Joseph Balsamo. Tome III
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #3
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome III». Краткое содержание книги:
Son discours fut net et bref. Il d�clarait que la loge s��tait assembl�e pour proc�der � la r�ception d�un nouveau fr�re.
� Vous ne vous �tonnerez pas, dit-il, que nous vous ayons r�unis dans le local o� les �preuves ordinaires ne peuvent �tre essay�es; les �preuves ont paru inutiles aux chefs. Le fr�re qu�il s�agit de recevoir est un des flambeaux de la philosophie contemporaine, c�est un esprit profond qui nous sera d�vou� par conviction, non par crainte.
�Celui qui a sond� tous les myst�res de la nature et tous ceux du c�ur humain ne saurait �tre impressionn� de la m�me fa�on que le simple mortel � qui nous demandons l�aide de ses bras, de sa volont�, de son or. Il nous suffira, pour avoir la coop�ration de cet esprit distingu�, de ce caract�re honn�te et �nergique, il nous suffira de sa promesse, de son acquiescement.�
L�orateur finit ainsi sa proposition et regarda autour de lui pour en examiner l�effet.
Sur Rousseau, l�effet avait �t� magique: le Genevois connaissait les myst�res pr�paratoires de la ma�onnerie; il les avait vus avec une sorte de r�pugnance bien naturelle aux esprits �clair�s; ces concessions toutes absurdes, puisqu�elles �taient inutiles, que les chefs exigeaient des r�cipiendaires pour simuler la peur, quand on sait ne rien avoir � craindre, lui paraissaient �tre le comble de la pu�rilit� et de la superstition oiseuse.
Il y a plus, le timide philosophe, ennemi des manifestations et des exhibitions individuelles, se f�t trouv� malheureux de donner sa personne en spectacle � des gens qu�il ne connaissait pas, et qui, cela �tait certain, le mystifiaient avec plus ou moins de bonne foi.
Il en r�sulta que se voir dispens� des �preuves fut pour lui plus qu�une satisfaction. Il connaissait la rigueur de l��galit� devant les principes ma�onniques; or, une exception en sa faveur constituait un triomphe.
Il s�appr�tait � r�pondre par quelques mots � la gracieuse faconde du pr�sident, lorsqu�une voix s��leva de l�auditoire.
� Au moins, dit cette voix, qui �tait aigre et vibrante, puisque vous vous croyez oblig� de traiter en prince un homme comme nous, au moins, puisque vous le dispensez des angoisses physiques comme si ce n��tait pas un de nos symboles que la recherche de la libert� � travers la souffrance du corps, nous esp�rons que vous n�allez pas conf�rer un titre pr�cieux � un inconnu sans l�avoir questionn� selon le rite et sans avoir obtenu sa profession de foi.
Rousseau se retourna pour voir le visage de l�agressif personnage qui frappait si rudement sur le char du triomphateur.
Il reconnut alors, avec la plus vive surprise, ce jeune chirurgien que, le matin encore, il avait rencontr� au quai aux Fleurs.
Le sentiment de sa bonne foi, un sentiment de d�dain peut-�tre pour le titre pr�cieux, l�emp�cha de r�pondre.
� Vous avez entendu? dit le pr�sident en s�adressant � Rousseau.
� Parfaitement, r�pondit le philosophe, � qui sa propre voix donna un l�ger frisson lorsqu�elle r�sonna sous la vo�te de cette cave sombre. Or, je m��tonne bien plus des interpellations lorsque je vois par qui elles ont �t� faites. Quoi! un homme dont l��tat est de combattre ce qu�on appelle la souffrance physique et de venir ainsi en aide � ses fr�res, qui sont aussi bien les hommes ordinaires que les ma�ons; quoi! cet homme vient pr�cher ici l�utilit� des souffrances physiques!� Il prend un singulier chemin pour mener la cr�ature au bonheur, le malade � la gu�rison.
� Il ne s�agit pas ici, r�pliqua vivement le jeune homme, de tel ou tel; je suis inconnu au r�cipiendaire comme il m�est inconnu. Je suis logique, et je pr�tends que le v�n�rable a eu tort de faire acception des personnes. Je m�connais dans celui-ci � et il montra Rousseau � le philosophe; qu�il veuille bien m�conna�tre en moi le praticien. Ainsi, nous devons peut-�tre nous c�toyer toute la vie sans jamais qu�un regard, qu�un geste trahisse notre intimit�, plus �troite cependant, gr�ce au n�ud de l�association, que toutes les amiti�s vulgaires. Je r�p�te donc que, si l�on a cru devoir �pargner au r�cipiendaire les �preuves, il y a lieu de lui poser au moins les questions.
