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Joseph Balsamo. Tome III - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Joseph Balsamo. Tome III

Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome III». Краткое содержание книги:

Les «Mémoires d’un médecin» est une suite romanesque qui a pour cadre la Révolution Française et qui comprend «Joseph Balsamo», «le Collier de la reine», «Ange Pitou» et la «Comtesse de Charny». Cette grande fresque, très intéressante sur le plan historique, captivante par son récit, a une grande force inventive et une portée symbolique certaine.
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Madame la dauphine p�lit de col�re. Elle se trouvait pour la premi�re fois en pr�sence de la r�sistance populaire. Elle en calculait froidement la puissance.

Venue au lit de justice avec l�intention d��tre fort oppos�e, d�aspect du moins, � la r�solution qu�on allait y prendre ou notifier, elle se sentit peu � peu entra�n�e � faire cause commune avec ceux de sa race et de sa caste; si bien qu�� mesure que le chancelier mordait plus avant dans la chair parlementaire, cette jeune fiert� s�indignait de lui voir des dents si peu aigu�s; il lui semblait qu�elle e�t trouv�, elle, des paroles qui eussent fait bondir cette assembl�e comme un troupeau de b�ufs sous l�aiguillon. Bref, elle trouva le chancelier trop faible et les parlementaires trop forts.

Louis XV �tait physionomiste comme tous les �go�stes le seraient si, quelquefois, ils n��taient paresseux en m�me temps qu��go�stes. Il jeta les yeux autour de lui pour observer l�effet de sa volont� traduite par des paroles qu�il trouvait assez �loquentes.

La p�leur des l�vres pinc�es de la dauphine lui r�v�l�rent aussit�t ce qui se passait dans cette �me.

Comme contrepoids, il observa la physionomie de madame du Barry: au lieu du sourire vainqueur qu�il y comptait trouver, il ne vit qu�une violente envie d�attirer sur elle les regards du roi, comme pour juger ce qu�il pensait.

Rien n�intimide les esprits faibles comme d��tre devanc�s par l�esprit et la volont� d�autrui. S�ils se voient observ�s par une r�solution d�j� prise, ils en concluent qu�ils n�ont pas fait assez, qu�ils vont �tre ou ont �t� ridicules, qu�on avait le droit d�exiger plus qu�ils n�ont fait.

Alors ils passent aux extr�mes, le timide devient rugissant, et une manifestation soudaine trahit l�effet de cette r�action produite par la peur sur une peur moins forte.

Le roi n�avait pas besoin d�ajouter un mot aux paroles de son chancelier, cela n��tait pas d��tiquette; cela n��tait m�me pas n�cessaire. Mais, en cette occasion, il fut poss�d� du d�mon bavard, et, faisant un signe de la main, il montra qu�il allait parler.

Pour le coup, l�attention devint de la stupeur.

On vit toutes les t�tes des parlementaires faire volte-face vers le lit de justice avec la pr�cision de mouvement d�une file de soldats instruits.

Les princes, les pairs, les militaires se sentirent �mus. Il n��tait pas impossible qu�apr�s tant de bonnes choses qui avaient �t� dites, Sa Majest� Tr�s Chr�tienne ne d�t une bonne grosse inutilit�. Leur respect les emp�chait de d�signer autrement ce qui pouvait sortir de la bouche du roi.

On vit M. de Richelieu, qui avait affect� de se tenir loin de son neveu, se rapprocher surtout par le coup d��il et l�affinit� myst�rieuse de l�intelligence.

Mais son regard, qui commen�ait � devenir rebelle, rencontra le clair regard de madame du Barry. Richelieu poss�dait comme personne l�art pr�cieux des transitions: il passa du ton ironique au ton admiratif, et choisit la belle comtesse comme point d�intersection entre les diagonales et ces deux extr�mes.

Ce fut donc un sourire de f�licitations et de galanterie qu�il adressa en passant � madame du Barry; mais celle-ci n�en fut pas dupe, d�autant plus que le vieux mar�chal, qui avait commenc� d�entamer sa correspondance avec les parlementaires et les princes opposants, fut forc� de la continuer pour ne pas para�tre ce qu�il �tait bien r�ellement.

Que de perspective dans une goutte d�eau, cet oc�an pour l�observateur! Que de si�cles dans une seconde, cette �ternit� indescriptible! Tout ce que nous disons l� se passa dans le temps que Sa Majest� Louis XV mit � se pr�parer � parler et � ouvrir la bouche.

� Vous avez entendu, dit-il d�une voix ferme, ce que mon chancelier vous a fait savoir de mes volont�s. Songez donc � les ex�cuter, car telles sont mes intentions et je ne changerai jamais!

