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Joseph Balsamo. Tome III - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Joseph Balsamo. Tome III

Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome III». Краткое содержание книги:

Les «Mémoires d’un médecin» est une suite romanesque qui a pour cadre la Révolution Française et qui comprend «Joseph Balsamo», «le Collier de la reine», «Ange Pitou» et la «Comtesse de Charny». Cette grande fresque, très intéressante sur le plan historique, captivante par son récit, a une grande force inventive et une portée symbolique certaine.
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� Oui, monsieur; mais, sur les vivants, vous rencontrez l��me, j�esp�re?

� Oui, si vous convenez avec moi que l��me, c�est le mouvement ou la sensibilit�; oui, certes, je la rencontre, et bien g�nante m�me, car elle tue plus de malades que n�en tue mon scalpel.

On �tait arriv� au seuil de l�H�tel-Dieu. Ils entr�rent � l�hospice. Bient�t, guid� par Marat, qui n�avait pas quitt� son sinistre fardeau, Balsamo put p�n�trer dans la salle des op�rations, envahie par le chirurgien en chef et par les �l�ves en chirurgie.

Les infirmiers venaient d�apporter l� un jeune homme renvers� la semaine pr�c�dente par une lourde voiture, dont la roue lui avait broy� le pied. Une premi�re op�ration faite � la h�te sur le membre engourdi par la douleur n�avait pas suffi; le mal s��tait d�velopp� rapidement, l�amputation de la jambe �tait devenue urgente.

Ce malheureux, �tendu sur le lit d�angoisses, regardait, avec un effroi qui e�t attendri des tigres, cette bande d�affam�s qui �piaient l�instant de son martyre, de son agonie peut-�tre, pour �tudier la science de la vie, ph�nom�ne merveilleux derri�re lequel se cache le sombre ph�nom�ne de la mort.

Il semblait demander � chacun des chirurgiens, des �l�ves et des infirmiers, une consolation, un sourire, une caresse; mais il ne rencontrait partout que l�indiff�rence avec son c�ur, que l�acier avec ses yeux.

Un reste de courage et d�orgueil le rendait muet. Il r�servait toutes ses forces pour les cris qu�allait bient�t lui arracher la douleur.

Cependant, quand il sentit sur son �paule la main pesamment complaisante du gardien, quand il sentit les bras des aides l�envelopper comme les serpents de Lacoon, quand il entendit la voix de l�op�rateur lui dire: �Du courage!� il se hasarda, le malheureux, � rompre le silence et � demander d�une voix plaintive:

� Souffrirai-je beaucoup?

� Eh non, soyez tranquille, r�pondit Marat avec un sourire faux qui fut caressant pour le malade, ironique pour Balsamo.

Marat vit que Balsamo l�avait compris: il se rapprocha de lui et dit tout bas:

� C�est une op�ration �pouvantable, dit-il; l�os est plein de ger�ures et sensible � faire piti�. Il mourra, non du mal, mais de la douleur: voil� ce que lui vaudra son �me, � ce vivant.

� Pourquoi l�op�rez-vous alors? pourquoi ne le laissez-vous pas tranquillement mourir?

� Parce qu�il est du devoir du chirurgien de tenter la gu�rison, m�me quand la gu�rison lui semble impossible.

� Et vous dites qu�il souffrira?

� Effroyablement.

� Par la faute de son �me?

� Par la faute de son �me, qui a trop de tendresse pour son corps.

� Alors pourquoi ne pas op�rer sur l��me? La tranquillit� de l�une serait peut-�tre la gu�rison de l�autre.

� C�est aussi ce que je viens de faire�, dit Marat tandis que l�on continuait � lier le patient.

� Vous avez pr�par� son �me?

� Oui.

� Comment cela?

� Comme on fait, par des paroles. J�ai parl� � l��me, � l�intelligence, � la sensibilit�, � la chose qui faisait dire au philosophe grec: �Douleur, tu n�es pas un mal!� le langage qui convient � cette chose. Je lui ai dit: �Vous ne souffrirez pas.� Reste maintenant � l��me � ne point souffrir, cela la regarde. Voil� le rem�de connu jusqu�� pr�sent. Quant aux questions de l��me: mensonge! Pourquoi aussi cette diablesse d��me est-elle attach�e au corps? Tout � l�heure, quand j�ai coup� cette t�te, le corps n�a rien dit. L�op�ration cependant �tait grave. Mais, que voulez-vous! le mouvement avait cess�, la sensibilit� s��tait �teinte, l��me s��tait envol�e, comme vous dites, vous autres spiritualistes. Voil� pourquoi cette t�te que je coupais n�a rien dit, voil� pourquoi ce corps que je d�capitais m�a laiss� faire; tandis que ce corps que l��me habite encore va pousser des cris effroyables dans un instant. Bouchez bien vos oreilles, ma�tre! Bouchez-les, vous qui �tes sensible � cette connexit� des �mes et des corps, qui tuera toujours votre th�orie, jusqu�au jour o� votre th�orie sera parvenue � isoler le corps de l��me.

