Joseph Balsamo. Tome III
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #3
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome III». Краткое содержание книги:
�Messieurs, la s�ance est lev�e.�
Ces paroles prononc�es, Balsamo se couvrit la t�te et s�enveloppa de son manteau.
Chacun des initi�s partit alors � son tour, seul et silencieux, pour ne pas �veiller de soup�ons.
Chapitre 105. Le corps et l��me
Le dernier rest� pr�s du ma�tre fut Marat, le chirurgien.
Il s�approcha humblement et fort p�le du terrible orateur dont la puissance �tait illimit�e.
� Ma�tre, demanda-t-il, ai-je donc, en effet, commis une faute?
� Une grande, monsieur, dit Balsamo; et, ce qu�il y a de pis, c�est que vous ne croyez pas l�avoir commise.
� Eh bien oui, je l�avoue; non seulement je ne crois pas avoir commis une faute, mais je crois avoir parl� comme il convient.
� Orgueil! orgueil! murmura Balsamo; orgueil, d�mon destructeur! Les hommes vont combattre la fi�vre dans les veines du malade, la peste dans les eaux et dans les airs; mais ils laissent l�orgueil pousser de si profondes racines dans leurs c�urs, qu�ils ne peuvent parvenir � l�extirper.
� Oh! ma�tre, dit Marat, vous avez de moi une bien triste opinion. Suis-je donc, en effet, si peu de chose, que je ne puisse compter parmi mes semblables? Ai-je si mal recueilli le fruit de mes travaux, que je sois incapable de dire un mot sans �tre tax� d�ignorance? Suis-je donc un si ti�de adepte, que l�on suspecte ma conviction? N�euss�-je que cela, j�existe au moins par le d�vouement � la sainte cause du peuple.
� Monsieur, r�pliqua Balsamo, c�est parce que le principe du bien lutte encore en vous contre celui du mal, qui me para�t devoir l�emporter un jour, que je tenterai de vous corriger de ces d�fauts. Si je dois y r�ussir, si l�orgueil ne l�a pas d�j� emport� en vous sur tout autre sentiment, j�y r�ussirai en une heure.
� En une heure? dit Marat.
� Oui. Voulez-vous me donner cette heure?
� Certainement.
� O� vous verrai-je?
� Ma�tre, c�est � moi d�aller vous trouver au rendez-vous que vous voudrez bien fixer � votre serviteur.
� Eh bien, dit Balsamo, j�irai chez vous.
� Faites attention � l�engagement que vous prenez, ma�tre; j�habite une mansarde, rue des Cordeliers. Une mansarde, vous entendez, dit Marat avec une affectation de simplicit� orgueilleuse, avec une fanfaronnade de mis�re qui n��chappa point � Balsamo, tandis que vous�
� Tandis que moi?
� Tandis que vous, vous habitez, dit-on, un palais.
Celui-ci haussa les �paules, comme ferait un g�ant qui, du haut de sa taille, mesurerait les col�res d�un nain.
� Eh bien, soit, monsieur, r�pondit-il, j�irai vous voir dans votre mansarde.
� Quand cela, monsieur?
� Demain.
� � quelle heure?
� Le matin.
� C�est qu�au point du jour, je vais � mon amphith��tre et, de l�, � l�h�pital.
� Pr�cis�ment, c�est ce qu�il me faut. Je vous eusse demand� de m�y conduire si vous ne me l�eussiez pas propos�.
� Vous entendez, de bonne heure. Je dors peu, dit Marat.
� Et moi, je ne dors pas, r�pondit Balsamo. Ainsi donc, au point du jour.
� Je vous attendrai.
L�-dessus, ils se s�par�rent, car ils �taient arriv�s � la porte de la rue, aussi sombre et aussi solitaire au moment de leur sortie qu�elle �tait peupl�e et bruyante au moment de leur entr�e.
Balsamo prit � gauche et disparut rapidement.
Marat l�imita en tirant � droite avec ses jambes longues et gr�les.
Balsamo fut exact: � six heures du matin, il heurtait, le lendemain, � la porte du palier qui, centre d�un long corridor perc� de six portes, formait le dernier �tage d�une vieille maison de la rue des Cordeliers.
Marat, on le voyait bien, avait tout pr�par� pour recevoir plus dignement son h�te illustre. Le maigre lit de noyer, la commode � dessus de bois, reluisaient de propret� sous le chiffon de laine d�une femme de m�nage, qui s�escrimait � tour de bras sur ces meubles vermoulus.
Marat lui-m�me pr�tait une aide active � cette femme et rafra�chissait dans un petit pot de fa�ence bleue des fleurs p�les et �tiol�es, le principal ornement de la mansarde.
