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Joseph Balsamo. Tome III - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Joseph Balsamo. Tome III

Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome III». Краткое содержание книги:

Les «Mémoires d’un médecin» est une suite romanesque qui a pour cadre la Révolution Française et qui comprend «Joseph Balsamo», «le Collier de la reine», «Ange Pitou» et la «Comtesse de Charny». Cette grande fresque, très intéressante sur le plan historique, captivante par son récit, a une grande force inventive et une portée symbolique certaine.
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� Eh bien?

� Eh bien, monsieur, il a dit la v�rit�, sur ce point comme sur l�autre; seulement, chargez-vous d��tre un interm�diaire de charit� entre votre malade et Dieu: voici un diamant qui vaut vingt mille livres, � peu pr�s; quand vous verrez votre malade gu�ri, vous le vendrez et vous lui en remettrez l�argent; en attendant, comme l��me, ainsi que me le disait fort judicieusement votre �l�ve, M. Marat, comme l��me a une grande influence sur le corps, dites bien � Havard, aussit�t que la connaissance sera revenue, dites-lui bien que son avenir et celui de ses enfants est assur�.

� Mais, monsieur, dit le chirurgien h�sitant � prendre la bague que lui offrait Balsamo, s�il ne gu�rit point?

� Il gu�rira!

� Encore faut-il que je vous en donne un re�u.

� Monsieur!�

� Ce n�est qu�� cette condition que je prendrai un bijou d�une pareille valeur.

� Faites comme il vous plaira, monsieur.

� Votre nom, s�il vous pla�t?

� Le comte de F�nix.

Le chirurgien passa dans la chambre voisine, tandis que Marat, an�anti, confondu, mais luttant encore contre l��vidence, se rapprochait de Balsamo.

Au bout de cinq minutes, le chirurgien rentra, tenant � la main un papier qu�il remit � Balsamo.

C��tait un re�u con�u en ces termes:

�J�ai re�u de M. le comte de F�nix un diamant qu�il a d�clar� lui-m�me �tre d�une valeur de vingt mille livres, pour le prix en �tre remis au nomm� Havard, le jour o� il sortira de l�H�tel-Dieu.

�GUILLOTIN, D. M.�

�Le 15 septembre 1771.�

Balsamo salua le docteur, prit le re�u et sortit suivi de Marat.

� Vous oubliez votre t�te, dit Balsamo, pour lequel la distraction du jeune �l�ve en chirurgie �tait un triomphe.

� Ah! c�est vrai, dit celui-ci.

Et il ramassa son fun�bre fardeau.

Une fois dans la rue, tous deux march�rent fort vite et sans se dire un seul mot; puis, arriv�s � la rue des Cordeliers, ils remont�rent ensemble le rude escalier qui conduisait � la mansarde.

Devant la loge de la porti�re, si toutefois le trou qu�elle habitait m�ritait le nom de loge, Marat, qui n�avait pas oubli� la disparition de sa montre, s��tait arr�t� et avait demand� dame Grivette.

Un enfant de sept � huit ans, maigre, ch�tif et �tiol�, lui avait r�pondu de sa voix criarde:

� Maman, elle est sortie; elle a dit que, si monsieur rentrait, on lui donn�t cette lettre.

� Non, mon petit ami, dit Marat, tu lui diras qu�elle me l�apporte elle m�me.

� Bien, monsieur.

Marat et Balsamo avaient continu� leur chemin.

� Ah! dit Marat en indiquant une chaise � Balsamo et en tombant lui m�me sur un escabeau, je vois que le ma�tre a de beaux secrets.

� C�est que je suis entr� plus avant qu�un autre, peut-�tre, dans la confidence de la nature et de Dieu, r�pondit Balsamo.

� Oh! s��cria Marat, comme la science prouve l�omnipotence de l�homme, et qu�on doit �tre fier d��tre homme!

� C�est vrai, et m�decin, devriez-vous ajouter.

� Aussi, je suis fier de vous, ma�tre, dit Marat.

� Et cependant, r�pliqua en souriant Balsamo, je ne suis qu�un pauvre m�decin des �mes.

� Oh! ne parlons pas de cela, monsieur, vous qui avez arr�t� le sang du bless� par des moyens mat�riels.

� Je croyais que ma plus belle cure �tait de l�avoir emp�ch� de souffrir; il est vrai que vous m�avez assur� qu�il �tait fou.

� Il l�a �t� un moment, certes.

� Qu�appelez-vous folie? N�est-ce point une abstraction de l��me?

� Ou de l�esprit, dit Marat.

� Nous ne discuterons pas l�-dessus; l��me me sert � nommer le mot que je cherche. Du moment que la chose est trouv�e, peu m�importe comment vous l�appelez.

� Ah! voil� o� nous diff�rons d�opinion, monsieur; vous pr�tendez avoir trouv� la chose et ne plus chercher que le mot; moi, je soutiens que vous cherchez tout ensemble le mot et la chose.

