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Joseph Balsamo. Tome III - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Joseph Balsamo. Tome III

Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome III». Краткое содержание книги:

Les «Mémoires d’un médecin» est une suite romanesque qui a pour cadre la Révolution Française et qui comprend «Joseph Balsamo», «le Collier de la reine», «Ange Pitou» et la «Comtesse de Charny». Cette grande fresque, très intéressante sur le plan historique, captivante par son récit, a une grande force inventive et une portée symbolique certaine.
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Elle continua sur ce ton � le rendre le plus malheureux des hommes, comme si pour cela Rousseau n�e�t pas �t� tr�s richement dot� par la nature.

Il but son lait sans tremper de pain.

Il ruminait.

� Bon! vous r�fl�chissez, dit-elle; vous allez encore faire quelque livre plein de vilaines choses�

Rousseau fr�mit.

� Vous r�vez, lui dit Th�r�se, � vos femmes id�ales, et vous �crirez des livres que les jeunes filles n�oseront pas lire � ou bien des profanations qui seront br�l�es par la main du bourreau.

Le martyr frissonna. Th�r�se touchait juste.

� Non, r�pliqua-t-il, je n��crirai plus rien qui donne � mal penser� Je veux, au contraire, faire un livre que tous les honn�tes gens liront avec des transports de joie�

� Oh! oh! dit Th�r�se en desservant la tasse, c�est impossible; vous n�avez l�esprit plein que d�obsc�nit�s� L�autre jour encore, je vous entendais lire un passage de je ne sais quoi et vous parliez des femmes que vous adorez� Vous �tes un satyre! un mage!

Le mot mage �tait une des plus affreuses injures du vocabulaire de Th�r�se. Ce mot faisait toujours frissonner Rousseau.

� L�, l�, dit-il, ma bonne amie; vous verrez que vous serez contente� Je veux �crire que j�ai trouv� un moyen de r�g�n�rer le monde sans amener, dans les changements qui s�y effectueront, la souffrance d�un seul individu. Oui, oui, je vais m�rir ce projet. Pas de r�volutions! grand Dieu! ma bonne Th�r�se, pas de r�volutions!

� Allons, nous verrons, dit la m�nag�re. Tiens! on sonne.

Th�r�se revint un moment apr�s avec un beau jeune homme, qu�elle pria d�attendre dans la premi�re chambre.

Puis, rentrant chez Rousseau, qui d�j� prenait des notes avec un crayon:

� D�p�chez-vous de serrer toutes ces infamies, dit-elle. Voil� quelqu�un qui veut vous voir.

� Qui est-ce?

� Un seigneur de la cour.

� Il ne vous a pas dit son nom?

� Ah! par exemple! est-ce que je re�ois des inconnus?

� Dites-le alors.

� M. de Coigny.

� M. de Coigny! s��cria Rousseau; M. de Coigny, gentilhomme de Monseigneur le dauphin?

� Ce doit �tre cela; un charmant gar�on, un homme bien aimable.

� J�y vais, Th�r�se.

Rousseau se h�ta de donner un coup d��il au miroir, �pousseta son habit, essuya ses pantoufles, qui n��taient autres que de vieux souliers rong�s par l�usage, et il entra dans la salle � manger, o� l�attendait le gentilhomme.

Celui-ci ne s��tait pas assis. Il regardait avec une sorte de curiosit� les v�g�taux secs coll�s par Rousseau sur du papier, et encadr�s dans des bordures de bois noir.

Au bruit de la porte vitr�e, il se retourna, et, avec un salut plein de courtoisie:

� J�ai l�honneur de parler � M. Rousseau? dit-il.

� Oui, monsieur, r�pondit le philosophe avec un ton bourru qui n�excluait pas une sorte d�admiration pour la beaut� remarquable et l��l�gance sans affectation de son interlocuteur.

M. de Coigny �tait, en effet, un des plus aimables et des plus beaux hommes de France. C�est pour lui, sans aucun doute, que le costume de cette �poque avait �t� imagin�. C��tait pour faire briller la finesse et le tour de sa jambe parfaite, pour montrer dans toute leur ampleur gracieuse ses larges �paules et sa poitrine profonde, pour donner l�air majestueux � sa t�te si bien pos�e, la blancheur de l�ivoire � ses mains irr�prochables.

Cet examen satisfit Rousseau, qui admirait le beau en v�ritable artiste partout o� il le rencontrait.

� Monsieur, dit-il, qu�y a-t-il pour votre service?

� On a d� vous dire, monsieur, repartit le gentilhomme, que je suis le comte de Coigny. J�y ajouterai que je viens � vous de la part de madame la dauphine.

Rousseau salua, tout rouge; Th�r�se, dans un angle de la salle � manger, les mains dans ses poches, contemplait avec des yeux complaisants le beau messager de la plus grande princesse de France.

� Son Altesse royale me r�clame� pourquoi? dit Rousseau. Mais prenez donc un si�ge, monsieur, s�il vous pla�t.

