Joseph Balsamo. Tome III
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #3
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome III». Краткое содержание книги:
� Ces craintes me paraissent pu�riles, dit une voix; chaque jour, nous gagnons en force, et nous sommes dirig�s par de brillants g�nies et par de vigoureuses mains.
Balsamo s�inclina pour remercier le flatteur de son �loge.
� Oui; mais, comme l�a dit notre illustre pr�sident, la trahison se glisse partout, r�pliqua un fr�re qui n��tait autre que le chirurgien Marat, promu malgr� sa jeunesse � un grade sup�rieur gr�ce auquel il si�geait pour la premi�re fois au comit� consultatif. Songez, fr�res, qu�en doublant l�amorce on fait la capture plus importante. Si M. de Sartine, avec un sac d��cus, peut acheter la r�v�lation d�un de nos fr�res obscurs, le ministre, avec un million ou l�espoir d�une dignit�, peut acheter un de nos sup�rieurs. Or, chez nous, le fr�re obscur ne sait rien.
�Il conna�t tout au plus quelques noms parmi ses coll�gues, et ces noms ne repr�sentent aucune chose. C�est un ordre admirable que celui de notre constitution, mais il est �minemment aristocratique; les inf�rieurs ne savent rien, ne peuvent rien; on les assemble pour leur dire ou leur faire dire des futilit�s; et cependant ils concourent de leur temps, de leur argent, � la solidit� de notre �difice. Songez-y, le man�uvre apporte seulement la pierre et le mortier; mais, sans pierre et sans mortier, ferez-vous la maison? Or, ce man�uvre per�oit un mince salaire, et cependant, moi, je le regarde comme �gal � l�architecte, dont le plan cr�e et vivifie tout l�ouvrage; et je le regarde comme son �gal, parce qu�il est homme et que tout homme vaut un autre homme aux yeux du philosophe, attendu qu�il porte sa part de mis�re et de fatalit� comme un autre, et que, plus qu�un autre m�me, il est expos� � la chute d�une pierre et � la rupture d�un �chafaudage.
� Je vous interromps, fr�re, dit Balsamo. Vous abandonnez la question qui seule doit nous pr�occuper. Votre d�faut, fr�re, c�est d�exag�rer le z�le et de g�n�raliser les discussions. Il ne s�agit pas aujourd�hui de savoir si notre constitution est bonne ou mauvaise, mais de maintenir la fermet�, l�int�grit� de cette constitution. Que si je voulais discuter avec vous je r�pondrais: Non, l�organe qui re�oit le mouvement n�est pas l��gal du g�nie du cr�ateur; non, l�ouvrier n�est pas l��gal de l�architecte; non, le cerveau n�est pas l��gal du bras.
� Que M. de Sartine saisisse un de nos fr�res des derniers grades, s��cria Marat avec chaleur, l�enverra-t-il moins pourrir a la Bastille que vous et moi?
� D�accord; mais il n�y aura dommage que pour l�individu et non pour l�ordre, qui doit passer chez nous avant toutes choses; tandis que, si le chef est emprisonn�, la conjuration s�arr�te; tandis que, si le g�n�ral manque, l�arm�e perd la bataille. Fr�res, veillez donc au salut des chefs!
� Oui, mais qu�ils veillent de leur c�t� au n�tre.
� C�est leur devoir.
� Et que leurs fautes soient doublement punies.
� Encore une fois, mon fr�re, vous vous �loignez des constitutions de l�ordre. Ignorez-vous que le serment qui lie tous les membres de notre association est un et applique � tous les m�mes peines?
� Toujours les grands s�y soustrairont.
� Ce n�est point l�avis des grands, fr�res; �coutez la fin de la lettre de notre proph�te Swedenborg, un des grands parmi nous; voici ce qu�il ajoute:
�Le mal viendra d�un des grands, d�un tr�s grand de l�ordre, ou, s�il ne vient pas pr�cis�ment de lui, la faute ne lui en sera pas moins imputable; rappelez-vous que le feu et l�eau peuvent �tre complices: l�un donne la lumi�re, l�autre les r�v�lations.
�Veillez, fr�res! sur tout et sur tous, veillez!�
� Alors, dit Marat saisissant dans le discours de Balsamo et dans la lettre de Swedenborg le c�t� dont il voulait tirer parti, r�p�tons le serment qui nous lie, et engageons-nous � le tenir dans toute sa rigueur, quel que soit celui qui aura trahi ou sera cause de la trahison.
