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Joseph Balsamo. Tome III - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Joseph Balsamo. Tome III

Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome III». Краткое содержание книги:

Les «Mémoires d’un médecin» est une suite romanesque qui a pour cadre la Révolution Française et qui comprend «Joseph Balsamo», «le Collier de la reine», «Ange Pitou» et la «Comtesse de Charny». Cette grande fresque, très intéressante sur le plan historique, captivante par son récit, a une grande force inventive et une portée symbolique certaine.
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� On dirait que vous doutez de vous; mais celui qui a �crit La Nouvelle H�lo�se et Les Confessions, celui-l�, monsieur, n�a-t-il donc pas plus d�esprit pour parler, pour agir, que nous autres tous tant que nous sommes?

� Je vous assure, monsieur, qu�il m�est impossible�

� Ce mot-l�, monsieur, n�est pas connu chez les princes.

� Voil� pourquoi, monsieur, je resterai chez moi.

� Monsieur, vous ne me ferez pas, � moi, messager t�m�raire qui me suis charg� de donner satisfaction � madame la dauphine, vous ne me ferez pas cette mortelle peine de m�obliger de retourner � Versailles, honteux, vaincu; ce serait un tel chagrin pour moi, que je m�exilerais � l�instant m�me. Voyons, cher monsieur Rousseau, pour moi, pour un homme rempli d�une sympathie profonde pour toutes vos �uvres, faites ce que votre grand c�ur refuserait � des rois qui solliciteraient.

� Monsieur, votre gr�ce parfaite me gagne le c�ur; votre �loquence est irr�sistible, et vous avez une voix qui m��meut plus que je ne saurais dire.

� Vous vous laissez toucher?

� Non, je ne puis� non, d�cid�ment; ma sant� s�oppose � un voyage.

� Un voyage? Oh! monsieur Rousseau, y pensez-vous? Une heure un quart de voiture.

� Pour vous, pour vos fringants chevaux.

� Mais tous les chevaux de la cour sont � votre disposition, monsieur Rousseau. Je suis charg� par madame la dauphine de vous dire qu�il y a un logis pour vous pr�par� � Trianon; car on ne veut pas que vous reveniez aussi tard � Paris. M. le dauphin, d�ailleurs, qui sait toutes vos �uvres par c�ur, a dit devant sa cour qu�il tenait � montrer dans son palais la chambre qu�aurait occup�e M. Rousseau.

Th�r�se poussa un cri d�admiration, non pour Rousseau, mais pour le bon prince.

Rousseau ne put tenir � cette derni�re marque de bienveillance.

� Il faut donc me rendre, dit-il, car jamais je n�ai �t� si bien attaqu�.

� On vous prend par le c�ur, monsieur, r�pliqua M. de Coigny; par l�esprit, vous seriez inexpugnable.

� J�irai donc, monsieur, me rendre aux d�sirs de Son Altesse royale.

� Oh! monsieur, recevez-en tous mes remerciements personnels. Permettez que je m�abstienne, quant � madame la dauphine: elle m�en voudrait de l�avoir pr�venue pour ceux qu�elle veut vous adresser elle-m�me. D�ailleurs, vous savez, monsieur, que c�est � un homme de remercier une jeune et adorable femme qui veut bien faire des avances.

� C�est vrai, monsieur, r�pliqua Rousseau en souriant; mais les vieillards ont le privil�ge des jolies femmes: on les prie.

� Monsieur Rousseau, vous voudrez donc bien me donner votre heure; je vous enverrai mon carrosse, ou plut�t je viendrai vous prendre moi-m�me pour vous conduire.

� Pour cela, non, monsieur, je vous arr�te, dit Rousseau. J�irai � Trianon, soit; mais laissez-moi la facult� d�y aller � mon gr�, � ma guise; ne vous occupez plus de moi � partir de ce moment. J�irai, voil� tout, donnez-moi l�heure.

� Quoi! monsieur, vous me refusez d��tre votre introducteur; il est vrai que je serais indigne, et qu�un nom pareil au v�tre s�annonce bien tout seul.

� Monsieur, je sais que vous �tes � la cour plus que je ne suis moi-m�me en aucun lieu du monde� Je ne refuse donc pas votre offre, � vous personnellement, mais j�aime mes aises; je veux aller l�-bas comme j�irais � la promenade, et enfin� voil� mon ultimatum.

� Je m�incline, monsieur, et me garderais bien de vous d�plaire en quoi que ce f�t. La r�p�tition commencera ce soir � six heures.

� Fort bien; � six heures moins un quart, je serai � Trianon.

� Mais, enfin, par quels moyens?

� Cela me regarde; mes voitures, � moi, les voici.

Il montra sa jambe, encore bien prise et qu�il chaussait avec une sorte de pr�tention.

� Cinq lieues! dit M. de Coigny constern�; mais vous serez bris�; la soir�e va �tre fatigante; prenez garde!

