Бесплатная библиотека
Читайте книгу на сайте или телефоне
READ-E-BOOK » Историческая проза » Joseph Balsamo. Tome III
Joseph Balsamo. Tome III - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Joseph Balsamo. Tome III

Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome III». Краткое содержание книги:

Les «Mémoires d’un médecin» est une suite romanesque qui a pour cadre la Révolution Française et qui comprend «Joseph Balsamo», «le Collier de la reine», «Ange Pitou» et la «Comtesse de Charny». Cette grande fresque, très intéressante sur le plan historique, captivante par son récit, a une grande force inventive et une portée symbolique certaine.
1 ... 40 41 42 43 44 45 46 47 48 ... 79
Перейти на страницу:

Marat leva et jeta de c�t�, d�un seul mouvement, le linge grossier qui couvrait les deux malheureux que la mort avait faits �gaux devant le scalpel du chirurgien.

Les deux cadavres �taient nus.

� La vue des morts ne vous r�pugne-t-elle pas? dit Marat avec sa fanfaronnade ordinaire.

� Elle m�attriste, r�pliqua Balsamo.

� D�faut d�habitude, dit Marat. Moi qui vois ce spectacle tous les jours, je n�en �prouve ni tristesse ni d�go�t. Nous autres praticiens, voyez-vous, nous vivons avec les morts et nous n�interrompons pour eux aucune des fonctions de notre vie.

� C�est un triste privil�ge de votre profession, monsieur.

� Et puis, ajouta Marat, pourquoi m�attristerais-je ou pourquoi me d�go�terais-je? Dans le premier cas, j�ai la r�flexion; dans le second, j�ai l�habitude.

� Expliquez-moi vos id�es, dit Balsamo; je les comprends mal. La r�flexion, d�abord.

� Soit! pourquoi m�effrayerais-je? pourquoi aurais-je peur d�un corps inerte, d�une statue qui est de chair au lieu d��tre de pierre, de marbre ou de granit?

� En effet, il n�y a rien, n�est-ce pas, dans un cadavre?

� Rien, absolument rien.

� Vous le croyez?

� J�en suis sur.

� Mais dans un corps vivant?

� Il y a le mouvement, dit superbement Marat.

� Et l��me, vous n�en parlez pas, monsieur.

� Je ne l�ai jamais vue dans les corps que j�ai fouill�s avec mon scalpel.

� Parce que vous n�avez fouill� que des cadavres.

� Oh! si fait, monsieur, j�ai fort op�r� sur les corps vivants.

� Et vous n�avez rien trouv� en eux de plus que dans les cadavres?

� Si fait, j�ai trouv� la douleur: est-ce la douleur que vous appelez l��me?

� Alors, vous n�y croyez pas?

� � quoi?

� � l��me.

� J�y crois, parce que je suis libre de l�appeler le mouvement, si je veux.

� Voil� qui est fort bien; vous croyez � l��me, c�est tout ce que je vous demandais; cela me fait du bien, que vous y croyiez.

� Un instant, mon ma�tre, entendons-nous, et surtout n�exag�rons pas, dit Marat avec son sourire de vip�re. Nous autres praticiens, nous sommes un peu mat�rialistes.

� Ces corps sont bien froids, dit Balsamo r�veur, et cette femme �tait bien belle.

� Mais oui.

� Une belle �me e�t certes bien �t� � ce beau corps.

� Ah! voil� o� fut l�erreur de celui qui la cr�a. Beau fourreau, vilaine lame. Ce corps, mon ma�tre, �tait celui d�une coquine qui sortait de Saint-Lazare lorsqu�elle mourut d�une inflammation c�r�brale, � l�H�tel-Dieu. Sa chronique est longue et passablement scandaleuse. Si vous appelez �me le mouvement qui faisait agir cette cr�ature, vous ferez tort � nos �mes, qui doivent �tre de la m�me essence.

� �me qu�on e�t d� gu�rir, dit Balsamo, et qui s�est perdue faute du seul m�decin qui soit indispensable, d�un m�decin de l��me.

� H�las! h�las! mon ma�tre, c�est encore l� une de vos th�ories. Il n�y a de m�decins que pour les corps, dit Marat avec un rire amer. Et tenez, ma�tre, vous avez en ce moment sur les l�vres un mot que Moli�re a mis souvent dans ses com�dies et c�est ce mot qui vous fait sourire.

� Non, dit Balsamo, vous vous trompez et ne pouvez savoir � quelle chose je souris. Pour le moment, ce que nous concluons, n�est-ce pas, c�est que ces cadavres sont vides?

� Et insensibles, dit Marat en soulevant la t�te de la jeune femme et en la laissant retomber bruyamment sur le marbre sans que le corps e�t seulement boug� ou fr�mi.

� Tr�s bien, dit Balsamo; passons � l�h�pital maintenant.

� Un instant, ma�tre, pas avant, je vous prie, que j�aie d�tach� du tronc cette t�te qui me fait envie, et qui a �t� le si�ge d�une maladie fort curieuse. Vous permettez?

� Comment donc! dit Balsamo.

Marat ouvrit sa trousse, en tira un bistouri et ramassa dans un coin un gros maillet de bois tout pointill� de taches de sang.

