Joseph Balsamo. Tome III
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #3
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome III». Краткое содержание книги:
� Moi, sire? Ma foi, non; je suis trop heureux pour cela des bont�s de Votre Majest� pour ma maison.
Le roi ne s�attendait pas � ce coup; il se pr�parait � railler, on allait au devant de lui.
� Qu�est-ce que j�ai donc fait, duc?
� Sire, Votre Majest� a donn� le commandement de ses chevau-l�gers � M. le duc d�Aiguillon.
� Oui, c�est vrai, duc.
� Et pour cela il fallait toute l��nergie, toute l�habilet� de Votre Majest�. C�est presque un coup �tat.
On �tait � la fin du repas; le roi attendit un moment et se leva de table.
La conversation e�t pu l�embarrasser, mais Richelieu �tait d�cid� � ne pas l�cher sa proie. Aussi, lorsque le roi se mit � causer avec madame de Noailles, la dauphine et mademoiselle de Taverney, Richelieu man�uvra-t-il si savamment, qu�il se retrouva en pleine conversation, conversation qu�il avait dirig�e selon son gr�.
� Sire, dit-il, Votre Majest� sait que les succ�s enhardissent.
� Est-ce pour nous dire que vous �tes hardi, duc?
� C�est pour demander � Votre Majest� une nouvelle gr�ce, apr�s celle que le roi a daign� me faire; un de mes bons amis, un ancien serviteur de Votre Majest�, a son fils dans les gendarmes. Le jeune homme est plein de m�rite, mais pauvre. Il a re�u d�une auguste princesse un brevet de capitaine, mais il lui manque la compagnie.
� La princesse est ma fille? demanda le roi en se retournant vers la dauphine.
� Oui, sire, dit Richelieu, et le p�re de ce jeune homme s�appelle le baron de Taverney.
� Mon p�re!� s��cria involontairement Andr�e. Philippe!� C�est pour Philippe, monsieur le duc, que vous demandez une compagnie?
Puis, honteuse de cet oubli de l��tiquette, Andr�e fit un pas en arri�re, rougissante et les mains jointes.
Le roi se retourna pour admirer la rougeur, l��motion de la belle enfant; il revint aussi � Richelieu avec un regard de bienveillance qui apprit au courtisan combien sa demande �tait agr�able � cause de l�occasion qu�elle fournissait.
� En effet, dit la dauphine, ce jeune homme est charmant, et j�avais pris l�engagement de faire sa fortune. Que les princes sont malheureux! Dieu, quand il leur donne la bonne volont�, leur �te la m�moire ou le raisonnement; ne devais-je pas penser que ce jeune homme �tait pauvre, que ce n��tait pas assez de lui donner l��paulette, et qu�il fallait encore lui donner la compagnie?
� Eh! madame, comment Votre Altesse l�e�t-elle su?
� Oh! je le savais, r�pliqua vivement la dauphine avec un geste qui rappela au souvenir d�Andr�e la maison si nue, si modeste, et pourtant si heureuse � son enfance; oui, je le savais, et j�ai cru avoir tout fait en donnant un grade � M. Philippe de Taverney. Il s�appelle Philippe, n�est-ce pas, mademoiselle?
� Oui, madame.
Le roi regarda toutes ces physionomies si nobles, si ouvertes; puis il arr�ta les yeux sur celle de Richelieu, qui s�illuminait aussi d�un reflet de g�n�rosit� qu�il empruntait sans doute � son auguste voisine.
� Ah! duc, dit-il � demi-voix, je vais me brouiller avec Luciennes.
Puis vivement, � Andr�e:
� Dites que cela vous fera plaisir, mademoiselle, ajouta-t-il.
� Ah! sire, fit Andr�e en joignant les mains, je vous en supplie!
� Accord�, alors, dit Louis XV. Vous choisirez une bonne compagnie � ce pauvre jeune homme, duc, et j�en ferai les fonds si d�j� elle n�est toute pay�e et toute vacante.
Cette bonne action r�jouit tous les assistants; elle valut au roi un c�leste sourire d�Andr�e, elle valut � Richelieu un remerciement de cette belle bouche, � qui, dans sa jeunesse, il e�t demand� plus encore, ambitieux et avare comme il �tait.
Quelques visiteurs arriv�rent successivement; parmi eux le cardinal de Rohan, qui, depuis l�installation de la dauphine � Trianon, faisait assid�ment sa cour.
Mais le roi, pendant toute la soir�e, n�eut de bons �gards et d�agr�ables paroles que pour Richelieu. Il se fit m�me accompagner de lui lorsqu�il prit cong� de la dauphine pour retourner � son Trianon. Le vieux mar�chal suivit le roi avec des tressaillements de joie.
