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Joseph Balsamo. Tome III - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Joseph Balsamo. Tome III

Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome III». Краткое содержание книги:

Les «Mémoires d’un médecin» est une suite romanesque qui a pour cadre la Révolution Française et qui comprend «Joseph Balsamo», «le Collier de la reine», «Ange Pitou» et la «Comtesse de Charny». Cette grande fresque, très intéressante sur le plan historique, captivante par son récit, a une grande force inventive et une portée symbolique certaine.
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� Je ne vous en avais rien dit encore.

� Je le voyais bien.

� Et les voisins? Je suis curieux de savoir ce qu�ils vous ont dit, les voisins.

� Ils ont dit que, si vous me soup�onniez et que si vous aviez le malheur de faire part de vos soup�ons � quelqu�un, il faudrait aller jusqu�au bout.

� Eh bien?

� C�est-�-dire prouver que la montre a �t� prise.

� Elle a �t� prise, puisqu�elle �tait l� et qu�elle n�y est plus.

� Oui, mais par moi, prise par moi, entendez-vous! Ah! mais, c�est que, devant la justice, il faut des preuves; c�est qu�on ne vous croira pas sur parole, monsieur Marat; c�est que vous n��tes pas plus que nous, monsieur Marat.

Balsamo, calme comme toujours, regardait toute cette sc�ne; il voyait que, quoique la conviction de Marat n�e�t point chang�, il baissait le ton.

� Si bien, continuait la porti�re, que, si vous ne rendez pas justice � ma probit�, voyez-vous, que, si vous ne me faites pas r�paration, c�est moi qui irai chercher le commissaire de police, comme notre propri�taire me le conseillait encore tout � l�heure.

Marat se mordit les l�vres. Il savait qu�il y avait l� un danger r�el. Le propri�taire �tait un vieux marchand retir� riche des affaires. Il occupait l�appartement du troisi�me, et la chronique scandaleuse du quartier pr�tendait que, quelque dix ans auparavant, il avait fort prot�g� la porti�re, autrefois fille de cuisine chez sa femme.

Or, Marat, ayant des fr�quentations myst�rieuses; Marat, jeune homme assez peu rang�; Marat, un peu cach�; Marat, un peu suspect aux gens de la police, ne se souciait pas d�une affaire avec le commissaire, affaire qui l�e�t mis entre les mains de M. de Sartine, lequel aimait fort � lire les papiers des jeunes gens comme Marat, et � envoyer les auteurs de ces beaux �crits dans ces maisons de m�ditation qu�on appelle Vincennes, la Bastille, Charenton et Bic�tre.

Marat baissa donc le ton; mais, � mesure qu�il le baissait, la porti�re haussait le sien. D�accus�e, elle s��tait faite accusatrice. Il en r�sulta que cette femme nerveuse et hyst�rique s�emporta comme une flamme qui vient de trouver un courant d�air.

Menaces, jurements, cris, larmes, elle employa tout: ce fut une v�ritable temp�te.

Alors Balsamo jugea qu�il �tait temps d�intervenir; il fit un pas vers cette femme, debout et mena�ante au milieu de la chambre, et, la regardant avec un sinistre �clat, il lui pr�senta deux doigts � la poitrine en pronon�ant, non pas avec les l�vres, mais avec ses yeux, avec sa pens�e, avec sa volont� tout enti�re, un mot que Marat ne put entendre.

Aussit�t, dame Grivette se tut, chancela, et, perdant l��quilibre, elle alla � reculons, les yeux effroyablement dilat�s, �cras�e sous la puissance du fluide magn�tique, tomber sur le lit, sans prononcer une seule parole.

Bient�t, ses yeux se ferm�rent et s�ouvrirent, mais sans que cette fois on v�t la prunelle; sa langue remua convulsivement; le torse ne bougea point, et, cependant, ses mains trembl�rent comme secou�es par la fi�vre.

� Oh! oh! dit Marat, comme le bless� de l�h�pital!

� Oui.

� Elle dort donc?

� Silence! dit Balsamo.

Puis, s�adressant � Marat:

� Monsieur, dit-il, voici le moment o� toutes vos incr�dulit�s vont cesser, toutes vos h�sitations s��vanouir; ramassez cette lettre que vous apportait cette femme et qu�elle a laiss� �chapper lorsqu�elle est tomb�e.

Marat ob�it.

� Eh bien? demanda-t-il.

� Attendez.

Et, prenant la lettre des mains de Marat:

� Savez-vous de qui vient cette lettre? demanda Balsamo la pr�sentant � la somnambule.

� Non, monsieur, r�pliqua-t-elle.

Balsamo approcha la lettre toute ferm�e de cette femme.

� Lisez-la pour M. Marat, qui d�sire savoir ce qu�elle contient.

� Elle ne sait pas, dit Marat.

� Oui; mais vous savez lire, vous?

� Sans doute.

