Joseph Balsamo. Tome III
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #3
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome III». Краткое содержание книги:
� Eh bien! je lui ob�is; que veut-il de plus?
� Ah! vous ob�issez parce que vous avez peur. Il ne faut pas dire que vous allez � contre-c�ur quelque part et que vous �tes un homme courageux, sinon je r�pondrai, moi, que vous �tes un hypocrite et que cela vous pla�t beaucoup.
� Je n�ai peur de rien, dit superbement Rousseau.
� Bon! allez donc un peu dire au roi le quart de ce que vous me racontiez tout � l�heure.
� Je le ferai assur�ment, si mon sentiment le commande.
� Vous?
� Oui, moi; ai-je jamais recul�?
� Bah! vous n�osez pas prendre au chat un os qu�il ronge, de peur qu�il ne vous griffe� Que sera-ce quand vous serez entour� de gardes et de gens d��p�e?� Voyez-vous, je vous connais comme si j��tais votre m�re� Vous allez tout � l�heure vous raser de frais, vous pommader, vous adoniser; vous ferez belle jambe, vous prendrez votre petit clignement d�yeux int�ressant, parce que vous avez les yeux tout petits et tout ronds, et qu�en les ouvrant naturellement on les verrait, tandis qu�en clignant vous faites croire qu�ils sont grands comme des portes coch�res; vous me demanderez vos bas de soie, vous mettrez l�habit chocolat � boutons d�acier, la perruque neuve, et un fiacre, et mon philosophe ira se faire adorer des belles dames� et demain, ah! demain, ce sera une extase, une langueur, vous serez revenu amoureux, vous �crirez de petites lignes en soupirant, et vous arroserez votre caf� de vos larmes. Oh! comme je vous connais!�
� Vous vous trompez, ma bonne, dit Rousseau. Je vous dis qu�on me violente pour que j�aille � la cour. J�irai, parce que, apr�s tout, je crains le scandale, comme tout honn�te citoyen doit le craindre. D�ailleurs, je ne suis pas de ceux qui se refusent � reconna�tre la supr�matie d�un citoyen dans une r�publique; mais, quant � faire des avances de courtisan, quant � faire frotter mon habit neuf contre les paillettes de ces messieurs de l��il-de-B�uf, non, non! je n�en ferai rien, et, si vous m�y prenez, raillez-moi tout � l�aise.
� Ainsi, vous ne vous habillerez pas? dit Th�r�se ironiquement.
� Non.
� Vous ne mettrez pas votre perruque neuve?
� Non.
� Vous ne clignerez pas vos petits veux?
� Je vous dis que j�irai l� comme un homme libre, sans affectation et sans peur; j�irai � la cour comme j�irais au th��tre; et, que les com�diens me trouvent bien ou mal, je m�en moque.
� Oh! vous ferez bien au moins votre barbe, dit Th�r�se; elle est longue d�un demi-pied.
� Je vous dis que je ne changerai rien � ma tenue.
Th�r�se se mit � rire si bruyamment, que Rousseau en fut �tourdi et passa dans l�autre chambre.
La m�nag�re n��tait pas au bout de ses pers�cutions; elle en avait de toutes couleurs et de toute �toffe.
Elle tira de l�armoire les habits de c�r�monie, le linge frais et les souliers cir�s � l��uf, avec un soin minutieux. Elle vint �taler toutes ces belles choses sur le lit et sur les chaises de Rousseau.
Mais celui-ci ne parut pas y pr�ter la moindre attention.
Th�r�se lui dit alors:
� Voyons, il est temps que vous vous habilliez� C�est long, une toilette de cour� Vous n�aurez plus le loisir d�aller � Versailles pour l�heure indiqu�e.
� Je vous ai dit, Th�r�se, r�pliqua Rousseau, que je me trouvais bien ainsi. C�est le costume avec lequel je me pr�sente journellement devant mes concitoyens. Un roi n�est pas autre chose qu�un citoyen comme moi.
� Allons, allons, dit Th�r�se pour le tenter et l�amener par insinuation � sa volont�, ne vous butez pas, Jacques, et ne faites pas une sottise� Vos habits sont l�� votre rasoir est tout pr�t; j�ai fait avertir le barbier, si vous avez vos nerfs aujourd�hui�
� Merci, ma bonne, r�pondit Rousseau, je me donnerai seulement un coup de brosse, et je prendrai mes souliers parce que l�on ne sort pas en pantoufles.
� Aurait-il de la volont� par hasard? se demanda Th�r�se.
Et elle l�excita tant�t par la coquetterie, tant�t par la persuasion, tant�t par la violence de ses railleries. Mais Rousseau la connaissait; il voyait le pi�ge; il sentait qu�aussit�t apr�s avoir c�d�, il serait impitoyablement honni et bern� par sa gouvernante. Il ne voulut donc pas c�der et s�abstint de regarder les beaux habits qui relevaient ce qu�il appelait sa bonne mine naturelle.
