Joseph Balsamo. Tome III
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #3
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome III». Краткое содержание книги:
Elle continua sur ce ton � le rendre le plus malheureux des hommes, comme si pour cela Rousseau n�e�t pas �t� tr�s richement dot� par la nature.
Il but son lait sans tremper de pain.
Il ruminait.
� Bon! vous r�fl�chissez, dit-elle; vous allez encore faire quelque livre plein de vilaines choses�
Rousseau fr�mit.
� Vous r�vez, lui dit Th�r�se, � vos femmes id�ales, et vous �crirez des livres que les jeunes filles n�oseront pas lire � ou bien des profanations qui seront br�l�es par la main du bourreau.
Le martyr frissonna. Th�r�se touchait juste.
� Non, r�pliqua-t-il, je n��crirai plus rien qui donne � mal penser� Je veux, au contraire, faire un livre que tous les honn�tes gens liront avec des transports de joie�
� Oh! oh! dit Th�r�se en desservant la tasse, c�est impossible; vous n�avez l�esprit plein que d�obsc�nit�s� L�autre jour encore, je vous entendais lire un passage de je ne sais quoi et vous parliez des femmes que vous adorez� Vous �tes un satyre! un mage!
Le mot mage �tait une des plus affreuses injures du vocabulaire de Th�r�se. Ce mot faisait toujours frissonner Rousseau.
� L�, l�, dit-il, ma bonne amie; vous verrez que vous serez contente� Je veux �crire que j�ai trouv� un moyen de r�g�n�rer le monde sans amener, dans les changements qui s�y effectueront, la souffrance d�un seul individu. Oui, oui, je vais m�rir ce projet. Pas de r�volutions! grand Dieu! ma bonne Th�r�se, pas de r�volutions!
� Allons, nous verrons, dit la m�nag�re. Tiens! on sonne.
Th�r�se revint un moment apr�s avec un beau jeune homme, qu�elle pria d�attendre dans la premi�re chambre.
Puis, rentrant chez Rousseau, qui d�j� prenait des notes avec un crayon:
� D�p�chez-vous de serrer toutes ces infamies, dit-elle. Voil� quelqu�un qui veut vous voir.
� Qui est-ce?
� Un seigneur de la cour.
� Il ne vous a pas dit son nom?
� Ah! par exemple! est-ce que je re�ois des inconnus?
� Dites-le alors.
� M. de Coigny.
� M. de Coigny! s��cria Rousseau; M. de Coigny, gentilhomme de Monseigneur le dauphin?
� Ce doit �tre cela; un charmant gar�on, un homme bien aimable.
� J�y vais, Th�r�se.
Rousseau se h�ta de donner un coup d��il au miroir, �pousseta son habit, essuya ses pantoufles, qui n��taient autres que de vieux souliers rong�s par l�usage, et il entra dans la salle � manger, o� l�attendait le gentilhomme.
Celui-ci ne s��tait pas assis. Il regardait avec une sorte de curiosit� les v�g�taux secs coll�s par Rousseau sur du papier, et encadr�s dans des bordures de bois noir.
Au bruit de la porte vitr�e, il se retourna, et, avec un salut plein de courtoisie:
� J�ai l�honneur de parler � M. Rousseau? dit-il.
� Oui, monsieur, r�pondit le philosophe avec un ton bourru qui n�excluait pas une sorte d�admiration pour la beaut� remarquable et l��l�gance sans affectation de son interlocuteur.
M. de Coigny �tait, en effet, un des plus aimables et des plus beaux hommes de France. C�est pour lui, sans aucun doute, que le costume de cette �poque avait �t� imagin�. C��tait pour faire briller la finesse et le tour de sa jambe parfaite, pour montrer dans toute leur ampleur gracieuse ses larges �paules et sa poitrine profonde, pour donner l�air majestueux � sa t�te si bien pos�e, la blancheur de l�ivoire � ses mains irr�prochables.
Cet examen satisfit Rousseau, qui admirait le beau en v�ritable artiste partout o� il le rencontrait.
� Monsieur, dit-il, qu�y a-t-il pour votre service?
� On a d� vous dire, monsieur, repartit le gentilhomme, que je suis le comte de Coigny. J�y ajouterai que je viens � vous de la part de madame la dauphine.
Rousseau salua, tout rouge; Th�r�se, dans un angle de la salle � manger, les mains dans ses poches, contemplait avec des yeux complaisants le beau messager de la plus grande princesse de France.
� Son Altesse royale me r�clame� pourquoi? dit Rousseau. Mais prenez donc un si�ge, monsieur, s�il vous pla�t.
Et Rousseau s�assit lui-m�me. M. de Coigny prit une chaise de paille et l�imita.
