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Joseph Balsamo. Tome III - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Joseph Balsamo. Tome III

Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome III». Краткое содержание книги:

Les «Mémoires d’un médecin» est une suite romanesque qui a pour cadre la Révolution Française et qui comprend «Joseph Balsamo», «le Collier de la reine», «Ange Pitou» et la «Comtesse de Charny». Cette grande fresque, très intéressante sur le plan historique, captivante par son récit, a une grande force inventive et une portée symbolique certaine.
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Son discours fut net et bref. Il d�clarait que la loge s��tait assembl�e pour proc�der � la r�ception d�un nouveau fr�re.

� Vous ne vous �tonnerez pas, dit-il, que nous vous ayons r�unis dans le local o� les �preuves ordinaires ne peuvent �tre essay�es; les �preuves ont paru inutiles aux chefs. Le fr�re qu�il s�agit de recevoir est un des flambeaux de la philosophie contemporaine, c�est un esprit profond qui nous sera d�vou� par conviction, non par crainte.

�Celui qui a sond� tous les myst�res de la nature et tous ceux du c�ur humain ne saurait �tre impressionn� de la m�me fa�on que le simple mortel � qui nous demandons l�aide de ses bras, de sa volont�, de son or. Il nous suffira, pour avoir la coop�ration de cet esprit distingu�, de ce caract�re honn�te et �nergique, il nous suffira de sa promesse, de son acquiescement.�

L�orateur finit ainsi sa proposition et regarda autour de lui pour en examiner l�effet.

Sur Rousseau, l�effet avait �t� magique: le Genevois connaissait les myst�res pr�paratoires de la ma�onnerie; il les avait vus avec une sorte de r�pugnance bien naturelle aux esprits �clair�s; ces concessions toutes absurdes, puisqu�elles �taient inutiles, que les chefs exigeaient des r�cipiendaires pour simuler la peur, quand on sait ne rien avoir � craindre, lui paraissaient �tre le comble de la pu�rilit� et de la superstition oiseuse.

Il y a plus, le timide philosophe, ennemi des manifestations et des exhibitions individuelles, se f�t trouv� malheureux de donner sa personne en spectacle � des gens qu�il ne connaissait pas, et qui, cela �tait certain, le mystifiaient avec plus ou moins de bonne foi.

Il en r�sulta que se voir dispens� des �preuves fut pour lui plus qu�une satisfaction. Il connaissait la rigueur de l��galit� devant les principes ma�onniques; or, une exception en sa faveur constituait un triomphe.

Il s�appr�tait � r�pondre par quelques mots � la gracieuse faconde du pr�sident, lorsqu�une voix s��leva de l�auditoire.

� Au moins, dit cette voix, qui �tait aigre et vibrante, puisque vous vous croyez oblig� de traiter en prince un homme comme nous, au moins, puisque vous le dispensez des angoisses physiques comme si ce n��tait pas un de nos symboles que la recherche de la libert� � travers la souffrance du corps, nous esp�rons que vous n�allez pas conf�rer un titre pr�cieux � un inconnu sans l�avoir questionn� selon le rite et sans avoir obtenu sa profession de foi.

Rousseau se retourna pour voir le visage de l�agressif personnage qui frappait si rudement sur le char du triomphateur.

Il reconnut alors, avec la plus vive surprise, ce jeune chirurgien que, le matin encore, il avait rencontr� au quai aux Fleurs.

Le sentiment de sa bonne foi, un sentiment de d�dain peut-�tre pour le titre pr�cieux, l�emp�cha de r�pondre.

� Vous avez entendu? dit le pr�sident en s�adressant � Rousseau.

� Parfaitement, r�pondit le philosophe, � qui sa propre voix donna un l�ger frisson lorsqu�elle r�sonna sous la vo�te de cette cave sombre. Or, je m��tonne bien plus des interpellations lorsque je vois par qui elles ont �t� faites. Quoi! un homme dont l��tat est de combattre ce qu�on appelle la souffrance physique et de venir ainsi en aide � ses fr�res, qui sont aussi bien les hommes ordinaires que les ma�ons; quoi! cet homme vient pr�cher ici l�utilit� des souffrances physiques!� Il prend un singulier chemin pour mener la cr�ature au bonheur, le malade � la gu�rison.

� Il ne s�agit pas ici, r�pliqua vivement le jeune homme, de tel ou tel; je suis inconnu au r�cipiendaire comme il m�est inconnu. Je suis logique, et je pr�tends que le v�n�rable a eu tort de faire acception des personnes. Je m�connais dans celui-ci � et il montra Rousseau � le philosophe; qu�il veuille bien m�conna�tre en moi le praticien. Ainsi, nous devons peut-�tre nous c�toyer toute la vie sans jamais qu�un regard, qu�un geste trahisse notre intimit�, plus �troite cependant, gr�ce au n�ud de l�association, que toutes les amiti�s vulgaires. Je r�p�te donc que, si l�on a cru devoir �pargner au r�cipiendaire les �preuves, il y a lieu de lui poser au moins les questions.