� Alors j�ai ma voiture et mes chevaux aussi; voiture fraternelle, carrosse populaire, qui est au voisin aussi bien qu�� moi, comme l�air, le soleil et l�eau, carrosse qui co�te quinze sous.

� Ah! mon Dieu! la patache! vous me donnez le frisson.

� Les banquettes, si dures pour vous, me paraissent un lit de sybarite. Je les trouve rembourr�es de duvet ou de feuilles de rose. � ce soir, monsieur, � ce soir.

M. de Coigny, se voyant ainsi cong�di�, prit son parti, et, apr�s bon nombre de remerciements, d�indications plus ou moins pr�cises et de retours pour faire agr�er ses services, il descendit l�escalier noir, reconduit sur le palier par Rousseau et au milieu de l��tage par Th�r�se.

M. de Coigny gagna sa voiture, qui l�attendait dans la rue, et s�en retourna � Versailles, souriant tout bas.

Th�r�se rentra, ferma la porte avec une humeur pleine de temp�tes et qui fit pr�sager de l�orage � Rousseau.

Chapitre 109. La toilette de Rousseau

Lorsque M. de Coigny fut parti, Rousseau, dont cette visite avait chang� les id�es, s�assit avec un grand soupir dans un petit fauteuil et dit d�un ton endormi:

� Ah! quel ennui! Que les gens me fatiguent avec leurs pers�cutions!

Th�r�se, qui rentrait, prit ces paroles au vol et venant se placer en face de Rousseau:

� �tes-vous orgueilleux! lui dit-elle.

� Moi? fit Rousseau surpris.

� Oui, vous �tes un vaniteux, un hypocrite!

� Moi?

� Vous� Vous �tes enchant� d�aller � la cour et vous cachez votre joie sous une fausse indiff�rence.

� Ah! mon Dieu! r�pliqua, en haussant les �paules, Rousseau humili� d��tre si bien devin�.

� N�allez-vous pas me faire accroire que ce n�est pas un grand honneur pour vous, de faire entendre au roi les airs que vous grattez ici comme un fain�ant sur votre �pinette?

Rousseau regarda sa femme avec un �il irrit�.

� Vous �tes une sotte, dit-il, il n�y a pas d�honneur pour un homme comme moi � para�tre devant un roi. � quoi cet homme doit-il d��tre sur le tr�ne? � un caprice de la nature qui l�a fait na�tre d�une reine; mais, moi, je suis digne d��tre appel� devant le roi pour le r�cr�er; c�est � mon travail que je le dois, et � mon talent acquis par le travail.

Th�r�se n��tait pas femme � se laisser battre ainsi.

� Je voudrais bien que M. de Sartine vous entend�t parler de la sorte. Il y aurait pour vous un cabanon � Bic�tre ou une loge � Charenton.

� Parce que, dit Rousseau, ce M. de Sartine est un tyran � la solde d�un autre tyran, et que l�homme est sans d�fense contre les tyrans, avec son seul g�nie; mais, si M. de Sartine me pers�cutait�

� Eh bien, apr�s? dit Th�r�se.

� Ah! oui, soupira Rousseau, je sais que mes ennemis seraient heureux; oui!�

� Pourquoi avez-vous des ennemis? dit Th�r�se. Parce que vous �tes m�chant, et parce que vous avez attaqu� tout le monde. Ah! c�est M. de Voltaire qui a des amis, � la bonne heure!

� C�est vrai, r�pondit Rousseau avec un sourire d�une expression ang�lique.

� Mais, dame! M. de Voltaire est gentilhomme; il a pour ami intime le roi de Prusse; il a des chevaux, il est riche, il a son ch�teau de Ferney� Et tout cela c�est � son m�rite qu�il le doit� Aussi, quand il va � la cour, on ne le voit pas faire le d�daigneux, il est comme chez lui.

� Et vous croyez, dit Rousseau, que je ne serai pas l� comme chez moi? vous croyez que je ne sais pas d�o� vient tout l�argent qu�on y d�pense, et que je suis dupe des respects qu�on y rend au ma�tre? Eh! bonne femme, qui jugez tout � tort et � travers, songez donc que, si je fais le d�daigneux, c�est parce que je d�daigne; songez donc que, si je d�daigne le luxe de ces courtisans, c�est qu�ils ont vol� leur luxe.

� Vol�! dit Th�r�se avec une indignation inexprimable.

� Oui, vol�! � vous, � moi, � tout le monde. Tout l�or qu�ils ont sur leurs habits devrait �tre r�parti sur les t�tes des malheureux qui manquent de pain. Voil� pourquoi, moi qui pense � tout cela, je ne vais qu�avec r�pugnance � la cour.

� Je ne dis pas que le peuple soit heureux, dit Th�r�se; mais, enfin, le roi est le roi.

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