Rousseau ne r�pondit rien. Le pr�sident lut sur son visage le d�go�t de la discussion et le regret de s��tre engag� dans cette entreprise.
� Fr�re, dit-il avec autorit� au jeune homme, vous voudrez bien garder le silence quand le chef parle, et ne pas vous permettre de bl�mer l�g�rement ses actes, qui sont souverains.
� J�ai droit d�interpeller, r�pondit plus doucement le jeune homme.
� D�interpeller, oui; de bl�mer, non. Le fr�re qui va entrer dans l�association est assez connu pour que nous ne cherchions pas � mettre dans nos relations ma�onniques un ridicule et inutile myst�re. Tous les fr�res pr�sents savent son nom, et son nom est une garantie. Mais, comme lui-m�me, j�en suis sur, aime l��galit�, je le prie de s�expliquer sur la question que je pose uniquement pour la forme: �Que cherchez-vous dans l�association?�
Rousseau fit deux pas, et, s�isolant de la foule, promena sur l�assembl�e un �il r�veur et m�lancolique.
� J�y cherche, dit-il, ce que je n�y trouve pas. Des v�rit�s, non des sophismes. Pourquoi m�entoureriez-vous de poignards qui ne percent pas, de poisons qui sont de l�eau claire, et de trappes au-dessous desquelles sont dispos�s des matelas? Je connais la ressource des forces humaines. Je connais la vigueur de mon ressort physique. Si vous le brisez, ce n�est pas la peine que vous m��lisiez votre fr�re; mort, je ne vous servirais pas: donc, vous ne voulez pas me tuer, me blesser encore moins; et tous les praticiens du monde ne me feraient pas trouver bonne l�initiation pendant laquelle on m�aurait bris� un membre.
�J�ai fait plus que vous tous mon apprentissage de douleurs; j�ai sond� le corps et j�ai palp� jusqu�� l��me� Si j�ai accept� de venir parmi vous lorsqu�on m�en a sollicit� � et il appuya sur ce mot � c�est que je croyais pouvoir �tre utile. Je donne donc, je ne re�ois pas.
�H�las! avant que vous puissiez quelque chose pour me d�fendre, avant que vous me donniez par vos propres moyens la libert� si on m�emprisonne, du pain si on m�affame, des consolations si on m�afflige; avant, dis-je, que vous soyez quelque chose, ce fr�re que vous admettez aujourd�hui, si monsieur le permet, ajouta-t-il en se tournant vers Marat, ce fr�re aura pay� son tribut � la nature, car le progr�s est boiteux, car la lumi�re est lente, et, de l�endroit o� il sera tomb�, nul d�entre vous ne le tirera�
� Vous vous trompez, illustre fr�re, dit une voix suave et p�n�trante qui attira doucement Rousseau, il y a plus que vous ne pensez dans l�association que vous voulez bien accepter; il y a tout l�avenir du monde; l�avenir, vous le savez, c�est l�espoir, c�est la science; l�avenir, c�est Dieu qui doit donner sa lumi�re au monde, puisqu�il a promis qu�il la donnerait. Or, Dieu ne saurait mentir.
Rousseau, surpris de ce langage �lev�, regarda et reconnut l�homme encore jeune qui lui avait donn� rendez-vous le matin au lit de justice.
Cet homme, v�tu de noir, avec une certaine recherche, et surtout avec une grande distinction, se tenait adoss� � une face lat�rale de l�estrade, et son visage, �clair� par une molle lueur, brillait de toute sa beaut�, de toute sa gr�ce, de toute son expression naturelle.
� Ah! dit Rousseau, la science, ab�me sans fond! Vous me parlez science, vous! consolation, avenir, promesse; un autre me parle mati�re, rigueur et violence: lequel croire? Il en sera donc de l�assembl�e des fr�res comme parmi les loups d�vorants de ce monde qui s�agite au-dessus de nous? Loups et brebis! �coutez donc ma profession de foi, puisque vous ne l�avez pas lue dans mes livres.
� Vos livres! s��cria Marat, ils sont sublimes, d�accord; mais ce sont des utopies; vous �tes utile au m�me point de vue que Pythagore, que Solon et que Cic�ron le sophiste. Vous indiquez le bien, mais un bien artificiel, insaisissable, inaccessible; vous ressemblez � celui qui voudrait nourrir une foule affam�e avec des bulles d�air plus ou moins iris�es par le soleil.