Balsamo se recueillit un instant, et, se levant de son si�ge, il pronon�a les paroles consacr�es que nos lecteurs ont d�j� vues une fois, d�une voix lente, solennelle et terrible:
�Au nom du Fils crucifi�, je jure de briser les liens charnels qui m�attachent � p�re, m�re, fr�res, s�urs, �pouse, parents, amis, ma�tresse, rois, chefs, bienfaiteurs, et tout �tre quelconque � qui j�ai promis foi, ob�issance, reconnaissance ou service.
�Je jure de r�v�ler au chef que je reconnais d�apr�s les statuts de l�ordre, ce que j�ai vu, fait, pris, lu ou entendu, appris ou devin�, et m�me de rechercher et �pier ce qui ne s�offrirait pas seulement � mes yeux.
�J�honorerai le poison, le fer et le feu comme des moyens d��purer le globe par la mort ou l�h�b�tation des ennemis de la v�rit� et de la libert�.
�Je souscris � la loi du silence; je consens � mourir comme frapp� de la foudre, le jour o� j�aurai m�rit� un ch�timent, et j�attends sans me plaindre le coup de couteau qui m�atteindra en quelque lieu de la terre que je sois.�
Alors, les sept hommes qui composaient la sombre assembl�e r�p�t�rent mot � mot ce serment, debout et la t�te d�couverte.
Puis, quand les paroles sacramentelles eurent �t� �puis�es:
� Nous voil� garantis, dit Balsamo; ne m�lons plus d�incidents � notre discussion. J�ai un compte � rendre au comit� des principaux �v�nements de l�ann�e.
�Ma gestion des affaires de la France pr�sentera quelque int�r�t � des esprits �clair�s et z�l�s comme les v�tres.
�Je commence.
�La France est situ�e au centre de l�Europe, comme le c�ur au centre du corps; elle vit, elle fait vivre. C�est dans ses agitations qu�il faut chercher la cause de tout le malaise de l�organisme g�n�ral.
�Je suis donc venu en France, et je me suis approch� de Paris comme le m�decin s�approche du c�ur: j�ai auscult�, j�ai palp�, j�ai exp�riment�. Lorsque je l�ai abord�e, voil� un an, la monarchie fatiguait; aujourd�hui, les vices la tuent. J�ai d� pr�cipiter l�effet de ces d�bauches mortelles, et, pour cela, je les ai favoris�es.
�Un obstacle �tait sur ma route, cet obstacle �tait un homme; cet homme, c��tait non pas le premier, mais le plus puissant de l��tat apr�s le roi.
�Il �tait dou� de quelques-unes de ces qualit�s qui plaisent aux autres hommes. Il �tait trop orgueilleux, c�est vrai, mais il appliquait son orgueil � ses �uvres; il savait adoucir la servitude du peuple en lui faisant croire, voir m�me quelquefois qu�il est une partie de �tat; et, en le consultant parfois sur ses propres mis�res, il arborait un �tendard autour duquel les masses se rallient toujours, l�esprit national.
�Il ha�ssait les Anglais, naturels ennemis de la France; il ha�ssait la favorite, naturelle ennemie des classes laborieuses. Or, cet homme, s�il e�t �t� un usurpateur, s�il e�t �t� l�un de nous, s�il e�t march� dans nos voies, agi dans notre but, cet homme, je l�eusse m�nag�, je l�eusse maintenu au pouvoir, je l�eusse soutenu avec toutes les ressources que je puis cr�er pour mes prot�g�s; car, au lieu de recr�pir la royaut� vermoulue, il l�e�t renvers�e avec nous au jour convenu. Mais il �tait de la classe aristocratique, mais il �tait n� avec les respects du premier rang auquel il ne voulait pas pr�tendre, de la monarchie � laquelle il n�osait attenter; il m�nageait la royaut� tout en m�prisant le roi; il faisait plus, il servait de bouclier � cette royaut� sur laquelle nos coups se dirigeaient. Le parlement et le peuple, pleins de respect pour cette digue vivante oppos�e aux envahissements de la pr�rogative royale, se maintenaient eux-m�mes dans une r�sistance mod�r�e, assur�s qu�ils �taient d�une aide puissante quand le moment serait venu.
�J�ai compris la situation. J�ai entrepris la chute de M. de Choiseul.
�Cette �uvre puissante, � laquelle depuis dix ans s�attelaient tant de haines et tant d�int�r�ts, je l�ai commenc�e et termin�e en quelques mois, par des moyens qu�il est inutile de vous dire. Par un secret qui est une de mes forces, force d�autant plus grande qu�elle demeurera �ternellement cach�e aux yeux de tous et ne se manifestera jamais que par l�effet, j�ai renvers�, chass� M. de Choiseul, et attach� � sa suite un long cort�ge de regrets, de d�sappointements, de lamentations et de col�res.