Joseph Balsamo. Tome III
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #3
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome III». Краткое содержание книги:
� L�avez-vous quitt� jeune? demanda Balsamo.
� � dix ans, monsieur.
Les incisions �taient faites, le chirurgien approchait la scie de l�os.
� Mon ami, dit Balsamo, chantez-moi donc cette chanson que les sauniers de Batz chantent en rentrant le soir, apr�s la journ�e faite. Je ne me rappelle que le premier vers:
La scie mordait les os.
Mais, � l�invitation de Balsamo, le malade sourit et commen�a de chanter m�lodieusement, lentement, en extase, comme un amant ou comme un po�te:
La jambe tomba sur le lit que le malade chantait encore.
Chapitre 106. L��me et le corps
Chacun regardait le patient avec �tonnement, le m�decin avec admiration.
Il en fut qui dirent que tous deux �taient fous.
Marat traduisit cette opinion � l�oreille de Balsamo:
� La terreur a fait perdre l�esprit au pauvre diable, dit-il; voil� pourquoi il ne souffre plus.
� Je ne crois pas, dit Balsamo, et, bien loin qu�il ait perdu l�esprit, je suis s�r, si je l�interrogeais, qu�il nous dirait, s�il doit mourir, le jour de sa mort; s�il doit vivre, le temps que durera sa convalescence.
Marat fut pr�s de partager l�opinion g�n�rale, c�est-�-dire de croire Balsamo aussi fou que le patient.
Cependant le chirurgien liait activement les art�res, d�o� s��chappaient des flots de sang.
Balsamo tira de sa poche un flacon, versa sur un tampon de charpie quelques gouttes de l�eau que ce flacon renfermait, et pria le chirurgien en chef d�appliquer cette charpie sur les art�res.
Celui-ci ob�it avec une certaine curiosit�.
C��tait un des plus c�l�bres praticiens de cette �poque, un homme vraiment amoureux de la science, qui ne r�pudiait aucun de ses myst�res, et pour qui le hasard n��tait que le pis-aller du doute.
Il appliqua le petit tampon sur l�art�re, qui fr�mit, bouillonna, et ne laissa plus passer le sang que goutte � goutte.
D�s lors il put lier l�art�re avec la plus grande facilit�.
Pour le coup, Balsamo obtint un v�ritable triomphe, et chacun lui demanda o� il avait �tudi� et de quelle �cole il �tait.
� Je suis un m�decin allemand de l��cole de G�ttingue, dit-il, et j�ai fait la d�couverte que vous voyez. Je d�sire cependant, messieurs et chers confr�res, que cette d�couverte demeure encore un secret, car j�ai grand-peur du fagot, et le parlement de Paris se d�ciderait peut-�tre � juger encore une fois pour le plaisir de condamner un sorcier au feu.
Le chirurgien en chef demeurait r�veur.
Marat r�vait et r�fl�chissait.
Cependant il reprit le premier la parole.
� Vous pr�tendiez, dit-il, tout � l�heure que, si vous interrogiez cet homme sur le r�sultat de cette op�ration, il r�pondrait s�rement, quoique ce r�sultat soit encore cach� dans l�avenir?
� Je le pr�tends encore, dit Balsamo.
� Eh bien, voyons.
� Comment s�appelle ce pauvre diable?
� Il s�appelle Havard, r�pondit Marat.
Balsamo se retourna vers le patient, dont la bouche fredonnait encore les derni�res notes du plaintif refrain.
� Eh bien, mon ami, lui demanda-t-il, qu�augurez-vous de l��tat de ce pauvre Havard?
� Ce que j�augure de son �tat? r�pondit le malade. Attendez, il faut que je revienne de la Bretagne, o� j��tais, � l�H�tel-Dieu, o� il est.
� C�est cela; entrez-y, regardez-le, et dites-moi la v�rit� sur lui.
� Oh! il est malade, bien malade: on lui a coup� la jambe.
� En v�rit�? dit Balsamo.
� Oui.
� Et l�op�ration a-t-elle bien r�ussi?
� � merveille; mais�
La figure du malade s�assombrit.
� Mais? reprit Balsamo.
� Mais, continua le malade, il y a une terrible �preuve � passer, la fi�vre.
� Et quand viendra-t-elle?
� Ce soir, � sept heures.
Tous les assistants se regard�rent:
� Et cette fi�vre? demanda Balsamo.