Il tenait encore un torchon de toile sous le bras, ce qui indiquait qu�il n�avait touch� aux fleurs qu�apr�s avoir donn� son coup de main aux meubles.
Comme la clef �tait � la porte et que Balsamo �tait entr� sans frapper, il surprit Marat dans cette occupation.
Marat, � la vue du ma�tre, rougit beaucoup plus qu�il ne convenait � un sto�cien v�ritable.
� Vous voyez, monsieur, dit-il en jetant sournoisement derri�re un rideau le torchon r�v�lateur, je suis homme de m�nage, et j�aide � cette bonne femme. Je choisis l�ouvrage, par exemple, ce qui n�est peut-�tre pas d�un bon pl�b�ien, mais qui n�est pas non plus tout � fait d�un grand seigneur.
� C�est d�un jeune homme pauvre et qui aime la propret�, dit froidement Balsamo, voil� tout. �tes-vous bient�t pr�t, monsieur? Vous savez que mes moments sont compt�s.
� Je passe mon habit, monsieur� Dame Grivette, mon habit� C�est ma porti�re, monsieur; c�est mon valet de chambre, c�est ma cuisini�re, c�est mon intendant, et elle me co�te un �cu par mois.
� Je loue l��conomie, dit Balsamo; c�est la richesse des pauvres, c�est la sagesse des riches.
� Mon chapeau, ma canne, dit Marat.
� Allongez la main, dit Balsamo; voil� votre chapeau, et sans doute cette canne, qui est pr�s de votre chapeau, est la v�tre.
� Oh! pardon, monsieur, je suis tout confus.
� �tes-vous pr�t?
� Oui, monsieur. Ma montre, dame Grivette.
Dame Grivette se tourna et se retourna, mais ne r�pondit point.
� Vous n�avez pas besoin de montre, monsieur, pour aller � l�amphith��tre et � l�h�pital; on serait peut-�tre longtemps � la retrouver, et cela nous retarderait.
� Cependant, monsieur, je tiens beaucoup � ma montre, qui est excellente et que j�ai achet�e � force d��conomies.
� En votre absence, dame Grivette la cherchera, r�pondit Balsamo avec un sourire; et, si elle cherche bien, � votre retour, elle sera retrouv�e.
� Oh! certainement, dit dame Grivette, elle sera retrouv�e, si toutefois monsieur ne l�a pas laiss�e ailleurs; rien ne se perd ici.
� Vous voyez bien, dit Balsamo. Allons, monsieur, allons.
Marat n�osa point insister et suivit Balsamo tout en grommelant.
Lorsqu�ils furent � la porte:
� O� allons-nous d�abord? dit Balsamo.
� � l�amphith��tre, si vous voulez, ma�tre; j�y ai d�sign� un sujet qui a d� mourir cette nuit d�une m�ningite aigu�; j�ai des observations � faire sur son cerveau, et je ne voudrais pas que mes camarades me le prissent.
� Allons donc � l�amphith��tre, monsieur Marat.
� D�autant plus que ce n�est qu�� deux pas d�ici; que l�amphith��tre touche � l�h�pital, et que nous ne faisons qu�entrer et sortir; vous pouvez m�me m�attendre � la porte.
� Au contraire, je d�sire entrer avec vous: vous me direz votre opinion sur le sujet.
� Quand il �tait un corps, monsieur?
� Non, depuis qu�il est un cadavre.
� Hol�! prenez-y garde, dit Marat en souriant; je pourrai gagner un point sur vous, car je connais cette partie de ma profession et suis, dit-on, un assez habile anatomiste.
� Orgueil, orgueil, toujours orgueil! murmura Balsamo.
� Que dites-vous? demanda Marat.
� Je dis que nous allons voir cela, monsieur, r�pliqua Balsamo. Entrons.
Marat s�engagea le premier dans l�all�e �troite qui conduisait � cet amphith��tre, au bout de la rue Hautefeuille.
Balsamo le suivit sans h�siter jusque dans la salle longue et �troite o�, sur une table de marbre, on voyait deux cadavres �tendus, l�un de femme l�autre d�homme.
La femme �tait morte jeune. L�homme �tait vieux et chauve; un m�chant suaire leur voilait le corps, en laissant leurs visages � moiti� d�couverts.
Tous deux �taient couch�s c�te � c�te sur ce lit glac�, eux qui jamais peut-�tre ne s��taient vus en ce monde, et dont les �mes, voyageant alors dans l��ternit�, devaient �tre bien surprises de voir un pareil voisinage � leurs enveloppes mortelles.