Et Rousseau s�assit lui-m�me. M. de Coigny prit une chaise de paille et l�imita.

� Monsieur, voici le fait: Sa Majest�, l�autre jour, en d�nant � Trianon, a manifest� quelque sympathie pour votre musique, qui est charmante. Sa Majest� chantait vos meilleurs airs. Madame la dauphine, qui cherche en toute chose � plaire � Sa Majest�, a pens� que ce serait pour le roi un plaisir de voir repr�senter un de vos op�ras-comiques � Trianon, sur le th��tre�

Rousseau salua profond�ment.

� Je viens donc, monsieur, vous demander, de la part de madame la dauphine�

� Oh! monsieur, interrompit Rousseau, ma permission n�a rien � faire l�. Mes pi�ces et les ariettes qui en font partie appartiennent au th��tre qui les a repr�sent�es. C�est aux com�diens qu�il faut les demander, et, l�, Son Altesse royale ne rencontrera pas plus d�obstacles que chez moi. Les com�diens seront tr�s heureux de jouer et de chanter devant Sa Majest� et toute la cour.

� Ce n�est pas pr�cis�ment cela que je suis charg� de vous demander, monsieur, dit M. de Coigny. Son Altesse royale madame la dauphine veut donner au roi un divertissement plus complet et plus rare. Elle sait tous vos op�ras, monsieur.

Autre salut de la part de Rousseau.

� Et les chante fort bien.

Rousseau se pin�a les l�vres.

� C�est beaucoup d�honneur, balbutia-t-il.

� Or, poursuivit M. de Coigny, comme plusieurs dames de la cour sont excellentes musiciennes et chantent � ravir, comme plusieurs gentilshommes s�occupent aussi de musique avec certain succ�s, l�op�ra que madame la dauphine choisirait parmi les v�tres serait ex�cut�, jou�, par cette soci�t� de gentilshommes et de dames, dont les principaux acteurs seraient Leurs Altesses royales.

Rousseau fit un bond sur sa chaise.

� Je vous assure, monsieur, dit-il, que c�est pour moi un insigne honneur, et je vous prie d�en faire agr�er � madame la dauphine mes tr�s humbles remerciements.

� Oh! ce n�est pas tout, monsieur, dit M. de Coigny avec un sourire.

� Ah!

� La troupe ainsi compos�e est plus illustre que l�autre, c�est vrai, mais moins exp�riment�e. Le coup d��il, les conseils du ma�tre sont indispensables: il faut que l�ex�cution soit digne de l�auguste spectateur qui occupera la loge royale, digne aussi de l�illustre auteur.

Rousseau se leva pour saluer; cette fois, le compliment l�avait touch�; il salua gracieusement M. de Coigny.

� Pour cela, monsieur, dit le gentilhomme, Son Altesse royale vous prie de vouloir bien venir � Trianon faire la r�p�tition g�n�rale de l�ouvrage.

� Oh!� dit Rousseau, Son Altesse royale n�y pense pas� � Trianon, moi?

� Eh bien?� dit M. de Coigny de l�air le plus naturel du monde.

� Oh! monsieur, vous �tes homme de go�t, homme d�esprit; vous avez le tact plus fin que beaucoup d�autres; or, r�pondez, la main sur la conscience: Rousseau le philosophe, Rousseau le proscrit, Rousseau le misanthrope, � la cour, n�est-ce pas pour faire p�mer de rire toute la cabale?

� Je ne vois pas, monsieur, r�pliqua froidement M. de Coigny, en quoi les ris�es et les propos de la sotte esp�ce qui vous pers�cute troubleraient le sommeil d�un galant homme et d�un �crivain qui peut passer pour le premier du royaume. Si vous avez cette faiblesse, monsieur Rousseau, cachez-la bien; elle seule pr�terait � rire � bien des gens. Quant � ce qu�on dira, vous m�avouerez qu�il faut qu�on y prenne garde, d�s qu�il s�agit du plaisir et du d�sir d�une personne telle que Son Altesse royale madame la dauphine, h�riti�re pr�somptive de ce royaume de France.

� Certainement, dit Rousseau, certainement.

� Serait-ce, dit M. de Coigny en souriant, un reste de fausse honte?� Parce que vous avez �t� s�v�re pour les rois, craindriez-vous de vous humaniser? Ah! monsieur Rousseau, vous avez donn� des le�ons au genre humain; mais vous ne le ha�ssez pas, j�esp�re?� Et, d�ailleurs, vous en excepterez les dames qui sont du sang imp�rial.

� Monsieur, vous me pressez avec beaucoup de gr�ce; mais r�fl�chissez � ma position� je vis retir�, seul�, malheureux.

Th�r�se fit une grimace.

� Tiens, malheureux�, dit-elle; il est difficile.

� Il en restera toujours, quoique je fasse, sur mon visage et dans mes mani�res, une trace d�sagr�able pour les yeux du roi et des princesses, qui ne cherchent que la joie et le contentement. Que dirais-je l�?� que ferais je?�

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