Joseph Balsamo. Tome III
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #3
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome III». Краткое содержание книги:
�Est-ce que Dieu, qui pr�side aux r�volutions des hommes, se h�te, lui?
�Renversez! renversez le ch�ne! criez-vous, et vous ne calculez pas que le ch�ne, qui met une seconde � tomber, couvre autant de terrain en tombant qu�un cheval, lanc� au galop, en parcourrait en trente secondes. Or, ceux qui abattaient le ch�ne, n�ayant pas le temps d��viter sa chute impr�vue, �taient perdus, bris�s, an�antis sous son immense ramure. Voil� ce que vous voulez, n�est-ce pas? Vous ne l�obtiendrez pas de moi. Comme Dieu, j�ai su vivre, vingt, trente, quarante �ges d�homme. Comme Dieu, je suis �ternel. Comme Dieu, je serai patient. Je porte mon sort, le v�tre, celui du monde dans le creux de cette main. Nul ne me fera ouvrir cette main pleine de v�rit�s tonnantes que je ne consente � l�ouvrir. C�est la foudre qu�elle contient, je le sais; eh bien, la foudre y s�journera comme dans la droite toute-puissante de Dieu.
�Messieurs, messieurs, abandonnons ces hauteurs trop sublimes et redescendons sur la terre.
�Messieurs, je vous le dis avec simplicit� et avec conviction, il n�est pas temps encore; le roi qui r�gne est un dernier reflet du grand roi que le peuple v�n�re encore, et il y a dans cette majest� qui s�efface quelque chose d�assez �blouissant encore pour balancer les �clairs de vos petits ressentiments.
�Celui-l� est un roi, il mourra roi; sa race est insolente, mais pure. Son origine, vous pouvez la lire sur son front, dans un geste, dans sa voix. Il sera toujours le roi, celui-l�. Abattons-le, et il arrivera ce qui est arriv� � Charles Ier; ses bourreaux se prosterneront devant lui, et les courtisans de son malheur, comme Lord Capell, baiseront la hache qui aura tranch� la t�te de leur ma�tre.
�Or, messieurs, vous le savez tous, l�Angleterre s�est h�t�e. Le roi Charles Ier est mort sur l��chafaud c�est vrai; mais le roi Charles II, son fils, est mort sur le tr�ne.
�Attendez, attendez, messieurs; car voil� que les temps vont devenir propices.
�Vous voulez d�truire les lis. C�est notre devise � tous: Lilia pedibus destrue; mais il ne faut pas qu�une seule racine permette � la fleur de saint Louis l�espoir de refleurir encore. Vous voulez d�truire la royaut�? Pour que la royaut� soit d�truite � jamais, il faut qu�elle soit affaiblie de prestige et d�essence. Vous voulez d�truire la royaut�? Attendez que la royaut� ne soit plus un sacerdoce, mais un emploi; qu�elle ne s�exerce plus dans un temple, mais dans une boutique. Or, ce qu�il y a de plus sacr� dans la royaut�, c�est-�-dire la l�gitime transmission du tr�ne autoris�e depuis des si�cles par Dieu et par les peuples, s�en va, perdue pour jamais! �coutez! �coutez! cette invincible, cette infranchissable barri�re plac�e entre nous, gens de rien, et ces cr�atures quasi divines, cette limite que les peuples n�ont jamais os� franchir et qu�on appelle la l�gitimit�, ce mot brillant comme un phare, et qui jusqu�aujourd�hui a garanti la royaut� du naufrage, ce mot va s��teindre sous le souffle de la myst�rieuse fatalit�.
�La dauphine, appel�e en France pour perp�tuer la race des rois par le m�lange du sang imp�rial, la dauphine, mari�e depuis un an � l�h�ritier du tr�ne de France� Approchez-vous, messieurs, car je crains de faire passer au del� de votre cercle le bruit de mes paroles.
� Eh bien? demand�rent avec anxi�t� les six chefs.
� Eh bien, messieurs, la dauphine est encore vierge!
Un murmure sinistre qui e�t fait fuir tous les rois du monde, tant il renfermait de joie haineuse et de triomphe vengeur, s��chappa comme une vapeur mortelle de ce cercle �troit des six t�tes, qui se touchaient presque, domin�es qu�elles �taient par celle de Balsamo, pench� sur elles du haut de son estrade.
� Dans cet �tat de choses, continua Balsamo, il se pr�sente deux hypoth�ses, toutes deux �galement profitables � notre cause.