� Oh! elle le rendra bien malade; il surmontera cependant ce premier acc�s.
� Vous en �tes s�r?
� Oh! oui.
� Mais, apr�s ce premier acc�s, sera-t-il sauv�?
� H�las! non, dit le bless� en soupirant.
� La fi�vre reviendra donc?
� Oh! oui, et plus terrible que jamais. Pauvre Havard, continua-t-il, pauvre Havard, il a une femme et des enfants!
Et ses yeux se remplirent de larmes.
� Sa femme doit-elle donc �tre veuve, et ses enfants doivent-ils donc �tre orphelins? demanda Balsamo.
� Attendez! attendez!
Il joignit les mains.
� Non, non, dit-il.
Son visage s��claira d�une foi sublime.
� Non, sa femme et ses enfants ont tant pri� qu�ils ont obtenu gr�ce pour lui devant Dieu.
� Alors il gu�rira?
� Oui.
� Vous entendez, messieurs, dit Balsamo, il gu�rira.
� Demandez-lui en combien de jours, dit Marat.
� En combien de jours?
� Oui; vous avez dit qu�il indiquerait lui-m�me les phases et le terme de sa convalescence.
� Je ne demande pas mieux que de l�interroger l�-dessus.
� Interrogez-le donc alors.
� Et quand croyez-vous que Havard sera gu�ri? demanda Balsamo.
� Oh! la convalescence sera longue; attendez: un mois, six semaines, deux mois; il est entr� ici il y a cinq jours, il en sortira deux mois et quinze jours apr�s y �tre entr�.
� Et il en sortira gu�ri?
� Oui.
� Mais, dit Marat, incapable de travailler et, par cons�quent, de nourrir sa femme et ses enfants.
� Oh! Dieu est bon, et Dieu y pourvoira.
� Et comment Dieu y pourvoira-t-il? demanda Marat. Pendant que je suis en train d�apprendre aujourd�hui, je voudrais bien apprendre cela.
� Dieu a envoy� pr�s de son lit un homme charitable qui l�a pris en piti�, et qui a dit tout bas: �Je veux que le pauvre Havard ne manque de rien.�
Tous les assistants se regard�rent; Balsamo sourit.
� En v�rit�, nous assistons � un �trange spectacle, dit le chirurgien en chef, en m�me temps qu�il saisissait la main du malade, auscultait sa poitrine et palpait son front; cet homme r�ve.
� Vous croyez? dit Balsamo.
Et lan�ant au bless� un regard plein d�autorit� et d��nergie:
� �veillez-vous, Havard! lui dit-il.
Le jeune homme ouvrit les yeux avec effort et regarda avec une profonde surprise tous les assistants, devenus pour lui inoffensifs, de mena�ants qu�ils �taient.
� Eh bien! dit-il douloureusement, on ne m�a donc pas encore op�r�? On va donc encore me faire souffrir?
Balsamo prit vivement la parole. Il craignait l��motion du malade. Il n��tait pas besoin qu�il se h�t�t.
Nul ne l�e�t devanc�; la surprise des assistants �tait trop grande.
� Mon ami, lui dit-il, tranquillisez-vous. M. le chirurgien en chef a pratiqu� sur votre jambe une op�ration qui satisfait � toutes les exigences de votre position. Il para�t, mon pauvre gar�on, que vous �tes un peu faible d�esprit, car vous vous �tes �vanoui devant la premi�re attaque.
� Oh! tant mieux, dit gaiement le Breton, je n�ai rien senti; mon sommeil a m�me �t� doux et r�parateur. Quel bonheur! on ne me coupera pas la jambe.
Mais, en ce moment, le malheureux porta ses regards sur lui-m�me; il vit le lit plein de sang, il vit sa jambe mutil�e.
Il jeta un cri et, cette fois, s��vanouit v�ritablement.
� Interrogez-le maintenant, dit froidement Balsamo � Marat, et vous verrez s�il r�pond.
Puis, entra�nant le chirurgien en chef dans un coin de la chambre, tandis que les infirmiers reportaient le malheureux jeune homme dans son lit:
� Monsieur, dit Balsamo, vous avez entendu ce qu�a dit votre pauvre malade?
� Oui, monsieur, qu�il gu�rirait.
� Il a dit encore autre chose: il a dit que Dieu le prendrait en piti�, et lui enverrait de quoi nourrir sa femme et ses enfants.