Tandis que Sa Majest� regagnait avec le duc et ses deux officiers les all�es sombres qui aboutissent au palais, Andr�e avait �t� cong�di�e par la dauphine.
� Vous avez besoin d��crire cette bonne nouvelle � Paris, avait dit la princesse; vous pouvez vous retirer, mademoiselle.
Et, pr�c�d�e d�un valet de pied qui portait une lanterne, la jeune fille traversait l�esplanade de cent pas qui s�parait Trianon des communs.
Devant elle aussi, de buisson en buisson, bondissait dans les feuillages une ombre qui suivait chaque mouvement de la jeune fille avec des yeux �tincelants: c��tait Gilbert.
Lorsque Andr�e fut arriv�e au perron et qu�elle commen�a � monter les marches de pierre, le valet retourna aux antichambres de Trianon.
Alors Gilbert, se glissant � son tour dans le vestibule, arriva aux cours des �curies, et, par un petit escalier roide comme une �chelle, grimpa dans sa mansarde, situ�e en face des fen�tres de la chambre d�Andr�e, dans un angle des b�timents.
Il vit de l� Andr�e appeler � l�aide une femme de chambre de madame de Noailles, qui avait sa chambre dans le m�me corridor. Mais, lorsque cette fille entra dans la chambre d�Andr�e, les rideaux de la fen�tre tomb�rent comme un voile imp�n�trable entre les ardents d�sirs du jeune homme et l�objet de ses id�es.
Au palais, il ne restait plus que M. de Rohan, redoublant de galanterie aupr�s de madame la dauphine, qui le traitait assez froidement.
Le pr�lat finit par craindre d��tre indiscret, d�autant plus qu�il avait d�j� vu M. le dauphin se retirer. Il prit donc cong� de Son Altesse royale avec les marques du plus profond et du plus tendre respect.
Au moment o� il montait en carrosse, une femme de chambre de la dauphine s�approcha de lui et entra presque dans sa voiture.
� Voici, dit-elle.
Et elle lui mit dans la main un petit papier soyeux dont le contact fit frissonner le cardinal.
� Voici, r�pliqua-t-il vivement en mettant dans la main de cette femme une bourse lourde, et qui, vide, e�t �t� un salaire honorable.
Le cardinal, sans perdre de temps, commanda au cocher de partir pour Paris, et de demander de nouveaux ordres � la barri�re.
Pendant tout le chemin, dans l�obscurit� de la voiture, il palpa et baisa comme un amant enivr� le contenu de ce papier.
Une fois � la barri�re:
� Rue Saint-Claude, dit-il.
Bient�t apr�s, il traversait la cour myst�rieuse et retrouvait ce petit salon o� se tenait Fritz, l�introducteur aux silencieuses fa�ons.
Balsamo se fit attendre un quart d�heure. Il parut enfin et donna au cardinal, pour cause de son retard, l�heure avanc�e, qui pouvait lui permettre de croire qu�aucune visite ne lui viendrait plus.
En effet, il �tait pr�s de onze heures du soir.
� C�est vrai, monsieur le baron, dit le cardinal, et je vous demande pardon de ce d�rangement. Mais vous souvenez-vous de m�avoir dit, un jour, que pour �tre assur� de certains secrets�?
� Il me fallait les cheveux de la personne dont nous parlions ce jour-l�, interrompit Balsamo, qui avait vu d�j� le petit papier aux mains du na�f pr�lat.
� Pr�cis�ment, monsieur le baron.
� Et vous m�apportez ces cheveux, monseigneur? Tr�s bien.
� Les voici.
� Croyez-vous qu�il sera possible de les ravoir apr�s l�exp�rience?
� � moins que le feu n�ait �t� n�cessaire� auquel cas�
� Sans doute, sans doute, dit le cardinal; mais alors je pourrai m�en procurer d�autres. Puis-je avoir une solution?
� Aujourd�hui?
� Je suis impatient, vous le savez.
� Il faut d�abord essayer, monseigneur.
Balsamo prit les cheveux et monta pr�cipitamment chez Lorenza.
� Je vais donc savoir, se disait-il en chemin, le secret de cette monarchie; je vais donc savoir le dessein cach� de Dieu.
Et, de l�autre c�t� de la muraille, avant m�me d�avoir ouvert la porte myst�rieuse, il endormit Lorenza. La jeune femme le re�ut donc avec un tendre embrassement.
Balsamo s�arracha avec peine de ses bras. Il e�t �t� difficile de dire quelle chose �tait plus douloureuse au pauvre baron, ou des reproches de la belle Italienne quand elle �tait �veill�e, ou de ses caresses quand elle dormait.