Joseph Balsamo. Tome III
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #3
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome III». Краткое содержание книги:
Madame la dauphine p�lit de col�re. Elle se trouvait pour la premi�re fois en pr�sence de la r�sistance populaire. Elle en calculait froidement la puissance.
Venue au lit de justice avec l�intention d��tre fort oppos�e, d�aspect du moins, � la r�solution qu�on allait y prendre ou notifier, elle se sentit peu � peu entra�n�e � faire cause commune avec ceux de sa race et de sa caste; si bien qu�� mesure que le chancelier mordait plus avant dans la chair parlementaire, cette jeune fiert� s�indignait de lui voir des dents si peu aigu�s; il lui semblait qu�elle e�t trouv�, elle, des paroles qui eussent fait bondir cette assembl�e comme un troupeau de b�ufs sous l�aiguillon. Bref, elle trouva le chancelier trop faible et les parlementaires trop forts.
Louis XV �tait physionomiste comme tous les �go�stes le seraient si, quelquefois, ils n��taient paresseux en m�me temps qu��go�stes. Il jeta les yeux autour de lui pour observer l�effet de sa volont� traduite par des paroles qu�il trouvait assez �loquentes.
La p�leur des l�vres pinc�es de la dauphine lui r�v�l�rent aussit�t ce qui se passait dans cette �me.
Comme contrepoids, il observa la physionomie de madame du Barry: au lieu du sourire vainqueur qu�il y comptait trouver, il ne vit qu�une violente envie d�attirer sur elle les regards du roi, comme pour juger ce qu�il pensait.
Rien n�intimide les esprits faibles comme d��tre devanc�s par l�esprit et la volont� d�autrui. S�ils se voient observ�s par une r�solution d�j� prise, ils en concluent qu�ils n�ont pas fait assez, qu�ils vont �tre ou ont �t� ridicules, qu�on avait le droit d�exiger plus qu�ils n�ont fait.
Alors ils passent aux extr�mes, le timide devient rugissant, et une manifestation soudaine trahit l�effet de cette r�action produite par la peur sur une peur moins forte.
Le roi n�avait pas besoin d�ajouter un mot aux paroles de son chancelier, cela n��tait pas d��tiquette; cela n��tait m�me pas n�cessaire. Mais, en cette occasion, il fut poss�d� du d�mon bavard, et, faisant un signe de la main, il montra qu�il allait parler.
Pour le coup, l�attention devint de la stupeur.
On vit toutes les t�tes des parlementaires faire volte-face vers le lit de justice avec la pr�cision de mouvement d�une file de soldats instruits.
Les princes, les pairs, les militaires se sentirent �mus. Il n��tait pas impossible qu�apr�s tant de bonnes choses qui avaient �t� dites, Sa Majest� Tr�s Chr�tienne ne d�t une bonne grosse inutilit�. Leur respect les emp�chait de d�signer autrement ce qui pouvait sortir de la bouche du roi.
On vit M. de Richelieu, qui avait affect� de se tenir loin de son neveu, se rapprocher surtout par le coup d��il et l�affinit� myst�rieuse de l�intelligence.
Mais son regard, qui commen�ait � devenir rebelle, rencontra le clair regard de madame du Barry. Richelieu poss�dait comme personne l�art pr�cieux des transitions: il passa du ton ironique au ton admiratif, et choisit la belle comtesse comme point d�intersection entre les diagonales et ces deux extr�mes.
Ce fut donc un sourire de f�licitations et de galanterie qu�il adressa en passant � madame du Barry; mais celle-ci n�en fut pas dupe, d�autant plus que le vieux mar�chal, qui avait commenc� d�entamer sa correspondance avec les parlementaires et les princes opposants, fut forc� de la continuer pour ne pas para�tre ce qu�il �tait bien r�ellement.
Que de perspective dans une goutte d�eau, cet oc�an pour l�observateur! Que de si�cles dans une seconde, cette �ternit� indescriptible! Tout ce que nous disons l� se passa dans le temps que Sa Majest� Louis XV mit � se pr�parer � parler et � ouvrir la bouche.
� Vous avez entendu, dit-il d�une voix ferme, ce que mon chancelier vous a fait savoir de mes volont�s. Songez donc � les ex�cuter, car telles sont mes intentions et je ne changerai jamais!
Louis XV laissa tomber ces derniers mots avec le fracas et la vigueur de la foudre.
Aussi toute l�assembl�e fut-elle litt�ralement foudroy�e.
