Joseph Balsamo. Tome III
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #3
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome III». Краткое содержание книги:
La jeune femme, avec ses dentelles frissonnantes, avec sa coiffure gigantesque, son �ventail et ses parfums, �tait radieuse comme un astre. Rousseau venait d��tre heurt� par elle.
Le jeune homme, mince, d�licat, charmant, froissant son cordon bleu sur son jabot d�Angleterre, poussait des �clats de rire d�une engageante franchise, et les coupait soudain par des r�ticences ou des chuchotements qui faisaient rire la dame � son tour, et les montrait ensemble de la meilleure intelligence du monde.
Rousseau reconnut madame la comtesse du Barry dans cette belle dame, dans cette s�duisante cr�ature; et, aussit�t qu�il l�eut vue, selon son habitude de s�absorber dans une seule contemplation, il ne vit plus son compagnon.
Le jeune homme au cordon bleu n��tait autre que M. le comte d�Artois, qui fol�trait du plus joyeux de son c�ur avec la ma�tresse de son grand-p�re.
Madame du Barry, en apercevant cette noire figure de Rousseau, se mit � crier:
� Ah! mon Dieu!
� Eh quoi! fit le comte d�Artois regardant � son tour le philosophe.
Et d�j� il �tendait la main pour faire doucement passage � sa compagne.
� M. Rousseau! s��cria madame du Barry.
� Rousseau de Gen�ve? dit le comte d�Artois, du ton d�un �colier en vacances.
� Oui, Monseigneur, r�pliqua la comtesse.
� Ah! bonjour, monsieur Rousseau, dit l�espi�gle en voyant que Rousseau venait de pousser une pointe d�sesp�r�e pour forcer le passage; bonjour� Nous allons entendre de votre musique.
� Monseigneur�, balbutia Rousseau qui aper�ut le cordon bleu.
� Ah! de la bien charmante musique, dit la comtesse, bien conforme � l�esprit et au c�ur de son auteur!
Rousseau releva la t�te et vint br�ler son regard au regard de feu de la comtesse.
� Madame�, dit-il de mauvaise humeur.
� Je jouerai Colin, madame, s��cria le comte d�Artois, et je vous prie, madame la comtesse, de jouer Colette.
� De tout mon c�ur, Monseigneur; mais je n�oserai jamais, moi qui ne suis pas artiste, profaner la musique du ma�tre.
Rousseau e�t donn� sa vie pour oser regarder encore; mais la voix, mais le ton, mais la flatterie, mais la beaut� avaient chacun d�pos� un hame�on dans son c�ur.
Il voulut fuir.
� Monsieur Rousseau, dit le prince en lui barrant le passage, je veux que vous m�appreniez le r�le de Colin.
� Je n�oserais demander � monsieur de me donner des conseils pour celui de Colette, dit la comtesse en jouant la timidit�, de sorte qu�elle acheva de terrasser le philosophe.
Les yeux de celui-ci cependant demand�rent pourquoi.
� Monsieur me hait, dit-elle au prince de sa voix enchanteresse.
� Allons donc! s��cria le comte d�Artois, vous! qui peut vous ha�r, madame?
� Vous le voyez bien, dit-elle.
� M. Rousseau est trop honn�te homme et fait de trop jolies choses pour fuir une aussi charmante femme, dit le comte d�Artois.
Rousseau poussa un grand soupir, comme s�il e�t �t� pr�t � rendre l��me, et il s�enfuit par la mince ouverture que le comte d�Artois laissa imprudemment entre lui et la muraille.
Mais Rousseau n�avait pas de bonheur ce soir-l�; il ne fit pas quatre pas sans aller se heurter � un nouveau groupe.
Cette fois, ce groupe se composait de deux hommes; l�un vieux, l�autre jeune: l�un avait le cordon bleu, c��tait le jeune; l�autre, qui pouvait avoir cinquante-cinq ans, �tait v�tu de rouge et tout p�le d�aust�rit�.
Ces deux hommes entendirent le joyeux comte d�Artois crier et rire de toute sa force:
� Ah! monsieur Rousseau, monsieur Rousseau, je dirai que madame la comtesse vous a fait fuir, et, en v�rit�, personne ne le voudra croire.
� Rousseau? murmur�rent les deux hommes.
� Arr�tez-le, mon fr�re, dit le prince toujours riant; arr�tez-le, monsieur de la Vauguyon.
Rousseau comprit alors sur quel �cueil son �toile f�cheuse venait de le faire �chouer.