�La premi�re, c�est que la dauphine reste st�rile, et alors la race s��teint, alors l�avenir ne laisse � nos amis ni combats, ni difficult�s, ni troubles. Il en arrivera de cette race marqu�e d�avance pour la mort, ce qui est arriv� en France chaque fois que trois rois se sont succ�d�; ce qui est arriv� aux fils de Philippe le Beclass="underline" Louis le Hutin, Philippe le Long et Charles IV, morts sans post�rit�, apr�s avoir r�gn� tous trois; ce qui est arriv� aux trois fils de Henri II: Fran�ois II, Charles IX et Henri III, morts sans post�rit� apr�s avoir r�gn� tous trois. Comme eux, M. le dauphin, M. le comte de Provence et M. le comte d�Artois r�gneront tous trois et tous trois mourront sans enfants, comme les autres sont morts: c�est la loi de la destin�e.
�Puis, comme apr�s Charles IV, le dernier de la race cap�tienne, est venu Philippe VI de Valois, collat�ral des rois pr�c�dents; comme, apr�s Henri III, le dernier de la race des Valois, est venu Henri IV de Bourbon, collat�ral de la race pr�c�dente; apr�s le comte d�Artois, inscrit au livre de la fatalit� comme le dernier des rois de la branche a�n�e, viendra peut-�tre quelque Cromwell ou quelque Guillaume d�Orange, �tranger soit � la race, soit � l�ordre naturel de succession.
�Voil� ce que nous donne la premi�re hypoth�se.
�La seconde, c�est que madame la dauphine ne reste pas st�rile. Et voil� le pi�ge o� nos ennemis vont se pr�cipiter en croyant nous y jeter nous-m�mes. Oh! si la dauphine ne reste pas st�rile, si la dauphine devient m�re, alors que tous se r�jouiront � la cour et croiront la royaut� consolid�e en France, nous pourrons nous r�jouir aussi, nous; car nous poss�derons un secret si terrible, que nul prestige, nulle puissance, nuls efforts ne tiendront contre les crimes que ce secret renfermera, pr�s des malheurs qui r�sulteront pour la future reine de cette f�condit�; car cet h�ritier qu�elle donnera au tr�ne, nous le ferons facilement ill�gitime, car cette f�condit�, nous la d�clarerons facilement adult�re. Si bien que, pr�s de ce bonheur factice que semblera leur avoir accord� le ciel, la st�rilit� e�t �t� un bienfait de Dieu. Voil� pourquoi je m�abstiens, messieurs; voil� pourquoi j�attends, mes fr�res; voil� pourquoi, enfin, je juge inutile de d�cha�ner aujourd�hui les passions populaires, que j�emploierai efficacement lorsque le temps sera venu.
�Maintenant, messieurs, vous connaissez le travail de cette ann�e; vous voyez le progr�s de nos mines. Persuadez-vous donc que nous ne r�ussirons qu�avec le g�nie et le courage des uns, qui seront les yeux et le cerveau; qu�avec la pers�v�rance et le labeur des autres, qui repr�senteront les bras; qu�avec la foi et le d�vouement des autres encore, qui seront le c�ur.
�P�n�trez-vous surtout de cette n�cessit� d�une ob�issance aveugle qui fait que votre chef lui-m�me s�immolera � la volont� des statuts de l�ordre, le jour o� les statuts l�exigeront.
�Sur ce, messieurs et fr�res bien-aim�s, je l�verais la s�ance, s�il ne me restait un bien � faire, un mal � indiquer.
�Le grand �crivain qui est venu � nous ce soir, et qui e�t �t� des n�tres sans le z�le intempestif d�un de nos fr�res, qui a effray� cette �me timide, ce grand �crivain, disons-nous, a eu raison de notre assembl�e, et je d�plore comme un malheur qu�un �tranger ait raison devant une majorit� de fr�res qui connaissent mal nos r�glements et ne connaissent pas du tout notre but.
�Rousseau, triomphant avec les sophismes de ses livres des v�rit�s de notre association, repr�sente un vice fondamental que j�extirperais avec le fer et le feu, si je n�avais encore l�espoir de le gu�rir par la persuasion. L�amour-propre d�un de nos fr�res s�est d�velopp� f�cheusement. Il nous a donn� le dessous dans la discussion; aucun fait pareil ne se repr�sentera plus, je l�esp�re, ou bien j�aurais recours aux voies de discipline.
�Maintenant, messieurs, propagez la foi par la douceur et la persuasion; insinuez-la, ne l�imposez pas, ne l�enfoncez pas dans les �mes rebelles � coups de maillet et de hache, comme font les inquisiteurs des coins du bourreau. Souvenez-vous que nous ne serons grands qu�apr�s avoir �t� reconnus bons, et qu�on ne nous reconna�tra bons qu�en paraissant meilleurs que tout ce qui nous entoure; rappelez-vous encore que, parmi nous, les bons et les meilleurs ne sont rien sans la science, l�art et la foi; rien enfin pr�s de ceux que Dieu a marqu�s d�un sceau particulier pour commander aux hommes et r�gir un empire.