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Joseph Balsamo. Tome III - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Joseph Balsamo. Tome III

Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome III». Краткое содержание книги:

Les «Mémoires d’un médecin» est une suite romanesque qui a pour cadre la Révolution Française et qui comprend «Joseph Balsamo», «le Collier de la reine», «Ange Pitou» et la «Comtesse de Charny». Cette grande fresque, très intéressante sur le plan historique, captivante par son récit, a une grande force inventive et une portée symbolique certaine.
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� Eh bien! je lui ob�is; que veut-il de plus?

� Ah! vous ob�issez parce que vous avez peur. Il ne faut pas dire que vous allez � contre-c�ur quelque part et que vous �tes un homme courageux, sinon je r�pondrai, moi, que vous �tes un hypocrite et que cela vous pla�t beaucoup.

� Je n�ai peur de rien, dit superbement Rousseau.

� Bon! allez donc un peu dire au roi le quart de ce que vous me racontiez tout � l�heure.

� Je le ferai assur�ment, si mon sentiment le commande.

� Vous?

� Oui, moi; ai-je jamais recul�?

� Bah! vous n�osez pas prendre au chat un os qu�il ronge, de peur qu�il ne vous griffe� Que sera-ce quand vous serez entour� de gardes et de gens d��p�e?� Voyez-vous, je vous connais comme si j��tais votre m�re� Vous allez tout � l�heure vous raser de frais, vous pommader, vous adoniser; vous ferez belle jambe, vous prendrez votre petit clignement d�yeux int�ressant, parce que vous avez les yeux tout petits et tout ronds, et qu�en les ouvrant naturellement on les verrait, tandis qu�en clignant vous faites croire qu�ils sont grands comme des portes coch�res; vous me demanderez vos bas de soie, vous mettrez l�habit chocolat � boutons d�acier, la perruque neuve, et un fiacre, et mon philosophe ira se faire adorer des belles dames� et demain, ah! demain, ce sera une extase, une langueur, vous serez revenu amoureux, vous �crirez de petites lignes en soupirant, et vous arroserez votre caf� de vos larmes. Oh! comme je vous connais!�

� Vous vous trompez, ma bonne, dit Rousseau. Je vous dis qu�on me violente pour que j�aille � la cour. J�irai, parce que, apr�s tout, je crains le scandale, comme tout honn�te citoyen doit le craindre. D�ailleurs, je ne suis pas de ceux qui se refusent � reconna�tre la supr�matie d�un citoyen dans une r�publique; mais, quant � faire des avances de courtisan, quant � faire frotter mon habit neuf contre les paillettes de ces messieurs de l��il-de-B�uf, non, non! je n�en ferai rien, et, si vous m�y prenez, raillez-moi tout � l�aise.

� Ainsi, vous ne vous habillerez pas? dit Th�r�se ironiquement.

� Non.

� Vous ne mettrez pas votre perruque neuve?

� Non.

� Vous ne clignerez pas vos petits veux?

� Je vous dis que j�irai l� comme un homme libre, sans affectation et sans peur; j�irai � la cour comme j�irais au th��tre; et, que les com�diens me trouvent bien ou mal, je m�en moque.

� Oh! vous ferez bien au moins votre barbe, dit Th�r�se; elle est longue d�un demi-pied.

� Je vous dis que je ne changerai rien � ma tenue.

Th�r�se se mit � rire si bruyamment, que Rousseau en fut �tourdi et passa dans l�autre chambre.

La m�nag�re n��tait pas au bout de ses pers�cutions; elle en avait de toutes couleurs et de toute �toffe.

Elle tira de l�armoire les habits de c�r�monie, le linge frais et les souliers cir�s � l��uf, avec un soin minutieux. Elle vint �taler toutes ces belles choses sur le lit et sur les chaises de Rousseau.

Mais celui-ci ne parut pas y pr�ter la moindre attention.

Th�r�se lui dit alors:

� Voyons, il est temps que vous vous habilliez� C�est long, une toilette de cour� Vous n�aurez plus le loisir d�aller � Versailles pour l�heure indiqu�e.

� Je vous ai dit, Th�r�se, r�pliqua Rousseau, que je me trouvais bien ainsi. C�est le costume avec lequel je me pr�sente journellement devant mes concitoyens. Un roi n�est pas autre chose qu�un citoyen comme moi.

� Allons, allons, dit Th�r�se pour le tenter et l�amener par insinuation � sa volont�, ne vous butez pas, Jacques, et ne faites pas une sottise� Vos habits sont l�� votre rasoir est tout pr�t; j�ai fait avertir le barbier, si vous avez vos nerfs aujourd�hui�

� Merci, ma bonne, r�pondit Rousseau, je me donnerai seulement un coup de brosse, et je prendrai mes souliers parce que l�on ne sort pas en pantoufles.

� Aurait-il de la volont� par hasard? se demanda Th�r�se.