M. le comte de Provence et le gouverneur des enfants de France!
Le comte de Provence barra donc aussi le chemin � Rousseau.
� Bonjour, monsieur, lui dit-il de sa voix br�ve et p�dante.
Rousseau, �perdu, s�inclina en murmurant:
� Je n�en sortirai pas!
� Ah! je suis bien aise de vous trouver, monsieur! dit le prince du ton d�un pr�cepteur qui cherchait et qui retrouve un �colier en faute.
� Encore des compliments absurdes, pensa Rousseau. Que ces grands sont fades!
� J�ai lu votre traduction de Tacite, monsieur.
� Ah! c�est vrai, se dit Rousseau; celui-ci est un savant, un p�dant.
� Savez-vous que c�est fort difficile � traduire, Tacite?
� Mais, Monseigneur, je l�ai �crit dans une petite pr�face.
� Oui je le sais bien, je le sais bien; vous y dites que vous ne savez que m�diocrement le latin.
� Monseigneur, c�est bien vrai.
� Alors, pourquoi traduire Tacite, monsieur Rousseau?
� Monseigneur, c�est un exercice de style.
� Ah! monsieur Rousseau, vous avez eu tort de traduire imperatoria brevitate par un discours grave et concis.
Rousseau, inquiet, chercha dans sa m�moire.
� Oui, dit le jeune prince avec l�aplomb d�un vieux savant qui rel�ve une faute dans Saumaise; oui, vous avez traduit ainsi. C�est dans le paragraphe o� Tacite raconte que Pison harangua ses soldats.
� Eh bien, Monseigneur?
� Eh bien, monsieur Rousseau, imperatoria brevitate signifie avec la concision d�un g�n�ral� ou d�un homme habitu� � commander. La concision du commandement� voil� l�expression, n�est-ce pas, monsieur de la Vauguyon?
� Oui, Monseigneur, r�pondit le gouverneur.
Rousseau ne r�pondit rien. Puis le prince ajouta:
� Cela est un bel et bon contresens, monsieur Rousseau� Oh! je vous en trouverai encore un.
Rousseau p�lit.
� Tenez, monsieur Rousseau, c�est dans le paragraphe relatif � Cecina. Il commence ainsi: At in superiore Germania� Vous savez, on fait le portrait de Cecina, et Tacite dit: Cito sermone.
� Je me rappelle parfaitement, Monseigneur.
� Vous avez traduit cela par parlant bien�
� Sans doute, Monseigneur, et je croyais�
� Cito sermone veut dire parle vite, c�est-�-dire facilement.
� J�ai dit parlant bien?
� Il y aurait eu decoro ou ornato ou eleganti sermone; cito est une �pith�te pittoresque, monsieur Rousseau. C�est comme dans la peinture du changement de conduite d�Othon. Tacite dit: Delata voluptas, dissimulata luxuria cunctaque, ad imperii decorem composita.
� J�ai traduit par: Renvoyant � d�autres temps le luxe et la volupt�, il surprit tout le monde en s�appliquant � r�tablir la gloire de l�empire.
� � tort, monsieur Rousseau, � tort. D�abord, vous avez fait une seule phrase de trois petites phrases, ce qui vous a forc� de mal traduire dissimulata luxuria; ensuite, vous avez fait un contresens dans le dernier membre de cette phrase. Tacite n�a pas voulu dire que l�empereur Othon s�appliqu�t � r�tablir la gloire de l�empire; il a voulu dire que, ne satisfaisant plus ses passions et dissimulant ses habitudes de luxe, Othon accommodait tout, appliquait tout, faisait tourner tout� tout, vous entendez bien, monsieur Rousseau, c�est-�-dire ses passions et ses vices m�mes, � la gloire de l�empire. Voil� le sens, il est complexe; le v�tre est restreint; n�est-ce pas, monsieur de la Vauguyon?
� Oui, Monseigneur.
Rousseau suait et soufflait sous cette pression impitoyable.
Le prince le laissa respirer un moment; apr�s quoi:
� Vous �tes bien sup�rieur dans la philosophie, dit-il.
Rousseau s�inclina.
� Seulement, votre �mile est un livre dangereux.
� Dangereux, Monseigneur?
� Oui, par la quantit� d�id�es fausses que cela donnera aux petits bourgeois.
� Monseigneur, d�s qu�un homme est p�re, il rentre dans les conditions de mon livre, f�t-il le plus grand, f�t-il le dernier du royaume� �tre p�re� c�est