Joseph Balsamo. Tome III
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #3
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome III». Краткое содержание книги:
� La premi�re chambre refuse d�enregistrer peut-�tre? demanda madame de B�arn, que le proc�s de M. de Richelieu ne distrayait en aucune fa�on du sien.
� Mieux que cela.
� La seconde aussi?
� �a ne serait rien� Les deux chambres ont pris la r�solution de ne plus rien juger avant que le roi ait retir� M. d�Aiguillon.
� Bah! s��cria le mar�chal en frappant des mains.
� Ne plus juger� quoi? demanda la comtesse �mue.
� Mais� les proc�s, madame.
� On ne jugerait pas mon proc�s, � moi? s��cria madame de B�arn avec une terreur qu�elle ne cherchait pas m�me � dissimuler.
� Pas plus le v�tre, madame, que celui de M. le duc.
� Mais c�est inique! c�est de la r�bellion aux ordres de Sa Majest�, cela.
� Madame, r�pliqua le procureur majestueusement, le roi s�est oubli� nous nous oublions aussi.
� Monsieur Flageot, vous vous ferez mettre � la Bastille, c�est moi qui vous le dis.
� J�irai en chantant, madame, et, si j�y vais, tous mes confr�res m�y suivront en portant des palmes.
� Il est enrag�! dit la comtesse � Richelieu.
� Nous sommes tous comme cela, r�pliqua le procureur.
� Oh! oh! fit le mar�chal, cela devient curieux.
� Mais, monsieur, vous m�avez dit tout � l�heure que vous vous occupiez de moi, reprit madame de B�arn.
� Je l�ai dit, et c�est vrai� Vous �tes, madame, le premier exemple que je cite dans ma narration; voici le paragraphe qui vous concerne.
Et il arracha des mains de son clerc le factum commenc�, pin�a son nez avec ses lunettes et lut avec emphase:
�Leur �tat perdu, leur fortune compromise, leurs devoirs foul�s aux pieds� Sa Majest� comprendra combien ils ont d� souffrir� Ainsi, l�exposant d�tenait entre ses mains une importante affaire de laquelle d�pend la fortune d�une des premi�res maisons du royaume; par ses soins, par son industrie, par son talent, il ose le dire, cette affaire marchait � bien, et le droit de tr�s haute et tr�s puissante dame Ang�lique-Charlotte-V�ronique, comtesse de B�arn, allait �tre reconnu, proclam�, lorsque le souffle de la discorde� s�engouffrant��
� J�en suis rest� l�, madame, dit le procureur en se rengorgeant, et je crois que la figure sera belle.
� Monsieur Flageot, dit la comtesse de B�arn, il y a quarante ans que je fis officier pour la premi�re fois monsieur votre p�re, digne homme s�il en fut; je vous continuai ma client�le; vous avez gagn� dix ou douze mille livres avec mes affaires; vous en eussiez gagn� autant encore, peut-�tre.
� �crivez, �crivez tout cela, dit vivement Flageot � son clerc, c�est un t�moignage, c�est une preuve: on l�ins�rera dans la confirmation.
� Or, interrompit la comtesse, je vous retire mes dossiers; � partir de ce moment, vous avez perdu ma confiance.
Ma�tre Flageot, frapp� de cette disgr�ce comme d�un coup de foudre, resta un moment stup�fait; mais, se relevant sous le coup comme un martyr qui confesse son Dieu:
� Soit! dit-il; Bernardet, rendez les dossiers � madame, et vous consignerez ce fait, ajouta-t-il, que l�exposant a pr�f�r� sa conscience � sa fortune.
� Pardon, comtesse, glissa le mar�chal � l�oreille de madame de B�arn, mais vous n�avez pas r�fl�chi, ce me semble.
� � quoi, monsieur le duc?
� Vous retirez vos dossiers � ce brave protestant; mais pourquoi faire?
� Pour les porter � un autre procureur, � un autre avocat! s��cria la comtesse.
Ma�tre Flageot leva les yeux au ciel avec un fun�bre sourire d�abn�gation, de r�signation sto�que.
� Mais, continua le mar�chal, toujours parlant � l�oreille de la comtesse, puisqu�il est d�cid� que les chambres ne jugeront rien, ma ch�re madame, un autre procureur n�occupera pas plus pour vous que ma�tre Flageot�
� C�est donc une ligue?
� Pardieu! croyez-vous ma�tre Flageot assez b�te pour se faire protestant tout seul, pour perdre son �tude tout seul, si ses confr�res ne devaient pas faire comme lui, et, par cons�quent, le soutenir?
� Mais vous, monsieur, que faites-vous?
� Moi, je d�clare que ma�tre Flageot est un fort honn�te procureur, et que mes dossiers sont aussi bien chez lui que chez moi� en cons�quence, je les lui laisse tout en le payant, bien entendu, comme s�il poursuivait.
