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Joseph Balsamo. Tome III - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Joseph Balsamo. Tome III

Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome III». Краткое содержание книги:

Les «Mémoires d’un médecin» est une suite romanesque qui a pour cadre la Révolution Française et qui comprend «Joseph Balsamo», «le Collier de la reine», «Ange Pitou» et la «Comtesse de Charny». Cette grande fresque, très intéressante sur le plan historique, captivante par son récit, a une grande force inventive et une portée symbolique certaine.
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Un moment apr�s, Rousseau changeait de pens�e.

� Eh bien, se disait-il, o� est le courage, o� est l�honneur? J�aurai peur vis-�-vis de moi-m�me? Je ne regarderai dans mon miroir que la face d�un poltron et d�un coquin? Non, il n�en sera pas ainsi� D�t l�univers se coaliser pour mon malheur, d�t la cave de cette rue s��crouler sur moi, j�irai� Beaux raisonnements, d�ailleurs, qu�enfante la peur. Depuis mon retour, � cause de la rencontre de cet homme, je me surprends � toujours tourner dans un cercle d�inepties. Voil� que je doute de tous, et de moi-m�me! cela n�est pas logique� Je me connais, je ne suis pas un enthousiaste: si j�ai cru voir des merveilles dans l�association projet�e, c�est qu�il y a des merveilles. Qui me dit que je ne serai pas, moi, le r�g�n�rateur du genre humain, moi qu�on a recherch�, moi que les agents myst�rieux d�un pouvoir sans limites sont venus consulter sur la foi de mes �crits: je reculerais lorsqu�il s�agit de suivre mon �uvre, de substituer l�application � la th�orie!

Rousseau s�animait.

� Quoi de plus beau! Les �ges marchent� les peuples sortent de l�abrutissement, le pas suit le pas dans l�obscurit�, la main dans l�ombre; l�immense pyramide s��l�ve au-dessus de laquelle, pour couronnement, les si�cles futurs placeront le buste de Rousseau, citoyen de Gen�ve, qui, pour faire comme il a dit, a risqu� sa libert�, sa vie, c�est-�-dire a �t� fid�le � sa devise: Vitam impendere vero[2].

L�-dessus, Rousseau, transport�, se mit � son clavecin et acheva de se monter l�imagination avec les m�lop�es les plus ronflantes, les plus larges et les plus guerri�res qu�il put arracher aux flancs de l�instrument sonore.

La nuit vint. Th�r�se, fatigu�e d�avoir tourment� vainement son captif, dormait sur sa chaise; Rousseau, dont le c�ur battait fort, prit son habit neuf comme pour aller en bonne fortune; il �tudia un moment dans la glace le jeu de ses yeux noirs, qu�il trouva vifs et parlants; ce qui le charma.

Il s�appuya sur sa canne de jonc, et, sans avoir r�veill� Th�r�se, s�esquiva de l�appartement.

Mais, arriv� au bas de l�escalier, apr�s avoir fait jouer de sa main le secret de la porte ouvrant sur la rue, Rousseau commen�a par regarder au dehors, afin de s�assurer de l��tat des localit�s.

Il ne passait aucune voiture; la rue, comme de coutume, �tait pleine de fl�neurs, dont les uns regardaient les autres, comme c�est encore la coutume, tandis que beaucoup s�arr�taient aux vitres des boutiques pour lorgner les jolies filles de comptoir.

Un homme de plus �tait donc parfaitement inaper�u dans ce tourbillon. Rousseau s�y pr�cipita; il n�avait pas un long chemin � faire.

Un chanteur avec un aigre violon stationnait devant la porte qu�on avait signal�e � Rousseau. Cette musique, � laquelle sont sensibles les oreilles de tout v�ritable Parisien, emplissait la rue d��chos qui s�en allaient r�p�tant les derni�res mesures du refrain chant� par le violon ou le chanteur lui-m�me.

Rien n��tait donc plus d�favorable au mouvement circulatoire que l�engorgement form� � cet endroit par le cercle des auditeurs. Il fallait n�cessairement que tout passant tourn�t � droite ou � gauche du groupe; ceux qui tournaient � gauche prenaient la rue, ceux qui tournaient � droite longeaient la maison d�sign�e et vice versa.

Rousseau remarqua que plusieurs de ces passants se perdirent en route, comme s�ils fussent tomb�s en quelque trappe. Il compta que ceux-l� �taient venus dans le m�me but que lui, et r�solut d�imiter leur man�uvre: c��tait chose facile.

Ayant ainsi pass� derri�re le groupe des auditeurs, comme pour s�arr�ter aussi, il guetta la premi�re personne qu�il vit entrer dans l�all�e ouverte. Plus timor� que ceux-l�, parce qu�il avait plus � risquer sans doute, il attendit que l�occasion se pr�sent�t dix fois bonne.

