Joseph Balsamo. Tome III
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #3
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome III». Краткое содержание книги:
� Oui, monsieur; mais, sur les vivants, vous rencontrez l��me, j�esp�re?
� Oui, si vous convenez avec moi que l��me, c�est le mouvement ou la sensibilit�; oui, certes, je la rencontre, et bien g�nante m�me, car elle tue plus de malades que n�en tue mon scalpel.
On �tait arriv� au seuil de l�H�tel-Dieu. Ils entr�rent � l�hospice. Bient�t, guid� par Marat, qui n�avait pas quitt� son sinistre fardeau, Balsamo put p�n�trer dans la salle des op�rations, envahie par le chirurgien en chef et par les �l�ves en chirurgie.
Les infirmiers venaient d�apporter l� un jeune homme renvers� la semaine pr�c�dente par une lourde voiture, dont la roue lui avait broy� le pied. Une premi�re op�ration faite � la h�te sur le membre engourdi par la douleur n�avait pas suffi; le mal s��tait d�velopp� rapidement, l�amputation de la jambe �tait devenue urgente.
Ce malheureux, �tendu sur le lit d�angoisses, regardait, avec un effroi qui e�t attendri des tigres, cette bande d�affam�s qui �piaient l�instant de son martyre, de son agonie peut-�tre, pour �tudier la science de la vie, ph�nom�ne merveilleux derri�re lequel se cache le sombre ph�nom�ne de la mort.
Il semblait demander � chacun des chirurgiens, des �l�ves et des infirmiers, une consolation, un sourire, une caresse; mais il ne rencontrait partout que l�indiff�rence avec son c�ur, que l�acier avec ses yeux.
Un reste de courage et d�orgueil le rendait muet. Il r�servait toutes ses forces pour les cris qu�allait bient�t lui arracher la douleur.
Cependant, quand il sentit sur son �paule la main pesamment complaisante du gardien, quand il sentit les bras des aides l�envelopper comme les serpents de Lacoon, quand il entendit la voix de l�op�rateur lui dire: �Du courage!� il se hasarda, le malheureux, � rompre le silence et � demander d�une voix plaintive:
� Souffrirai-je beaucoup?
� Eh non, soyez tranquille, r�pondit Marat avec un sourire faux qui fut caressant pour le malade, ironique pour Balsamo.
Marat vit que Balsamo l�avait compris: il se rapprocha de lui et dit tout bas:
� C�est une op�ration �pouvantable, dit-il; l�os est plein de ger�ures et sensible � faire piti�. Il mourra, non du mal, mais de la douleur: voil� ce que lui vaudra son �me, � ce vivant.
� Pourquoi l�op�rez-vous alors? pourquoi ne le laissez-vous pas tranquillement mourir?
� Parce qu�il est du devoir du chirurgien de tenter la gu�rison, m�me quand la gu�rison lui semble impossible.
� Et vous dites qu�il souffrira?
� Effroyablement.
� Par la faute de son �me?
� Par la faute de son �me, qui a trop de tendresse pour son corps.
� Alors pourquoi ne pas op�rer sur l��me? La tranquillit� de l�une serait peut-�tre la gu�rison de l�autre.
� C�est aussi ce que je viens de faire�, dit Marat tandis que l�on continuait � lier le patient.
� Vous avez pr�par� son �me?
� Oui.
� Comment cela?
� Comme on fait, par des paroles. J�ai parl� � l��me, � l�intelligence, � la sensibilit�, � la chose qui faisait dire au philosophe grec: �Douleur, tu n�es pas un mal!� le langage qui convient � cette chose. Je lui ai dit: �Vous ne souffrirez pas.� Reste maintenant � l��me � ne point souffrir, cela la regarde. Voil� le rem�de connu jusqu�� pr�sent. Quant aux questions de l��me: mensonge! Pourquoi aussi cette diablesse d��me est-elle attach�e au corps? Tout � l�heure, quand j�ai coup� cette t�te, le corps n�a rien dit. L�op�ration cependant �tait grave. Mais, que voulez-vous! le mouvement avait cess�, la sensibilit� s��tait �teinte, l��me s��tait envol�e, comme vous dites, vous autres spiritualistes. Voil� pourquoi cette t�te que je coupais n�a rien dit, voil� pourquoi ce corps que je d�capitais m�a laiss� faire; tandis que ce corps que l��me habite encore va pousser des cris effroyables dans un instant. Bouchez bien vos oreilles, ma�tre! Bouchez-les, vous qui �tes sensible � cette connexit� des �mes et des corps, qui tuera toujours votre th�orie, jusqu�au jour o� votre th�orie sera parvenue � isoler le corps de l��me.
