Joseph Balsamo. Tome III
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Les Mémoires d’un médecin #3
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Joseph Balsamo. Tome III». Краткое содержание книги:
� Ah! comtesse, murmurait-il, vous me le payerez!�
� Mar�chal, dit Jean avec finesse, nous allons r�aliser � nous quatre ce fameux faisceau de l�Antiquit�; vous savez, celui qu�on ne pouvait rompre.
� � nous quatre? Cher monsieur Jean, comment comprenez-vous cela?
� Ma s�ur la puissance, d�Aiguillon l�autorit�, vous le conseil, moi la surveillance.
� Tr�s bien! Tr�s bien!
� Et, de cette fa�on, qu�on vienne un peu entamer ma s�ur! Je d�fie tout et tous!
� Pardieu! fit Richelieu, dont le cerveau bouillait.
� Qu�on oppose des rivales � pr�sent! s��cria Jean ivre de ses plans et de ses id�es triomphales.
� Oh! dit Richelieu en se frappant le front.
� Quoi donc, cher mar�chal? que vous prend-il?
� Rien, je trouve votre id�e de ligue admirable.
� N�est-ce pas?
� Et j�entre avec les pieds et les mains dans votre opinion.
� Bravo!
� Est-ce que Taverney demeure � Trianon avec sa fille?
� Non, il demeure � Paris.
� Elle est tr�s belle, cette fille, cher vicomte.
� F�t-elle belle comme Cl�op�tre ou comme� ma s�ur, je ne la crains plus� d�s que nous sommes ligu�s.
� Vous dites que Taverney demeure � Paris, rue Saint-Honor�, je crois?
� Je n�ai pas dit rue Saint-Honor�, c�est rue Coq-H�ron qu�il demeure. Est ce que vous avez une id�e, par hasard, pour ch�tier le Taverney?
� Je crois que oui, vicomte, je crois que j�ai une id�e.
� Vous �tes un homme incomparable; je vous quitte et je disparais, pour savoir un peu ce que l�on dit en ville.
� Adieu donc, vicomte� � propos, vous ne m�avez pas dit le nouveau minist�re?
� Oh! des oiseaux de passage: Terray, Bertin, je ne sais plus qui� La monnaie de d�Aiguillon, enfin, du vrai ministre ajourn�.
� Qui l�est peut-�tre ind�finiment, pensa le mar�chal en envoyant � Jean son plus gracieux sourire comme caresse d�adieu.
Jean partit. Raft� rentra. Il avait tout entendu et savait � quoi s�en tenir; tous ses soup�ons venaient de se r�aliser. Il ne dit pas un mot � son ma�tre, il le connaissait trop bien.
Il n�appela pas m�me de valet de chambre, il le d�shabilla lui-m�me et le conduisit � son lit dans lequel le vieux mar�chal s�enfon�a aussit�t, en grelottant la fi�vre, apr�s avoir pris une pilule que son secr�taire lui fit avaler.
Raft� ferma les rideaux et sortit. L�antichambre �tait pleine de valets d�j� empress�s, d�j� aux �coutes. Raft� prit le premier valet de chambre par le bras:
� Soigne bien M. le mar�chal, dit-il; il souffre. Il a eu ce matin une vive contrari�t�; il a d� d�sob�ir au roi�
� D�sob�ir au roi? s��cria le valet de chambre �pouvant�.
� Oui, Sa Majest� envoyait un portefeuille � monseigneur; le mar�chal a su que cela se faisait par l�entremise de la du Barry, et il a refus�! Oh! c�est superbe, et les Parisiens lui doivent un arc de triomphe! Mais le choc �tait rude, et notre ma�tre est malade; soigne-le bien!
Raft�, apr�s ces quelques mots dont il connaissait d�avance la port�e circulative, regagna son cabinet.
Un quart d�heure apr�s, tout Versailles connaissait la noble conduite et le patriotisme g�n�reux du mar�chal, qui dormait d�un profond sommeil sur la popularit� que venait de lui b�tir son secr�taire.
Chapitre 91. Le petit couvert de M. le dauphin
Le m�me jour, mademoiselle de Taverney sortit de sa chambre � trois heures pour se rendre chez la dauphine, qui avait l�habitude d�une lecture avant son d�ner.
L�abb�, premier lecteur de Son Altesse royale, n�exer�ait plus ses fonctions. Il s�en tenait � la politique transcendante depuis certaines intrigues diplomatiques dans lesquelles il avait d�ploy� un assez beau talent de faiseur d�affaires.
