Joseph Balsamo. Tome III
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #3
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome III». Краткое содержание книги:
� Eh bien?
� Eh bien, monsieur, il a dit la v�rit�, sur ce point comme sur l�autre; seulement, chargez-vous d��tre un interm�diaire de charit� entre votre malade et Dieu: voici un diamant qui vaut vingt mille livres, � peu pr�s; quand vous verrez votre malade gu�ri, vous le vendrez et vous lui en remettrez l�argent; en attendant, comme l��me, ainsi que me le disait fort judicieusement votre �l�ve, M. Marat, comme l��me a une grande influence sur le corps, dites bien � Havard, aussit�t que la connaissance sera revenue, dites-lui bien que son avenir et celui de ses enfants est assur�.
� Mais, monsieur, dit le chirurgien h�sitant � prendre la bague que lui offrait Balsamo, s�il ne gu�rit point?
� Il gu�rira!
� Encore faut-il que je vous en donne un re�u.
� Monsieur!�
� Ce n�est qu�� cette condition que je prendrai un bijou d�une pareille valeur.
� Faites comme il vous plaira, monsieur.
� Votre nom, s�il vous pla�t?
� Le comte de F�nix.
Le chirurgien passa dans la chambre voisine, tandis que Marat, an�anti, confondu, mais luttant encore contre l��vidence, se rapprochait de Balsamo.
Au bout de cinq minutes, le chirurgien rentra, tenant � la main un papier qu�il remit � Balsamo.
C��tait un re�u con�u en ces termes:
�J�ai re�u de M. le comte de F�nix un diamant qu�il a d�clar� lui-m�me �tre d�une valeur de vingt mille livres, pour le prix en �tre remis au nomm� Havard, le jour o� il sortira de l�H�tel-Dieu.
�GUILLOTIN, D. M.�
�Le 15 septembre 1771.�
Balsamo salua le docteur, prit le re�u et sortit suivi de Marat.
� Vous oubliez votre t�te, dit Balsamo, pour lequel la distraction du jeune �l�ve en chirurgie �tait un triomphe.
� Ah! c�est vrai, dit celui-ci.
Et il ramassa son fun�bre fardeau.
Une fois dans la rue, tous deux march�rent fort vite et sans se dire un seul mot; puis, arriv�s � la rue des Cordeliers, ils remont�rent ensemble le rude escalier qui conduisait � la mansarde.
Devant la loge de la porti�re, si toutefois le trou qu�elle habitait m�ritait le nom de loge, Marat, qui n�avait pas oubli� la disparition de sa montre, s��tait arr�t� et avait demand� dame Grivette.
Un enfant de sept � huit ans, maigre, ch�tif et �tiol�, lui avait r�pondu de sa voix criarde:
� Maman, elle est sortie; elle a dit que, si monsieur rentrait, on lui donn�t cette lettre.
� Non, mon petit ami, dit Marat, tu lui diras qu�elle me l�apporte elle m�me.
� Bien, monsieur.
Marat et Balsamo avaient continu� leur chemin.
� Ah! dit Marat en indiquant une chaise � Balsamo et en tombant lui m�me sur un escabeau, je vois que le ma�tre a de beaux secrets.
� C�est que je suis entr� plus avant qu�un autre, peut-�tre, dans la confidence de la nature et de Dieu, r�pondit Balsamo.
� Oh! s��cria Marat, comme la science prouve l�omnipotence de l�homme, et qu�on doit �tre fier d��tre homme!
� C�est vrai, et m�decin, devriez-vous ajouter.
� Aussi, je suis fier de vous, ma�tre, dit Marat.
� Et cependant, r�pliqua en souriant Balsamo, je ne suis qu�un pauvre m�decin des �mes.
� Oh! ne parlons pas de cela, monsieur, vous qui avez arr�t� le sang du bless� par des moyens mat�riels.
� Je croyais que ma plus belle cure �tait de l�avoir emp�ch� de souffrir; il est vrai que vous m�avez assur� qu�il �tait fou.
� Il l�a �t� un moment, certes.
� Qu�appelez-vous folie? N�est-ce point une abstraction de l��me?
� Ou de l�esprit, dit Marat.
� Nous ne discuterons pas l�-dessus; l��me me sert � nommer le mot que je cherche. Du moment que la chose est trouv�e, peu m�importe comment vous l�appelez.
� Ah! voil� o� nous diff�rons d�opinion, monsieur; vous pr�tendez avoir trouv� la chose et ne plus chercher que le mot; moi, je soutiens que vous cherchez tout ensemble le mot et la chose.
� Nous reviendrons l�-dessus tout � l�heure. Vous disiez donc que la folie �tait une abstraction momentan�e de l�esprit?
� Assur�ment.
� Involontaire, n�est-il pas vrai?
