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Joseph Balsamo. Tome III - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Joseph Balsamo. Tome III

Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome III». Краткое содержание книги:

Les «Mémoires d’un médecin» est une suite romanesque qui a pour cadre la Révolution Française et qui comprend «Joseph Balsamo», «le Collier de la reine», «Ange Pitou» et la «Comtesse de Charny». Cette grande fresque, très intéressante sur le plan historique, captivante par son récit, a une grande force inventive et une portée symbolique certaine.
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D�j� madame la dauphine �tait en sc�ne avec son costume de Colette; elle attendait son Colin.

M. de Coigny, dans sa loge, changeait de costume.

Tout � coup, on vit entrer le roi au milieu d�un cercle de t�tes courb�es.

Louis XV souriait et semblait anim� de la meilleure humeur.

Le dauphin s�assit � sa droite, et M. le comte de Provence arriva s�asseoir � sa gauche.

Les cinquante personnes qui formaient l�assembl�e, assembl�e intime s�il en fut, s�assirent sur un geste du roi.

� Eh bien, ne commence-t-on pas? dit Louis XV.

� Sire, dit la dauphine, les bergers et les berg�res ne sont pas encore habill�s; nous les attendons.

� On pouvait figurer en habit de ville, dit le roi.

� Non sire, r�pliqua la dauphine du th��tre m�me, parce que nous voulons essayer les habits et les costumes aux lumi�res, pour en conna�tre s�rement l�effet.

� Tr�s juste, madame, dit le roi; alors, promenons-nous.

Et Louis XV se leva pour faire le tour du corridor et de la sc�ne. Il �tait, d�ailleurs, assez inquiet de ne pas voir arriver madame du Barry.

Quand le roi fut parti de sa loge, Rousseau consid�ra m�lancoliquement et avec un serrement de c�ur cette salle vide et son propre isolement.

C��tait un bien singulier contraste avec l�accueil qu�il avait redout�.

Il s��tait figur� que, devant lui, tous les groupes s�ouvriraient, que la curiosit� des gens de cour serait plus importune et plus significative que celle des Parisiens; il avait craint les questions, les pr�sentations; et voil� que nul ne faisait attention � lui.

Il songea que sa barbe longue n��tait pas encore assez longue, que des haillons n�eussent pas �t� plus remarqu�s que ses vieux habits. Il s�applaudit de ne pas avoir eu le ridicule de la pr�tention � l��l�gance.

Mais, au fond de tout cela, il se sentait assez humili� d��tre r�duit tout au plus aux proportions d�un chef d�orchestre.

Soudain un officier s�approcha de lui et lui demanda s�il n��tait pas M. Rousseau.

� Oui, monsieur, r�pliqua-t-il.

� Madame la dauphine d�sire vous parler, monsieur, dit l�officier.

Rousseau se leva fort �mu.

La dauphine l�attendait. Elle tenait � la main l�ariette de Colette:

J�ai perdu tout mon bonheur

Aussit�t qu�elle vit Rousseau, elle vint � lui.

Le philosophe salua tr�s humblement, en se disant qu�il saluait une femme et non une princesse.

La dauphine, de son c�t�, fut gracieuse avec le philosophe sauvage, comme elle l�e�t �t� avec le plus accompli gentilhomme de l�Europe.

Elle lui demanda conseil sur l�inflexion � donner au troisi�me vers:

Colin me d�laisse�

Rousseau d�veloppa une th�orie de d�clamation et de m�lop�e, qui fut interrompue, toute savante qu�elle �tait, par l�arriv�e bruyante du roi et de quelques courtisans.

Louis XV entra dans le foyer, o� madame la dauphine prenait ainsi la le�on du philosophe.

Le premier mouvement, le premier sentiment du roi, en apercevant ce personnage n�glig�, fut exactement le m�me qu�avait manifest� M. de Coigny; seulement, M. de Coigny connaissait Rousseau et Louis XV ne le connaissait pas.

Il regarda donc fort longtemps notre homme libre, tout en recevant les compliments et les remerciements de la dauphine.

Ce regard, empreint d�une autorit� toute royale, ce regard qui n��tait accoutum� � se baisser jamais devant aucun, produisit un indicible effet sur Rousseau, dont l��il vif �tait incertain et timide.

La dauphine attendit que le roi e�t fait son examen, et alors elle s�avan�a du c�t� de Rousseau en disant:

� Votre Majest� veut-elle me permettre de lui pr�senter notre auteur?

� Votre auteur? fit le roi affectant de chercher dans sa m�moire.

