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Joseph Balsamo. Tome III - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Joseph Balsamo. Tome III

Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome III». Краткое содержание книги:

Les «Mémoires d’un médecin» est une suite romanesque qui a pour cadre la Révolution Française et qui comprend «Joseph Balsamo», «le Collier de la reine», «Ange Pitou» et la «Comtesse de Charny». Cette grande fresque, très intéressante sur le plan historique, captivante par son récit, a une grande force inventive et une portée symbolique certaine.
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� L�avez-vous quitt� jeune? demanda Balsamo.

� � dix ans, monsieur.

Les incisions �taient faites, le chirurgien approchait la scie de l�os.

� Mon ami, dit Balsamo, chantez-moi donc cette chanson que les sauniers de Batz chantent en rentrant le soir, apr�s la journ�e faite. Je ne me rappelle que le premier vers:

� mon sel couvert d��cume.

La scie mordait les os.

Mais, � l�invitation de Balsamo, le malade sourit et commen�a de chanter m�lodieusement, lentement, en extase, comme un amant ou comme un po�te:

� mon sel couvert d��cume, � mon lac couleur du ciel, � mon four, tourbe qui fume; � mon sarrasin de miel; � ma femme, � mon vieux p�re, � mes enfants bien-aim�s; � la tombe o� dort ma m�re, Sous les gen�ts parfum�s; Salut! la journ�e est faite, Et me voici de retour: Apr�s le labeur, la f�te, Apr�s l�absence, l�amour.

La jambe tomba sur le lit que le malade chantait encore.

Chapitre 106. L��me et le corps

Chacun regardait le patient avec �tonnement, le m�decin avec admiration.

Il en fut qui dirent que tous deux �taient fous.

Marat traduisit cette opinion � l�oreille de Balsamo:

� La terreur a fait perdre l�esprit au pauvre diable, dit-il; voil� pourquoi il ne souffre plus.

� Je ne crois pas, dit Balsamo, et, bien loin qu�il ait perdu l�esprit, je suis s�r, si je l�interrogeais, qu�il nous dirait, s�il doit mourir, le jour de sa mort; s�il doit vivre, le temps que durera sa convalescence.

Marat fut pr�s de partager l�opinion g�n�rale, c�est-�-dire de croire Balsamo aussi fou que le patient.

Cependant le chirurgien liait activement les art�res, d�o� s��chappaient des flots de sang.

Balsamo tira de sa poche un flacon, versa sur un tampon de charpie quelques gouttes de l�eau que ce flacon renfermait, et pria le chirurgien en chef d�appliquer cette charpie sur les art�res.

Celui-ci ob�it avec une certaine curiosit�.

C��tait un des plus c�l�bres praticiens de cette �poque, un homme vraiment amoureux de la science, qui ne r�pudiait aucun de ses myst�res, et pour qui le hasard n��tait que le pis-aller du doute.

Il appliqua le petit tampon sur l�art�re, qui fr�mit, bouillonna, et ne laissa plus passer le sang que goutte � goutte.

D�s lors il put lier l�art�re avec la plus grande facilit�.

Pour le coup, Balsamo obtint un v�ritable triomphe, et chacun lui demanda o� il avait �tudi� et de quelle �cole il �tait.

� Je suis un m�decin allemand de l��cole de G�ttingue, dit-il, et j�ai fait la d�couverte que vous voyez. Je d�sire cependant, messieurs et chers confr�res, que cette d�couverte demeure encore un secret, car j�ai grand-peur du fagot, et le parlement de Paris se d�ciderait peut-�tre � juger encore une fois pour le plaisir de condamner un sorcier au feu.

Le chirurgien en chef demeurait r�veur.

Marat r�vait et r�fl�chissait.

Cependant il reprit le premier la parole.

� Vous pr�tendiez, dit-il, tout � l�heure que, si vous interrogiez cet homme sur le r�sultat de cette op�ration, il r�pondrait s�rement, quoique ce r�sultat soit encore cach� dans l�avenir?

� Je le pr�tends encore, dit Balsamo.

� Eh bien, voyons.

� Comment s�appelle ce pauvre diable?

� Il s�appelle Havard, r�pondit Marat.

Balsamo se retourna vers le patient, dont la bouche fredonnait encore les derni�res notes du plaintif refrain.

� Eh bien, mon ami, lui demanda-t-il, qu�augurez-vous de l��tat de ce pauvre Havard?

� Ce que j�augure de son �tat? r�pondit le malade. Attendez, il faut que je revienne de la Bretagne, o� j��tais, � l�H�tel-Dieu, o� il est.

� C�est cela; entrez-y, regardez-le, et dites-moi la v�rit� sur lui.

� Oh! il est malade, bien malade: on lui a coup� la jambe.

� En v�rit�? dit Balsamo.