� Vous croyez qu�on n�arrivera jamais � cet isolement?
� Essayez, dit Marat, l�occasion est belle.
� Eh bien, oui, vous avez raison, dit Balsamo, l�occasion est belle, et j�essaye.
� Vous essayez?
� Oui.
� Comment cela?
� Je ne veux pas que ce jeune homme souffre, il m�int�resse.
� Vous �tes un illustre chef, dit Marat, mais vous n��tes ni Dieu le p�re, ni Dieu le fils, et vous n�emp�cherez pas ce gaillard-l� de souffrir.
� Et, s�il ne souffrait point, croiriez-vous � sa gu�rison?
� Elle serait plus probable, mais elle ne serait pas s�re.
Balsamo jeta sur Marat un inexprimable regard de triomphe, et, se pla�ant devant le jeune malade, dont il rencontra les yeux effar�s et d�j� noy�s dans les angoisses de la terreur:
� Dormez, dit-il non seulement avec sa bouche, mais encore avec son regard, avec sa volont�, avec toute la chaleur de son sang, avec tout le fluide de son corps.
En ce moment, le chirurgien en chef commen�ait � palper la cuisse malade et � faire observer aux �l�ves l�intensit� du mal.
Mais � ce commandement de Balsamo, le jeune homme, qui s��tait relev� sur son s�ant, oscilla un instant dans les bras des aides, sa t�te se pencha, ses yeux se ferm�rent.
� Il se trouve mal, dit Marat.
� Non, monsieur.
� Mais ne voyez-vous pas qu�il perd connaissance?
� Non, il dort.
� Comment, il dort?
� Oui.
Chacun se tourna vers l��trange m�decin, que l�on prit pour un fou.
Un sourire d�incr�dulit� passa sur les l�vres de Marat.
� Est-il d�habitude que l�on parle pendant l��vanouissement? demanda Balsamo.
� Non.
� Eh bien, interrogez-le, et il vous r�pondra.
� Eh! jeune homme! cria Marat.
� Oh! vous n�avez pas besoin de crier si haut, dit Balsamo; parlez avec votre voix ordinaire.
� Dites-nous un peu ce que vous avez.
� On m�a ordonn� de dormir, et je dors, r�pondit le patient.
La voix �tait parfaitement calme et faisait un contraste �trange avec la voix qu�on avait entendue quelques instants auparavant.
Tous les assistants se regard�rent.
� Maintenant, dit Balsamo, d�tachez-le.
� Impossible, dit le chirurgien en chef, un seul mouvement, et l�op�ration peut �tre manqu�e.
� Il ne bougera pas.
� Qui me l�assure?
� Moi, et puis lui. Demandez-lui plut�t.
� Peut-on vous laisser libre, mon ami?
� On le peut.
� Et promettez-vous de ne pas bouger?
� Je le promets, si vous me l�ordonnez.
� Je vous l�ordonne.
� Ma foi, dit le chirurgien en chef, vous parlez avec une telle certitude, monsieur, que je suis tent� de faire l�exp�rience.
� Faites, et ne craignez rien.
� D�liez-le, dit le chirurgien en chef.
Les aides ob�irent.
Balsamo passa au chevet du lit.
� � partir de ce moment, dit-il, ne bougez plus que je ne l�ordonne.
Une statue couch�e sur un tombeau n�e�t pas �t� plus immobile que ne le devint le malade � cette injonction.
� Maintenant, op�rez, monsieur, dit Balsamo; le malade est parfaitement dispos�.
Le chirurgien prit son bistouri; mais, au moment de s�en servir, il h�sita.
� Taillez, monsieur, taillez, vous dis-je, fit Balsamo avec l�air d�un proph�te inspir�.
Le chirurgien, domin� comme Marat, comme le malade, comme tout le monde, approcha l�acier de la chair.
La chair cria, mais le malade ne poussa pas un soupir, ne fit pas un mouvement.
� De quel pays �tes-vous, mon ami? demanda Balsamo.
� Je suis Breton, monsieur, r�pondit le malade en souriant.
� Et vous aimez votre pays?
� Oh! monsieur, il est si beau!
Le chirurgien faisait pendant ce temps les incisions circulaires � l�aide desquelles, dans les amputations, on commence par mettre l�os � d�couvert.