Rousseau ne r�pondit rien. Le pr�sident lut sur son visage le d�go�t de la discussion et le regret de s��tre engag� dans cette entreprise.

� Fr�re, dit-il avec autorit� au jeune homme, vous voudrez bien garder le silence quand le chef parle, et ne pas vous permettre de bl�mer l�g�rement ses actes, qui sont souverains.

� J�ai droit d�interpeller, r�pondit plus doucement le jeune homme.

� D�interpeller, oui; de bl�mer, non. Le fr�re qui va entrer dans l�association est assez connu pour que nous ne cherchions pas � mettre dans nos relations ma�onniques un ridicule et inutile myst�re. Tous les fr�res pr�sents savent son nom, et son nom est une garantie. Mais, comme lui-m�me, j�en suis sur, aime l��galit�, je le prie de s�expliquer sur la question que je pose uniquement pour la forme: �Que cherchez-vous dans l�association?�

Rousseau fit deux pas, et, s�isolant de la foule, promena sur l�assembl�e un �il r�veur et m�lancolique.

� J�y cherche, dit-il, ce que je n�y trouve pas. Des v�rit�s, non des sophismes. Pourquoi m�entoureriez-vous de poignards qui ne percent pas, de poisons qui sont de l�eau claire, et de trappes au-dessous desquelles sont dispos�s des matelas? Je connais la ressource des forces humaines. Je connais la vigueur de mon ressort physique. Si vous le brisez, ce n�est pas la peine que vous m��lisiez votre fr�re; mort, je ne vous servirais pas: donc, vous ne voulez pas me tuer, me blesser encore moins; et tous les praticiens du monde ne me feraient pas trouver bonne l�initiation pendant laquelle on m�aurait bris� un membre.

�J�ai fait plus que vous tous mon apprentissage de douleurs; j�ai sond� le corps et j�ai palp� jusqu�� l��me� Si j�ai accept� de venir parmi vous lorsqu�on m�en a sollicit� � et il appuya sur ce mot � c�est que je croyais pouvoir �tre utile. Je donne donc, je ne re�ois pas.

�H�las! avant que vous puissiez quelque chose pour me d�fendre, avant que vous me donniez par vos propres moyens la libert� si on m�emprisonne, du pain si on m�affame, des consolations si on m�afflige; avant, dis-je, que vous soyez quelque chose, ce fr�re que vous admettez aujourd�hui, si monsieur le permet, ajouta-t-il en se tournant vers Marat, ce fr�re aura pay� son tribut � la nature, car le progr�s est boiteux, car la lumi�re est lente, et, de l�endroit o� il sera tomb�, nul d�entre vous ne le tirera�

� Vous vous trompez, illustre fr�re, dit une voix suave et p�n�trante qui attira doucement Rousseau, il y a plus que vous ne pensez dans l�association que vous voulez bien accepter; il y a tout l�avenir du monde; l�avenir, vous le savez, c�est l�espoir, c�est la science; l�avenir, c�est Dieu qui doit donner sa lumi�re au monde, puisqu�il a promis qu�il la donnerait. Or, Dieu ne saurait mentir.

Rousseau, surpris de ce langage �lev�, regarda et reconnut l�homme encore jeune qui lui avait donn� rendez-vous le matin au lit de justice.

Cet homme, v�tu de noir, avec une certaine recherche, et surtout avec une grande distinction, se tenait adoss� � une face lat�rale de l�estrade, et son visage, �clair� par une molle lueur, brillait de toute sa beaut�, de toute sa gr�ce, de toute son expression naturelle.

� Ah! dit Rousseau, la science, ab�me sans fond! Vous me parlez science, vous! consolation, avenir, promesse; un autre me parle mati�re, rigueur et violence: lequel croire? Il en sera donc de l�assembl�e des fr�res comme parmi les loups d�vorants de ce monde qui s�agite au-dessus de nous? Loups et brebis! �coutez donc ma profession de foi, puisque vous ne l�avez pas lue dans mes livres.

� Vos livres! s��cria Marat, ils sont sublimes, d�accord; mais ce sont des utopies; vous �tes utile au m�me point de vue que Pythagore, que Solon et que Cic�ron le sophiste. Vous indiquez le bien, mais un bien artificiel, insaisissable, inaccessible; vous ressemblez � celui qui voudrait nourrir une foule affam�e avec des bulles d�air plus ou moins iris�es par le soleil.

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