Joseph Balsamo. Tome III
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #3
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome III». Краткое содержание книги:
Chapitre 100. O� les choses s�embrouillent de plus en plus
Madame de B�arn profita litt�ralement du conseil de Richelieu; deux heures et demie apr�s que le duc l�eut quitt�e, elle faisait antichambre � Luciennes, dans la soci�t� de M. Zamore.
Il y avait d�j� quelque temps qu�on ne l�avait vue chez madame du Barry; aussi sa pr�sence produisit-elle un effet de curiosit� dans le boudoir de la comtesse, o� son nom fut annonc�.
M. d�Aiguillon non plus n�avait pas perdu son temps, et il complotait avec la favorite lorsque Chon vint demander audience pour madame de B�arn.
Le duc voulait se retirer, madame du Barry le retint.
� J�aime mieux que vous soyez l�, dit-elle; au cas o� ma vieille qu�teuse viendrait me faire un emprunt, vous me seriez fort utile, elle demandera moins.
Le duc demeura.
Madame de B�arn, avec un visage compos� pour la circonstance, prit en face de la comtesse le fauteuil que celle-ci lui offrit; et, les premi�res civilit�s �chang�es:
� Puis-je savoir quelle bonne chance vous am�ne, madame? demanda madame du Barry.
� Ah! madame, dit la vieille plaideuse, un grand malheur!
� Quoi donc, madame?
� Une nouvelle qui affligera beaucoup Sa Majest�
� Dites vite, madame.
� Les parlements�
� Ah! ah! grommela le duc d�Aiguillon.
� M. le duc d�Aiguillon, se h�ta de dire la comtesse en pr�sentant son h�te � sa visiteuse, dans la crainte de quelque malentendu.
Mais la vieille comtesse �tait aussi fine que tous les courtisans r�unis et elle ne faisait de malentendu qu�� bon escient, et lorsque le malentendu lui paraissait utile.
� Je sais, dit-elle, toutes les turpitudes de ces robins, et leur peu de respect pour le m�rite et pour la naissance.
Ce compliment, d�coch� � bout portant sur le duc, attira un beau salut de celui-ci � la plaideuse, qui se leva et le lui rendit.
� Mais, poursuivit-elle, ce n�est plus de M. le duc qu�il s�agit, c�est de la population tout enti�re; les parlements refusent de fonctionner.
� En v�rit�! s��cria madame du Barry en se renversant sur le sofa, il n�y aura plus de justice en France?� Eh bien, apr�s?� quel changement cela fera-t-il?
Le duc sourit. Madame de B�arn, au lieu de prendre plaisamment la chose, assombrit encore plus son visage morose.
� C�est un grand d�sastre, madame, dit-elle.
� Bah! vraiment? r�pondit la favorite.
� On voit bien, madame la comtesse, que vous avez le bonheur de n�avoir pas de proc�s.
� Hum! fit M. d�Aiguillon pour appeler l�attention de madame du Barry, qui comprit enfin l�insinuation de la plaideuse.
� H�las! madame, dit-elle sur-le-champ, c�est vrai: vous me rappelez que, si je n�ai pas de proc�s, vous avez un proc�s bien important, vous!
� Oh! oui, madame!� et tout retard me sera ruineux.
� Pauvre dame!
� Il faudrait, madame la comtesse, que le roi pr�t une r�solution.
� Eh! madame, Sa Majest� y est fort dispos�e: elle exilera MM. les conseillers, et tout sera dit.
� Mais alors, madame, c�est un ajournement ind�fini.
� Voyez-vous un rem�de, madame? Veuillez nous l�indiquer.
La plaideuse se cacha sous ses coiffes, comme C�sar expirant sous sa toge.
� Il y aurait bien un moyen, dit alors d�Aiguillon; mais Sa Majest� reculera peut-�tre � l�employer.
� Lequel? dit la plaideuse avec anxi�t�.
� La ressource ordinaire de la royaut�, lorsqu�elle est un peu trop g�n�e en France, c�est de tenir un lit de justice et de dire: �Je veux!� alors que tous les opposants pensent: �Je ne veux pas.�
� Excellente id�e! s��cria madame de B�arn dans l�enthousiasme.
� Mais qu�il ne faudrait pas divulguer, r�pliqua finement d�Aiguillon, avec un geste que comprit madame de B�arn.
� Oh! madame, dit alors la plaideuse, madame, vous qui pouvez tant sur Sa Majest�, obtenez qu�elle dise: �Je veux qu�on juge le proc�s de madame de B�arn.� D�ailleurs, vous le savez, c�est chose promise, et depuis longtemps.