Th�r�se le guettait. Elle n�avait plus qu�une ressource: c��tait le coup d��il que Rousseau ne n�gligeait jamais de donner au miroir en sortant, car le philosophe �tait propre � l�exc�s, si l�on peut trouver de l�exc�s dans la propret�.
Mais Rousseau continua de se tenir en garde, et, comme il avait surpris le regard anxieux de Th�r�se, il tourna le dos au miroir. L�heure arriva; le philosophe s��tait farci la t�te de tout ce qu�il pourrait dire de d�sagr�ablement sentencieux au roi.
Il en r�cita quelques bribes tout en attachant les boucles de ses souliers, jeta son chapeau sous son bras, prit sa canne, et, profitant d�un moment o� Th�r�se ne pouvait le voir, il d�tira son habit et sa veste avec les deux mains pour en effacer les plis.
Th�r�se rentra et lui offrit un mouchoir qu�il enfouit dans sa vaste poche, et le reconduisit jusqu�au palier en lui disant:
� Voyons, Jacques, soyez raisonnable; vous �tes affreux ainsi, vous avez l�air d�un faux-monnayeur.
� Adieu, dit Rousseau.
� Vous avez l�air d�un coquin, monsieur, dit Th�r�se, prenez bien garde!
� Prenez garde au feu, r�pliqua Rousseau; ne touchez pas � mes papiers.
� Vous avez l�air d�un mouchard, je vous assure, dit Th�r�se au d�sespoir.
Rousseau ne r�pliqua rien; il descendait les degr�s en chantonnant, et, en profitant de l�obscurit�, il brossait son chapeau avec sa manche, secouait son jabot de toile avec sa main gauche, et s�improvisait une rapide mais intelligente toilette.
En bas, il affronta la boue de la rue Pl�tri�re, mais sur la pointe de ses souliers, et gagna les Champs-�lys�es, o� stationnaient ces honn�tes voitures que, par purisme, nous nommerons des pataches, et qui voituraient ou plut�t assommaient encore il y a douze ans, de Paris � Versailles, les voyageurs r�duits � l��conomie.
Chapitre 110. Les coulisses de Trianon
Les circonstances du voyage sont indiff�rentes. N�cessairement Rousseau dut faire la route avec un Suisse, un commis aux aides, un bourgeois et un abb�.
Il arriva vers cinq heures et demie du soir. D�j� la cour �tait rassembl�e � Trianon; l�on pr�ludait en attendant le roi, car, pour l�auteur, il n�en �tait pas question le moins du monde.
Certaines personnes savaient bien que M. Rousseau, de Gen�ve, viendrait diriger la r�p�tition; mais il n��tait pas plus int�ressant de voir M. Rousseau que M. Rameau, ou M. Marmontel, ou toute autre de ces b�tes curieuses dont les gens de cour se payaient la vue dans leur salon ou dans leur petite maison.
Rousseau fut re�u par l�officier de service, � qui M. de Coigny avait enjoint de le faire avertir sit�t que le Genevois arriverait.
Le gentilhomme accourut avec sa courtoisie ordinaire et accueillit Rousseau par le plus aimable empressement. Mais � peine eut-il jet� les yeux sur le personnage, qu�il s��tonna et ne put s�emp�cher de recommencer l�examen.
Rousseau �tait poudreux, frip�, p�le, et sur sa p�leur tranchait une barbe de solitaire, telle que jamais ma�tre des c�r�monies n�avait vu sa pareille se refl�ter dans les glaces de Versailles.
Rousseau devint fort g�n� sous le regard de M. de Coigny, et plus g�n� encore lorsque, s�approchant de la salle de spectacle, il vit la profusion de beaux habits, de dentelles boursoufl�es, de diamants et de cordons bleus qui faisaient, sur les dorures de la salle, l�effet d�un bouquet de fleurs dans une immense corbeille.
Rousseau se trouva mal � l�aise aussi quand il eut respir� cette atmosph�re ambr�e, fine et enivrante pour ses sens pl�b�iens.
Cependant, il fallait marcher et payer d�audace. Bon nombre de regards se fixaient sur lui, qui faisait tache dans cette assembl�e.
M. de Coigny, toujours le pr�c�dant, le conduisit � l�orchestre, o� les musiciens l�attendaient.
L�, il se trouva un peu soulag�, et, pendant qu�on ex�cutait sa musique, il pensa s�rieusement qu�il �tait au plus fort du danger, que c�en �tait fait, et que tous les raisonnements du monde n�y pouvaient rien.