Joseph Balsamo. Tome III
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #3
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome III». Краткое содержание книги:
Je ne vous en avais rien dit encore.
Je le voyais bien.
Et les voisins? Je suis curieux de savoir ce quils vous ont dit, les voisins.
Ils ont dit que, si vous me souponniez et que si vous aviez le malheur de faire part de vos soupons quelquun, il faudrait aller jusquau bout.
Eh bien?
Cest--dire prouver que la montre a t prise.
Elle a t prise, puisquelle tait l et quelle ny est plus.
Oui, mais par moi, prise par moi, entendez-vous! Ah! mais, cest que, devant la justice, il faut des preuves; cest quon ne vous croira pas sur parole, monsieur Marat; cest que vous ntes pas plus que nous, monsieur Marat.
Balsamo, calme comme toujours, regardait toute cette scne; il voyait que, quoique la conviction de Marat net point chang, il baissait le ton.
Si bien, continuait la portire, que, si vous ne rendez pas justice ma probit, voyez-vous, que, si vous ne me faites pas rparation, cest moi qui irai chercher le commissaire de police, comme notre propritaire me le conseillait encore tout lheure.
Marat se mordit les lvres. Il savait quil y avait l un danger rel. Le propritaire tait un vieux marchand retir riche des affaires. Il occupait lappartement du troisime, et la chronique scandaleuse du quartier prtendait que, quelque dix ans auparavant, il avait fort protg la portire, autrefois fille de cuisine chez sa femme.
Or, Marat, ayant des frquentations mystrieuses; Marat, jeune homme assez peu rang; Marat, un peu cach; Marat, un peu suspect aux gens de la police, ne se souciait pas dune affaire avec le commissaire, affaire qui let mis entre les mains de M. de Sartine, lequel aimait fort lire les papiers des jeunes gens comme Marat, et envoyer les auteurs de ces beaux crits dans ces maisons de mditation quon appelle Vincennes, la Bastille, Charenton et Bictre.
Marat baissa donc le ton; mais, mesure quil le baissait, la portire haussait le sien. Daccuse, elle stait faite accusatrice. Il en rsulta que cette femme nerveuse et hystrique semporta comme une flamme qui vient de trouver un courant dair.
Menaces, jurements, cris, larmes, elle employa tout: ce fut une vritable tempte.
Alors Balsamo jugea quil tait temps dintervenir; il fit un pas vers cette femme, debout et menaante au milieu de la chambre, et, la regardant avec un sinistre clat, il lui prsenta deux doigts la poitrine en prononant, non pas avec les lvres, mais avec ses yeux, avec sa pense, avec sa volont tout entire, un mot que Marat ne put entendre.
Aussitt, dame Grivette se tut, chancela, et, perdant lquilibre, elle alla reculons, les yeux effroyablement dilats, crase sous la puissance du fluide magntique, tomber sur le lit, sans prononcer une seule parole.
Bientt, ses yeux se fermrent et souvrirent, mais sans que cette fois on vt la prunelle; sa langue remua convulsivement; le torse ne bougea point, et, cependant, ses mains tremblrent comme secoues par la fivre.
Oh! oh! dit Marat, comme le bless de lhpital!
Oui.
Elle dort donc?
Silence! dit Balsamo.
Puis, sadressant Marat:
Monsieur, dit-il, voici le moment o toutes vos incrdulits vont cesser, toutes vos hsitations svanouir; ramassez cette lettre que vous apportait cette femme et quelle a laiss chapper lorsquelle est tombe.
Marat obit.
Eh bien? demanda-t-il.
Attendez.
Et, prenant la lettre des mains de Marat:
Savez-vous de qui vient cette lettre? demanda Balsamo la prsentant la somnambule.
Non, monsieur, rpliqua-t-elle.
Balsamo approcha la lettre toute ferme de cette femme.
Lisez-la pour M. Marat, qui dsire savoir ce quelle contient.
Elle ne sait pas, dit Marat.
Oui; mais vous savez lire, vous?
Sans doute.
Eh bien, lisez-la, et elle lira de son ct, au fur et a mesure que les mots se graveront dans votre esprit.
Marat se mit dcacheter la lettre et la lire, tandis que dame Grivette, debout et frissonnante sous la volont toute-puissante de Balsamo, rptait, au fur et mesure que Marat les lisait lui-mme, les paroles suivantes:
Mon cher Hippocrate,
Apelles vient de faire son premier portrait; il la vendu cinquante francs; on mange aujourdhui ces cinquante francs la buvette de la rue Saint Jacques. En es-tu?
Il est bien entendu quon en boit une partie.
Ton ami,