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Joseph Balsamo. Tome III - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Joseph Balsamo. Tome III

Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome III». Краткое содержание книги:

Les «Mémoires d’un médecin» est une suite romanesque qui a pour cadre la Révolution Française et qui comprend «Joseph Balsamo», «le Collier de la reine», «Ange Pitou» et la «Comtesse de Charny». Cette grande fresque, très intéressante sur le plan historique, captivante par son récit, a une grande force inventive et une portée symbolique certaine.
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�Voil� maintenant que le travail apporte ses fruits; voil� que toute la France demande Choiseul et se soul�ve pour le reprendre, comme les orphelins se l�vent vers le Ciel quand Dieu a pris leur p�re.

�Les parlements usent du seul droit qu�ils aient, l�inertie: les voil� qui cessent de fonctionner. Dans un corps bien organis�, comme doit �tre un �tat de premier ordre, la paralysie d�un organe essentiel est mortelle; or, le parlement est au corps social ce que l�estomac est au corps humain; les parlements n�op�rant plus, le peuple, ces entrailles de l��tat, ne travaillera et, par cons�quent, ne paiera plus; et l�or, c�est-�-dire le sang, leur fera d�faut.

�On voudra lutter, sans doute; mais qui luttera contre le peuple? Ce n�est point l�arm�e, cette fille du peuple, qui mange le pain du laboureur, qui boit le vin du vigneron. Resteront la maison du roi, les corps privil�gi�s, les gardes, les Suisses, les mousquetaires, cinq ou six mille hommes � peine! Que fera cette poign�e de pygm�es, quand le peuple se l�vera comme un g�ant?

� Qu�il se l�ve, alors, qu�il se l�ve! cri�rent plusieurs voix.

� Oui, oui, � l��uvre! cria Marat.

� Jeune homme, je ne vous ai pas encore consult�, dit froidement Balsamo.

�Cette s�dition des masses, continua-t-il, cette r�volte des faibles devenus forts par leur nombre contre le puissant isol�, des esprits moins solides, moins m�rs, moins exp�riment�s, la provoqueraient sur-le-champ et l�obtiendraient m�me avec une facilit� qui m��pouvante; mais, moi, j�ai r�fl�chi; moi, j�ai �tudi�. � Moi, j�ai descendu dans le peuple m�me, et, sous ses habits, avec sa pers�v�rance, avec sa grossi�ret� que j�empruntais, je l�ai vu de si pr�s, que je me suis fait peuple. Je le connais donc aujourd�hui. Je ne me tromperai donc plus sur son compte. Il est fort, mais il est ignorant; il est irritable, mais il est sans rancune; en un mot, il n�est pas m�r encore pour la s�dition telle que je l�entends et telle que je la veux. Il lui manque l�instruction qui lui fait voir les �v�nements sous le double jour de l�exemple et de l�utilit�; il lui manque la m�moire de sa propre exp�rience.

�Il ressemble � ces hardis jeunes gens que j�ai vus en Allemagne, dans les f�tes publiques, monter ardemment au sommet d�un m�t de navire, que le bailli avait fait garnir d�un jambon et d�un gobelet d�argent; ils s��lan�aient tout chauds de d�sirs et faisaient le chemin avec une rapidit� surprenante; mais, arriv�s au but, quand il s�agissait d��tendre un bras pour saisir le prix, la force les abandonnait, ils se laissaient choir jusqu�en bas, aux hu�es de la multitude.

�La premi�re fois, cela leur arrivait comme je viens de vous le dire; la seconde fois, ils m�nageaient leurs forces et leur souffle; mais, prenant plus de temps, ils �chouaient par la lenteur, comme ils avaient fait par la pr�cipitation; enfin, une troisi�me fois, ils prenaient un milieu entre la pr�cipitation et la lenteur, et, cette fois, ils r�ussissaient. Voil� le plan que je m�dite. Des essais, toujours des essais qui, sans cesse, rapprochent du but, jusqu�au jour o� la r�ussite infaillible nous permettra de l�atteindre.�

Balsamo cessa de parler, et, en cessant de parler, regarda son auditoire, dans lequel bouillonnaient toutes les passions de la jeunesse et de l�inexp�rience.

� Parlez, fr�re, dit-il � Marat, qui s�agitait par dessus tous.

� Je serai bref, dit Marat; les essais endorment les peuples quand ils ne les d�couragent pas. Les essais, voil� la th�orie de M. Rousseau, citoyen de Gen�ve, grand po�te, mais g�nie lent et timide, citoyen inutile que Platon e�t chass� de sa r�publique! Attendre! toujours attendre! Depuis l��mancipation des communes, depuis la r�volte des maillotins, voil� sept si�cles que vous attendez! Comptez les g�n�rations qui sont mortes en attendant, et osez encore prendre pour devise de l�avenir ce mot fataclass="underline" Attendre! M. Rousseau nous parle d�opposition comme on en faisait dans le grand si�cle, comme en faisaient, pr�s des marquises et aux genoux du roi, Moli�re avec ses com�dies, Boileau avec ses satires, La Fontaine avec ses fables.