M. d�Aiguillon se pin�a les l�vres, salua madame du Barry et quitta le boudoir. Il venait d�entendre dans la cour le carrosse du roi.
� Voici le roi! dit madame du Barry en se levant pour cong�dier la plaideuse.
� Oh! madame, pourquoi ne me permettriez-vous pas de me jeter aux pieds de Sa Majest�?
� Pour lui demander un lit de justice? Je le veux bien, r�pliqua vivement la comtesse. Demeurez ici, madame, puisque tel est votre d�sir.
� peine madame de B�arn avait-elle rajust� ses coiffes que le roi entra.
� Ah! dit-il, vous avez des visites, comtesse?�
� Madame de B�arn, sire.
� Sire, justice! s��cria la vieille dame en faisant une profonde r�v�rence.
� Oh! oh! s��cria Louis XV avec un persiflage inintelligible pour quiconque ne le connaissait pas; quelqu�un vous aurait-il offens�, madame?
� Sire, je demande justice.
� Contre qui?
� Contre le parlement.
� Ah! bon! fit le roi en frappant dans ses mains; vous vous plaignez de mes parlements? Eh bien, faites-moi donc le plaisir de les mettre � la raison. J�ai aussi � m�en plaindre, moi, et je vous demande justice �galement, ajouta-t-il en imitant la r�v�rence de la vieille comtesse.
� Sire, enfin vous �tes le roi, vous �tes le ma�tre.
� Le roi, oui; le ma�tre, pas toujours.
� Sire, exprimez votre volont�.
� C�est ce que je fais tous les soirs, madame; et eux, tous les matins, expriment aussi leur volont�. Or, comme ces deux volont�s sont diam�tralement oppos�es l�une de l�autre, il en est de nous comme de la terre et de la lune, qui courent �ternellement l�une apr�s l�autre sans jamais se rencontrer.
� Sire, votre voix est assez puissante pour couvrir toutes les criailleries de ces gens-l�.
� C�est ce qui vous trompe. Je ne suis pas avocat, moi, et eux le sont. Si je dis oui, ils disent non; impossible de s�entendre� Ah! si, quand j�ai dit oui, vous trouvez un moyen de les emp�cher de dire non, je fais alliance avec vous.
� Sire, ce moyen, je l�ai.
� Donnez-le-moi tout de suite.
� Ainsi ferai-je, sire. Tenez un lit de justice.
� Voil� bien un autre embarras, dit le roi; un lit de justice! Y pensez-vous, madame? C�est quasi une r�volution.
� C�est un moyen de dire en face � ces gens rebelles que vous �tes le ma�tre. Vous savez, sire, que le roi, lorsqu�il manifeste ainsi sa volont�, a seul droit de parler, nul ne r�pond. Vous leur direz: �Je veux�, et ils baisseront la t�te�
� Le fait est, dit la comtesse du Barry, que l�id�e est pompeuse.
� Pompeuse, oui, r�pliqua Louis XV; bonne, non.
� C�est cependant beau, poursuivit madame du Barry avec chaleur, le cort�ge, les gentilshommes, les pairs, toute la maison militaire du roi, puis une immense quantit� de peuple, puis ce lit de justice compos� de cinq oreillers fleurdelis�s d�or� Ce serait une belle c�r�monie.
� Vous croyez? dit le roi un peu �branl� dans ses convictions.
� Et le magnifique habit du roi, le manteau doubl� d�hermine, les diamants de la couronne, le sceptre d�or, tout cet �clat qui convient � un visage auguste et beau. Oh! que vous seriez splendide ainsi, sire!
� Il y a fort longtemps qu�on n�a vu de lit de justice, dit Louis XV avec une nonchalance affect�e.
� Depuis votre enfance, sire, dit madame de B�arn; le souvenir de votre resplendissante beaut� est rest� dans tous les c�urs.
� Et puis, ajouta madame du Barry, ce serait une bonne occasion pour M. le chancelier de d�ployer sa rude et concise �loquence, pour �craser ces gens l� sous la v�rit�, sous la dignit�, sous l�autorit�.
� Il faudra que j�attende le premier m�fait du parlement, dit Louis XV; alors je verrai.
� Qu�attendriez-vous donc, sire, de plus �norme que ce qu�il vient de faire?
� Et qu�a-t-il donc fait? Voyons.
� Vous ne le savez pas?
� Il a un peu taquin� M. d�Aiguillon, ce n�est pas un cas pendable� bien que, fit le roi en regardant madame du Barry, bien que ce cher duc soit de mes amis. Or, si les parlements ont taquin� le duc, j�ai r�par� leur m�chancet� par mon arr�t� d�hier ou d�avant-hier, je ne me souviens plus. Nous voil� donc manche � manche.