� Eh bien, lisez-la, et elle lira de son c�t�, au fur et a mesure que les mots se graveront dans votre esprit.

Marat se mit � d�cacheter la lettre et � la lire, tandis que dame Grivette, debout et frissonnante sous la volont� toute-puissante de Balsamo, r�p�tait, au fur et � mesure que Marat les lisait lui-m�me, les paroles suivantes:

�Mon cher Hippocrate,

�Apelles vient de faire son premier portrait; il l�a vendu cinquante francs; on mange aujourd�hui ces cinquante francs � la buvette de la rue Saint Jacques. En es-tu?

�Il est bien entendu qu�on en boit une partie.

�Ton ami,

�L. David�

C��tait textuellement ce qui �tait �crit.

Marat laissa tomber le papier.

� Eh bien, dit Balsamo, vous voyez que dame Grivette a aussi une �me, et que cette �me veille lorsqu�elle dort.

� Et une �me �trange, dit Marat, une �me qui sait lire quand le corps ne le sait pas.

� Parce que l��me sait toute chose, parce que l��me peut reproduire par r�flexion. Essayez de lui faire lire cette lettre quand elle sera r�veill�e, c�est-�-dire quand le corps aura envelopp� l��me de son ombre, et vous verrez.

Marat restait sans parole; toute sa philosophie mat�rialiste se r�voltait en lui, mais ne trouvait pas une r�ponse.

� Maintenant, continua Balsamo, nous allons passer � ce qui vous int�resse le plus, c�est-�-dire � ce qu�est devenue votre montre.

� Dame Grivette, dit Balsamo, qui a pris la montre de M. Marat?

La somnambule fit un geste de violente d�n�gation.

� Je ne sais pas, dit-elle.

� Vous le savez parfaitement, insista Balsamo, et vous le direz.

Puis, avec une volont� plus forte encore:

� Qui a pris la montre de M. Marat? Dites.

� Dame Grivette n�a pas vol� la montre de M. Marat. Pourquoi M. Marat croit-il que c�est dame Grivette qui a vol� sa montre?

� Si ce n�est pas elle qui a vol� la montre, dites qui.

� Je l�ignore.

� Vous voyez, dit Marat, la conscience est un refuge imp�n�trable.

� Eh bien, puisque vous n�avez plus que ce dernier doute, monsieur, dit Balsamo, vous allez bient�t �tre convaincu.

Puis, se retournant vers la porti�re:

� Dites qui, je le veux!

� Allons, allons, dit Marat, n�exigez pas l�impossible.

� Vous avez entendu, dit Balsamo; j�ai dit que je voulais.

Alors, sous l�expression de cette imp�rieuse volont�, la malheureuse femme commen�a, comme une folle, � se tordre les mains et les bras; un fr�missement pareil � celui de l��pilepsie commen�a de lui courir par tout le corps; sa bouche prit une expression hideuse de terreur et de faiblesse; elle se renversa en arri�re, se raidit comme dans une convulsion douloureuse, et tomba sur le lit.

� Non, non! dit-elle, j�aime mieux mourir!

� Eh bien, s��cria Balsamo avec une col�re qui fit jaillir la flamme de ses yeux, tu mourras s�il le faut, mais tu parleras. Ton silence et ton obstination seraient pour nous de suffisants indices; mais, pour un incr�dule, il faut la preuve la plus irr�fragable. Parle, je le veux: qui a pris la montre?

L�exasp�ration nerveuse �tait port�e � son comble; tout ce que la somnambule avait de force et de pouvoir r�agissait contre la volont� de Balsamo; des cris inarticul�s sortaient de sa bouche, une �cume rouge�tre frangea ses l�vres.

� Elle va tomber en �pilepsie, dit Marat.

� Ne craignez rien, c�est le d�mon du mensonge qui est en elle et qui ne veut pas sortir.

Puis, se tournant vers la femme en lui jetant � la face tout ce que sa main pouvait contenir de fluide:

� Parlez, dit-il, parlez; qui a pris la montre?

� Dame Grivette, r�pondit la somnambule d�une voix � peine intelligible.

� Et quand l�a-t-elle prise?

� Hier au soir.

� O� �tait-elle?

� Sous le chandelier.

� Et qu�en a-t-elle fait?

� Elle l�a port�e rue Saint-Jacques.

� Et � quel endroit de la rue Saint-Jacques?

� Au n� 29.

� � quel �tage?

� Au cinqui�me.

� Chez qui?

� Chez un gar�on cordonnier.

� Comment s�appelle-t-il?

� Simon.

� Qu�est-ce que cet homme?

La somnambule se tut.

� Qu�est-ce que cet homme? r�p�ta Balsamo.

M�me silence.

Balsamo �tendit vers elle sa main impr�gn�e de fluide et la malheureuse, �cras�e par cette attaque terrible, n�eut que la force de murmurer:

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