Joseph Balsamo. Tome III
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #3
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome III». Краткое содержание книги:
� De naturel, au contraire, monsieur; cessez d�appeler surnaturel tout ce qui ressort des fonctions de la destin�e de l��me. Naturelles sont ces fonctions; connues, c�est autre chose.
� Inconnues � nous, ma�tre, ces fonctions ne doivent pas �tre des myst�res pour vous. Le cheval, inconnu aux P�ruviens, �tait familier aux Espagnols, qui l�avaient dompt�.
� Ce serait orgueilleux � moi de dire: �Je sais.� Je suis plus humble, monsieur, je dis: �Je crois.�
� Eh bien, que croyez-vous?
� Je crois que la loi du monde, la premi�re, la plus puissante de toutes, est celle du progr�s. Je crois que Dieu n�a rien cr�� que dans un but de bien-�tre ou de moralit�. Seulement, comme la vie de ce monde est incalcul�e et incalculable, le progr�s est lent. Notre plan�te, au dire des �critures, comptait soixante si�cles quand l�imprimerie est venue comme un vaste phare r�fl�chir le pass� et �clairer l�avenir; avec l�imprimerie, plus d�obscurit�, plus d�oubli; l�imprimerie, c�est la m�moire du monde. Eh bien, Gutenberg a invent� l�imprimerie et moi, j�ai retrouv� la confiance.
� Ah! dit ironiquement Marat, vous en arriverez peut-�tre � lire dans les c�urs?
� Pourquoi pas?
� Alors, vous ferez pratiquer � la poitrine de l�homme cette petite fen�tre que d�siraient tant y voir les anciens?
� Il n�est pas besoin de cela, monsieur: j�isolerai l��me du corps; et l��me, fille pure, fille immacul�e de Dieu, me dira toutes les turpitudes de cette enveloppe mortelle qu�elle est condamn�e � animer.
� Vous r�v�lerez des secrets mat�riels?
� Pourquoi pas?
� Vous me direz, par exemple, qui m�a vol� ma montre?
� Vous abaissez la science � un triste niveau, monsieur. Mais, n�importe! la grandeur de Dieu est aussi bien prouv�e par le grain de sable que par la montagne, par le ciron que par l��l�phant. Oui, je vous dirai qui vous a vol� votre montre.
En ce moment, on frappa timidement � la porte. C��tait la femme de m�nage de Marat qui �tait rentr�e et qui, selon l�ordre donn� par le jeune chirurgien, apportait la lettre.
Chapitre 107. La porti�re de Marat
La porte s�ouvrit et donna passage � dame Grivette.
Cette femme, que nous n�avons pas pris le temps d�esquisser parce que sa figure �tait de celles que le peintre rel�gue au dernier plan tant qu�il n�a pas besoin d�elles; cette femme s�avance maintenant dans le tableau mouvant de cette histoire, et demande � prendre sa place dans l�immense panorama que nous avons entrepris de d�rouler aux yeux de nos lecteurs; panorama dans lequel nous encadrerions, si notre g�nie �galait notre volont�, depuis le mendiant jusqu�au roi, depuis Caliban jusqu�� Ariel, depuis Ariel jusqu�� Dieu.
Nous allons donc essayer de crayonner dame Grivette, qui se d�tache de son ombre et qui s�avance vers nous.
C��tait une longue et s�che cr�ature de trente-deux � trente-trois ans, jaune de couleur, avec des yeux bleus bord�s de noir, type effrayant du d�p�rissement que subissent � la ville, dans des conditions de mis�re, d�asphyxie incessante et de d�gradation physique et morale, ces cr�atures que Dieu a faites belles, et qui fussent devenues magnifiques dans leur entier d�veloppement, comme le sont en ce cas-l� toutes les cr�atures de l�air, du ciel et de la terre, quand l�homme n�a pas fait de leur vie un long supplice, c�est-�-dire lorsqu�il n�a pas fatigu� leur pied avec l�entrave et leur estomac avec la faim, ou avec une nourriture presque aussi fatale que pourrait l��tre l�absence de toute nourriture.
Ainsi la porti�re de Marat e�t �t� une belle femme, si, depuis l��ge de quinze ans, elle n�e�t habit� un taudis sans air et sans jour, si le feu de ses instincts naturels, aliment� par cette chaleur de four, ou par un froid de glace, e�t sans cesse br�l� avec mesure. Elle avait des mains longues et maigres, que le fil de la couturi�re avait sillonn�es de petites coupures, que l�eau savonneuse de la buanderie avait crevass�es et amollies, que la braise de la cuisine avait r�ties et tann�es; mais, malgr� tout cela, des mains, on le voyait � la forme, c�est-�-dire � cette trace ind�l�bile du muscle divin; des mains qu�on e�t appel�es des mains royales, si, au lieu des ampoules du balai, elles eussent eu celles du sceptre.