� Monsieur, voici le fait: Sa Majest�, l�autre jour, en d�nant � Trianon, a manifest� quelque sympathie pour votre musique, qui est charmante. Sa Majest� chantait vos meilleurs airs. Madame la dauphine, qui cherche en toute chose � plaire � Sa Majest�, a pens� que ce serait pour le roi un plaisir de voir repr�senter un de vos op�ras-comiques � Trianon, sur le th��tre�
Rousseau salua profond�ment.
� Je viens donc, monsieur, vous demander, de la part de madame la dauphine�
� Oh! monsieur, interrompit Rousseau, ma permission n�a rien � faire l�. Mes pi�ces et les ariettes qui en font partie appartiennent au th��tre qui les a repr�sent�es. C�est aux com�diens qu�il faut les demander, et, l�, Son Altesse royale ne rencontrera pas plus d�obstacles que chez moi. Les com�diens seront tr�s heureux de jouer et de chanter devant Sa Majest� et toute la cour.
� Ce n�est pas pr�cis�ment cela que je suis charg� de vous demander, monsieur, dit M. de Coigny. Son Altesse royale madame la dauphine veut donner au roi un divertissement plus complet et plus rare. Elle sait tous vos op�ras, monsieur.
Autre salut de la part de Rousseau.
� Et les chante fort bien.
Rousseau se pin�a les l�vres.
� C�est beaucoup d�honneur, balbutia-t-il.
� Or, poursuivit M. de Coigny, comme plusieurs dames de la cour sont excellentes musiciennes et chantent � ravir, comme plusieurs gentilshommes s�occupent aussi de musique avec certain succ�s, l�op�ra que madame la dauphine choisirait parmi les v�tres serait ex�cut�, jou�, par cette soci�t� de gentilshommes et de dames, dont les principaux acteurs seraient Leurs Altesses royales.
Rousseau fit un bond sur sa chaise.
� Je vous assure, monsieur, dit-il, que c�est pour moi un insigne honneur, et je vous prie d�en faire agr�er � madame la dauphine mes tr�s humbles remerciements.
� Oh! ce n�est pas tout, monsieur, dit M. de Coigny avec un sourire.
� Ah!
� La troupe ainsi compos�e est plus illustre que l�autre, c�est vrai, mais moins exp�riment�e. Le coup d��il, les conseils du ma�tre sont indispensables: il faut que l�ex�cution soit digne de l�auguste spectateur qui occupera la loge royale, digne aussi de l�illustre auteur.
Rousseau se leva pour saluer; cette fois, le compliment l�avait touch�; il salua gracieusement M. de Coigny.
� Pour cela, monsieur, dit le gentilhomme, Son Altesse royale vous prie de vouloir bien venir � Trianon faire la r�p�tition g�n�rale de l�ouvrage.
� Oh!� dit Rousseau, Son Altesse royale n�y pense pas� � Trianon, moi?
� Eh bien?� dit M. de Coigny de l�air le plus naturel du monde.
� Oh! monsieur, vous �tes homme de go�t, homme d�esprit; vous avez le tact plus fin que beaucoup d�autres; or, r�pondez, la main sur la conscience: Rousseau le philosophe, Rousseau le proscrit, Rousseau le misanthrope, � la cour, n�est-ce pas pour faire p�mer de rire toute la cabale?
� Je ne vois pas, monsieur, r�pliqua froidement M. de Coigny, en quoi les ris�es et les propos de la sotte esp�ce qui vous pers�cute troubleraient le sommeil d�un galant homme et d�un �crivain qui peut passer pour le premier du royaume. Si vous avez cette faiblesse, monsieur Rousseau, cachez-la bien; elle seule pr�terait � rire � bien des gens. Quant � ce qu�on dira, vous m�avouerez qu�il faut qu�on y prenne garde, d�s qu�il s�agit du plaisir et du d�sir d�une personne telle que Son Altesse royale madame la dauphine, h�riti�re pr�somptive de ce royaume de France.
� Certainement, dit Rousseau, certainement.
� Serait-ce, dit M. de Coigny en souriant, un reste de fausse honte?� Parce que vous avez �t� s�v�re pour les rois, craindriez-vous de vous humaniser? Ah! monsieur Rousseau, vous avez donn� des le�ons au genre humain; mais vous ne le ha�ssez pas, j�esp�re?� Et, d�ailleurs, vous en excepterez les dames qui sont du sang imp�rial.
� Monsieur, vous me pressez avec beaucoup de gr�ce; mais r�fl�chissez � ma position� je vis retir�, seul�, malheureux.
Th�r�se fit une grimace.
� Tiens, malheureux�, dit-elle; il est difficile.
� Il en restera toujours, quoique je fasse, sur mon visage et dans mes mani�res, une trace d�sagr�able pour les yeux du roi et des princesses, qui ne cherchent que la joie et le contentement. Que dirais-je l�?� que ferais je?