� Oui� J�ai vu un fou � Bic�tre qui mordait ses barreaux de fer en criant: �Cuisinier, tes faisans sont tendres, mais ils sont mal accommod�s.�
� Mais, enfin, admettez-vous que cette folie passe comme un nuage sur l�esprit, et que, le nuage pass�, l�esprit reprenne sa limpidit� premi�re?
� Cela n�arrive presque jamais.
� Vous avez vu, cependant, notre amput� en parfaite raison apr�s son sommeil de fou.
� Je l�ai vu; mais je n�ai point compris ce que je voyais; c�est un cas exceptionnel, une de ces �tranget�s que les H�breux appelaient des miracles.
� Non, monsieur, dit Balsamo; c�est uniquement l�abstraction de l��me, le double isolement de la mati�re et de l�esprit: de la mati�re, chose inerte, poussi�re qui retournera poussi�re; de l��me, �tincelle divine enferm�e un instant dans cette lanterne sourde qu�on appelle le corps, et qui, fille du Ciel, apr�s la chute du corps, retournera au Ciel.
� Alors, vous avez tir� momentan�ment l��me du corps?
� Oui, monsieur, je lui ai ordonn� de quitter l�endroit mis�rable o� elle �tait; je l�ai extraite du gouffre de souffrance o� la douleur la retenait, pour la faire voyager dans des r�gions libres et pures. Qu�est-il donc rest� au chirurgien? Ce qui restait � votre scalpel quand vous enlev�tes � la femme morte cette t�te que vous tenez, rien que de la chair inerte, de la mati�re, de l�argile.
� Et au nom de qui avez-vous dispos� ainsi de cette �me?
� Au nom de Celui qui a cr�� toutes les �mes d�un souffle: �mes des mondes, �mes des hommes; au nom de Dieu.
� Alors, dit Marat, vous niez le libre arbitre?
� Moi? dit Balsamo. Mais que fais-je donc en ce moment, au contraire? Je vous montre, d�un c�t�, le libre arbitre; de l�autre, l�abstraction. Je vous expose un mourant laiss� � toutes les souffrances; cet homme a une �me toute sto�que, il va au-devant de l�op�ration, il la provoque, il la supporte, mais il souffre. Voil� pour le libre arbitre. Mais je passe pr�s de ce mourant, moi, l�envoy� de Dieu, moi, le proph�te, moi, l�ap�tre, et si, prenant en piti� cet homme, mon semblable, j�enl�ve, par le pouvoir que le Seigneur m�a donn�, l��me de son corps qui souffre, ce corps aveugle, inerte, insensible, devient pour l��me un spectacle qu�elle contemple pieusement et mis�ricordieusement du haut de sa sph�re limpide. Havard � ne l�avez-vous point entendu? � Havard, quand il parlait de lui-m�me, disait: �Ce pauvre Havard!� Il ne disait plus moi. C�est qu�en effet cette �me n�avait plus affaire � ce corps, elle qui �tait � moiti� chemin du ciel.
� Mais, � ce compte, l�homme n�est plus rien, dit Marat, et je ne puis plus dire aux tyrans: �Vous avez puissance sur mon corps, mais vous ne pouvez rien sur mon �me?�
� Ah! voil� que vous passez de la v�rit� au sophisme; monsieur, je vous l�ai dit, c�est votre d�faut. Dieu pr�te l��me au corps, il est vrai; mais il n�en est pas moins vrai que, tout le temps que l��me poss�de ce corps, il y a union entre eux, influence de l�un sur l�autre, supr�matie de la mati�re sur l�id�e, selon que, dans des vues qui nous sont inconnues, Dieu a permis que le corps f�t roi ou que l��me f�t reine; mais il n�en est pas moins vrai que le souffle qui anime le mendiant est aussi pur que celui qui fait mourir le roi. Voil� le dogme que vous devez pr�cher, vous, ap�tre de l��galit�. Prouvez l��galit� des deux essences spirituelles, puisque, cette �galit�, vous pouvez l��tablir � l�aide de tout ce qu�il y a de sacr� au monde: les livres saints et les traditions, la science et la foi. Que vous importe l��galit� de deux mati�res! avec l��galit� des corps, vous ne volez pas devant Dieu. Tout � l�heure, ce pauvre bless�, cet ignorant enfant du peuple, vous a dit, touchant son mal, des choses que nul parmi les m�decins n�e�t os� dire. Pourquoi cela? C�est que son �me, d�gag�e momentan�ment des liens du corps, a plan� au-dessus de la terre, et qu�elle a vu d�en haut un myst�re que nous d�robe notre opacit�.
Marat tournait et retournait sur la table sa t�te de mort, cherchant une r�ponse qu�il ne trouvait pas.
� Oui, murmura-t-il enfin, oui, il y a quelque chose de surnaturel l�-dessous.