�Pauvre et d�bile opposition qui n�a pas fait d�une semelle avancer la cause de l�humanit�. Les petits enfants r�citent ces th�ories voil�es sans les comprendre et s�endorment en les r�citant. Rabelais aussi a fait de la politique, � votre compte; mais, devant cette politique, on rit et l�on ne se corrige pas. Or, depuis trois cents ans, avez-vous vu un seul abus redress�? Assez de po�tes! assez de th�oriciens! des �uvres, des actions! Nous livrons depuis trois si�cles la France � la m�decine, et il est temps que la chirurgie y entre � son tour, le scalpel et la scie � la main. La soci�t� est gangren�e, arr�tons la gangr�ne avec le fer. Celui-l� peut attendre qui sort de table pour se coucher sur un tapis moelleux dont il fait enlever les feuilles de rose par le souffle de ses esclaves, car l�estomac satisfait communique au cerveau de chatouillantes vapeurs qui le r�cr�ent et le b�atifient; mais la faim, mais la mis�re, mais le d�sespoir, ne se rassasient point, ne se soulagent point avec des strophes, des sentences et des fabliaux. Ils poussent de grands cris dans leurs grandes souffrances; sourd celui qui n�entend pas ces lamentations; maudit celui qui n�y r�pond pas. Une r�volte, d�t-elle �tre �touff�e, �clairera les esprits plus que mille ans de pr�ceptes, plus que trois si�cles d�exemples; elle �clairera les rois, si elle ne les renverse pas; c�est beaucoup, c�est assez!�

Un murmure flatteur s�exhala de quelques l�vres.

� O� sont nos ennemis? poursuivit Marat; au-dessus de nous: ils gardent la porte des palais, ils entourent les degr�s du tr�ne; sur ce tr�ne est le palladium, qu�ils gardent avec plus de soin et de crainte que ne faisaient les Troyens. Ce palladium, qui les fait tout-puissants, riches, insolents, c�est la royaut�. � cette royaut� on ne peut arriver qu�en passant sur le corps de ceux qui la gardent, comme on ne peut arriver au g�n�ral qu�en renversant les bataillons qui le prot�gent. Eh bien! force bataillons ont �t� renvers�s, nous raconte l�histoire, force g�n�raux ont �t� pris depuis Darius jusqu�au roi Jean, depuis R�gulus jusqu�� Duguesclin.

�Renversons la garde, nous arriverons jusqu�� l�idole; frappons d�abord les sentinelles, nous frapperons ensuite le chef. Aux courtisans, aux nobles, aux aristocrates, la premi�re attaque; aux rois la derni�re. Comptez les t�tes privil�gi�es: deux cent mille � peine; promenez-vous, une baguette tranchante � la main, dans ce beau jardin qu�on nomme la France et abattez ces deux cent mille t�tes comme Tarquin faisait des pavots du Latium, et tout sera dit; et vous n�aurez plus que deux puissances en face l�une de l�autre, peuple et royaut�. Alors, que la royaut�, cet embl�me, essaye de lutter avec le peuple, ce g�ant, et vous verrez. Quand les nains veulent abattre un colosse, ils commencent par le pi�destal; quand les b�cherons veulent abattre le ch�ne, ils l�attaquent par le pied. B�cherons, b�cherons! prenons la hache, attaquons le ch�ne par ses racines, et le ch�ne antique, au front superbe, baisera le sable tout � l�heure.

� Et vous �crasera comme des pygm�es en tombant sur vous, malheureux! s��cria Balsamo d�une voix tonnante. Ah! vous vous d�cha�nez contre les po�tes, et vous parlez par m�taphores plus po�tiques et plus imag�es que les leurs! Fr�re, fr�re! continua-t-il en s�adressant � Marat, vous avez pris ces phrases, je vous le dis, dans quelque roman que vous �laborez dans votre mansarde.

Marat rougit.

� Savez-vous ce que c�est qu�une r�volution? continua Balsamo. J�en ai vu deux cents, moi, et je puis vous le dire. J�ai vu celles de l��gypte antique, j�ai vu celles de l�Assyrie, celles de la Gr�ce, celles de Rome, celles du Bas-Empire. J�ai vu celles du moyen �ge, o� les peuples se ruaient les uns sur les autres, orient sur occident, occident sur orient, et s��gorgeaient sans s�entendre. Depuis celles des rois pasteurs jusqu�� nous, il y a eu cent r�volutions, peut-�tre. Et tout � l�heure vous vous plaigniez d��tre esclaves. Les r�volutions ne servent donc � rien. Pourquoi cela? C�est que ceux qui faisaient des r�volutions �taient tous atteints du m�me vertige: ils se h�taient.

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