Joseph Balsamo. Tome III
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #3
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome III». Краткое содержание книги:
� Son amant.
Marat poussa un cri d��tonnement.
� Silence! dit Balsamo; laissez la conscience parler.
Puis, continuant de s�adresser � la femme toute tremblante et tout inond�e de sueur:
� Et qui a conseill� ce vol � dame Grivette? demanda-t-il.
� Personne. Elle a soulev� le chandelier par hasard; elle a vu la montre, alors le d�mon l�a tent�e.
� �tait-ce par besoin?
� Non, car la montre, elle ne l�a pas vendue.
� Elle l�a donc donn�e?
� Oui.
� � Simon?
La somnambule fit un effort.
� � Simon.
Puis elle couvrit son visage de ses deux mains et versa un torrent de larmes.
Balsamo jeta un regard sur Marat, qui, la bouche b�ante, les cheveux en d�sordre, les paupi�res dilat�es, contemplait cet effrayant spectacle.
� Eh bien, monsieur, dit-il, vous voyez enfin la lutte de l��me avec le corps. Voyez-vous la conscience forc�e comme dans une redoute qu�elle croyait inexpugnable? Voyez-vous enfin que Dieu n�a rien oubli� dans ce monde et que tout est dans tout? Ne niez donc plus la conscience; ne niez donc plus l��me; ne niez donc plus l�inconnu, jeune homme! surtout ne niez pas la foi, qui est le pouvoir supr�me; et, puisque vous avez de l�ambition, �tudiez, monsieur Marat; parlez peu, pensez beaucoup, et ne vous laissez plus aller � juger l�g�rement vos sup�rieurs. Adieu, vous avez un champ bien vaste ouvert par mes paroles; fouillez ce champ qui renferme des tr�sors. Adieu. Heureux, bien heureux si vous pouvez vaincre le d�mon de l�incr�dulit� qui est en vous, comme j�ai vaincu celui des mensonges qui est dans cette femme.
Et il partit sur ces mots, qui firent monter aux joues du jeune homme la rougeur de la honte.
Marat ne songea m�me point � prendre cong� de lui.
Mais, apr�s la premi�re stupeur, il s�aper�ut que dame Grivette dormait toujours.
Ce sommeil lui parut �pouvantable. Marat e�t pr�f�r� avoir un cadavre sur son lit, d�t M. de Sartine interpr�ter cette mort � sa fa�on.
Il regarda cette atonie, ces yeux retourn�s, ces palpitations, et il eut peur.
Sa peur s�accrut encore quand le cadavre vivant se leva, vint lui prendre la main et lui dire:
� Venez avec moi, monsieur Marat.
� O� cela?
� Rue Saint-Jacques.
� Pourquoi?
� Venez, venez; il m�ordonne de vous y conduire.
Marat, qui �tait tomb� sur une chaise, se leva.
Alors dame Grivette, toujours endormie, ouvrit la porte, descendit l�escalier comme e�t fait un oiseau ou une chatte, c�est-�-dire en effleurant � peine les marches.
Marat la suivit, craignant qu�elle ne tomb�t et qu�en tombant elle ne se bris�t la t�te.
Arriv�e au bas de l�escalier, elle franchit le seuil de la porte, traversa la rue, toujours suivie du jeune homme, qu�elle guida ainsi jusque dans la maison au grenier signal�.
Elle heurta � la porte; Marat sentait son c�ur battre si violemment, qu�il lui semblait qu�on d�t l�entendre.
Un homme �tait dans le grenier; il ouvrit: dans cet homme Marat reconnut un ouvrier de vingt-cinq � trente ans, qu�il avait vu parfois dans la loge de sa porti�re.
En apercevant dame Grivette suivie de Marat, il recula.
Mais la somnambule alla droit au lit et, passant sa main sous le maigre traversin, elle en tira la montre, qu�elle remit � Marat, tandis que le cordonnier Simon, p�le d�effroi n�osait articuler un mot et suivait d�un �il �gar� jusqu�aux moindres gestes de cette femme qu�il croyait folle.
� peine eut-elle touch� la main de Marat en lui remettant la montre, qu�elle poussa un profond soupir et murmura:
� Il m��veille, il m��veille.
En effet, tous ses nerfs se d�tendirent comme un c�ble abandonn� par la poulie; ses yeux reprirent l��tincelle vitale, et, se trouvant en face de Marat, la main dans sa main, et tenant encore cette montre, c�est-�-dire la preuve irr�cusable du crime, elle tomba �vanouie sur les planches du grenier.