� Oui.

� Et l�op�ration a-t-elle bien r�ussi?

� � merveille; mais�

La figure du malade s�assombrit.

� Mais? reprit Balsamo.

� Mais, continua le malade, il y a une terrible �preuve � passer, la fi�vre.

� Et quand viendra-t-elle?

� Ce soir, � sept heures.

Tous les assistants se regard�rent:

� Et cette fi�vre? demanda Balsamo.

� Oh! elle le rendra bien malade; il surmontera cependant ce premier acc�s.

� Vous en �tes s�r?

� Oh! oui.

� Mais, apr�s ce premier acc�s, sera-t-il sauv�?

� H�las! non, dit le bless� en soupirant.

� La fi�vre reviendra donc?

� Oh! oui, et plus terrible que jamais. Pauvre Havard, continua-t-il, pauvre Havard, il a une femme et des enfants!

Et ses yeux se remplirent de larmes.

� Sa femme doit-elle donc �tre veuve, et ses enfants doivent-ils donc �tre orphelins? demanda Balsamo.

� Attendez! attendez!

Il joignit les mains.

� Non, non, dit-il.

Son visage s��claira d�une foi sublime.

� Non, sa femme et ses enfants ont tant pri� qu�ils ont obtenu gr�ce pour lui devant Dieu.

� Alors il gu�rira?

� Oui.

� Vous entendez, messieurs, dit Balsamo, il gu�rira.

� Demandez-lui en combien de jours, dit Marat.

� En combien de jours?

� Oui; vous avez dit qu�il indiquerait lui-m�me les phases et le terme de sa convalescence.

� Je ne demande pas mieux que de l�interroger l�-dessus.

� Interrogez-le donc alors.

� Et quand croyez-vous que Havard sera gu�ri? demanda Balsamo.

� Oh! la convalescence sera longue; attendez: un mois, six semaines, deux mois; il est entr� ici il y a cinq jours, il en sortira deux mois et quinze jours apr�s y �tre entr�.

� Et il en sortira gu�ri?

� Oui.

� Mais, dit Marat, incapable de travailler et, par cons�quent, de nourrir sa femme et ses enfants.

� Oh! Dieu est bon, et Dieu y pourvoira.

� Et comment Dieu y pourvoira-t-il? demanda Marat. Pendant que je suis en train d�apprendre aujourd�hui, je voudrais bien apprendre cela.

� Dieu a envoy� pr�s de son lit un homme charitable qui l�a pris en piti�, et qui a dit tout bas: �Je veux que le pauvre Havard ne manque de rien.�

Tous les assistants se regard�rent; Balsamo sourit.

� En v�rit�, nous assistons � un �trange spectacle, dit le chirurgien en chef, en m�me temps qu�il saisissait la main du malade, auscultait sa poitrine et palpait son front; cet homme r�ve.

� Vous croyez? dit Balsamo.

Et lan�ant au bless� un regard plein d�autorit� et d��nergie:

� �veillez-vous, Havard! lui dit-il.

Le jeune homme ouvrit les yeux avec effort et regarda avec une profonde surprise tous les assistants, devenus pour lui inoffensifs, de mena�ants qu�ils �taient.

� Eh bien! dit-il douloureusement, on ne m�a donc pas encore op�r�? On va donc encore me faire souffrir?

Balsamo prit vivement la parole. Il craignait l��motion du malade. Il n��tait pas besoin qu�il se h�t�t.

Nul ne l�e�t devanc�; la surprise des assistants �tait trop grande.

� Mon ami, lui dit-il, tranquillisez-vous. M. le chirurgien en chef a pratiqu� sur votre jambe une op�ration qui satisfait � toutes les exigences de votre position. Il para�t, mon pauvre gar�on, que vous �tes un peu faible d�esprit, car vous vous �tes �vanoui devant la premi�re attaque.

� Oh! tant mieux, dit gaiement le Breton, je n�ai rien senti; mon sommeil a m�me �t� doux et r�parateur. Quel bonheur! on ne me coupera pas la jambe.

Mais, en ce moment, le malheureux porta ses regards sur lui-m�me; il vit le lit plein de sang, il vit sa jambe mutil�e.

Il jeta un cri et, cette fois, s��vanouit v�ritablement.

� Interrogez-le maintenant, dit froidement Balsamo � Marat, et vous verrez s�il r�pond.

Puis, entra�nant le chirurgien en chef dans un coin de la chambre, tandis que les infirmiers reportaient le malheureux jeune homme dans son lit:

� Monsieur, dit Balsamo, vous avez entendu ce qu�a dit votre pauvre malade?

� Oui, monsieur, qu�il gu�rirait.

� Il a dit encore autre chose: il a dit que Dieu le prendrait en piti�, et lui enverrait de quoi nourrir sa femme et ses enfants.

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