Un frisson passa sur tous les parlementaires, frisson de terreur qui se communiqua imm�diatement � la foule, comme l��tincelle �lectrique court rapide au bout du cordon. Ce m�me frisson effleura aussi les partisans du roi. La surprise et l�admiration �taient sur tous les fronts, dans tous les c�urs.
La dauphine remercia involontairement le roi par un �clair parti de ses beaux yeux.
Madame du Barry, �lectris�e, ne put s�emp�cher de se lever, et elle e�t battu des mains, sans la crainte bien naturelle qu�elle eut d��tre lapid�e en sortant ou de recevoir le lendemain cent couplets plus odieux les uns que les autres.
Louis XV put jouir d�s ce moment de son triomphe.
Les parlementaires inclin�rent leurs fronts toujours avec le m�me ensemble.
Le roi se souleva sur ses coussins fleurdelis�s.
Aussit�t le capitaine des gardes, le commandant de la maison militaire et tous les gentilshommes se lev�rent.
Le tambour battit, les trompettes sonn�rent au dehors. Ce fr�missement presque silencieux du peuple � l�arriv�e se changea en un mugissement qui s��teignait au lointain, refoul� par les soldats et les archers.
Le roi traversa fi�rement la salle, sans voir autre chose sur son passage que des fronts humili�s.
M. d�Aiguillon continua de pr�c�der Sa Majest� sans abuser de son triomphe.
Le chancelier, arriv� � la porte de la salle, vit au loin tout ce peuple, s�effraya de tous ces �clairs, qui, malgr� la distance, arrivaient jusqu�� lui; il dit aux archers:
� Serrez-moi.
M. de Richelieu, que saluait profond�ment le duc d�Aiguillon, dit � son neveu:
� Voil� des fronts bien bas, duc; il faudra, un jour ou l�autre, qu�ils se rel�vent diablement haut. Prenez garde!
Madame du Barry passait en ce moment par le couloir avec son fr�re, la mar�chale de Mirepoix et plusieurs dames. Elle entendit le propos du vieux mar�chal et, comme elle avait plus de repartie que de rancune:
� Oh! dit-elle, il n�y a rien � craindre, mar�chaclass="underline" n�avez-vous pas entendu les paroles de Sa Majest�? Le roi a dit, ce me semble, qu�il ne changerait jamais.
� Paroles terribles, en effet, madame, r�pondit le vieux duc avec un sourire; mais ces pauvres parlementaires n�ont pas vu, heureusement pour nous, qu�en disant qu�il ne changerait jamais le roi vous regardait.
Et il termina ce madrigal par une de ces inimitables r�v�rences qu�on ne sait plus m�me faire aujourd�hui sur le th��tre.
Madame du Barry �tait femme et nullement politique. Elle ne vit que le compliment l� o� M. d�Aiguillon sentit parfaitement l��pigramme et la menace.
Aussi fut-ce par un sourire qu�elle r�pondit, tandis que son alli� se mordit les l�vres et p�lit de voir durer ce ressentiment du mar�chal.
L�effet du lit de justice fut imm�diatement favorable � la cause royale. Mais souvent un grand coup ne fait qu��tourdir, et il est � remarquer que, apr�s les �tourdissements, le sang circule avec plus de vigueur et de puret�.
Telle fut du moins la r�flexion que fit, en voyant partir le roi avec son pompeux cort�ge, un petit groupe de gens v�tus simplement et pos�s en observateurs au coin du quai aux Fleurs et de la rue de la Barillerie.
Ces hommes �taient trois� Le hasard les avait assembl�s � cet angle et, de l�, ils paraissaient avoir suivi avec int�r�t les impressions de la foule; et, sans se conna�tre, une fois mis en rapport par quelques mots �chang�s, ils s��taient rendu compte de la s�ance avant m�me qu�elle f�t termin�e.
� Voil� les passions bien m�ries, dit l�un d�eux, vieillard aux yeux brillants, � la figure douce et honn�te. Un lit de justice est une grande �uvre.
� Oui, r�pondit en souriant avec amertume un jeune homme, oui, si l��uvre r�alisait exactement les mots.
� Monsieur, r�pliqua le vieillard en se retournant, il me semble que je vous connais� Je vous ai vu d�j�, je crois?
� Dans la nuit du 31 mai. Vous ne vous trompez pas, monsieur Rousseau.
� Ah! vous �tes ce jeune chirurgien, mon compatriote, M. Marat?