Joseph Balsamo. Tome III
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #3
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome III». Краткое содержание книги:
� On dirait que vous doutez de vous; mais celui qui a �crit La Nouvelle H�lo�se et Les Confessions, celui-l�, monsieur, n�a-t-il donc pas plus d�esprit pour parler, pour agir, que nous autres tous tant que nous sommes?
� Je vous assure, monsieur, qu�il m�est impossible�
� Ce mot-l�, monsieur, n�est pas connu chez les princes.
� Voil� pourquoi, monsieur, je resterai chez moi.
� Monsieur, vous ne me ferez pas, � moi, messager t�m�raire qui me suis charg� de donner satisfaction � madame la dauphine, vous ne me ferez pas cette mortelle peine de m�obliger de retourner � Versailles, honteux, vaincu; ce serait un tel chagrin pour moi, que je m�exilerais � l�instant m�me. Voyons, cher monsieur Rousseau, pour moi, pour un homme rempli d�une sympathie profonde pour toutes vos �uvres, faites ce que votre grand c�ur refuserait � des rois qui solliciteraient.
� Monsieur, votre gr�ce parfaite me gagne le c�ur; votre �loquence est irr�sistible, et vous avez une voix qui m��meut plus que je ne saurais dire.
� Vous vous laissez toucher?
� Non, je ne puis� non, d�cid�ment; ma sant� s�oppose � un voyage.
� Un voyage? Oh! monsieur Rousseau, y pensez-vous? Une heure un quart de voiture.
� Pour vous, pour vos fringants chevaux.
� Mais tous les chevaux de la cour sont � votre disposition, monsieur Rousseau. Je suis charg� par madame la dauphine de vous dire qu�il y a un logis pour vous pr�par� � Trianon; car on ne veut pas que vous reveniez aussi tard � Paris. M. le dauphin, d�ailleurs, qui sait toutes vos �uvres par c�ur, a dit devant sa cour qu�il tenait � montrer dans son palais la chambre qu�aurait occup�e M. Rousseau.
Th�r�se poussa un cri d�admiration, non pour Rousseau, mais pour le bon prince.
Rousseau ne put tenir � cette derni�re marque de bienveillance.
� Il faut donc me rendre, dit-il, car jamais je n�ai �t� si bien attaqu�.
� On vous prend par le c�ur, monsieur, r�pliqua M. de Coigny; par l�esprit, vous seriez inexpugnable.
� J�irai donc, monsieur, me rendre aux d�sirs de Son Altesse royale.
� Oh! monsieur, recevez-en tous mes remerciements personnels. Permettez que je m�abstienne, quant � madame la dauphine: elle m�en voudrait de l�avoir pr�venue pour ceux qu�elle veut vous adresser elle-m�me. D�ailleurs, vous savez, monsieur, que c�est � un homme de remercier une jeune et adorable femme qui veut bien faire des avances.
� C�est vrai, monsieur, r�pliqua Rousseau en souriant; mais les vieillards ont le privil�ge des jolies femmes: on les prie.
� Monsieur Rousseau, vous voudrez donc bien me donner votre heure; je vous enverrai mon carrosse, ou plut�t je viendrai vous prendre moi-m�me pour vous conduire.
� Pour cela, non, monsieur, je vous arr�te, dit Rousseau. J�irai � Trianon, soit; mais laissez-moi la facult� d�y aller � mon gr�, � ma guise; ne vous occupez plus de moi � partir de ce moment. J�irai, voil� tout, donnez-moi l�heure.
� Quoi! monsieur, vous me refusez d��tre votre introducteur; il est vrai que je serais indigne, et qu�un nom pareil au v�tre s�annonce bien tout seul.
� Monsieur, je sais que vous �tes � la cour plus que je ne suis moi-m�me en aucun lieu du monde� Je ne refuse donc pas votre offre, � vous personnellement, mais j�aime mes aises; je veux aller l�-bas comme j�irais � la promenade, et enfin� voil� mon ultimatum.
� Je m�incline, monsieur, et me garderais bien de vous d�plaire en quoi que ce f�t. La r�p�tition commencera ce soir � six heures.
� Fort bien; � six heures moins un quart, je serai � Trianon.
� Mais, enfin, par quels moyens?
� Cela me regarde; mes voitures, � moi, les voici.
Il montra sa jambe, encore bien prise et qu�il chaussait avec une sorte de pr�tention.
� Cinq lieues! dit M. de Coigny constern�; mais vous serez bris�; la soir�e va �tre fatigante; prenez garde!
� Alors j�ai ma voiture et mes chevaux aussi; voiture fraternelle, carrosse populaire, qui est au voisin aussi bien qu�� moi, comme l�air, le soleil et l�eau, carrosse qui co�te quinze sous.
