main que pour repousser.
Elle se plaignait d��tre prisonni�re, d��tre esclave, et de ne plus respirer, de ne plus voir le soleil. Elle enviait le sort des plus pauvres cr�atures, des oiseaux, des fleurs. Elle appelait Balsamo son tyran.
Puis, passant du reproche � la col�re, elle mettait en lambeaux les riches �toffes que son mari lui avait donn�es pour �gayer par des semblants de coquetterie la solitude qu�il lui imposait.
De son c�t�, Balsamo lui parlait avec douceur et la regardait avec amour. On voyait que cette faible et irritable cr�ature prenait une �norme place dans son c�ur, sinon dans sa vie.
� Lorenza, lui disait-il, mon enfant ch�ri, pourquoi montrer cet esprit d�hostilit� et de r�sistance? pourquoi ne pas vivre avec moi, qui vous aime au del� de toute expression, comme une compagne douce et d�vou�e? Alors vous n�auriez plus rien � d�sirer; alors vous seriez libre de vous �panouir au soleil comme ces fleurs dont vous parliez tout � l�heure, d��tendre vos ailes comme ces oiseaux dont vous enviez le sort; alors nous irions tous deux partout ensemble; alors vous reverriez non seulement ce soleil qui vous charme tant, mais encore les soleils factices des hommes, ces assembl�es o� vont les femmes de ce pays; vous seriez heureuse selon vos go�ts, en me rendant heureux � ma mani�re. Pourquoi ne voulez-vous pas de ce bonheur, Lorenza, qui, avec votre beaut�, votre richesse, rendrait tant de femmes jalouses?
� Parce que vous me faites horreur, r�pondit la fi�re jeune femme.
Balsamo attacha sur Lorenza un regard empreint � la fois de col�re et de piti�.
� Vivez donc ainsi que vous vous condamnez � vivre, dit-il, et, puisque vous �tes si fi�re, ne vous plaignez pas.
� Je ne me plaindrais pas non plus si vous me laissiez seule, je ne me plaindrais pas si vous ne vouliez point me forcer � vous parler. Restez hors de ma pr�sence, ou, quand vous viendrez dans ma prison, ne me dites rien, et je ferai comme ces pauvres oiseaux du Sud que l�on tient en cage: ils meurent, mais ils ne chantent pas.
Balsamo fit un effort sur lui-m�me.
� Allons, Lorenza, dit-il, de la douceur, de la r�signation; lisez donc une fois dans mon c�ur, dans ce c�ur qui vous aime au-dessus de tout chose. Voulez-vous des livres?
� Non.
� Pourquoi cela? Des livres vous distrairont.
� Je veux prendre un tel ennui, que j�en meure.
Balsamo sourit ou plut�t essaya de sourire.
� Vous �tes folle, dit-il, vous savez bien que vous ne mourrez pas, tant que je serai l� pour vous soigner et vous gu�rir si vous tombez malade.
� Oh! s��cria Lorenza, vous ne me gu�rirez pas le jour o� vous me trouverez �trangl�e aux barreaux de ma fen�tre avec cette �charpe.
Balsamo frissonna.
� Le jour, continua-t-elle exasp�r�e, o� j�aurai ouvert ce couteau et o� je me le serai plong� dans le c�ur.
Balsamo, p�le et couvert d�une sueur glac�e, regarda Lorenza, et, d�une voix mena�ante:
� Non, dit-il, Lorenza, vous avez raison, ce jour-l�, je ne vous gu�rirai point, je vous ressusciterai.
Lorenza poussa un cri d�effroi: elle ne connaissait pas de bornes au pouvoir de Balsamo; elle crut � sa menace.
Balsamo �tait sauv�.
Tandis qu�elle s�ab�mait dans cette nouvelle cause de son d�sespoir, qu�elle n�avait pas pr�vue, et que sa raison vacillante se voyait enferm�e dans un cercle infranchissable de tortures, la sonnette d�appel agit�e par Fritz retentit � l�oreille de Balsamo.
Elle tinta trois fois rapidement et � coups �gaux.
� Un courrier, dit-il.
Puis, apr�s un court intervalle, un autre coup retentit.
� Et press�, dit-il.
� Ah! fit Lorenza, vous allez donc me quitter!
Il prit la main froide de la jeune femme.
� Encore une fois, dit-il, et la derni�re, vivons en bonne intelligence, vivons fraternellement, Lorenza; puisque la destin�e nous a li�s l�un � l�autre, faisons-nous de la destin�e une amie et non un bourreau.
Lorenza ne r�pondit rien. Son �il fixe et morne semblait chercher dans l�infini une pens�e qui lui �chappait �ternellement, et qu�elle ne trouvait plus peut-�tre pour l�avoir trop poursuivie, comme il arrive � ceux dont la vue a trop ardemment sollicit� la lumi�re apr�s avoir v�cu dans les t�n�bres et que le soleil a aveugl�s.
Balsamo lui prit la main et la lui baisa sans qu�elle donn�t signe d�existence.
Puis il fit un pas vers la chemin�e.
� l�instant m�me, Lorenza sortit de sa torpeur et fixa avidement ses yeux sur lui.
� Oui, murmura-t-il, tu veux savoir par o� je sors, pour sortir un jour apr�s moi, pour fuir comme tu m�en as menac�; et voil� pourquoi tu te r�veilles, voil� pourquoi tu me suis du regard.
Et, passant sa main sur son front, comme s�il s�imposait � lui-m�me une contrainte p�nible, il �tendit cette m�me main vers la jeune femme, et d�un ton imp�ratif, en lui lan�ant son regard et son geste comme un trait vers la poitrine et les yeux:
� Dormez, dit-il.
Cette parole �tait � peine prononc�e, que Lorenza plia comme une fleur sur sa tige; sa t�te, vacillante un instant, s�inclina et alla s�appuyer sur le coussin du sofa. Ses mains, d�une blancheur mate, gliss�rent � ses c�t�s, en effleurant sa robe soyeuse.
Balsamo s�approcha, la voyant si belle, et appuya ses l�vres sur ce beau front.
Alors toute la physionomie de Lorenza s��claircit, comme si un souffle sorti des l�vres de l�Amour m�me avait �cart� de son front le nuage qui le couvrait; sa bouche s�entrouvrit fr�missante, ses yeux nag�rent dans de voluptueuses larmes, et elle soupira comme durent soupirer ces anges qui, aux premiers jours de la cr�ation, se prirent d�amour pour les enfants des hommes.