� Vous croyez qu�on n�arrivera jamais � cet isolement?

� Essayez, dit Marat, l�occasion est belle.

� Eh bien, oui, vous avez raison, dit Balsamo, l�occasion est belle, et j�essaye.

� Vous essayez?

� Oui.

� Comment cela?

� Je ne veux pas que ce jeune homme souffre, il m�int�resse.

� Vous �tes un illustre chef, dit Marat, mais vous n��tes ni Dieu le p�re, ni Dieu le fils, et vous n�emp�cherez pas ce gaillard-l� de souffrir.

� Et, s�il ne souffrait point, croiriez-vous � sa gu�rison?

� Elle serait plus probable, mais elle ne serait pas s�re.

Balsamo jeta sur Marat un inexprimable regard de triomphe, et, se pla�ant devant le jeune malade, dont il rencontra les yeux effar�s et d�j� noy�s dans les angoisses de la terreur:

� Dormez, dit-il non seulement avec sa bouche, mais encore avec son regard, avec sa volont�, avec toute la chaleur de son sang, avec tout le fluide de son corps.

En ce moment, le chirurgien en chef commen�ait � palper la cuisse malade et � faire observer aux �l�ves l�intensit� du mal.

Mais � ce commandement de Balsamo, le jeune homme, qui s��tait relev� sur son s�ant, oscilla un instant dans les bras des aides, sa t�te se pencha, ses yeux se ferm�rent.

� Il se trouve mal, dit Marat.

� Non, monsieur.

� Mais ne voyez-vous pas qu�il perd connaissance?

� Non, il dort.

� Comment, il dort?

� Oui.

Chacun se tourna vers l��trange m�decin, que l�on prit pour un fou.

Un sourire d�incr�dulit� passa sur les l�vres de Marat.

� Est-il d�habitude que l�on parle pendant l��vanouissement? demanda Balsamo.

� Non.

� Eh bien, interrogez-le, et il vous r�pondra.

� Eh! jeune homme! cria Marat.

� Oh! vous n�avez pas besoin de crier si haut, dit Balsamo; parlez avec votre voix ordinaire.

� Dites-nous un peu ce que vous avez.

� On m�a ordonn� de dormir, et je dors, r�pondit le patient.

La voix �tait parfaitement calme et faisait un contraste �trange avec la voix qu�on avait entendue quelques instants auparavant.

Tous les assistants se regard�rent.

� Maintenant, dit Balsamo, d�tachez-le.

� Impossible, dit le chirurgien en chef, un seul mouvement, et l�op�ration peut �tre manqu�e.

� Il ne bougera pas.

� Qui me l�assure?

� Moi, et puis lui. Demandez-lui plut�t.

� Peut-on vous laisser libre, mon ami?

� On le peut.

� Et promettez-vous de ne pas bouger?

� Je le promets, si vous me l�ordonnez.

� Je vous l�ordonne.

� Ma foi, dit le chirurgien en chef, vous parlez avec une telle certitude, monsieur, que je suis tent� de faire l�exp�rience.

� Faites, et ne craignez rien.

� D�liez-le, dit le chirurgien en chef.

Les aides ob�irent.

Balsamo passa au chevet du lit.

� � partir de ce moment, dit-il, ne bougez plus que je ne l�ordonne.

Une statue couch�e sur un tombeau n�e�t pas �t� plus immobile que ne le devint le malade � cette injonction.

� Maintenant, op�rez, monsieur, dit Balsamo; le malade est parfaitement dispos�.

Le chirurgien prit son bistouri; mais, au moment de s�en servir, il h�sita.

� Taillez, monsieur, taillez, vous dis-je, fit Balsamo avec l�air d�un proph�te inspir�.

Le chirurgien, domin� comme Marat, comme le malade, comme tout le monde, approcha l�acier de la chair.

La chair cria, mais le malade ne poussa pas un soupir, ne fit pas un mouvement.

� De quel pays �tes-vous, mon ami? demanda Balsamo.

� Je suis Breton, monsieur, r�pondit le malade en souriant.

� Et vous aimez votre pays?

� Oh! monsieur, il est si beau!

Le chirurgien faisait pendant ce temps les incisions circulaires � l�aide desquelles, dans les amputations, on commence par mettre l�os � d�couvert.

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