Il n�attendit pas longtemps. Un cabriolet qui accourait du bout de la rue coupa le cercle en deux et op�ra un refoulement des deux h�misph�res sur les maisons. Rousseau se trouva plac� sur le seuil m�me de l�all�e; il n�y avait qu�� continuer� Notre philosophe observa que tous les curieux, occup�s du cabriolet, tournaient le dos � la maison. Il profita de son isolement et disparut dans la profondeur de l�all�e noire.

Au bout de quelques secondes, il aper�ut une lumi�re sous laquelle un homme assis paisiblement, comme un marchand apr�s sa journ�e de vente, lisait ou feignait de lire une gazette.

Au bruit des pas de Rousseau, cet homme leva la t�te et appuya visiblement son doigt sur sa poitrine, tout �clair�e par la lampe.

Rousseau r�pondit � ce geste symbolique par un doigt qu�il appuya sur ses l�vres.

Aussit�t l�homme se leva, et, poussant une porte situ�e � sa droite, porte invisible tant elle �tait artistement d�coup�e dans le pan de la boiserie auquel il s�adossait, il fit voir � Rousseau un escalier fort raide qui plongeait sous terre.

Rousseau entra; la porte se referma sans bruit, mais avec rapidit�.

Rousseau, en s�aidant de sa canne, descendit les degr�s; il trouvait mauvais que les associ�s lui imposassent pour premi�re �preuve le risque de se rompre le cou et les jambes.

Mais l�escalier, s�il �tait roide, n��tait pas long. Rousseau compta dix-sept marches, et aussit�t il fut envahi par une grande chaleur qui le saisit aux yeux et au visage.

Cette chaleur humide �tait le souffle d�un certain nombre d�hommes rassembl�s en cette cave.

Rousseau remarqua les murailles tapiss�es de toiles rouges et blanches, sur lesquelles �taient figur�s divers instruments de travail, plus symboliques sans doute que r�els. Une seule lampe pendait de la vo�te, jetant un reflet sinistre sur les figures assez honn�tes pourtant qui causaient entre elles � voix basse sur des bancs de bois.

Il n�y avait par terre ni parquet ni tapis, mais une �paisse natte de jonc qui assourdissait les pas.

Rousseau ne produisit donc en entrant aucune sensation.

Nul ne parut avoir remarqu� qu�il entr�t.

Cinq minutes auparavant, Rousseau ne d�sirait rien tant qu�une pareille entr�e, et cependant, son entr�e faite, il fut f�ch� d�avoir si bien r�ussi.

Il vit une place vide sur un des derniers bancs; il s�y installa le plus modestement qu�il put, derri�re tous les autres.

Il compta trente-trois t�tes dans l�assembl�e. Un bureau, �lev� sur une estrade, attendait un pr�sident.

Chapitre 103. La loge de la rue Pl�tri�re

Rousseau remarqua que les conversations des assistants �taient fort discr�tes et fort restreintes. Beaucoup ne remuaient pas les l�vres. � peine si trois ou quatre couples �changeaient des paroles.

Ceux qui ne parlaient pas essayaient m�me de cacher leur visage, ce qui n��tait pas malais�, gr�ce � la grande masse d�ombre projet�e par l�estrade du pr�sident qu�on attendait.

Le refuge de ceux-l�, qui paraissaient �tre les timides, �tait derri�re cette estrade.

Mais, en revanche, deux ou trois membres de la corporation se donnaient beaucoup de mouvement pour reconna�tre leurs coll�gues. Ils allaient, venaient, causaient entre eux et souvent disparaissaient tour � tour par une porte masqu�e d�un rideau noir � flammes rouges.

Bient�t une sonnette se fit entendre. Un homme quitta purement et simplement le coin du banc o� il se trouvait nagu�re confondu avec les autres ma�ons, et prit place sur l�estrade.

Apr�s avoir fait quelques signes de la main et des doigts, signes qui furent r�p�t�s par tous les assistants, et auxquels il en ajouta un dernier plus explicite que les autres, il d�clara la s�ance ouverte.

Cet homme �tait absolument inconnu � Rousseau; sous l�ext�rieur d�un artisan ais�, il cachait beaucoup de pr�sence d�esprit, aid�e d�une �locution aussi facile qu�on l�eut d�sir�e dans un orateur.

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[2] Vitam impedere vero�: �Consacrer sa vie � la v�rit�.� Juv�nal, Satires, 4, 91. Formule reprise par Rousseau, par plusieurs journaux r�volutionnaires et par Marat.

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