Joseph Balsamo. Tome III
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #3
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome III». Краткое содержание книги:
� Avez-vous vu, dit Rousseau en fron�ant le sourcil, les grandes commotions de la nature se faire sans pr�parations? avez-vous vu na�tre l�homme, cet �v�nement vulgaire et pourtant sublime? l�avez-vous vu na�tre sans qu�il ait amass� neuf mois la substance et la vie aux flancs de sa m�re? Ah! vous voulez que je r�g�n�re le monde avec des actes?� Ce n�est pas r�g�n�rer cela, monsieur, c�est r�volutionner!
� Alors, riposta violemment le jeune chirurgien, alors vous ne voulez pas de l�ind�pendance? alors vous ne voulez pas de la libert�?
� Au contraire, r�pondit Rousseau, car l�ind�pendance, c�est mon idole; car la libert�, c�est ma d�esse. Seulement, je veux d�une libert� douce et radieuse qui �chauffe et qui vivifie. Je veux d�une �galit� qui rapproche les hommes par l�amiti�, non par la crainte. Je veux l��ducation, l�instruction de chaque �l�ment du corps social, comme le m�canicien veut l�harmonie, comme l��b�niste veut l�assemblage; c�est-�-dire le concours parfait, la copulation absolue de chaque pi�ce de son travail. Je le r�p�te, je veux ce que j�ai �crit: le progr�s, la concorde, le d�vouement.
Marat laissa errer sur ses l�vres un sourire de d�dain.
� Oui, les ruisseaux de lait et de miel, dit-il, les champs �lys�es de Virgile, r�ves d�un po�te dont la philosophie voudrait faire une r�alit�.
Rousseau ne r�pliqua pas. Il lui semblait trop dur d�avoir � d�fendre sa mod�ration, lui que, dans toute l�Europe, on avait appel� un novateur violent.
Il se rassit en silence apr�s avoir, pour la satisfaction de son �me na�ve et timide, consult� du regard et obtenu l�approbation tacite du personnage qui l�avait d�fendu tout � l�heure.
Le pr�sident se leva.
� Vous avez entendu? dit-il � tous.
� Oui, r�pondit l�assembl�e.
� Le fr�re r�cipiendaire vous para�t-il digne d�entrer dans l�association? en comprend-il les devoirs?
� Oui, dit l�assembl�e, mais avec une r�serve qui montrait peu d�unanimit�.
� Pr�tez le serment, dit le pr�sident � Rousseau.
� Il me serait d�sagr�able, r�pondit le philosophe avec un certain orgueil, de d�plaire � quelques membres de cette association, et je dois encore r�p�ter mes paroles de tant�t; elles sont l�expression de ma conviction. Si j��tais orateur, je les d�velopperais d�une fa�on saisissante; mais ma langue est rebelle et trahit toujours ma pens�e lorsque je lui demande une traduction imm�diate.
�Je veux dire que je fais plus pour le monde et pour vous, loin de cette assembl�e, que je ne ferais en pratiquant assid�ment vos coutumes: ainsi donc, laissez-moi � mes travaux, � ma faiblesse, � mon isolement. Je l�ai dit, je penche vers la tombe: chagrins, infirmit�s, mis�res m�y poussent activement; vous ne pouvez retarder ce grand �uvre de la nature; abandonnez-moi, je ne suis pas fait pour marcher avec les hommes, je les hais et je les fuis; je les sers cependant, parce que je suis homme moi-m�me, et qu�en les servant je les r�ve meilleurs qu�ils ne sont. Maintenant, vous avez ma pens�e tout enti�re; je ne dirai plus un mot.�
� Vous refusez donc de pr�ter le serment? dit Marat avec une certaine �motion.
� Je refuse positivement; je ne veux pas faire partie de l�association: trop de preuves �tablissent pour moi que j�y serais inutile.
� Fr�re, dit l�inconnu � la voix conciliante, permettez-moi de vous appeler ainsi, car nous sommes r�ellement des fr�res en dehors de toute combinaison de l�esprit humain. Fr�re, ne c�dez pas � un moment de d�pit bien naturel; sacrifiez un peu de votre l�gitime orgueil; faites pour nous ce qui vous r�pugne. Vos conseils, vos id�es, votre pr�sence, c�est la lumi�re! Ne nous plongez pas dans la double nuit de votre absence et de votre refus.
� Vous vous trompez, dit Rousseau, je ne vous �te rien, puisque je ne donnerai jamais plus que je n�ai donn� � tout le monde, au premier lecteur venu, � la premi�re interpr�tation des gazettes; si vous voulez le nom et l�essence de Rousseau�
� Nous le voulons! dirent avec politesse plusieurs voix.
� Alors, prenez une collection de mes ouvrages, placez les volumes sur la table de votre pr�sident, et, lorsque vous irez aux opinions et que mon tour de dire la mienne sera venu, ouvrez mon livre, vous trouverez mon avis, ma sentence.