Rousseau, pendant ce dialogue, �tait sur des charbons ardents. L��il du roi avait parcouru successivement et br�l�, comme un rayon de soleil sous la lentille, cette barbe longue, ce jabot douteux, cette poussi�re et cette perruque mal coiff�e du plus grand �crivain de son royaume.

La dauphine eut piti� de ce dernier.

� M. Jean-Jacques Rousseau, sire, dit-elle, l�auteur du charmant op�ra que nous allons �corcher devant Votre Majest�.

Le roi leva la t�te alors.

� Ah! dit-il froidement, monsieur Rousseau, je vous salue.

Et il continuait � le regarder de fa�on � lui prouver toutes les imperfections de son costume.

Rousseau se demanda comment on saluait le roi de France, sans �tre un courtisan, mais aussi sans impolitesse, puisqu�il s�avouait �tre dans la maison de ce prince.

Mais, tandis qu�il se faisait de pareils raisonnements, le roi lui parlait avec cette facilit� limpide des princes qui ont tout dit lorsqu�ils ont dit une chose agr�able ou d�sagr�able � leur interlocuteur.

Rousseau, ne parlant pas, �tait rest� p�trifi�. Toutes les phrases qu�il avait pr�par�es pour le tyran, il les avait oubli�es.

� Monsieur Rousseau, lui dit le roi toujours regardant son habit et sa perruque, vous avez fait une musique charmante, et qui, � moi, me fait passer de tr�s agr�ables moments.

Et le roi se mit � chanter, de la voix la plus antipathique � tout diapason et � toute m�lodie:

Si des galants de la ville J�eusse �cout� les discours, Ah! qu�il m�e�t �t� facile De former d�autres amours!

� C�est charmant! dit le roi lorsqu�il eut fini.

Rousseau salua.

� Je ne sais pas si je chanterai bien, dit madame la dauphine.

Rousseau se tourna vers la princesse pour lui donner un conseil � cet �gard.

Mais le roi s��tait lanc� de nouveau, et il chantait la romance de Colin:

Dans ma cabane obscure, Toujours soucis nouveaux; Vent, soleil ou froidure, Toujours peine et travaux.

Sa Majest� chantait effroyablement pour un musicien. Rousseau, � moiti� flatt� de la m�moire du monarque, � moiti� bless� de sa d�testable ex�cution, faisait la mine du singe qui grignote un oignon, et qui pleure d�un c�t� en riant de l�autre.

La dauphine tenait son s�rieux avec cet imperturbable sang-froid qu�on ne trouve qu�� la cour.

Le roi, sans s�embarrasser de rien, continua:

Colette, ma berg�re, Si tu viens l�habiter, Colin, dans sa chaumi�re, N�a rien � regretter.

Rousseau sentit le rouge lui monter au visage.

� Dites-moi, monsieur Rousseau, fit le roi, est-il vrai que vous vous habillez quelquefois en Arm�nien?

Rousseau devint encore plus rouge, et sa langue s�embarrassa au fond de son gosier, de telle sorte que pour un royaume elle n�e�t pu fonctionner en ce moment.

Le roi se remit � chanter sans attendre sa r�ponse:

Ah! pour l�ordinaire L�amour ne sait gu�re Ce qu�il permet, ce qu�il d�fend.

� Vous demeurez rue Pl�tri�re, je crois, monsieur Rousseau? dit le roi.

Rousseau fit un signe de t�te affirmatif, mais c��tait l� l�ultima Thule[4] de ses forces� Jamais il n�en avait appel� autant � son secours.

Le roi fredonna:

C�est un enfant, c�est un enfant�

� On dit que vous �tes tr�s mal avec Voltaire, monsieur Rousseau?

Pour le coup, Rousseau perdit le peu qui lui restait de t�te. Il perdit aussi toute contenance. Le roi ne parut pas avoir grande piti� pour lui et, poursuivant sa f�roce m�lomanie, il s��loigna en chantant:

Allons danser sous les ormeaux, Animez-vous, jeunes fillettes,

avec des accompagnements d�orchestre � faire p�rir Apollon, comme ce dernier avait fait p�rir Marsyas.

Rousseau demeura seul au milieu du foyer. La dauphine l�avait quitt� pour mettre la derni�re main � sa toilette.

Rousseau, tr�buchant, t�tonnant, regagna le corridor; mais, au beau milieu, il se heurta dans un couple �blouissant de diamants, de fleurs et de dentelles, qui emplissait le corridor, bien que le jeune homme serr�t fort tendrement le bras de la jeune femme.

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[4] Nom donn� par les Grecs et les Romains � la terre la plus septentrionale du monde connu.

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