� On dit avec raison, monsieur le mar�chal, que vous �tes un esprit g�n�reux, lib�ral! s��cria ma�tre Flageot; j�en propagerai la renomm�e, monsieur le duc.
� Vous me comblez, mon cher procureur, r�pondit Richelieu en s�inclinant.
� Bernardet! cria le procureur enthousiasm� � son clerc, vous ins�rerez � la p�roraison l��loge de M. le mar�chal de Richelieu.
� Non, non pas! ma�tre Flageot, je vous en supplie�, r�pliqua vivement le mar�chal. Oh! diable, qu�allez-vous faire l�? J�aime le secret pour ce qu�on est convenu d�appeler une bonne action� Ne me d�sobligez pas, ma�tre Flageot; je nierais, voyez-vous, je d�mentirais: ma modestie est susceptible� Voyons, comtesse, que dites-vous?
� Je dis que mon proc�s sera jug� qu�il me faut un jugement, et je l�aurai.
� Et moi, je dis que, si votre proc�s est jug�, madame, c�est que le roi aura envoy� les Suisses, les chevau-l�gers et vingt pi�ces de canon dans la grand-salle, r�pondit ma�tre Flageot d�un air belliqueux qui acheva de consterner la plaideuse.
� Vous ne croyez pas, alors, que Sa Majest� puisse sortir de ce pas? dit tout bas Richelieu � Flageot.
� Impossible, monsieur le mar�chal; c�est un cas inou�. Plus de justice en France, c�est comme s�il n�y avait plus de pain.
� Croyez-vous?
� Vous verrez.
� Mais le roi se f�chera.
� Nous sommes r�solus � tout!
� M�me � l�exil?
� M�me � la mort, monsieur le mar�chal! parce qu�on porte une robe, on n�a pas moins un c�ur.
Et M. Flageot frappa vigoureusement sa poitrine.
� En effet, dit Richelieu � sa compagne, je crois, madame, que voil� un mauvais pas pour le minist�re.
� Oh! oui, r�pondit apr�s un silence la vieille comtesse, et il est bien triste pour moi, qui ne me m�le en rien � tout ce qui se passe, de me trouver prise dans ce conflit.
� M�est avis, madame, dit le mar�chal, qu�il existe de par le monde quelqu�un qui vous aiderait en cette affaire, quelqu�un de bien puissant� Mais cette personne voudra-t-elle?
� Est-ce trop de curiosit�, monsieur le duc, que de vous demander le nom de cette puissance?
� Votre filleule, dit le duc.
� Oh! oh! madame du Barry?
� Elle-m�me.
� Au fait, c�est vrai� vous me donnez une id�e.
Le duc se mordit les l�vres.
� Vous irez � Luciennes? dit-il.
� Sans balancer.
� Mais la comtesse du Barry ne brisera pas l�opposition du parlement.
� Je lui dirai que je veux voir mon proc�s jug�, et, comme elle ne peut rien me refuser apr�s le service que je lui ai rendu, elle dira au roi que la chose lui pla�t. Sa Majest� parlera au chancelier, et le chancelier a le bras long, monsieur le duc� Ma�tre Flageot, faites-moi le plaisir de bien �tudier mon affaire; elle arrivera au r�le plus t�t que vous ne croyez: c�est moi qui vous le dis.
Ma�tre Flageot tourna la t�te avec une incr�dulit� qui ne fit pas revenir la comtesse.
Pendant ce temps, le duc avait r�fl�chi.
� Eh bien, puisque vous allez � Luciennes, madame, voudrez-vous bien y pr�senter mes tr�s humbles respects?
� Tr�s volontiers, monsieur le duc.
� Nous sommes compagnons d�infortune; votre proc�s est en souffrance, le mien aussi; en priant pour vous, vous feriez pour moi� En outre, vous pourriez t�moigner l�-bas du d�plaisir que me causent ces t�tes carr�es du parlement; vous ajouteriez que c�est moi qui vous ai donn� le conseil de recourir � la divinit� de Luciennes.
� Je n�y manquerai pas, monsieur le duc. Adieu, messieurs.
� Faites-moi l�honneur d�accepter ma main pour rejoindre votre carrosse. Encore une fois, adieu, ma�tre Flageot, je vous laisse � vos occupations�
Le mar�chal conduisit la comtesse � sa voiture.
� Raft� avait raison, dit-il, les Flageot vont faire une r�volution. Dieu merci, me voici �tay� des deux c�t�s� Je suis de la cour, et je suis parlementaire. Madame du Barry va s�engager dans la politique et tomber toute seule; si elle r�siste, j�ai ma petite mine de Trianon. D�cid�ment, ce diable de Raft� est de mon �cole et j�en ferai mon chef de cabinet le jour o� je serai ministre.