Rousseau fit un pas pour sortir.
� Un moment! dit le chirurgien, les volont�s sont libres, et celles de l�illustre philosophe autant que toutes les autres; mais il serait peu r�gulier d�avoir laiss� acc�s dans notre sanctuaire � un profane qui, n��tant li� par aucune clause m�me tacite, pourrait, sans �tre un malhonn�te homme, r�v�ler nos myst�res.
Rousseau lui rendit son sourire de compassion.
� C�est un serment de discr�tion que vous me demandez? dit-il.
� Vous l�avez dit.
� Je suis tout pr�t.
� Veuillez lire la formule, fr�re v�n�rable, dit Marat.
Le fr�re v�n�rable lut, en effet, cette formule:
�Je jure en pr�sence du grand Dieu �ternel, architecte de l�univers, de mes sup�rieurs et de la respectable assembl�e qui m�entoure, de ne r�v�ler jamais, ni faire conna�tre, ni �crire rien de ce qui s�op�re sous mes yeux, me condamnant moi-m�me, en cas d�imprudence, � �tre puni selon les lois du grand fondateur, de tous mes sup�rieurs, et la col�re de mes p�res.�
Rousseau �tendait d�j� la main, quand l�inconnu qui avait �cout� et suivi le d�bat avec une sorte d�autorit� que nul ne lui contestait, bien qu�il f�t perdu dans la foule, l�inconnu, disons-nous, s�approcha du pr�sident et lui dit quelques mots � l�oreille.
� C�est vrai, r�pliqua le v�n�rable.
Et il ajouta:
� Vous �tes un homme, non un fr�re, vous �tes un homme d�honneur plac� vis-�-vis de nous seulement dans la position d�un semblable. Nous abjurons donc ici notre qualit� pour vous demander une simple parole d�honneur d�oublier tout ce qui s�est pass� entre nous.
� Comme un r�ve au matin; je le jure sur l�honneur, r�pondit Rousseau avec �motion.
Il sortit � ces mots, et beaucoup de membres derri�re lui.
Chapitre 104. Compte rendu
Apr�s sortie des membres de second et de troisi�me ordre, il resta sept associ�s dans la loge. C��taient les sept chefs.
Ils se reconnurent entre eux au moyen de signes qui prouvaient leur initiation � un degr� sup�rieur.
Leur premier soin fut de clore les portes; puis, les portes ferm�es, leur pr�sident se r�v�la par l�exhibition d�une bague sur laquelle �taient grav�es les lettres myst�rieuses L.P.D. [3]
Ce pr�sident �tait charg� de la correspondance supr�me de l�ordre. Il �tait en relation avec les six autres chefs, qui habitaient la Suisse, la Russie, l�Am�rique, la Su�de, l�Espagne et l�Italie.
Il apportait quelques-unes des pi�ces les plus importantes qu�il avait re�ues de ses coll�gues, afin de les communiquer au cercle d�initi�s sup�rieurs plac�s au-dessus des autres et au-dessous de lui.
Nous avons reconnu ce chef, c��tait Balsamo.
La plus importante de ces lettres contenait un avis mena�ant: elle venait de Su�de, Swedenborg l�avait �crite.
�Veillez au midi, fr�res! disait-il; sous sa br�lante influence a �t� r�chauff� un tra�tre. Ce tra�tre vous perdra.
�Veillez � Paris, fr�res! le tra�tre y r�side; les secrets de l�ordre sont entre ses mains, un sentiment haineux le pousse.
�J�entends la d�nonciation au vol sourd, � la voix murmurante. Je vois une terrible vengeance, mais peut-�tre arrivera-t-elle trop tard. En attendant, veillez, fr�res! Veillez! Parfois il suffit d�une langue tra�tresse, quoique mal instruite, pour bouleverser de fond en comble nos plans si habilement ourdis.�
Les fr�res se regard�rent avec une muette surprise; le langage du farouche illumin�, sa prescience, � laquelle beaucoup d�exemples frappants donnaient une autorit� imposante, ne contribu�rent pas peu � assombrir le comit� pr�sid� par Balsamo.
Lui-m�me, qui avait foi dans la lucidit� de Swedenborg, ne put r�sister � l�impression grave et douloureuse qui le saisit apr�s cette lecture.
� Fr�res, dit-il, le proph�te inspir� se trompe rarement. Veillez donc comme il vous le recommande. Vous le savez comme moi maintenant, la lutte s�engage. Ne soyons pas vaincus par ces ennemis ridicules dont nous sapons la puissance en toute s�curit�. Ils ont � leur disposition, ne l�oubliez pas, des d�vouements mercenaires. C�est une arme puissante en ce monde parmi les �mes qui ne voient pas plus loin que les limites de la vie terrestre. Fr�res, d�fions-nous des tra�tres soudoy�s.
[3] Lilia pedibus destrue: �Foule les lys aux pieds.� [N.d.A.]