Louis XV laissa tomber ces derniers mots avec le fracas et la vigueur de la foudre.

Aussi toute l�assembl�e fut-elle litt�ralement foudroy�e.

Un frisson passa sur tous les parlementaires, frisson de terreur qui se communiqua imm�diatement � la foule, comme l��tincelle �lectrique court rapide au bout du cordon. Ce m�me frisson effleura aussi les partisans du roi. La surprise et l�admiration �taient sur tous les fronts, dans tous les c�urs.

La dauphine remercia involontairement le roi par un �clair parti de ses beaux yeux.

Madame du Barry, �lectris�e, ne put s�emp�cher de se lever, et elle e�t battu des mains, sans la crainte bien naturelle qu�elle eut d��tre lapid�e en sortant ou de recevoir le lendemain cent couplets plus odieux les uns que les autres.

Louis XV put jouir d�s ce moment de son triomphe.

Les parlementaires inclin�rent leurs fronts toujours avec le m�me ensemble.

Le roi se souleva sur ses coussins fleurdelis�s.

Aussit�t le capitaine des gardes, le commandant de la maison militaire et tous les gentilshommes se lev�rent.

Le tambour battit, les trompettes sonn�rent au dehors. Ce fr�missement presque silencieux du peuple � l�arriv�e se changea en un mugissement qui s��teignait au lointain, refoul� par les soldats et les archers.

Le roi traversa fi�rement la salle, sans voir autre chose sur son passage que des fronts humili�s.

M. d�Aiguillon continua de pr�c�der Sa Majest� sans abuser de son triomphe.

Le chancelier, arriv� � la porte de la salle, vit au loin tout ce peuple, s�effraya de tous ces �clairs, qui, malgr� la distance, arrivaient jusqu�� lui; il dit aux archers:

� Serrez-moi.

M. de Richelieu, que saluait profond�ment le duc d�Aiguillon, dit � son neveu:

� Voil� des fronts bien bas, duc; il faudra, un jour ou l�autre, qu�ils se rel�vent diablement haut. Prenez garde!

Madame du Barry passait en ce moment par le couloir avec son fr�re, la mar�chale de Mirepoix et plusieurs dames. Elle entendit le propos du vieux mar�chal et, comme elle avait plus de repartie que de rancune:

� Oh! dit-elle, il n�y a rien � craindre, mar�chaclass="underline" n�avez-vous pas entendu les paroles de Sa Majest�? Le roi a dit, ce me semble, qu�il ne changerait jamais.

� Paroles terribles, en effet, madame, r�pondit le vieux duc avec un sourire; mais ces pauvres parlementaires n�ont pas vu, heureusement pour nous, qu�en disant qu�il ne changerait jamais le roi vous regardait.

Et il termina ce madrigal par une de ces inimitables r�v�rences qu�on ne sait plus m�me faire aujourd�hui sur le th��tre.

Madame du Barry �tait femme et nullement politique. Elle ne vit que le compliment l� o� M. d�Aiguillon sentit parfaitement l��pigramme et la menace.

Aussi fut-ce par un sourire qu�elle r�pondit, tandis que son alli� se mordit les l�vres et p�lit de voir durer ce ressentiment du mar�chal.

L�effet du lit de justice fut imm�diatement favorable � la cause royale. Mais souvent un grand coup ne fait qu��tourdir, et il est � remarquer que, apr�s les �tourdissements, le sang circule avec plus de vigueur et de puret�.

Telle fut du moins la r�flexion que fit, en voyant partir le roi avec son pompeux cort�ge, un petit groupe de gens v�tus simplement et pos�s en observateurs au coin du quai aux Fleurs et de la rue de la Barillerie.

Ces hommes �taient trois� Le hasard les avait assembl�s � cet angle et, de l�, ils paraissaient avoir suivi avec int�r�t les impressions de la foule; et, sans se conna�tre, une fois mis en rapport par quelques mots �chang�s, ils s��taient rendu compte de la s�ance avant m�me qu�elle f�t termin�e.

� Voil� les passions bien m�ries, dit l�un d�eux, vieillard aux yeux brillants, � la figure douce et honn�te. Un lit de justice est une grande �uvre.

� Oui, r�pondit en souriant avec amertume un jeune homme, oui, si l��uvre r�alisait exactement les mots.

� Monsieur, r�pliqua le vieillard en se retournant, il me semble que je vous connais� Je vous ai vu d�j�, je crois?

� Dans la nuit du 31 mai. Vous ne vous trompez pas, monsieur Rousseau.

� Ah! vous �tes ce jeune chirurgien, mon compatriote, M. Marat?

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