Alors, d�une main exerc�e, il pratiqua une incision circulaire, qui s�para toutes les chairs et tous les muscles du cou; puis, arriv� � l�os, il glissa son bistouri entre deux jointures de la colonne vert�brale, et frappa dessus avec le maillet un coup �nergique et sec.

La t�te roula sur la table, et de la table � terre. Marat fut oblig� de la ressaisir de ses mains humides.

Balsamo se d�tourna pour ne pas donner trop de joie au triomphateur.

� Un jour, dit Marat, qui croyait prendre le ma�tre en faiblesse, un jour quelque philanthrope s�occupera de la mort comme les autres s�occupent de la vie, trouvera une machine qui d�tachera ainsi la t�te d�un seul coup, et qui rendra l�an�antissement instantan�, ce que ne fait aucun des autres genres de mort; la roue, l��cart�lement et la pendaison sont des supplices appartenant � des peuples barbares et non � des peuples civilis�s. Une nation �clair�e comme la France doit punir, et non se venger; car la soci�t� qui roue, qui pend ou qui �cart�le, se venge du criminel par la souffrance avant de le punir par la mort; ce qui est trop de moiti�, � mon avis.

� Et au mien aussi, monsieur. Mais comment comprenez-vous cet instrument?

� Je comprends une machine froide et impassible comme la loi elle-m�me; l�homme charg� de punir s�impressionne � la vue de son semblable, et parfois manque son coup, comme il est arriv� pour Chalais et pour le duc de Monmouth. Il n�en serait pas ainsi d�une machine, de deux bras de ch�ne qui feraient mouvoir un coutelas, par exemple.

� Et croyez-vous, monsieur, que, parce que ce coutelas passerait avec la rapidit� de la foudre entre la base de l�occiput et les muscles trap�zes, croyez-vous que la mort serait instantan�e et la douleur rapide?

� La mort serait instantan�e, sans contredit, puisque le fer trancherait d�un coup les nerfs qui donnent le mouvement. La douleur serait rapide, puisque le fer s�parerait le cerveau, qui est le si�ge des sentiments, du c�ur, qui est le centre de la vie.

� Monsieur, dit Balsamo, le supplice de la d�capitation existe en Allemagne.

� Oui, mais par l��p�e, et, je vous l�ai dit, la main de l�homme peut trembler.

� Une pareille machine existe en Italie; un corps de ch�ne la fait mouvoir, et on l�appelle la mannaja.

� Eh bien?

� Eh bien, monsieur, j�ai vu des criminels d�capit�s par le bourreau se lever sans t�te, du si�ge o� ils �taient assis, et s�en aller en tr�buchant tomber � dix pas de l�. J�ai ramass� des t�tes qui roulaient au bas de la mannaja, comme cette t�te que vous tenez par les cheveux a roul� tout � l�heure au bas de cette table de marbre, et, en pronon�ant � l�oreille de cette t�te le nom dont on l�avait baptis�e pendant sa vie, j�ai vu ses yeux se rouvrir et se tourner dans leur orbite, cherchant � voir qui les avait appel�s de la terre pendant ce passage du temps � l��ternit�.

� Mouvement nerveux, pas autre chose.

� Les nerfs ne sont-ils pas les organes de la sensibilit�?

� Que concluez-vous de l�, monsieur?

� Je conclus qu�il vaudrait mieux qu�au lieu de chercher une machine qui tu�t pour punir, l�homme cherch�t un moyen de punir sans tuer. Elle sera la meilleure et la plus �clair�e des soci�t�s, croyez-moi, la soci�t� qui aura trouv� ce moyen-l�.

� Utopie encore! utopie toujours! dit Marat.

� Cette fois, vous avez peut-�tre raison, dit Balsamo; le temps nous �clairera� N�avez-vous point parl� de l�h�pital?� Allons-y!

� Allons!

Et il enveloppa la t�te de la jeune femme dans son mouchoir de poche, dont il noua soigneusement les quatre coins.

� Maintenant, dit en sortant Marat, je suis s�r au moins que mes camarades n�auront que mon reste.

On prit le chemin de l�H�tel-Dieu; le r�veur et le praticien marchaient � c�t� l�un de l�autre.

� Vous avez coup� tr�s froidement et tr�s habilement cette t�te, monsieur, dit Balsamo. Avez-vous moins d��motion quand il s�agit des vivants que des morts? La souffrance vous touche-t-elle plus que l�immobilit�? �tes-vous plus pitoyable aux corps qu�aux cadavres?

� Non, car ce serait un d�faut, un d�faut comme c�en est un au bourreau de se laisser impressionner. On tue aussi bien un homme en lui coupant mal la cuisse qu�en lui coupant mal la t�te. Un bon chirurgien doit op�rer avec sa main et non avec son c�ur, quoiqu�il sache bien, en son c�ur, que, pour une souffrance d�un instant, il donne des ann�es de vie et de sant�. C�est le beau c�t� de notre profession celui-l�, ma�tre!

1 ... 40 41 42 43 44 45 46 47 48 ... 79
Перейти на страницу:
0
Сюжет
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Атмосфера
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Главный герой
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Общее впечатление
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
Итоговая оценка: 0.0 из 10 (голосов: 0 / История оценок)