� La conscience existerait-elle r�ellement? se dit Marat en sortant de la chambre, avec le doute dans le c�ur et la r�verie dans les yeux.
Chapitre 108. L�homme et ses �uvres
Tandis que Marat passait des heures si bien employ�es et philosophait sur la conscience et la double vie, un autre philosophe, rue Pl�tri�re, s�occupait aussi � reconstruire pi�ce par pi�ce sa soir�e de la veille, et � s�interroger pour savoir s�il �tait ou non un grand coupable. Les bras appuy�s mollement sur sa table, sa t�te lourdement pench�e sur l��paule gauche, Rousseau songeait.
Il avait devant lui, tout grands ouverts, ses livres politiques et philosophiques, L��mile et Le Contrat social.
De temps en temps, lorsque la pens�e l�exigeait, il se courbait pour feuilleter ces livres qu�il savait par c�ur.
� Ah! bon Dieu! dit-il en lisant un paragraphe de L��mile sur la libert� de conscience, voil� des phrases incendiaires. Quelle philosophie, juste ciel! A-t-il jamais paru dans le monde un boute-feu pareil � moi?
�Quoi! ajoutait-il en �levant les mains au-dessus de sa t�te, c�est moi qui ai prof�r� de pareils �clats contre le tr�ne, l�autel et la soci�t�
�Je ne m��tonne plus si quelques passions sombres et concentr�es ont fait leur profit de mes sophismes et se sont �gar�es dans les sentiers que je leur semais de fleurs de rh�torique. J�ai �t� le perturbateur de la soci�t酻
Il se leva fort agit�, fit trois tours dans sa petite chambre.
� J�ai, dit-il, m�dit des gens du pouvoir qui exercent la tyrannie contre les �crivains. Fou, barbare que j��tais, ces gens ont cent fois raison.
�Que suis-je, sinon un homme dangereux pour un �tat? Ma parole, lanc�e pour �clairer les masses, voil� du moins ce que je me donnais pour pr�texte, ma parole, dis-je, est une torche qui va incendier tout l�univers.
�J�ai sem� des discours sur l�in�galit� des conditions, des projets de fraternit� universelle, des plans d��ducation, et voil� que je r�colte des orgueils si f�roces, qu�ils intervertissent le sens de la soci�t�, des guerres intestines capables de d�peupler le monde, et des m�urs tellement farouches, qu�elles feraient reculer de dix si�cles la civilisation� Oh! je suis un bien grand coupable!�
Il relut encore une page de son Vicaire savoyard.
� Oui, c�est cela: �R�unissons-nous pour nous occuper de notre bonheur�� Je l�ai �crit! �Donnons � nos vertus la force que d�autres donnent � leurs vices.� Je l�ai �crit encore.
Et Rousseau s�agita plus d�sesp�r� que jamais.
� Voil� donc par ma faute, dit-il, les fr�res mis en pr�sence des fr�res; quelque jour un de ces caveaux sera envahi par la police. On y prendra toute la nich�e de ces gens qui font serment de se manger les uns les autres en cas de trahison, et il s�en trouvera un plus effront� que les autres, qui tirera de sa poche mon livre et qui dira:
�� De quoi vous plaignez-vous? Nous sommes les adeptes de M. Rousseau; nous faisons un cours de philosophie.
�Oh! comme cela fera rire Voltaire! Il n�y a pas � craindre que ce courtisan ne se fourre dans des gu�piers pareils, lui!�
L�id�e que Voltaire se moquerait de lui donna une violente col�re au philosophe genevois.
� Conspirateur, moi! murmura-t-il; je suis en enfance, d�cid�ment; ne suis-je pas, en v�rit�, un beau conspirateur?
Il en �tait l� quand Th�r�se entra sans qu�il la v�t. Elle apportait le d�jeuner.
Elle s�aper�ut qu�il lisait avec attention un morceau des R�veries d�un promeneur solitaire.
� Bon! dit-elle en posant bruyamment le lait chaud sur le livre m�me, voil� mon orgueilleux qui se mire dans sa glace. Monsieur lit ses livres. Il s�admire, M. Rousseau!
� Allons, Th�r�se, dit le philosophe, patience; laisse-moi, je ne ris pas.
� Oh! oui, c�est magnifique, n�est-ce pas? dit-elle en le raillant. Vous vous extasiez! Comment les auteurs ont-ils tant de vanit�, tant de d�fauts, et nous en passent-ils si peu, � nous autres pauvres femmes? Que je m�avise de me regarder dans mon petit miroir, monsieur me gronde et m�appelle coquette.