� Nous reviendrons l�-dessus tout � l�heure. Vous disiez donc que la folie �tait une abstraction momentan�e de l�esprit?

� Assur�ment.

� Involontaire, n�est-il pas vrai?

� Oui� J�ai vu un fou � Bic�tre qui mordait ses barreaux de fer en criant: �Cuisinier, tes faisans sont tendres, mais ils sont mal accommod�s.�

� Mais, enfin, admettez-vous que cette folie passe comme un nuage sur l�esprit, et que, le nuage pass�, l�esprit reprenne sa limpidit� premi�re?

� Cela n�arrive presque jamais.

� Vous avez vu, cependant, notre amput� en parfaite raison apr�s son sommeil de fou.

� Je l�ai vu; mais je n�ai point compris ce que je voyais; c�est un cas exceptionnel, une de ces �tranget�s que les H�breux appelaient des miracles.

� Non, monsieur, dit Balsamo; c�est uniquement l�abstraction de l��me, le double isolement de la mati�re et de l�esprit: de la mati�re, chose inerte, poussi�re qui retournera poussi�re; de l��me, �tincelle divine enferm�e un instant dans cette lanterne sourde qu�on appelle le corps, et qui, fille du Ciel, apr�s la chute du corps, retournera au Ciel.

� Alors, vous avez tir� momentan�ment l��me du corps?

� Oui, monsieur, je lui ai ordonn� de quitter l�endroit mis�rable o� elle �tait; je l�ai extraite du gouffre de souffrance o� la douleur la retenait, pour la faire voyager dans des r�gions libres et pures. Qu�est-il donc rest� au chirurgien? Ce qui restait � votre scalpel quand vous enlev�tes � la femme morte cette t�te que vous tenez, rien que de la chair inerte, de la mati�re, de l�argile.

� Et au nom de qui avez-vous dispos� ainsi de cette �me?

� Au nom de Celui qui a cr�� toutes les �mes d�un souffle: �mes des mondes, �mes des hommes; au nom de Dieu.

� Alors, dit Marat, vous niez le libre arbitre?

� Moi? dit Balsamo. Mais que fais-je donc en ce moment, au contraire? Je vous montre, d�un c�t�, le libre arbitre; de l�autre, l�abstraction. Je vous expose un mourant laiss� � toutes les souffrances; cet homme a une �me toute sto�que, il va au-devant de l�op�ration, il la provoque, il la supporte, mais il souffre. Voil� pour le libre arbitre. Mais je passe pr�s de ce mourant, moi, l�envoy� de Dieu, moi, le proph�te, moi, l�ap�tre, et si, prenant en piti� cet homme, mon semblable, j�enl�ve, par le pouvoir que le Seigneur m�a donn�, l��me de son corps qui souffre, ce corps aveugle, inerte, insensible, devient pour l��me un spectacle qu�elle contemple pieusement et mis�ricordieusement du haut de sa sph�re limpide. Havard � ne l�avez-vous point entendu? � Havard, quand il parlait de lui-m�me, disait: �Ce pauvre Havard!� Il ne disait plus moi. C�est qu�en effet cette �me n�avait plus affaire � ce corps, elle qui �tait � moiti� chemin du ciel.

� Mais, � ce compte, l�homme n�est plus rien, dit Marat, et je ne puis plus dire aux tyrans: �Vous avez puissance sur mon corps, mais vous ne pouvez rien sur mon �me?�

� Ah! voil� que vous passez de la v�rit� au sophisme; monsieur, je vous l�ai dit, c�est votre d�faut. Dieu pr�te l��me au corps, il est vrai; mais il n�en est pas moins vrai que, tout le temps que l��me poss�de ce corps, il y a union entre eux, influence de l�un sur l�autre, supr�matie de la mati�re sur l�id�e, selon que, dans des vues qui nous sont inconnues, Dieu a permis que le corps f�t roi ou que l��me f�t reine; mais il n�en est pas moins vrai que le souffle qui anime le mendiant est aussi pur que celui qui fait mourir le roi. Voil� le dogme que vous devez pr�cher, vous, ap�tre de l��galit�. Prouvez l��galit� des deux essences spirituelles, puisque, cette �galit�, vous pouvez l��tablir � l�aide de tout ce qu�il y a de sacr� au monde: les livres saints et les traditions, la science et la foi. Que vous importe l��galit� de deux mati�res! avec l��galit� des corps, vous ne volez pas devant Dieu. Tout � l�heure, ce pauvre bless�, cet ignorant enfant du peuple, vous a dit, touchant son mal, des choses que nul parmi les m�decins n�e�t os� dire. Pourquoi cela? C�est que son �me, d�gag�e momentan�ment des liens du corps, a plan� au-dessus de la terre, et qu�elle a vu d�en haut un myst�re que nous d�robe notre opacit�.

Marat tournait et retournait sur la table sa t�te de mort, cherchant une r�ponse qu�il ne trouvait pas.

� Oui, murmura-t-il enfin, oui, il y a quelque chose de surnaturel l�-dessous.

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