Mademoiselle de Taverney sortit donc assez par�e pour se rendre � son poste. Elle subissait, comme tous les h�tes de Trianon, les difficult�s d�une installation un peu brusque. Elle n�avait encore rien organis�, ni son service, ni l�emm�nagement de son petit mobilier, et elle avait �t� provisoirement habill�e par une des femmes de chambre de madame de Noailles, cette dame d�honneur intraitable que la dauphine appelait madame l��tiquette.
Andr�e portait une robe de soie bleue � taille longue et pinc�e comme le corsage d�une gu�pe. Cette robe s�ouvrait et se divisait par devant pour laisser voir un dessous de mousseline � trois rangs de tuyaux brod�s; des manches courtes �galement brod�es de mousseline festonn�e et �tag�e depuis l��paule accompagnaient le fichu brod� � la paysanne qui cachait pudiquement la gorge de la jeune fille. Mademoiselle Andr�e avait relev� simplement ses beaux cheveux avec un ruban bleu pareil � la robe. Ces cheveux tombant de ses joues sur son cou et sur ses �paules en longues et �paisses boucles rehaussaient bien mieux que les plumes, les aigrettes et les dentelles dont on usait alors, la mine fi�re et modeste de la belle fille au teint mat et pur, que le rouge n�avait jamais souill�.
Tout en marchant, Andr�e passait dans ses mitaines de soie blanche les doigts les plus effil�s et les plus suavement arrondis qu�il f�t possible de voir, tandis que dans le sable du jardin s�imprimait la pointe du haut talon de ses mules de satin bleu tendre.
Elle apprit, en arrivant au pavillon de Trianon, que madame la dauphine �tait all�e faire un tour de promenade avec son architecte et son ma�tre jardinier. On entendait cependant crier � l��tage sup�rieur la roue du tour sur lequel M. le dauphin s�occupait � faire une serrure de s�ret� pour un coffre qu�il affectionnait beaucoup.
Andr�e, pour aller rejoindre la dauphine, traversa le parterre, o�, malgr� la saison avanc�e, des fleurs, couvertes soigneusement la nuit, levaient leur t�te p�lie pour aspirer les fugitifs rayons d�un soleil plus p�le qu�elles. Et, comme d�j� le soir approchait, car en cette saison la nuit vient � six heures, des gar�ons jardiniers s�occupaient d�abaisser les cloches de verre sur les plantes les plus frileuses de chaque plate-bande.
Au d�tour d�une all�e d�arbres verts, qui, taill�s en charmille et bord�s de rosiers du Bengale, aboutissaient � une belle pi�ce de gazon, Andr�e aper�ut tout � coup un de ces jardiniers qui, en la voyant, se relevait sur sa b�che et la saluait avec une politesse plus habile et plus savante que ne l�est la politesse du peuple.
Elle regarda, et dans cet ouvrier reconnut Gilbert, dont les mains, malgr� le travail, �taient encore assez blanches pour faire le d�sespoir de M. de Taverney.
Andr�e rougit malgr� elle; il lui semblait que la pr�sence de Gilbert en ce lieu �tait le r�sultat d�une �trange complaisance du sort.
Gilbert redoubla son salut, et Andr�e le lui rendit en continuant de marcher.
Mais elle �tait une cr�ature trop loyale et trop courageuse pour r�sister � un mouvement de l��me, et laisser sans r�ponse une question de son esprit inquiet.
Elle revint sur ses pas, et Gilbert, qui d�j� �tait devenu p�le et la suivait sinistrement de l��il, revint tout � coup � la vie et fit un bond pour se rapprocher d�elle.
� Vous ici, monsieur Gilbert? dit froidement Andr�e.
� Oui, mademoiselle.
� Par quel hasard?
� Mademoiselle, il faut bien vivre, et vivre honn�tement.
� Mais savez-vous que vous avez du bonheur?
� Oh! beaucoup, mademoiselle, dit Gilbert.
� Pla�t-il?
� Je dis, mademoiselle, que j�ai, comme vous le pensez, beaucoup de bonheur.
� Qui vous a fait entrer ici?
� M. de Jussieu, un protecteur � moi.
� Ah! fit Andr�e surprise, vous connaissez M. de Jussieu?
� C��tait l�ami de mon premier protecteur, de mon ma�tre, de M. Rousseau.
� Bon courage, monsieur Gilbert! dit Andr�e en s�appr�tant � partir.
� Vous vous portez mieux, mademoiselle?� dit Gilbert avec une voix si tremblante, qu�on devinait bien qu�elle s��tait fatigu�e en venant de son c�ur dont elle repr�sentait chaque vibration.
� Mieux? comment cela? dit Andr�e froidement.
� Mais� l�accident?�
� Ah! oui� Merci, monsieur Gilbert, je vais mieux; ce n��tait rien.
� Oh! vous avez bien failli p�rir, dit Gilbert au comble de l��motion, le danger �tait terrible.