Et elle l�excita tant�t par la coquetterie, tant�t par la persuasion, tant�t par la violence de ses railleries. Mais Rousseau la connaissait; il voyait le pi�ge; il sentait qu�aussit�t apr�s avoir c�d�, il serait impitoyablement honni et bern� par sa gouvernante. Il ne voulut donc pas c�der et s�abstint de regarder les beaux habits qui relevaient ce qu�il appelait sa bonne mine naturelle.

Th�r�se le guettait. Elle n�avait plus qu�une ressource: c��tait le coup d��il que Rousseau ne n�gligeait jamais de donner au miroir en sortant, car le philosophe �tait propre � l�exc�s, si l�on peut trouver de l�exc�s dans la propret�.

Mais Rousseau continua de se tenir en garde, et, comme il avait surpris le regard anxieux de Th�r�se, il tourna le dos au miroir. L�heure arriva; le philosophe s��tait farci la t�te de tout ce qu�il pourrait dire de d�sagr�ablement sentencieux au roi.

Il en r�cita quelques bribes tout en attachant les boucles de ses souliers, jeta son chapeau sous son bras, prit sa canne, et, profitant d�un moment o� Th�r�se ne pouvait le voir, il d�tira son habit et sa veste avec les deux mains pour en effacer les plis.

Th�r�se rentra et lui offrit un mouchoir qu�il enfouit dans sa vaste poche, et le reconduisit jusqu�au palier en lui disant:

� Voyons, Jacques, soyez raisonnable; vous �tes affreux ainsi, vous avez l�air d�un faux-monnayeur.

� Adieu, dit Rousseau.

� Vous avez l�air d�un coquin, monsieur, dit Th�r�se, prenez bien garde!

� Prenez garde au feu, r�pliqua Rousseau; ne touchez pas � mes papiers.

� Vous avez l�air d�un mouchard, je vous assure, dit Th�r�se au d�sespoir.

Rousseau ne r�pliqua rien; il descendait les degr�s en chantonnant, et, en profitant de l�obscurit�, il brossait son chapeau avec sa manche, secouait son jabot de toile avec sa main gauche, et s�improvisait une rapide mais intelligente toilette.

En bas, il affronta la boue de la rue Pl�tri�re, mais sur la pointe de ses souliers, et gagna les Champs-�lys�es, o� stationnaient ces honn�tes voitures que, par purisme, nous nommerons des pataches, et qui voituraient ou plut�t assommaient encore il y a douze ans, de Paris � Versailles, les voyageurs r�duits � l��conomie.

Chapitre 110. Les coulisses de Trianon

Les circonstances du voyage sont indiff�rentes. N�cessairement Rousseau dut faire la route avec un Suisse, un commis aux aides, un bourgeois et un abb�.

Il arriva vers cinq heures et demie du soir. D�j� la cour �tait rassembl�e � Trianon; l�on pr�ludait en attendant le roi, car, pour l�auteur, il n�en �tait pas question le moins du monde.

Certaines personnes savaient bien que M. Rousseau, de Gen�ve, viendrait diriger la r�p�tition; mais il n��tait pas plus int�ressant de voir M. Rousseau que M. Rameau, ou M. Marmontel, ou toute autre de ces b�tes curieuses dont les gens de cour se payaient la vue dans leur salon ou dans leur petite maison.

Rousseau fut re�u par l�officier de service, � qui M. de Coigny avait enjoint de le faire avertir sit�t que le Genevois arriverait.

Le gentilhomme accourut avec sa courtoisie ordinaire et accueillit Rousseau par le plus aimable empressement. Mais � peine eut-il jet� les yeux sur le personnage, qu�il s��tonna et ne put s�emp�cher de recommencer l�examen.

Rousseau �tait poudreux, frip�, p�le, et sur sa p�leur tranchait une barbe de solitaire, telle que jamais ma�tre des c�r�monies n�avait vu sa pareille se refl�ter dans les glaces de Versailles.

Rousseau devint fort g�n� sous le regard de M. de Coigny, et plus g�n� encore lorsque, s�approchant de la salle de spectacle, il vit la profusion de beaux habits, de dentelles boursoufl�es, de diamants et de cordons bleus qui faisaient, sur les dorures de la salle, l�effet d�un bouquet de fleurs dans une immense corbeille.

Rousseau se trouva mal � l�aise aussi quand il eut respir� cette atmosph�re ambr�e, fine et enivrante pour ses sens pl�b�iens.

Cependant, il fallait marcher et payer d�audace. Bon nombre de regards se fixaient sur lui, qui faisait tache dans cette assembl�e.

M. de Coigny, toujours le pr�c�dant, le conduisit � l�orchestre, o� les musiciens l�attendaient.

L�, il se trouva un peu soulag�, et, pendant qu�on ex�cutait sa musique, il pensa s�rieusement qu�il �tait au plus fort du danger, que c�en �tait fait, et que tous les raisonnements du monde n�y pouvaient rien.

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