Tant il est vrai que ce pauvre corps humain n�est que l�enseigne de notre profession.
Dans cette femme, l�esprit, sup�rieur au corps, et qui, par cons�quent, avait mieux r�sist� que lui, l�esprit veillait comme une lampe; il �clairait, pour ainsi dire, le corps par un reflet diaphane, et parfois on voyait monter � des yeux h�b�t�s et ternis un rayon de l�intelligence, de la beaut�, de la jeunesse, de l�amour, de tout ce qu�il y a d�exquis enfin dans la nature humaine.
Balsamo regarda longtemps cette femme, ou plut�t cette nature singuli�re, qui, au reste, avait d�s la premi�re vue frapp� son �il observateur.
La porti�re entra donc tenant la lettre � la main, et, d�une voix doucereuse, d�une voix de vieille femme, car les femmes condamn�es � la mis�re sont vieilles � trente ans:
� Monsieur Marat, dit-elle, voici la lettre que vous avez demand�e.
� Ce n�est pas la lettre que je d�sirais avoir, c�est vous que je voulais voir, dit Marat.
� Eh bien, votre servante, monsieur Marat, me voici.
Dame Grivette fit une r�v�rence.
� Que d�sirez-vous?
� Je d�sire savoir des nouvelles de ma montre, dit Marat; vous vous en doutez bien.
� Ah! dame! �a, je ne peux pas dire ce qu�elle est devenue. Je l�ai vue hier toute la journ�e, pendue � son clou, � la chemin�e.
� Vous vous trompez: toute la journ�e, elle a �t� dans mon gousset; seulement, � six heures du soir, comme je sortais, comme j�allais au milieu d�une grande foule, comme je craignais qu�on me la vol�t, je l�ai mise sous le chandelier.
� Si vous l�avez mise sous le chandelier, elle doit y �tre encore.
Et la porti�re, avec une bonhomie feinte qu�elle ne se doutait pas �tre si puissamment r�v�latrice, alla lever justement, des deux chandeliers qui ornaient la chemin�e, celui sous lequel Marat avait cach� sa montre.
� Oui, voil� bien le chandelier, dit le jeune homme; mais la montre?
� Non, en v�rit�, elle n�y est plus. Est-ce que vous ne l�aviez pas mise l�, monsieur Marat?
� Mais, lorsque je vous dis�
� Cherchez bien.
� Oh! j�ai cherch�, dit Marat avec un regard courrouc�.
� Vous l�aurez perdue, alors.
� Mais je vous dis qu�hier, moi-m�me, je l�ai mise l�, sous ce chandelier.
� Quelqu�un alors sera entr� ici, dit dame Grivette; vous recevez tant de gens, tant d�inconnus!
� Pr�texte! pr�texte! s��cria Marat s�emportant de plus en plus; vous savez bien que personne n�est entr� depuis hier. Non, non, ma montre a pris le chemin qu�a pris la pomme d�argent de ma derni�re canne, qu�a pris cette petite cuiller d�argent que vous savez, qu�a pris mon couteau � six lames! On me vole, dame Grivette, on me vole. J�ai support� bien des choses, mais je ne supporterai pas celle-l�; prenez-y garde!
� Mais, monsieur, dit dame Grivette, est-ce que vous m�accusez, par hasard?
� Vous devez surveiller mes effets.
� Je n�ai pas seule la clef.
� Vous �tes la porti�re.
� Vous me donnez un �cu par mois, et vous voudriez �tre servi comme par dix domestiques.
� Il m�importe peu d��tre mal servi; il m�importe fort de n��tre pas vol�.
� Monsieur, je suis une honn�te femme!
� Une honn�te femme que je livrerai au commissaire de police, si, d�ici � une heure, ma montre n�est pas retrouv�e.
� Au commissaire de police?
� Oui.
� Au commissaire de police, une honn�te femme comme moi?
� Une honn�te femme, une honn�te femme!�
� Oui, et sur laquelle il n�y a rien � dire, entendez-vous!
� Allons, assez, dame Grivette.
� Ah! je me doutais d�j� que vous me soup�onniez quand vous �tes sorti.
� Je vous soup�onne depuis la disparition du pommeau de ma canne.
� Eh bien, moi, je vous dirai une chose, monsieur Marat, � mon tour.
� Laquelle?
� C�est que, pendant votre absence, j�ai consult�
� Qui cela?
� Mes voisins.
� � quel propos?
� � ce propos que vous me soup�onniez.