� Ah! mon Dieu! la patache! vous me donnez le frisson.
� Les banquettes, si dures pour vous, me paraissent un lit de sybarite. Je les trouve rembourr�es de duvet ou de feuilles de rose. � ce soir, monsieur, � ce soir.
M. de Coigny, se voyant ainsi cong�di�, prit son parti, et, apr�s bon nombre de remerciements, d�indications plus ou moins pr�cises et de retours pour faire agr�er ses services, il descendit l�escalier noir, reconduit sur le palier par Rousseau et au milieu de l��tage par Th�r�se.
M. de Coigny gagna sa voiture, qui l�attendait dans la rue, et s�en retourna � Versailles, souriant tout bas.
Th�r�se rentra, ferma la porte avec une humeur pleine de temp�tes et qui fit pr�sager de l�orage � Rousseau.
Chapitre 109. La toilette de Rousseau
Lorsque M. de Coigny fut parti, Rousseau, dont cette visite avait chang� les id�es, s�assit avec un grand soupir dans un petit fauteuil et dit d�un ton endormi:
� Ah! quel ennui! Que les gens me fatiguent avec leurs pers�cutions!
Th�r�se, qui rentrait, prit ces paroles au vol et venant se placer en face de Rousseau:
� �tes-vous orgueilleux! lui dit-elle.
� Moi? fit Rousseau surpris.
� Oui, vous �tes un vaniteux, un hypocrite!
� Moi?
� Vous� Vous �tes enchant� d�aller � la cour et vous cachez votre joie sous une fausse indiff�rence.
� Ah! mon Dieu! r�pliqua, en haussant les �paules, Rousseau humili� d��tre si bien devin�.
� N�allez-vous pas me faire accroire que ce n�est pas un grand honneur pour vous, de faire entendre au roi les airs que vous grattez ici comme un fain�ant sur votre �pinette?
Rousseau regarda sa femme avec un �il irrit�.
� Vous �tes une sotte, dit-il, il n�y a pas d�honneur pour un homme comme moi � para�tre devant un roi. � quoi cet homme doit-il d��tre sur le tr�ne? � un caprice de la nature qui l�a fait na�tre d�une reine; mais, moi, je suis digne d��tre appel� devant le roi pour le r�cr�er; c�est � mon travail que je le dois, et � mon talent acquis par le travail.
Th�r�se n��tait pas femme � se laisser battre ainsi.
� Je voudrais bien que M. de Sartine vous entend�t parler de la sorte. Il y aurait pour vous un cabanon � Bic�tre ou une loge � Charenton.
� Parce que, dit Rousseau, ce M. de Sartine est un tyran � la solde d�un autre tyran, et que l�homme est sans d�fense contre les tyrans, avec son seul g�nie; mais, si M. de Sartine me pers�cutait�
� Eh bien, apr�s? dit Th�r�se.
� Ah! oui, soupira Rousseau, je sais que mes ennemis seraient heureux; oui!�
� Pourquoi avez-vous des ennemis? dit Th�r�se. Parce que vous �tes m�chant, et parce que vous avez attaqu� tout le monde. Ah! c�est M. de Voltaire qui a des amis, � la bonne heure!
� C�est vrai, r�pondit Rousseau avec un sourire d�une expression ang�lique.
� Mais, dame! M. de Voltaire est gentilhomme; il a pour ami intime le roi de Prusse; il a des chevaux, il est riche, il a son ch�teau de Ferney� Et tout cela c�est � son m�rite qu�il le doit� Aussi, quand il va � la cour, on ne le voit pas faire le d�daigneux, il est comme chez lui.
� Et vous croyez, dit Rousseau, que je ne serai pas l� comme chez moi? vous croyez que je ne sais pas d�o� vient tout l�argent qu�on y d�pense, et que je suis dupe des respects qu�on y rend au ma�tre? Eh! bonne femme, qui jugez tout � tort et � travers, songez donc que, si je fais le d�daigneux, c�est parce que je d�daigne; songez donc que, si je d�daigne le luxe de ces courtisans, c�est qu�ils ont vol� leur luxe.
� Vol�! dit Th�r�se avec une indignation inexprimable.
� Oui, vol�! � vous, � moi, � tout le monde. Tout l�or qu�ils ont sur leurs habits devrait �tre r�parti sur les t�tes des malheureux qui manquent de pain. Voil� pourquoi, moi qui pense � tout cela, je ne vais qu�avec r�pugnance � la cour.
� Je ne dis pas que le peuple soit heureux, dit Th�r�se; mais, enfin, le roi est le roi.